2019, devenir auteure

Je vous souhaite à tous une année magnifique, pleine de pages à écrire, à lire et surtout à vivre.

2019 sera pour moi l’année où je vais oser donner une réalité à mes rêves, sur le plan personnel comme sur celui de l’écriture. C’est plus qu’une résolution de début d’année qui s’évanouira sans traces comme un flocon au soleil, plus qu’un choix. C’est une promesse que je fais à moi-même, un serment signé sous la lune de sang de janvier.

Fin 2018, je me suis beaucoup investie dans plusieurs ateliers d’écriture pour découvrir, apprendre et rencontrer.

D’abord, il y a eu ce stage polar avec Sébastien Gendron, édité aux éditions Albin Michel. Une plongée au pays des assassins et des victimes. Faire une parenthèse a cet avantage de pouvoir s’immerger en profondeur dans un sujet ; cela a aussi cet inconvénient de s’arrêter brusquement sans négocier de transition avec le retour au réel. Et ce qui se passait dans le stage reste alors dans le stage.

Ensuite a commencé la masterclass animée par Éric-Emmanuel Schmitt, en mode plateforme à distance. Nous étions plus de 3 000 inscrits je crois, 3 000 à avoir écouté les 20 heures de cours filmées par l’auteur, lui aussi publié aux éditions Albin Michel. Si la modalité permet de rendre accessible le cours quel que soit l’endroit où vous habitez, participer à une formation dématérialisée demande autonomie et discipline pour aller jusqu’au bout. D’autant que les échanges sur la plateforme étaient sporadiques. Néanmoins, la qualité des vidéos était excellente, le contenu m’a ouvert des horizons nouveaux dès le début avec cette question : « Voulez-vous écrire un livre ou voulez-vous devenir écrivain ? ». Bouleversant !

La troisième formule était un atelier sur dix semaines sur le thème du suspense animé par Ingrid Desjours, auteure de thrillers édités aux éditions Robert Laffont. L’objectif d’Ingrid était de nous aider à nous constituer une boite à outils dans laquelle puiser en fonction de nos besoins. Pari réussi, un grand merci Ingrid pour ta joie de vivre, ta générosité et ton appui.

Enfin, dernière modalité. Une journée à la carte animée par Martine Paulais, conseil littéraire et fondatrice de l’atelier Alice et les Mots, elle intervient aussi comme formatrice pour le site enviedecrire.com. Lors de chaque journée, vous expliquez à Martine les difficultés que vous rencontrez et elle vous concocte des propositions d’écriture personnalisées pour mettre au travail le point précis que vous souhaitiez. Une belle rencontre sur le plan humain et surtout un contenu immédiatement mobilisable dans mon projet d’écriture. Chaque dimanche était un booster formidable.

Pour résumer par rapport à ces expériences, je conseillerais le stage et l’atelier pour travailler un point technique, comme le suspense, le story telling, la construction de personnages ; la plateforme à distance pour partager la vision macro d’un grand auteur sur les points principaux à prendre en compte dans l’écriture mais lorsque l’on est engagé dans un projet d’écriture, les formules à la carte, sans parler réellement de coaching sont les modalités idéales.

Pour autant, la formation n’a d’intérêt que si on investit les apprentissages dans un ouvrage, en l’occurrence, un livre à écrire. J’ai le sentiment que ce deuxième roman qui frappe dans ma tête sera celui qui décidera si je veux vraiment devenir auteure.

Cette année 2019 sera donc celle où je me consacrerai toute entière à cette histoire. Et le premier prix à payer sera de prendre un peu de recul avec le monde et notamment avec ce blog grâce auquel j’ai fait de si belles rencontres.

Je vous dis à bientôt et je vous laisse en compagnie d’une nouvelle, dernière récréation avant le grand saut dans le roman : « Celui qui avait dit non ».

Prenez soin de vous et dites oui à vos projets.

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Note sucrée

L’année 2018 a été celle de l’expression de la rue. Cet été dans la joie avec la coupe du monde, cet hiver dans la colère et l’amertume, pas encore dans l’apaisement.

Les fêtes apporteront-elles une touche de gaieté dans toute cette grisaille ? Oui sans doute, dans les familles les moins touchées par la misère ou celles que le deuil a épargné cette année… Les lumières opulentes et les paquets enrubannés dans les vitrines peuvent aussi bien convoquer la joie à l’idée de se retrouver tous ensemble, que la peine à ne plus l’être.

