Les oiseaux ne le savent pas mais le printemps est confiné. Les humains sont en danger, le monde empoisonné par un ennemi microscopique et ravageur. Alors oui, on peut dire que nous sommes dans les ennuis jusqu’au cou. Il nous reste si peu pour respirer.

Un autre ennemi nous guette, invisible et tout aussi destructeur. Nous ne le voyons pas mais nous pouvons le sentir. Au plus profond de nous, quand nous errons dans nos quelques mètres carrés coincés entre quatre murs de béton, désœuvrés, marre de la télé, pas envie de lire, on veut juste retrouver notre job et cette routine qui hier encore nous semblait insupportable, nos proches aujourd’hui si loin, inaccessibles…

Vilipendé dans l’inconscient collective, l’ennui, frère de l’oisiveté, mère de tous les vices… Jour après jour, sous le double effet de la culpabilité de n’être plus utile et de la solitude, l’ennui peut activer la tristesse, voire la détresse émotionnelle. Jour après jour, l’ennui au singulier peut éroder notre joie de vivre et notre capacité à rêver.

Paradoxalement, l’ennui peut aussi être propice à la créativité.

En ces jours de repli sur soi, je me suis demandé ce que nous, les auteurs, pourrions apporter à la société. Un roman ? Pourquoi pas, mais ça ne s’écrit pas en quelques jours. Écrire des textes courts pour les diffuser gratuitement à destination de tous les esseulés ? J’aime cette idée, publier quelques textes en gros caractères pour qu’ils soient lisibles facilement par tous…

Pendant les périodes difficiles, l’écriture est l’un des moyens permettant de faciliter la résilience. Inutile je pense de vous rappeler à quel point, à travers toutes les époques, les écrits ont été des bouées pour les personnes emprisonnées. Même si notre situation aujourd’hui n’est pas aussi dramatique que d’autres épisodes de notre histoire, que nous sommes à l’abri chez nous sans crainte de recevoir une bombe sur nos têtes, le choc de se voir enfermés peut constituer pour certains d’entre nous, un véritable trauma.

C’est pourquoi, je vous propose aujourd’hui un exercice utilise les mécaniques de l’écriture créative pour se déployer vers l’écriture cathartique.

  • Prenez une feuille de papier et notez toutes les lettres de l’alphabet, en laissant suffisamment d’espace entre les lettres.
  • En ayant en tête la situation actuelle, notez en face de chaque lettre les mots qui vous viennent à l’esprit. La créativité étant enfant du désordre, n’hésitez pas à suivre vos pensées plutôt que la liste sur la feuille. Pour corser un peu les choses, je me suis interdit 5 mots : virus, confinement, maladie, masque, PQ. À vous de choisir vos propres maudits.
  • Une fois que vous disposez d’au moins un mot en face de chaque lettre et en gardant en tête la situation actuelle, creusez le sens qu’ils ont pour vous, les émotions qu’ils génèrent… Étirez les mots, transformez-les en expressions, définitions, phrases, histoires courtes… Tout est permis : associations d’idées, mots valises, pamphlets colériques, réflexions loufoques, confessions impudiques…

Voilà ce que j’ai fait ce matin. Avoir donné à cette situation pénible et anxiogène une touche d’auto-dérision et d’absurde a été assez jubilatoire. Me voici de retour dans le monde réel, avec un pansement sur le cœur.

Je vous dis donc à bientôt,
Prenez soin de vous.

PS : En écrivant ce post, je pense à ceux qui ont été contraints de stopper leur activité et qui voient le sens de leur utilité mis à « mail ». Je pense aussi à ceux qui s’exposent en continuant à aller travail ou qui sont en charge d’enfants à instruire et à distraire… J’espère qu’après cette période, on arrêtera de se taper les uns sur les autres et qu’on aura enfin compris que nous sommes tous utiles, chacun à notre niveau, au fonctionnement de notre société : les profs, les soignants, les aides à domiciles mais aussi les caissiers, les chauffeurs routiers… TOUS ENSEMBLE !