Est-ce que raconter ou écrire des histoires s’apprend ?

Vaste débat car il existe un mythe très puissant sur le génie créateur. Un petit être espiègle qui ne se révélerait qu’à quelques élus…

La seule chose à laquelle j’adhère dans ce mythe, c’est le côté lutin farceur. Celui-là me plaît. Il me rappelle mes premiers pas dans l’écriture. Quand je participais à des ateliers créatifs pour jouer avec les mots. J’y prenais un plaisir fou et j’y reviens à chaque fois que mon petit lutin décide de se faire une belle ailleurs.

Voici deux de mes jeux d’écriture favoris :20150224_valise

Les mots valises. Il s’agit de prendre deux mots et de les faire s’encastrer l’un dans l’autre pour qu’une fois réunis, ils contiennent plus que s’ils étaient restés séparés. Par exemple :

Eléphantasque : Mammifère des savanes, réputé pour mémoriser les fantasmes.

Paranoïade : Trouble psychotique de l’hydrolisme aigu, se manifeste par une envie irrépressible de casser la figure à toutes les flaques d’eau…

Le jeu des 7 analogies. Rien de numérique dans ce jeu. On prend un mot, n’importe lequel, même le plus simple et on laisse filer ses pensées sur tout ce qu’il évoque : autres sens, expressions, proverbes… Ensuite, il n’y a plus qu’à récolter toute cette matière et à  raconter une histoire. Voici ce que ça donne avec le mot « COIN».

20150224_boutique2La boutique des coins

C’était une boutique, située au coin de la rue des Passants et de l’impasse de la Muette. Vous y trouviez là tous les coins du monde. Un coin de terre pour les errants de l’univers, un coin de feu pour vous réchauffer les mains, un coin de bois pour vous dégourdir l’âme… La légende raconte que Georges Brassens venait y faire son marché quelques fois.

Il y en avait pour tous les goûts.

Le coin du bon sens était un peu ennuyeux avec ses directions uniques mais le coin de l’œil valait le détour. Les amoureux musardaient dans les coins perdus, atteignant parfois un petit coin de paradis. De tous les coins de la boutique montaient les rires et les soupirs, les chants et les silences…

Un seul coin restait dans le sien. Au bout d’un rayon obscur, les « coin-sé » œuvraient. Obnubilés par la magie de cette lumière qu’ils cherchaient à percer pour mieux la dompter. Ils restaient entre eux, craignant les fuites de cerveaux. Nul ne s’en occupait, ils n’étaient pas dangereux. Jusqu’à ce jour funeste, où ils apparurent sur le seuil du petit coin.

Chacun d’eux portait dans ses mains, en coupe, une étincelle droite et fixe. Immobile. Ils formèrent une ronde et déposèrent à leurs pieds leur étincelle figée. Puis les « coin-sé » se mirent à chanter en chœur pour que la lumière jaillisse, prêts à l’attraper. À terre, les flammèches enflèrent, se transformant en flammes majestueuses qui s’élançaient toujours plus hautes dans un ballet langoureux.

Attiré par l’écho, le vent vint jeter un regard en coin. L’air et le feu s’embrasèrent aussitôt. De cette étreinte torride impossible à contenir, les flammes s’échappèrent. La fournaise se propagea, consumant chaque recoin sur son passage.

Le brasier ravagea la boutique. Il ne resta plus qu’une fumée épaisse et quelques rayons calcinés. Le secret des coins fut perdu à jamais.

Depuis, il ne reste plus que des angles, sans cesse à arrondir.

 J’ai écrit ces deux extraits lors d’un atelier d’écriture créative animé par Sylvianne et Pascal Perrat. Il y a bien d’autres jeux compilés dans cet ouvrage : Libérer son écriture et enrichir son style. À recommander à tous ceux qui veulent écrire en s’amusant !