Cette année, tout particulièrement, j’aimerais retrouver mon cœur d’enfant sans me soucier du lendemain. J’aimerais jouer sans arrière-pensée et me régaler sans sur-consommer.

Alors cette année, sur la table, il n’y aura pas de bûche sophistiquée ni de dessert recomposé, revisité ou déstructuré. Il n’y aura dans nos assiettes ni religieuses étêtées, ni tartes meringuées en fusion…

Le dessert de Noël cette année, sera celui de mon enfance retrouvée : le pain perdu.

Le vrai. L’unique. Pas cette brioche éthérée et spongieuse censée lui donner de fausses lettres de noblesse. Non pour faire du pain perdu, il faut du pain, du vrai, épais avec une croûte solide qui protège la mie contre l’assaut du lait.

Faire du pain perdu, ce n’est pas une recette, c’est un rituel. D’abord, découper le pain en tranches épaisses de deux centimètres. Ni plus ni moins. La précision est importante.

Ensuite, remplir deux assiettes à soupe, l’une de lait et l’autre d’œufs battus en omelette.

C’est dans le lait que la taille de la tranche prend tout son sens. Moins de deux centimètres, il réduira la mie en bouillie ; plus, il n’atteindra pas le cœur qui pourrait conserver des miettes de sècheresse.

Laisser tremper le pain des deux côtés jusqu’à ce que chaque tranche devienne livide.

L’opération suivante est délicate. Il faut sauver les tranches de la noyade et les sortir de l’assiette, sans trop en presser les côtés pour ne pas perdre une goutte de lait.

Les tremper ensuite dans les œufs battus. La mousse crémeuse redonne vie aux tranches de pain. Tourner des deux côtés à nouveau. Les laisser aspirer, reprendre vie, guetter la transformation de la couleur d’agonie prenant la teinte joyeuse du soleil dans les dessins d’enfant.

Répéter la même évacuation que précédemment, ne pas perdre une goutte d’oeuf et poser délicatement les tranches dans le beurre fondu d’une poêle. Écouter le pain grésiller, voir les bulles de lait tenter de s’échapper. L’odeur sucrée se répand, la bouche salive.

Servir chaud, saupoudré de sucre.

Et croquer. Le lait chaud brûle la langue, le sucre se colle en gains autour de la bouche, les rires explosent sous les yeux heureux de maman. Oubliée la fin de mois difficile… au moins pour un soir.

Voilà ce que nous ferons cette année à Noël avec nos petits-enfants.

Joyeuses fêtes à tous 🙂

Rebelles et forêts

Un auteur ne crée pas à partir de rien. Il crée à partir de ce qu’il voit, entend, goûte, ressent… Témoin subjectif qui partage un petit bout de sa vision du monde.

À vrai dire, j’avais prévu de vous parler de littérature et de nourriture. Mais, mon thème favori étant la liberté et plus précisément le libre-arbitre, le pouvoir de faire et la libération de ses carcans, la lutte actuelle des gilets jaunes ne pouvait que m’interpeller.

Ce billet n’a pas pour objectif de me prononcer sur le bien-fondé de cette lutte (ceci n’est pas un blog politique) ni sur les moyens employés. Je voudrais juste vous parler de l’un de mes livres inspirants, Le traité du Rebelle ou Der Waldgänger de Ernst Jünger. Écrit en 1951, ce livre s’inscrit dans une œuvre qui défend l’individu contre les oppressions.

Il explique comment des individus qui disent non, même s’ils sont en nombre inférieur, peuvent s’opposer aux pouvoirs en place, y compris contre ceux qui usent de la force et de la terreur. Car les dictatures sont aussi puissantes que vulnérables, la violence brutale qu’elles déploient suscitant l’hostilité.

Ces individus sont le cauchemar des potentats car « Si, comme le prétend la propagande, les masses étaient aussi moutonnières, il ne faudrait pas plus de policiers qu’un berger n’a besoin de chiens pour garder son troupeau. Quand des loups épris de liberté se dissimulent au sein du moutonnement grisâtre, le danger subsiste qu’ils communiquent leurs passions à la masse, changeant la troupe en horde furieuse. »

Alors, bien sûr, on n’en est pas là en France. Pas encore. Pas si le dialogue reste ouvert. Si le gouvernement garde à l’esprit qu’un homme acculé dans une situation qui paraît sans issue, doit décider s’il s’avoue vaincu, ou s’il poursuit la partie, armé de sa force la plus secrète et la plus personnelle. Dans ce dernier cas, il peut choisir de se rebeller et d’avoir recours aux forêts.

