Polar, un genre insaisissable

La semaine dernière, vous vous souvenez, j’ai participé au stage « Initiation polar » et j’espérais que je pourrais transférer cette belle énergie créative dans mes séances d’écriture… Bon, autant dire tout de suite que… raté !

Quand vous vous absentez une journée, vous retrouvez vos dossiers intacts, attendant tranquillement votre retour. Juste à côté des dossiers du jour. La boite mail est sur le point d’exploser, la messagerie vocale clignote désespérément. Il faudra toute la journée pour décoder l’important de l’urgent en passant par le prioritaire. Et hop ! c’est comme si on n’était jamais partie.

Exit la scène d’expo qui était née lors du stage. Cette caractéristique de personnage si intéressante ? Envolée… Je savais bien que j’aurais dû poser ma semaine après le stage. J’y avais finalement renoncé à cause d’échéances professionnelles.

Quelle erreur !

Même si j’ai pu retrouver quelques unes de mes idées dans les notes que j’avais prises (19 pages quand même !), l’élan avait disparu. La prochaine fois, peu importe le boulot, je prends plusieurs jours pour moi, pour tirer les fils qui seront nés pendant le stage.

Je m’étais inscrite à « Initiation polar » pour décortiquer les  codes du genre et voir si le polar pouvait offrir un meilleur cadre à mon histoire. Sébastien Gendron nous a partagé sa vision des différents sous-genres de la littérature policière :

  • Le roman policier : L’intrigue est menée par un enquêteur, quel qu’il soit, flic, gendarme, magistrat, journaliste, personne ordinaire prise dans la tourmente… Un seul objectif : découvrir qui a tué (ou commis le délit), pourquoi et comment. Le courant « Who done it ? » créé par Agatha Christie appartient à cette catégorie. La difficulté pour l’auteur : immerger le lecteur au cœur de l’enquête, en révélant assez pour le tenir en haleine, pas trop pour ne pas dévoiler le mystère prématurément, et sans tricher, c’est-à-dire sans cacher un élément important pour le sortir au dernier moment du chapeau.

 

  • Le polar : L’intrigue débute par le même événement déclencheur, un crime ou un délit mais elle est menée par un hors-la-loi au sens littéral du terme. Au travers de ce personnage qui transgresse les règles, le récit explore les dérives de la société, comme dans les polars de Raymond Chandler sur le monde de la pègre. La difficulté pour l’auteur : créer une empathie entre le criminel et le lecteur même s’il ne souhaiterait pas le croiser.

 

  • Le roman noir : Le roman noir dresse le portrait d’une communauté dans la société. L’objectif est d’en montrer les ressorts au sein du groupe et ses interactions avec la société. Avec L’Assommoir, Émile Zola peut être considéré comme le précurseur du roman noir. L’intrigue est ici un moyen, pas une finalité. Chez Manchett par exemple, ses personnages ont une vie droite et bien rangée jusqu’au jour où ils plongent dans un monde souterrain qu’ils étaient loin de s’imaginer. C’est aussi le cas du héros du roman de Douglas Kennedy : Piège nuptial.

Et le thriller dans tout ça ?

Pour Sébastien Gendron, le thriller est une invention des éditeurs, un pur produit commercial qui repose sur la mécanique du page turning à grands renforts de cliffhangers et de descriptions détaillées de scènes d’horreur… Sans toutefois dire beaucoup de la société ou de la psychologie criminelle.

Je partage avec vous cette proposition de classification. Et je ne sais pas vous, mais je n’adhère pas vraiment, j’avoue. 

Il est certain que plusieurs courants ont traversé la littérature policière. Le « who done it » d’Agatha Christie, le roman procédural centré sur l’enquête de Georges Simenon…  Mais elle est aussi peuplée de récits qui empruntent à tous les genres. Dans les romans de Fred Vargas, le commissaire Adamsberg mène l’enquête dans des milieux différents à chaque fois, Moisson rouge de Dashiell se déroule sur fond des grandes grèves aux États-Unis pendant les années 30…

Au-delà, de nombreux classiques auraient pu être étiquetés comme appartenant au roman policier. À commencer par Les Misérables de Victor Hugo dans lequel Jean Valjean fuira désespérément Javert. Car le polar est d’abord une tragédie au sens dramaturgique du terme. À ce titre, Shakespeare pourrait même être considéré comme un auteur de polar, n’est-ce pas ?

Au final, je dirais que le polar est une histoire où est exploré le rapport à la transgression la plus forte qui soit : le meurtre d’un être humain par un autre être humain.

