Initiation Polar

Alors, voilà l’article du lundi, nouvelle version… Bon d’accord, on est mercredi. Mais j’ai une excuse en béton, lundi j’étais encore plongée dans ce premier des trois ateliers d’écriture auxquels je me suis inscrite. « Initiation POLAR », c’est son titre. Tout un programme n’est-ce pas ? Clairement affiché : « apprendre les ficelles du genre (polar donc) et être placé en situation d’écrire le noir ».

Les plus qui m’ont fait choisir cet atelier :

1/ Il est organisé en stage sur 3 jours consécutifs, un format que j’aime beaucoup car on est plongé en immersion, protégée des petits tracas du quotidien. J’allais pouvoir apprendre à tuer sans être dérangée, car tuer n’est pas naturel chez moi et me demande beaucoup de concentration.

2/ L’atelier est animé par Sébastien Gendron, écrivain publié chez Albin Michel, scénariste et réalisateur. J’avais lu Le tri sélectif des ordures dont le style est très éloigné du mien. J’aime confronter des univers différents.

3/ L’organisateur est l’un des deux mastodontes des ateliers d’écritures avec ceux fondés par Elisabeth Bing. S’il y en a qui méritent le nom d’école d’écriture, c’est bien Aleph-écriture. Leurs ateliers reposent sur des méthodes pédagogiques solides, à partir d’extraits d’œuvres littéraires et d’apports théoriques, en alternance avec des temps d’échanges avec le groupe.

Un atelier d’écriture, c’est d’abord une aventure humaine. Les protagonistes arrivent de Bordeaux, de Charente, de Paris… Nous sommes 11 dans la salle, 11 femmes, les hommes brillent par leur absence mais c’est un phénomène courant. Autre caractéristique ordinaire, je ne vois personne âgé de moins de 30 ans. L’écriture a cette habitude bizarre de sauter directement de l’adolescence à la maturité libérée des contraintes familiales, surtout pour les femmes. Mais ceci est une autre histoire… Revenons ici et maintenant.

Quand on assiste à un atelier, chacun vient avec des attentes plus ou moins précises. Une fois évacué le mythe qu’une formation ou un atelier ne donne pas de recettes magiques, chacun exprime ce qu’il est venu chercher. Il y a d’abord deux auteures jeunesse qui ont envie de visiter un genre très éloigné du leur, une auteure de polar confirmée qui vient respirer une bouffée d’air noir, une auteure qui vient de finir son premier roman et qui attend très impatiemment la réponse des éditeurs, et quelques autres qui veulent voir si elles peuvent booster leurs écrits avec les ficelles du polar.

Mon objectif à moi, c’était d’explorer le genre polar, d’en démystifier les codes et d’apprendre à jouer avec. L’enjeu derrière l’objectif, m’assurer que la littérature policière est bien la meilleure façon de raconter l’histoire qui me trotte dans les tripes.

Chacun est installé, attendant que les choses démarrent. La surface de la table a disparu dès les premiers instants. Feuilles blanches volantes, écrans, cahiers petits formats grands carreaux, blocs grands formats petits carreau. Certains abusent, ils ont à la fois un écran et du papier (c’est moi, j’avoue !). Stylos, crayons, feutres… Verres d’eau, tasses de café ou de thé, bouteilles rouges coca, à chacun sa drogue pour rester concentré. Demain, j’apporterai des gâteaux.

Car un atelier d’écriture consomme beaucoup d’énergie. Pour absorber les contenus apportés par l’animateur, pour écrire des textes à l’impromptu, pour oser les lire à voix haute ensuite… Allez, on se tutoie et on se détend.

Les exercices s’enchaînent. Le temps d’écriture est volontairement contraint pour aller à l’essentiel et forcer les participants à lâcher prise. Sébastien insiste sur les consignes. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas que nous écrivions une histoire bouclée mais que nous expérimentions la situation d’écriture qu’il nous propose.