Est « Rebelle », quiconque est mis par la loi de sa nature en rapport avec la liberté, relation qui l’entraîne à une révolte contre l’automatisme et à un refus d’en admettre la conséquence éthique, la fatalité.

La peur est là car elle fait suite à une époque de grande liberté individuelle où la misère était presque oubliée. Or la misère est revenue, et avec elle, la restriction des libertés.

Ce n’est pas en essayant de faire taire les peurs qu’on les fait disparaître. Et ce n’est pas en essayant de se rendre plus dangereux que l’objet de sa crainte que l’on parvient à une solution. Si la peur est placée en situation d’interlocutrice, alors l’homme peut prendre la parole. Il peut cesser de se croire cerné. Une autre solution que celle de l’automatisme se présentera à son esprit. C’est-à-dire que deux chemins s’ouvriront à lui et, qu’ainsi sa liberté de décision sera restaurée et que la peur s’atténuera.

Dans l’ordre du temps, toute modification du nécessaire entraîne une mutation de la liberté. Mais la liberté, elle, est impérissable, bien qu’elle emprunte toujours les vêtements du temps.

Il n’est pas question de refuser au temps le tribut qu’il exige [ou que la modernité réclame], car le devoir et la liberté peuvent se concilier. Mais l’histoire authentique ne peut être faite que par des hommes libres.

L’histoire est l’empreinte que l’homme libre appose sur son destin.

Un homme qui a peur pour sa liberté au point de ne plus accepter de rester neutre peut décider d’avoir recours aux forêts.

La doctrine des forêts est aussi ancienne que l’histoire de l’homme. La forêt est le lieu où l’homme proclame sa décision de s’affirmer par ses seules forces, où il prend le risque de prendre en main son destin, fut-ce à l’encontre du groupe.

L’imagination, la poésie, sont l’un des recours aux forêts.
Hurler avec les loups et prendre les armes en sont un autre.

C’est parmi les rebelles de la forêt que se forme la petite élite, capable de résister à l’automatisme, qui tiendra en échec le déploiement de la force brute. C’est la liberté ancienne, vêtue à la mode du temps : la liberté substantielle, élémentaire, qui se réveille au cœur des peuples quand la tyrannie des partis ou de conquérants étrangers pèse sur leur pays. Il ne s’agit pas seulement de cette liberté qui proteste ou émigre, mais d’une liberté qui décide d’engager la lutte.

Le Rebelle est un individu concret, agissant dans un cadre concret. Il n’a pas besoin de théories, de lois forgées par des juristes, pour savoir où se trouve le droit. Il descend jusqu’aux sources de la moralité, que n’ont pas encore divisé les canaux des institutions.

La résistance du Rebelle est absolue : elle ne connaît pas de neutralité, ni de grâce ni de détention en forteresse. Il ne s’attend pas à ce que l’ennemi se montre sensible aux arguments, encore moins à ce qu’il s’astreigne à des règles chevaleresques. Il sait aussi qu’en ce qui le concerne, la peine de mort n’est pas supprimée*.

* Cette référence à la peine de mort vient de ce que, dans les coutumes de l’ancienne Norvège, le Waldgänger est à l’origine un proscrit qui, reconnu coupable d’un crime, décide d’avoir « recours aux forêts ». Il s’y réfugie et y vit librement. En revanche, quiconque le rencontre est en droit de l’abattre.

Je pourrais continuer longtemps à citer les mots et les phrases extraits du Traité des Rebelles. De cette lecture d’hier qui m’aide à comprendre les événements d’aujourd’hui, en ce qu’ils débordent de peur, de colère et de combat. Je pourrais aussi vous parler du syndrome de Pinocchio qui insinue dans l’inconscient des enfants le danger à suivre ses désirs.

Mais je n’ai ni l’érudition ni les capacités d’analyse pour dresser un portrait des libertés à préserver. Tout ce que je peux c’est parfois, essayer de porter la plume dans la plaie (Albert Londres).

