L’homme aux 1000 ruses

Ce week-end, c’était la fête des amoureux. Je vis loin de mon chéri depuis plus de dix mois et je le retrouverai avec bonheur à la fin du mois de mars. Ce n’est pas une farce, le 1er avril prochain je rentre chez moi, heureuse du voyage et heureuse du retour. Alors j’avais envie de vous parler de retrouvailles.

Quand on part, on laisse derrière soi des gens qui nous sont proches. On y pense souvent, mais d’une façon un peu statique. Ils se figent dans l’image du jour du départ. Ce qu’on oublie, c’est que pendant que l’on est au loin, ils ont CHANGÉ eux aussi ! Eh oui… ils ont osé. Les enfants ont grandi, sont devenus adultes. Les adultes ont vieilli. Il y a eu des morts et des naissances, des mariages et des séparations. Des maisons se sont dégradées, d’autres se sont élevées…

Tous ces changements, on les prend en pleine figure quand on rentre après une longue absence. Quelle est notre place dans cet environnement à la fois familier et nouveau ? Comment renouer avec nos proches devenus étrangers ?

L’opéra « Le retour d’Ulysse dans sa patrie » de Claudio Monteverdi, explore ces questions.

Le retour à Ithaque

Après son Odyssée qui aura duré 20 ans, Ulysse débarque seul à Ithaque pressé de retrouver sa femme et son trône. Athéna qui le protège, lui envoie une nuée magique dans les yeux qui masque la ville à sa vue. Elle freine ainsi son impatience et l’empêche de se précipiter tête baissée.

Désemparé et solitaire, Ulysse erre sur ce rivage qu’il ne connaît pas. Athéna se présente à lui, déguisée en jeune berger rejoignant son troupeau. Ulysse en profite pour le questionner sur la contrée. Les réponses du « berger » lui permettent de recueillir de précieux renseignements sur la situation. Il découvre ainsi que des rivaux sont sur le point de lui ravir son épouse et son trône.

Que fait alors Ulysse ? Il aurait pu foncer au château pour se faire reconnaître et faire valoir ses droits ? Mais le croirait-on sur sa seule parole ? Il est seul, sans compagnons pour confirmer ses dires. C’est alors qu’Athéna lui souffle l’idée de se déguiser en mendiant pour entrer dans le palais. Souvenons-nous qu’Ulysse est l’homme aux 1000 ruses, l’instigateur du cheval de Troie.

C’est ainsi qu’Ulysse aura su attendre l’occasion idéale pour se révéler aux autres, prouver son identité sans aucun doute possible et retrouver son trône.

monteverdi_milan22-362x119Ulysse, archétype du leader stratège

Cette analyse du « Retour d’Ulysse dans sa patrie » est extraite d’une conférence donnée par Stéphane LONGEOT auprès de publics de managers. Par cette métaphore, il explore les stratégies du leadership :

  • Découvrir l’environnement et écouter ce qu’en disent les « habitants ».
  • Prendre son temps pour se dévoiler.
  • Faire preuve d’humilité dans sa prise de contact (image du mendiant) et n’abattre ses cartes à coup sûr.

Cette conférence a vraiment résonné en moi, en tant que professionnelle mais aussi en tant qu’auteure. Pendant que Stéphane LONGEOT parlait, je me disais que cette stratégie pouvait également s’appliquer aux personnages de nos histoires.

Trop souvent, nous nous pressons de les faire entrer en scène et de dévoiler leurs forces. Ou alors nous masquons complètement leurs ressources pour créer un effet de surprise, au point que bien souvent celles-ci donnent l’impression de sortir du chapeau.

Et si l’un des talents d’écrire, résidait dans sa stratégie à dévoiler ses personnages et leurs 1000 ruses ?

