Femmes qui écrivent… Danger !

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Si je vous demande de me citer des écrivains français célèbres, je vous parie que les noms se bousculeront par dizaines dans votre esprit et ce, sans effort. Si en revanche, je vous demande de me citer des femmes de lettres françaises, l’exercice devient plus compliqué n’est-ce pas ? Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, George Sand, Colette… Et ensuite ? Françoise Sagan, Marguerite Yourcenar…


L’accès à l’éducation a souvent été compliqué pour les femmes, et cela le reste encore dans certaines parties de notre monde qui se prétend moderne. La lecture était autorisée principalement parce qu’elle permettait de s’imprégner des préceptes religieux portés par la Bible ou les Évangiles.

Mais l’écriture est longtemps restée la chasse gardée des hommes.


L’écriture, une activité masculine

Écrire était en effet considéré comme une activité peu féminine, car l’on soupçonnait que le cerveau des jolies femmes, fragiles, ne pourrait résister au poids de l’effort intellectuel.

Activité peu acceptable pour une dame, la plupart se pliaient aux diktats de la société et renonçaient. Pour les audacieuses qui refusaient de se soumettre, commençait alors un dur combat pour obtenir la reconnaissance de leurs écrits quand elles n’étaient pas obligées de prendre un pseudonyme masculin pour pouvoir être éditées.

Plusieurs biopics sont sortis au cinéma ces derniers temps pour raconter le parcours de ces femmes prêtes à casser les codes pour revendiquer leur art : Colette, Mary Shelley qui a révolutionné la littérature populaire avec son Frankenstein…

 

Les femmes qui écrivent vivent dangereusement

En 2017, dans leur livre : Les femmes qui écrivent vivent dangereusement, Laure Adler et Stefan Bollman dressent le portrait d’une cinquantaine de femmes de lettres inspirantes.

Du Moyen-Âge jusqu’à nos jours, ils nous entraînent dans leur combat. Dans cette quête d’authenticité et de liberté, entravée par les carcans sociétaux, qui poussait souvent les femmes de lettre à adopter une posture anticonformiste les mettant au ban de la société, les menant à la folie ou à l’ultime renoncement, le suicide.

Les femmes de plumes « plumées »

Parmi celles qui ont réussi à connaître le succès de leur vivant, nombreuses sont celles qui sont tombées dans l’oubli, étouffées par le Panthéon des écrivains masculins. C’est ce constat que dresse en 2018 le critique littéraire Éric Dussert dans son livre : Cachées par la forêt qu’il consacre à la biographie de plus de 130 oubliées de la littérature.

Autre militante pour la mémoire de l’action des femmes : Laurence Faron, fondatrice et directrice des éditions jeunesse Talents Hauts. En 2019, elle décide de lancer une nouvelle collection à destination des adolescents pour promouvoir les textes ou la vie de femmes inspirantes. C’est ainsi qu’elle découvre des centaines de textes oubliés, « devenus invisibles, copiés, spoliées par le patriarcat » alors que certains ont connu du vivant de leur auteure un vif succès auprès du public.

Jeudi 21 février 2019, la collection « Les Plumées » tire de l’oubli 3 ouvrages : Une femme m’apparut, écrit en 1905 et rebaptisé L’Aimée, l’une des rares œuvres de prose de la poétesse Renée Vivien, Isoline, écrit en 1882 par Judith Gautier, première femme membre de l’académie Goncourt et enfin, le premier livre à recevoir le prix Femina en 1910, Marie-Claire, roman social de Marguerite Audoux (vous le saviez, tout ça ?).

Si les livres ont été écrits il y a longtemps, les thèmes sont intemporels. Voyez plutôt. L’Aimée raconte la passion dévorante et destructrice entre l’héroïne et une femme. Dans Isoline, Judith Gautier aborde les relations sentimentales, mais aussi la complexité d’une relation père-fille. Sans doute a-t-elle puisé dans celle qu’elle a entretenue avec son père, le romancier Théophile Gautier. Marie-Claire est l’histoire d’une orpheline devenue bergère jusqu’à ce qu’une déception amoureuse la force à tenter sa chance à Paris.

Une dizaine d’autres livres sortira en 2019 dont celui de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, à qui Disney et Cocteau ont emprunté La Belle et la Bête.

J’avoue, je ne connaissais que Renée Vivien et encore, assez peu. C’est donc avec grand plaisir que je vais faire une place dans ma PAL à ces femmes de plumes « plumées » et remises à l’honneur par Talents Hauts. D’autant que ces livres sont proposés dans un format et un tarif de poche.

 

Chanson pour mon ombre (Renée Vivien)

Droite et longue comme un cyprès,
Mon ombre suit, à pas de louve,
Mes pas que l’aube désapprouve.
Mon ombre marche à pas de louve,
Droite et longue comme un cyprès.

Elle me suit, comme un reproche,
Dans la lumière du matin.
Je vois en elle mon destin
Qui se resserre et se rapproche.
A travers champs, par les matins,
Mon ombre suit, comme un reproche.

Mon ombre suit, comme un remords,
La trace de mes pas sur l’herbe
Lorsque je vais, portant ma gerbe,
Vers l’allée où gîtent les morts.
Mon ombre suit mes pas sur l’herbe,
Implacable comme un remords.

7 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Elisa dit :

    Excellent ! Merci 🙂

  2. Annick Genin dit :

    Cc Élisa oui merci de nous éclairer par ton article et de nous donner l envie de lire toutes ces femmes qui restent dans l oubli
    Gros bisous à toi et bonnes fêtes de Pâques 💕

    1. Elisa dit :

      Très bonnes lectures Annick, d’hier ou d’aujourd’hui, bises 🙂

  3. brindille33 dit :

    Merci Elisa pour ce bel hommage à ces oubliées ou mises de côté par un soi-disant mécène brillant. Je pense au début de Colette et de son mari qui publiait sous son nom de mari les œuvres de son épouse. Au niveau musical Mahler a bien souvent « emprunté » des morceaux musicaux de son épouse. Alma Mahler ou l’art d’être aimée de Françoise Giroud ».
    Je prends note de tes références. Bises. Geneviève

    1. Elisa dit :

      Hello Geneviève, merci de ton passage et de ces précisions. Bises, Elisa

      1. brindille33 dit :

        Bonjour Elisa. Je viens d’acheter ton avant-dernier livre. Je l’ai commandé et en attends la livraison 🙂 Bisous et bon w.e. un peu frais. 🙂

  4. lorenztradfin dit :

    et moi je te sors les Sallenave et Laurens…., (j’aime bien la chanson !)

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