Lire en poche 2021

Le premier conseil que donnent les écrivains chevronnés est de lire. Lire encore et encore… Se nourrir des mots des autres pour trouver les siens, décortiquer les phrases, les mécanismes de suspense, trouver son modèle non pour plagier mais pour s’inspirer…

Quand on lit en permanence pour s’informer ou pour apprendre, où s’enfuit le plaisir ?

Il y a quelques temps, je me suis dit fallait que je renoue avec l’émotion-lecture et j’ai postulé pour participer au jury du prix des lecteurs de Lire en Poche.

Entre mars et juin, en compagnie de neuf autres jurés, j’ai donc mis ma casquette de lectrice et j’ai lu les 6 livres de la sélection. Sur ces 6 livres, il y en a au moins 5 que je n’aurais jamais achetés et j’aurais manqué de belles expériences.

Par ordre alphabétique, il y avait :

Ainsi parlait ma mère de Rachid Benzine, l’histoire très tendre d’un fils qui accompagne la fin de vie de sa mère, émigrée marocaine, parlant à peine français, fascinée par La peau de chagrin de Balzac et la variété française, Sacha Distel en tête. C’est un livre qui dit « le mal de vivre des classes populaires, des immigrés et de tous les damnés de la terre », qui interroge sur « l’acharnement affectif autant que thérapeutique » d’un fils qui tient à garder sa mère en vie, citadelle imprenable, « ses bras comme des remparts. Que faire quand ils seront tombés ? ». Un livre à pleurer et à sourire.

Databiographie de Charly Delwart, auteur qui a toujours eu question à tout et qui nous propose de partager sa géographie intérieure et sociale au travers de représentations graphiques, de chiffres et de statistiques. Beaucoup d’humour et de créativité dans ce florilège de n’importe quoi où l’on peut tous se retrouver : heures passées à écouter les Stones ou les Beatles, nombre de personnes rencontrées dans ma vie (2460) et celles que je reconnaîtrais dans la rue (442)…

Nobelle de Sophie Fontanel, ou les souvenirs inventés d’une raconteuse d’histoires couronnée par le prix Nobel de Littérature. Un amour d’enfance, l’été 1972 à Saint-Paul-de-Vence, premier amour, premiers chagrins, des phrases-poèmes… sous l’oeil d’un vieil écrivain reclus et de « mondes qui s’occupent de nous en silence ».

Vues sur la mer d’Hélène Gaudy. Seul premier roman de la sélection, ce livre est composé de sept récits qui raconte l’arrivée d’une femme dans un hôtel demandant une chambre avec vue sur la mer. Un roman kaléidoscope qui parle d’amour et de cette « tristesse mouillée » née de la solitude. « En quelques jours, se dit Jeanne, je suis devenue une femme seule dan un hôtel sur qui les gens laissent traîner leur regard ». Un récit touchant.

Les confidences de Marie Nimier est une performance mise en livre. Pendant plusieurs jours, l’auteure s’est installée dans un appartement vide, deux chaises, une table et un immense philodendron. Les yeux bandés, elle a écouté les confidences que des inconnus sont venus lui révéler. « Pour moi, une confidence, c’est une histoire que l’on garde pour soi parce qu’elle concerne tout le monde. Si elle ne concernait pas tout le monde, on n’aurait pas besoin de la garder pour soi. ». La dernière confidence sera la sienne.

Oyana d’Éric Plamondon. L’auteur québécois raconte le parcours d’une jeune femme qui revient au pays Basque après l’avoir fui. Au rythme des lettres qu’elle adresse à l’homme avec qui elle avait refait sa vie, Oyana nous révèle son passé et l’âme d’une région blessée par les violences encore à vif. « Existe-t-il un mythe qui explique la faute commise par le premier des poisons pour que toute sa lignée soit privée de la faculté d’occulter le monde en fermant les yeux ? ».

Participer à un jury, c’est partager ses coups de cœur, ses ressentis et ses interrogations. Les débats ont été riches et passionnés. Passionnant ! Le livre comme élément vivant, trait d’union entre nous malgré les divergences de point-de-vue, support de tolérance pour écouter les visions du monde de chacun.

Une expérience également très instructive pour une auteure, découvrir que ce qui touche les lecteurs n’a parfois qu’un rapport indirect avec la qualité du livre et vient des résonnances avec sa propre histoire.

La remise du prix aura lieu le vendredi 8 octobre lors de Lire en Poche et non, je ne vous dirai rien de plus, j’ai promis de garder le secret.

Quel que soit le lauréat, félicitations aux 6 auteurs. Vous nous avez fait vivre bien des émotions. Merci.

Pour voir le programme et tout savoir sur le salon : cliquez ici.
Psiiiit : Le parrain cette année, c’est Jean Teulé
entourée par près d’une centaine d’auteurs !