Je ne m’amuse pas, j’écris

Je viens de feuilleter un hors série de Psychologie positive consacré aux ateliers d’écriture et notamment l’Atelier Les Mots, auquel je participe régulièrement. Un numéro vraiment très riche, avec de nombreux articles sur des préoccupations d’écriture telles la construction d’une structure ou des personnages, des propositions pour expérimenter certaines techniques et des interviews d’écrivains, d’agents littéraires ou d’éditeurs.

Parmi les interviews adressés aux auteurs, tous identiques, une question m’a interpellée :

Vous amusez-vous en écrivant ?

Sur les 5 auteurs interrogés, 3 confient qu’ils s’amusent en écrivant. Mais deux d’entre eux évoquent aussitôt après toutes les difficultés qu’ils peuvent rencontrer et qui peuvent venir amoindrir ce plaisir d’écrire.

Les deux auteurs qui affirment ne pas s’amuser en écrivant, mettent plutôt en avant la joie qu’ils peuvent ressentir à écrire, parfois, en dehors des moments de découragement. Une joie qu’ils différencient du jeu ou du divertissement.

Si la question m’a interpellée, les réponses m’ont laissée perplexe. Pourquoi cette distinction entre plaisir, amusement, joie ? Je sais que les auteurs aiment jouer avec les mots, mais dans le cas présent, s’agissait-il de les couper en quatre ou de trouver le mot juste ?

J’ai décidé d’interroger de mon côté deux amies auteures, Nadia Bourgeois et Laurence Marino. Toutes les deux font partie du camp des auteures qui s’amusent en écrivant, mais pas toujours, cela dépend du sujet. Là encore, je reçois des réponses en « Oui, mais… »


Me voici donc avec un panel de 7 auteurs dont une seule affirme sans équivoque qu’elle s’amuse en écrivant.

Pourquoi cette retenue ? Parce qu’écrire est difficile et que le plaisir s’approche du masochisme ? Ou parce qu’écrire ne fait pas sérieux ? Alors si en plus, on dit qu’on s’amuse… Parce que le terme amusement semble faible ?

Moi, quand j’écris, je suis heureuse. L’écriture est mon terrain de jeu, et la difficulté qui survient fait partie de la chose. Dans cet univers encré, je peux être tour à tour angélique, sauvant mes personnages ou machiavélique voire démoniaque, les plongeant dans l’enfer. Je joue, je badine, je risque, je spécule, je jongle… et toujours je vibre et jubile.

Et vous, que ressentez-vous quand vous écrivez ?

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22 réflexions sur “Je ne m’amuse pas, j’écris

  1. Coucou Elisa 🙂
    Oui je sais cela fait longtemps que je ne me balade plus dans les blogs… je « m’amuse » à autre chose 🙂
    Mais que voilà une bonne question 🙂
    Même si je en suis pas auteur(e 😉 ) comme Nadia ou toi, c’est vrai qu’il y a souvent, très souvent de l’amusement à écrire, du plaisir, de la libération, mais enfin en ce qui me concerne, si je devais souffrir en écrivant j’irai de suite faire autre chose, ce n’est pas dans ma nature d’être maso 😉
    Cela me fait penser aussi à ces personnes qui font de Bonnes Actions en étant très contrites, comme si la B.A. faite avec une figure de 6 pieds de long était plus charitable… plus sérieuse et appréciable pffff !
    Mais chacun est comme il est et voit midi à sa porte (oui je sais c’est un peu bateau comme réflexion, mais elle veut bien dire…. etc.)
    Bises à plus 🙂
    Catherine

    • Hello chère Catherine, quel plaisir de lire à nouveau ta plume et ta verve. Merci de ton passage et de ton témoignage. J’adore et je vois très bien ces personnages compassés pour quoi le bien ne peut être joyeux, sinon c’est péché ! Bisous 🙂 PS : moi aussi, je manque malheureusement de temps pour me balader comme avant, je suis plongée dans l’écriture d’un thriller qui tue déjà mon temps libre… Re-bises 🙂

  2. Ecrire me fait du bien. Et les difficultés rencontrées font partie du plaisir… une fois qu’on les a surmontées ! Parfois, j’écris aussi pour me libérer et c’est du soulagement plutôt que de la joie qui m’envahit dans ces moments là. En fait, c’est un mélange d’émotions plutôt qu’une émotion pure et unique.

