Solutionner n’est pas créer

Quand on s’embarque dans l’écriture d’un roman, les problèmes ne tardent pas à arriver. Il y a les personnages qui dévissent, les péripéties qui se surmontent trop vite ou pas assez, une fin à trouver, un début à accrocher…

Et si je vous disais qu’il ne faut surtout pas chercher à les résoudre ?

Non je ne suis pas folle. J’ai découvert récemment un article sur le fonctionnement de notre cerveau qui a bouleversé mes croyances. J’ai donc fouillé un peu le sujet et bien que je ne sois pas une neuroscientiste, j’avais envie de vous partager ce que j’en ai compris.

Premier point : le processus de résolution de problème repose sur notre pensée logique, un mécanisme rationnel de notre cerveau qui, devant un stimulus irritant (alias le problème) mobilise l’ensemble de ses connaissances, ses habitudes, ses croyances… pour tenter de le minimiser, voire de l’éliminer. La pensée logique est donc un exterminateur de problèmes.

Or (c’est le deuxième point), la pensée créatrice repose sur l’acte de créer, dans le sens « faire naître ». Elle ne veut rien exterminer. Au contraire, elle est stimulée par son ouverture au monde, par son écoute de ce qui existe et qui est présent à ce moment-là, par son intérêt pour ce qui s’offre à celui qui sait voir à ce moment-là.

En résumé, la pensée créatrice comble un vide que vous seul avez perçu, un désir de quelque chose de plus et qui manque à votre monde.

Si vous voyez les événements sur son chemin comme des problèmes à résoudre, vous pourrez puiser des solutions dans votre boite à outils. Mais si vous voyez ces événements comme des sources de curiosité à explorer, vous vous engagerez sur des sentiers que vous n’auriez même pas envisagés.

Prenons l’histoire de la pomme qui tombe sur la tête d’Isaac Newton. Du haut de son esprit scientifique (Newton est à la fois mathématicien, physicien, alchimiste, astronome, philosophe, théologien…), il aurait pu voir dans cet événement un problème à résoudre et se lancer dans une recherche pour améliorer les arbres afin que leurs fruits ne tombent plus par accident.
Au lieu de cela, sa curiosité a été piquée par cette pomme tombant sans cause apparente, il a exploré l’événement sous tous ses angles. On connaît tous la fin de l’histoire : il a découvert la loi de la gravitation universelle.

Autre exemple : Albert Einstein remerciant tous ceux qui lui ont dit non car c’est grâce à eux qu’il est devenu lui-même. Et vous, vous auriez envie de remercier qui, là tout de suite, maintenant ?

L’écume de l’écriture

Paul Valéry disait : « Les événements sont l’écume des choses. C’est la mer qui m’intéresse ».

Quelle image magnifique ! Être bercé par l’océan des possibles, écouter le ressac effacer les injonctions cartésiennes de son cerveau, surfer sur les vagues et se laisser porter par l’écume de son roman. « Vers où, vers quoi cet événement m’emmène-t-il ? Que veut-il me montrer, me dire ? Que vais-je découvrir qui va m’étonner ? ».

Le challenge n’est pas évident tant nous baignons en permanence dans des objectifs de performance, écrire 2000 mots par jour, construire des personnages originaux, une intrigue ébouriffante…

Que se passerait-il si on se bouchait les oreilles devant l’appel des sirènes de la solution parfaite, si on laissait l’histoire aller à son rythme, si on s’autorisait à contempler nos personnages s’agiter en dehors de nos fils de marionnettiste… ?

Autant de réflexions qui m’animent ces derniers temps et que j’ai testées par petites touches. Dès que mon histoire rencontre un blocage, je brainstorme quelques instants bien sûr et si rien d’inspirant ne me vient, je me tourne vers autre chose. Le soir, je revisite le passage réfractaire et je m’endors. Le matin, je m’éveille très souvent en sursaut avec une idée, une piste, une fulgurance. Je me lève sans bruit pour ne pas réveiller mon mari et je cours vers mon carnet pour écrire les mots qui me sont venus avant qu’ils ne s’envolent. Et si ce n’est pas le matin au réveil, c’est sous la douche, à l’arrêt de bus, quand je fais ma vaisselle et que j’ai les mains mouillées… Bref, dès que je libère mon cerveau de l’obligation de réfléchir et que j’écoute ce qu’il a à me dire.

Cela peut vous paraître loufoque, j’en suis consciente. Nous sommes aux antipodes de tous les conseils, techniques ou méthodes visant à structurer votre écriture. Je ne suis pas non plus en train de vous dire que ces leviers ne sont pas utiles et qu’un roman s’écrit tout seul. Loin de là ! Je dis juste que parfois, il ne sert à rien de forcer les idées, qu’elles sont bien plus puissantes quand on se laisse aller et qu’on fait confiance à notre cerveau pour faire les liens avec ce que nous voulons exprimer. Cela n’enlève rien au travail de l’auteur pour mettre en mots ces idées et transmettre l’émotion qu’elles suscitent en nous.

En conclusion, devant un point de blocage dans l’écriture, je vous propose de laisser derrière vous les questionnements qui font appel à la logique, de ne pas vous précipiter pour trouver au plus vite une solution. De laisser l’histoire venir à vous car elle existe déjà dans un coin de votre cerveau. Si cela vous tente, essayez et parlons-en.