Et puis j’ai été prise…

Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. J’ai 56 ans et l’un de mes rêves vient de se réaliser.

— Dis maman, un rêve qui se réalise, est-ce qu’il meurt ? — Non mon enfant. Un rêve qui se réalise, c’est un cadeau de l’univers, une étoile de plus à admirer dans ton ciel, une étincelle pour raviver ta lumière intérieure… — Et comment je fais pour l’allumer ? — Tu n’as rien à faire, c’est ça qui est merveilleux.

En ce moment, les temps sont durs pour les rêveurs. Il y a quelques temps déjà, j’ai rejoint le clan des « jubjoteurs ». Selon le bureau des rêves brisés, le mot vient du verbe jubjoter dont voici la définition : émerger d’un rêve sans savoir la suite et tenter d’y retourner.

C’est un peu ce qui se passe quand on écrit. On rêve d’une histoire, on tente de lui donner une forme, une suite, une fin. Et quand on inscrit le dernier mot, on y retourne pour une autre histoire.

Je suis une jubjoteuse-née, rien ne peut m’empêcher de rêver.

Aujourd’hui, j’ai 56 ans et l’un de mes rêves vient de m’être offert en cadeau.

J’ai l’immense bohonneur d’avoir été retenue pour la résidence d’auteurs 2021 Land Hesse. Huit semaines complètes plongée en immersion dans la création, en compagnie d’autres artistes. Ensemble, échanger sur nos doutes, nos fulgurances, nos avancées et nos blocages…

J’en rêve en secret depuis ce jour où un éditeur m’a appelée pour me dire qu’il voulait publier mon roman. Intuitivement, je souhaitais vivre cette expérience un peu absolue de communauté créative.

Être retenue, c’est aussi une marque de reconnaissance de la part de professionnels, un encouragement à franchir le pas d’après. Éric Reinhardt décrit si bien ce besoin que l’on a de la confiance de l’autre pour surmonter les failles dans notre sentiment de légitimité, toujours fragile : « C’est tellement difficile d’écrire. On a besoin d’être porté, écouté, exalté, secondé, et parfois secouru et soigné, quand on perd confiance en soi, ou quand on tombe et qu’on s’écrase au pied de son livre. On a besoin de la foi d’un autre, d’un regard bienveillant et empli de confiance. La foi seule de l’artiste souvent n’est pas suffisante pour accomplir un chemin solitaire qui parfois dure trois ans. »

Que cette résidence soit située à Francfort, en Allemagne, ajoute encore à ma joie. Pendant mon adolescence, j’ai passé beaucoup de temps à Saarbrücken. Déambuler à Francfort que je ne connais pas, et retrouver les sonorités de la langue allemande, autrefois familières, aujourd’hui plus lointaines, musique au goût de madeleine, évoquant plus que les mots, comme un écho à mon cœur d’enfant.

Je suis tellement heureuse. Je vois cette résidence comme une bulle pour me lancer dans un nouveau projet d’écriture à partir de matériaux plus intimes et expérimenter d’autres formes narratives, vulnérable et confiante pour surmonter les doutes qui viendront gratter mes convictions et m’enseigner ce que j’ai à apprendre pour poursuivre ma route.

Voilà ce que représente pour moi cette résidence d’écriture à Francfort pour laquelle j’ai été retenue. WAOUH !!! Un immense merci à mes rêves, à Marion, Sylvia et Bertille de l’ALCA qui m’ont accompagnée dans ce chemin, merci à ma fille Adeline pour son soutien et sa foi en moi, merci à l’Univers…

Merci, Danke schön, thank you, grazie mille, spassiba… Je ne sais plus très bien quelle langue utiliser, j’ai la tête à l’envers, envie d’embrasser le monde entier.

Aujourd’hui, j’ai 56 ans, et je vis dans mon rêve.