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33 réflexions sur “L’homme aux 1000 ruses

  1. Bon retour sur ton territoire ! Encore quelques semaines de patience. Et vite un restau pour les dernières nouvelles. J’adore ta métaphore d’Ulysse pour réfléchir aux personnages. Je suis d’accord, ne pas les livrer trop vite, ne pas tout cacher d’emblée… un exercice d’équilibre et de jeu avec son lecteur !

    • J’aime beaucoup cette image d’équilibriste que tu donnes à l’auteur, suspendu sur le vide de son histoire et de sa page blanche… C’est ça qui nous plaît non ? A très bientôt 🙂

  2. « Et si l’un des talents d’écrire, résidait dans sa stratégie à dévoiler ses personnages et leurs 1000 ruses ? »
    je crois que sinon un talent, du moins une des ruses, c’est en effet de dévoiler et de voiler -juste assez et pas trop – aux lecteurs les intentions des personnages ; ainsi qu’aux personnages eux-mêmes.
    C’est bien sûr plus facile à dire qu’à faire ; sinon, ou serait le plaisir ? 🙂

  3. Etonnant qu’Ulysse n’y ait pas pensé seul, c’est Athena, protectrice et intelligente, qui le guide. Ulysse aurait-il été homme à reconnaître son côté féminin? les deux faces sont importantes pour chacun d’entre nous. Merci d’avoir partagé ces stratégies!

    • Ulysse, c’est quand même le gars qui prétend mettre dix ans pour rentrer chez lui mais oublie de dire qu’il passe 9 ans et demi chez Circé et Calypso 😦
      Alors sans Athéna pour arranger ses bidons, je me demande vraiment comment il s’en serait sorti 🙂

    • Ah Ah ! Tu soulèves une question intéressante, je crois bien que ça me donne l’idée d’aller explorer du côté de Pénélope… Suite au prochain épisode !

  4. Je me demande comment est-il possible d’associer « stratégie » et « crédibilité » dans une histoire… La vie suivrait-elle un plan ? 🙄
    Bon, ce n’est qu’une modeste réflexion personnelle, hein !!!
    Bonne journée 🙂

    • en effet, la vie ne suit pas un plan, à la différence de l’auteur d’une fiction…. la difficulté est de bien masquer ce plan – sinon y a plus d’histoire et le lecteur ferme le livre – tout en le laissant deviner -sinon les événements arrivent comme des hasards si hasardeux que le lecteur décroche 🙂
      Bref, il faut bricoler (comme dans la vraie vie)

    • La vie est remplie de plans, réussis, échoués, arrêtés en plein vol… et surtout justifiés a posteriori ! Je crois que nous sommes vraiment doués pour faire croire qu’on voulait ce qu’on a obtenu, et c’est ici qu’on retombe sur la crédibilité ! Admirez l’acrobatie… Merci Gavroche pour cette belle réflexion 🙂

  5. Le retour dans les pénates c’est à la fois grisant et déstabilisant. Oui, on retrouve ses marques et en même temps on en a perdu certaines. Comme une impression de chaud et froid, de vide et de plein. J’ai déjà ressenti cela, c’est très bizarre.

    Bon retour Elisa et bonne « reprise » de « territoire » 😉 🙂

    Je te suis quand tu parles des personnages de « fiction » qui se dévoilent trop vite ou trop vite comme un p.. sur une toile cirée. Cela m’agace assez souvent. Surtout dans les films et particulièrement ceux où il peut y avoir du suspens ou une confrontation psychologique. Je sais qu’il est nécessaire de « condenser », mais c’est très souvent au détriment du/des personnage(s), de l’histoire et donc de la satisfaction du spectateur 😉
    C’est récurent ce moment de la fameuse scène où tel protagoniste dévoile à brûle-pourpoint à un autre ses pensées ou sa stratégie.
    Tout le sel et la progression de l’histoire, l’intrigue partent à vau-l’eau et je me dis à chaque fois « Mais quel imbécile pouvait pas la boucler non! » (mais non… je sais bien que c’est le scénariste qui… 😉 )
    Bises
    Cath

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