La relativité de la connerie

Quand j’ai tendu mon premier roman à un vieil oncle, il a pris le livre en me regardant droit dans les yeux et il m’a dit : – On va voir si tu es vraiment intelligente.

J’ai éclaté de rire. Quel rapport entre l’intelligence et mon livre ?

Rien… et tout ! Car à ses yeux, je faisais maintenant partie des intellectuels et il devait vérifier si j’étais digne de faire partie de cette caste.

Pour mon vieil oncle, l’intelligence est quelque chose qui se mesure : test du QI, niveau d’études… et qui se matérialise par des capacités à relever des défis qu’il juge hors normes à ses yeux : parler plusieurs langues, gagner beaucoup d’argent, écrire un roman …Einstein_1921_portrait2

Je me demande ce que ce vieux tonton flingueur pensera si un jour mon roman est édité en plusieurs langues et me rapporte des droits d’auteur conséquents… Dans ce système de valeurs toutes relatives, je devrais dépasser Einstein.

Je ne me moque pas, je souris. D’ailleurs cette réaction est largement partagée dans l’inconscient collectif. Nous avons subi si longtemps le joug de cet unique critère pour définir l’intelligence humaine : le raisonnement logique option abstrait.

Aujourd’hui, de nombreuses autres formes d’intelligence sont mises à l’honneur : l’intelligence du cœur et celle du corps, celle des émotions, des situations, la créativité, l’art de la stratégie… A mon avis, on n’a pas fini d’en découvrir, tant notre cerveau nous est encore inconnu.

« Est-ce qu’écrire un roman est un signe d’intelligence ? »

001-46fa5f4J’avoue que cette question de mon vieil oncle m’a taraudée un moment. D’autant que l’un de mes grands maîtres en écriture affirme que « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». De quoi nourrir tous les doutes qui viennent me torturer régulièrement : « A quoi ça sert ? Mais pour qui je me prends ? … »

Alors pour répondre à tous les vieux oncles du monde, on s’en fout d’être intelligents ou d’être pris pour des cons !

Ce qui compte, c’est voir le monde à notre manière et le transposer dans notre univers. C’est trouver la force d’oser partager cette vision intime du monde, malgré la trouille d’exposer ses œuvres et son âme à la critique.

Parce que sinon, quelque part au plus profond, quelque chose mourra.