  3. La sensation d’écrire sera différente pour chaque personne et chacune aura son propre style .
    Ecrire est un plaisir pour moi par exemple. Lorsque j’écris quelque chose je « vois » les images auxquelles je pense et les mots sortent directement sans que j’aie à les chercher.
    On a souvent dit que j’étais une « raconteuse »…

    • Oui en effet, à partir du moment où l’écriture est personnelle, l’émotion le sera aussi. Merci chère Raconteuse de ton partage, au plaisir de lire des raconteries urbaines 🙂

  4. Je cite ce passage de votre article qui correspond à ma pensée :
     » Moi, quand j’écris, je suis heureuse. L’écriture est mon terrain de jeu, et la difficulté qui survient fait partie de la chose. Dans cet univers encré, je peux être tour à tour angélique, sauvant mes personnages ou machiavélique voire démoniaque, les plongeant dans l’enfer. Je joue, je badine, je risque, je spécule, je jongle… et toujours je vibre et jubile. »

    J’ai fait une pause depuis presque 2 ans…question de santé…
    Ce n’est pas évident d’y revenir…
    Toute une discipline à retrouver et aussi la confiance en soi …
    Cependant, je n’ai pas l’intention d’arrêter …!

    Merci
    Mes amitiés

    • Bonjour Madeleine. La seule partie de ma vie où je suis restée sans écrire, c’était effectivement après un gros problème de santé. Je craignais surtout que l’écriture ne vire à la thérapie et sorte du champ du plaisir. Je vous souhaite également de retrouver très vite ce chemin. Amitié, Elisa

  5. « écrire ne fait pas sérieux ? Alors si en plus, on dit qu’on s’amuse…  »
    Je m’amuse, évidemment, et sérieusement, comme un môme joue sérieusement !! bien sûr, il y a des questions lancinantes : comment faire mieux, dire mieux, comment se surprendre (et comment imaginer se préparer une surprise à soi-même ?) ; et la principale, qu’est-ce qui vaut mieux pour mes petits personnages ?
    Mais d’abord, l’amusement, le jeu joyeusement égoïste !!
    Mais je n’ai pas de Grande Oeuvre à léguer à l’Humanité, et si l’écriture était une source de souffrance, je dessinerais ou j’irais aux champignons
    🙂

    • Ah comme je te reconnais bien !!! Merci de tous ces petits bouts que tu nous partages sur ton blog mais attention ! ils vont finir par devenir une grande oeuvre… Bises 🙂

  6. Moi aussi je m’amuse. Comme quand j’étais enfant, j’entre dans l’autre monde, mon miroir d’Alice en quelques sortes… Ou plutôt mon Pays Imaginaire. Je redeviens enfant car je suis connectée à ma nature profonde, à mon instinct, à tout ce qui fait que je suis moi et je suis aussi chez moi, en sécurité, et tout est possible. Le mot amusement me parait bien choisi. Et puis il y a aussi une étymologie possible qui me plait : « Huet alléguait le latin musa, « muse » ; muser serait « se livrer aux muses, à l’étude, à la contemplation » ». Comme vous, ça me rend surtout juste heureuse, je suis entièrement moi-même, vivante et le temps et l’espace n’ont plus d’emprise.

    • 1000 mercis pour cette étymologie inspirée que je ne connaissais pas. J’aime aussi beaucoup ce sentiment de convoquer notre enfant intérieur pour visiter les possibles de l’imaginaire. Bonne écriture, amuse-toi bien 🙂

  7. Écrire pour moi est un vrai boost d’énergie, générateur de joie et oui, bien entendu, je m’amuse en écrivant. Je me sens « chez moi » dans l’écriture. Mais, c’est aussi parfois un combat quand je me bats avec les mots pour trouver le ton juste et que j’ai l’impression que je n’arrive pas à retranscrire ce que je ressens.
    Merci pour avoir relayé cette question que je ne me pose pas souvent, tant l’un et l’autre état vont pour moi de paire avec l’exercice d’écrire 🙂

  8. Intéressant en effet… Moi, quand j’écris(vais) (aujourd’hui je n’ai plus assez de temps) je m’amuse, mais aussi je me connecte à des histoires qui naissent toutes seules dans ma tête et sous mes doigts, et je les découvre au fur et à mesure que j’écris… Donc je m’amuse doublement en fait, car je vis deux fois!

  9. Dans toues les cas même si ce n’est pas un jeu c’est un endroit de bien-être. C’est intéressant cette question, j’y ai pensé toute la journée ! Je persiste : je ne m’amuse pas mais ce sont des moments à part et surtout sans aucune souffrance

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