Je n’irai pas plus loin dans ce portrait-robot des sous-genres de la littérature policière. L’écriture est l’un des espaces de liberté les plus larges qui existent. La catégorisation n’est utile que pour proposer un pitch à un éditeur. Encore faut-il avoir écrit le manuscrit… Alors je vais profiter de ma page encore blanche pour écrire, en liberté, une enquête noire menée par une capitaine de police et un amateur mais je pense que toute ressemblance s’arrêtera là.

Mettre en scène un cadavre dès le premier paragraphe ne m’attire pas. D’ailleurs, je n’aime pas non plus les romans qui entrent trop brutalement dans l’action. Ils me donnent toujours l’impression d’être en retard. J’ai besoin de m’installer, de faire connaissance avec les personnages dans une situation ordinaire, d’entrer en empathie avant d’aller plus loin.

Et vous, que préférez-vous ?

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14 réflexions sur “Polar, un genre insaisissable

  1. Comme ton article est intéressant.
    J’aime le début de ta classification. Les Agatha Christie ou Arthur Conan Doyle, sont des merveilles du genre en soi de livres policiers.
    Je suis d’accord avec la classification du thriller, genre fourre-tout pour moi de romans policiers, polars ou autres impossible à classer.
    J’ai lu beaucoup de romans, de la première classification dans ce que je décris. Et en ce moment j’ai tendance à vouloir revenir à un certain classicisme après avoir plongé dans le noir, le sombre, le polar noir. Crimes ordinaires et autres. Je n’ai jamais rien lu d’Edgar Allan Poe.
    Ni de Stephen King. De lui j’en ai vu deux très beaux films. J’ignorais qu’il s’agissait de cet auteur en découvrant ce très beau film.
    J’adore Stéphane Bourgoin, ses analyses psychologies, ses recherches. C’est du réel, du vécu, un autre point de vue, son roman La Profileuse m’a vraiment impressionnée dans son témoignage pour une femme ayant exercé ce métier.

    Quant au scénario, je lis pour l’instant toute une série d’un certain Enrique Laso, en téléchargement.
    Lui est profileur, il est appelé par un commissariat général dans un endroit aux E.U, et ensuite essaie de trouver le meurtrier de victimes d’un tueur peut-être en série. Ce qui est original dans ces ouvrages, c’est que le profileur n’est pas présenté comme un être extraordinaire, mais bien comme un homme avec ses fêlures, ses tracas, même si dans le deuxième volet de Crimes Bleus, c’en était devenu agaçant, mon avis à l’encontre de l’auteur. Je n’ai pas renoncé et ai persisté. Je ne regrette pas. C’est une manière d’aborder le sujet plus « humaine » avec les contacts entre les membres du groupe de recherche, policiers, informaticiens, borderline ou pas 😉
    Un peu d’humour allège l’atmosphère.

    Alors choisir par la découverte d’un cadavre, pourquoi pas. Une manière comme une autre. En espérant que pour un même auteur, il varie les plaisirs de l’écriture et de son scénario. Je lis beaucoup de premiers romans dans ce genre. Si tu as déjà quelques idées, je te fais confiance.
    Reste dans la désobéissance, comme celle des pouces. Quel régal. 🙂

    Entendu un jour à la télé de la part d’un auteur de polars à succès, qu’il ne suivait aucune ligne directrice et qu’il se mettait tout simplement à l’écriture.
    Qu’est ce que cela doit être amusant dans ce domaine de se faire « posséder » par ses personnages.
    Une enquête policière sur fonds de dénonciation de faits véridique m’a beaucoup plu grâce à Pierre Faverolle ou Blacknovel1 comme site ou blog, pour m’avoir conseillé Jour de Colère de Diego Arrabal, ou L’hiver des Enfants Volés de Maurice Gouiran. Un chef d’oeuvre. Deux enquêtes qui m’ont fait découvrir l’horreur des enfants enlevés à leur maman à la naissance pour servir en Espagne, en Irlande, en Belgique et autres pays, comme « objets de vente » à des couples riches qui payaient très cher ces adoptions. Ce qui m’a suscité à chercher sur internet, le pourquoi du comment après lecture. Une enquête qui devient alors personnelle pour en savoir davantage et qui ouvre à une réelle réflexion.
    Dans Jour de Colère, c’est une enquête classique d’un commissaire suite à l’assassinat de deux religieuses. Dans ce cas de figure, l’histoire démarre bien par un assassinat. 🙂

    Désolée Elisa, j’ai une fois de plus été bien prolixe dans mon commentaire. Tu ne me changeras pas 😉
    Bisous et merci d’avoir posé cette réflexion.