Certains écrivent lentement. Quelques lignes raturées. D’autres noircissent des pages. Chacun se rassure comme il peut. C’est intimidant de lire ce qu’on vient d’écrire, sans filtre, sans se relire. Quand on écrit, on s’expose. Forcément, à quelques exceptions près (là, je pense au quincaillier de G., notre magicienne des mots), forcément, nos textes ne sont pas très bons. Les phrases sont bancals, les mots se répètent ou se heurtent… La recherche de perfection est mise à mal, flinguée sans sommation.

C’est parfois difficile à accepter. Certains renâclent devant l’obstacle. Laissent leur page blanche. Se disent que la consigne ne les a pas inspirés. Il faut se forcer pour écrire les premiers mots, mêmes s’ils n’ont rien à voir, même si c’est juste recopier la consigne, pour que cette satanée inspiration ramène le bout de son nez. Car ce qui est en cause n’est pas le manque d’inspiration, mais la peur du regard de l’autre. Quand on écrit, on s’expose.

Parmi les textes livrés aux oreilles du groupe, il y a les structurés, les rebelles, les inventifs, les envoûtants… Chacun a sa voix propre. Dès la première journée, les univers de chacun se dessinent.

Ce que j’aime dans les ateliers d’écriture, c’est la force du groupe, cette espèce d’énergie créatrice qui se met en branle quand on empoigne nos stylos. Ce lien qui se crée quand on a dépassé nos peurs et qu’on découvre la richesse des autres.

Je pensais aussi vous partager mes étonnements, mes découvertes sur le monde du polar… Et là, je suis vraiment embêtée. Car du point de vue de Sébastien Gendron, il n’y a pas de réelle différence entre l’écriture de littérature blanche et l’écriture de littérature noire. Pour lui, c’est une question de curseur à pousser plus ou moins loin.

Il a donc peu abordé les codes du genre que j’attendais et les différentes structures de narration associés et il a préféré orienter le contenu de l’atelier vers l’exploration des techniques d’écriture les plus importantes en faisant des liens avec le monde du polar….

Ce que je retiens, à chaud, c’est sa façon de nous partager son expérience et sa vision du genre, avec générosité et sans nous imposer de dogme. Il a répondu avec patience à toutes les questions, notamment sur le monde mystérieux de l’édition.

Ce n’était pas un atelier à la mode Aleph, avec sa pédagogie habituelle basée sur le décryptage de l’héritage littéraire ouvrant sur de nouveaux horizons à écrire. C’est vrai. Pour autant, le contenu apporté par Sébastien m’a permis de recueillir quelques pistes qui résonnent dans ma tête comme une alarme clignotante et hurlante. Un truc horrible qui ne s’éteindra que lorsque j’appuierai sur le bouton d’arrêt et que je me déciderai à agir ou que je balancerai par la fenêtre…

Je vous raconte tout ça lundi prochain, promis.

Bises et bonne écriture à tous, Élisa

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7 réflexions sur “Initiation Polar

  1. Bonsoir Elisa,
    Tes impressions me rappellent les ressentis que j’ai vécus en allant au Corbeau Rouge à Bordeaux suivre l’atelier d’écriture, dirigé par Sophie Colardelle. Pour l’instant interrompu.
    Tu décris très bien l’environnement et nos peurs. La phrase suivante qui ne vient pas, l’esprit bloqué par nous-mêmes.
    Je trouve que ton analyse dans les mots est bonne quant à ce genre. Laisse-toi guider par ton instinct, je suis certaine, qu’il te sera bénéfique. Bisous. 🙂

  2. Cc Élisa tu apprends encore des choses incroyables et surtout une autre façon d écrire mais au fond cela reste ce que tu aimes et surtout sais faire… écrire pour offrir….!!! Tu nous offres tes mots livrés à chaud et certaines émotions ( on en sent la vigueur et la surprise !)…tu es une écrivain, et peu importe ce que sera le support tu nous fais vibrer à travers tes mots et tes explications. A lundi..bon dimanche. Bisous Annick

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