Vie en faux

Je déteste les rituels de la Toussaint. Rien que pour cette raison je voudrais être née au Mexique ou à la New Orleans où l’on sait vivre, même quand on est mort, où personne ne vous prend pour un saint parce que vous avez perdu votre corps.

Mais cette année, c’est différent. Cette année, un de nos voisins s’est fait emporter par une baïne. Il n’était pas de la région, arrivait tout juste de Lyon. Il laisse une femme et deux enfants, des parents qui trouvent la vie injuste, des frères et des soeurs, des amis… Il laisse un monde vide de lui.

Il avait des projets. Il rêvait.
Mais il n’est pas rentré
Tout est resté en plan
Il n’a pas eu le temps.

Un fil tranché, une histoire inachevée

Il avait une compagne. Ils s’aimaient.
Elle dit qu’il l’a quittée
Elle ne le sent plus à présent
Elle tourne en rond le cœur absent.

Ames brisées, sens glacés

Il avait des enfants, les protégeait.
Ses ailes se sont repliées
Ils lui parlent le soir, souvent
Espèrent qu’il les entend.

Innocents blessés, liens tailladés

Il n’avait pas 40 ans. Il vivait.
Ignorait que la fin approchait
Qu’il ne respecterait pas ses serments
Qu’il devait partir… en les laissant.

Une vie fauchée, instantané.

Grand_Crohot

Amis touristes ou nouveaux venus, méfiez-vous des baïnes qui vous entraînent au large, avec si peu d’espoir de revenir vivant sur la plage.