    • Merci beaucoup ma chère Geneviève. J’adore quand tu te penches ainsi sur un sujet pour en explorer toutes les facettes… Et merci pour ton retour sur les Pouces. Il sort cette semaine et a besoin de tous les coups de pouce… 😉 Bises 🙂

      • Ton sujet m’a inspiré à ce moment là. Quant aux Pouces, un livre que j’adore, à lire sans modération. Je lui souhaite une sortie de Prince des Pouces ❤ Bises.

  2. D’accord avec Simone, dans tous les genres, c’est la voix de l’auteur qui prédomine, son écriture et son style. Mais je ne suis pas vraiment amatrice des histoires de crimes. Je préfère largement la vie et les monologues ou descriptions intérieures. Question de goût. Mais Craig Johnson, le chouchou de Simone, j’ai apprécié.
    Il y a un polar que j’ai adoré parce qu’il reprend l’oeuvre de Duchamp :C’est toujours les autres qui meurent de Jean-François Vilar, trop drôle! J’étais motivée…

    • Carrément. C’est aussi Simone qui me l’a fait découvrir, j’adore. Et maintenant, je vais aller découvrir ce polar qui tue dans l’univers Duchamp… Bisous 🙂

  3. Merci pour ces infos 🙂
    Je suis surpris à propos du thriller, il me semblait que l’accent était mis sur la psychologie du criminel et l’aspect horrifique. Surpris également de la distinction « roman policier/polar », pour moi c’était la même chose ^^ Ça mérite d’aller fouiller dans ce genre 🙂
    Bon courage pour retrouver l’élan et les idées ; ça va revenir !

    • Merci pour tes encouragements. Effectivement, j’adhère assez peu à cette classification même si elle est juste du point-de-vue historique. Pour Nadia Bourgeois, auteure de talent et animatrice d’ateliers d’écriture, le roman policier raconte l’histoire d’un enquêteur qui poursuit un criminel et cherche à faire la lumière sur son crime tandis que le thriller concerne un individu lambda, vous, moi… qui attire l’attention d’un criminel. Un duel entre le mal et l’ordinaire, sans que l’intervention des forces de l’ordre ne soit possible… Je préfère cette lecture-là, qu’en penses-tu ?

      • Ça correspond aussi à ce que j’avais lu sur le sujet 🙂 Mais les histoires de genres et de sous-genres, c’est jamais simple ! À croire que chaque auteur a son avis sur la question x)

  4. Bonjour Elisa ! Alors très intéressant, tout ça ! Perso, je suis contre la classification, cette foutue manie de mettre dans des cases et comme tu le dis, certaines œuvres sont si diverses dans leur approche d’un sujet…On m’a même imposé une fois de cataloguer Le parfum dans les romans policiers…Je me suis rebiffée mais pas eu gain de cause. Pour moi, il y a un bon et un mauvais livre, et des multitudes d’univers, parfois dans un seul livre il y a en effet un fond social, historique, politique, un lieu, urbain ou pas, des êtres humains et des vies. parfois sombres, parfois cruelles, il s’y commet parfois des atrocités ou au contraire tout est joli et doux et tendre, parfois on y meurt avec violence et alors intervient un flic, un journaliste, un détective, ou une personne qui n’est rien de tout ça mais qui cherche la vérité. Parfois un de ces aspects domine, mais pour autant, il y a une histoire humaine qui est le fond. Je pense à la trilogie d’Olivier Norek, je pense à La reine des pommes,et aux Misérables et à Edgar Poe, enfin pour moi et en conclusion, j’aime tout ça, dans la mesure où c’est bien écrit, où j’y apprends quelque chose, où j’ y découvre une idée, une architecture, une patte. Le roman d’amour, la pure romance n’est certes pas ma tasse de thé, j’ai besoin de l’existence du monde tel qu’il est autour de nous. Ainsi le dernier Pete Fromm qui est une extraordinaire histoire d’amour, est bien plus que ça par l’écriture absolument exceptionnelle, le décor, le grain de sable qui se met dans les rouages…Ah Elisa…on pourrait en parler des heures, n’est-ce pas ? Des bises et courage pour cette rentrée !

  5. Bonsoir Élisa
    Moi perso je n aime pas la littérature noire. Je n ai jamais pu adhérer à ces bouquins.. mais je vois que toi tu n as pas choisi la plus facile des voies pour t investir dans ce genre d écriture et gérer ton job en même temps. Mais tu vas bien arriver à trouver et mettre en place tes idées et nous sortir un petit opus comme tu sais si bien le faire. Bonne soirée et bisous
    Annick

    • Hello chère Annick. En toute confidence, je savais déjà un peu ce que je voulais mais cette classification m’a confortée sur le fait qu’encore une fois, je ne respecterai pas le cadre… Et finalement, cela me convient très bien. Mes petites idées ont besoin d’espace pour grandir 😉 Je t’embrasse, à bientôt 🙂

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