Je ne m’amuse pas, j’écris

Je viens de feuilleter un hors série de Psychologie positive consacré aux ateliers d’écriture et notamment l’Atelier Les Mots, auquel je participe régulièrement. Un numéro vraiment très riche, avec de nombreux articles sur des préoccupations d’écriture telles la construction d’une structure ou des personnages, des propositions pour expérimenter certaines techniques et des interviews d’écrivains, d’agents littéraires ou d’éditeurs.

Parmi les interviews adressés aux auteurs, tous identiques, une question m’a interpellée :

Vous amusez-vous en écrivant ?

Sur les 5 auteurs interrogés, 3 confient qu’ils s’amusent en écrivant. Mais deux d’entre eux évoquent aussitôt après toutes les difficultés qu’ils peuvent rencontrer et qui peuvent venir amoindrir ce plaisir d’écrire.

Les deux auteurs qui affirment ne pas s’amuser en écrivant, mettent plutôt en avant la joie qu’ils peuvent ressentir à écrire, parfois, en dehors des moments de découragement. Une joie qu’ils différencient du jeu ou du divertissement.

Si la question m’a interpellée, les réponses m’ont laissée perplexe. Pourquoi cette distinction entre plaisir, amusement, joie ? Je sais que les auteurs aiment jouer avec les mots, mais dans le cas présent, s’agissait-il de les couper en quatre ou de trouver le mot juste ?

J’ai décidé d’interroger de mon côté deux amies auteures, Nadia Bourgeois et Laurence Marino. Toutes les deux font partie du camp des auteures qui s’amusent en écrivant, mais pas toujours, cela dépend du sujet. Là encore, je reçois des réponses en « Oui, mais… »


Me voici donc avec un panel de 7 auteurs dont une seule affirme sans équivoque qu’elle s’amuse en écrivant.

Pourquoi cette retenue ? Parce qu’écrire est difficile et que le plaisir s’approche du masochisme ? Ou parce qu’écrire ne fait pas sérieux ? Alors si en plus, on dit qu’on s’amuse… Parce que le terme amusement semble faible ?

Moi, quand j’écris, je suis heureuse. L’écriture est mon terrain de jeu, et la difficulté qui survient fait partie de la chose. Dans cet univers encré, je peux être tour à tour angélique, sauvant mes personnages ou machiavélique voire démoniaque, les plongeant dans l’enfer. Je joue, je badine, je risque, je spécule, je jongle… et toujours je vibre et jubile.

Et vous, que ressentez-vous quand vous écrivez ?

Entre doutes et désir…

Voilà maintenant quelques semaines que je visionne les vidéos enregistrées par Éric-Emmanuel Schmitt dans le cadre de la master class. Je prends le temps, je viens de terminer celles qui parlent du désir d’écrire et des doutes qui l’accompagnent. Des vidéos qui questionnent aussi l’identité d’auteur.

Le discours ne s’attarde pas sur des problématiques pré-existentielles comme le manque de temps et la procrastination. Elles posent comme une évidence que l’écriture est partie intégrante de notre vie. Non, ce qui est exploré concerne les ressorts profonds qui nous poussent à l’écriture.

Les doutes sont nombreux lorsque l’on écrit. Ce qui n’est pas surprenant puisque nous passons notre temps à nous questionner. Sur les mots, les phrases, le sens… Nous oscillons en permanence entre nos doutes et notre désir.

D’abord, Éric-Emmanuel Schmitt nous a encouragés à entretenir, vivace, la première petite flamme qui nous a poussés vers l’écriture. Et cela rejoint l’une de mes maximes préférées, celle à laquelle je me raccroche dans les heures sombres : « Concentrez-vous plus sur votre désir que sur votre doute, et le rêve prendra soin de lui-même » Mark Twain.

Puis, Éric-Emmanuel Schmitt nous a invités à réfléchir sur notre positionnement. Avons-nous envie d’écrire ou avons-nous envie de devenir écrivain ? Et qu’est-ce qu’un écrivain ?

Jusqu’à présent je différenciais celui qui écrivait de l’écrivain (ou auteur, peu importe) par l’intention d’être lu par d’autres.

À mon sens, cette intention de ne pas garder ses mots pour soi, confère à celui qui écrit le statut d’auteur, au sens de créateur. Avec ce que cela comporte comme degré d’exigence pour produire un texte de qualité puisqu’il sera lu, et aussi comme dose de générosité car en partageant notre histoire, elle nous échappe… Ainsi, les mots deviennent passeurs et le texte se fait œuvre.

Éric-Emmanuel Schmitt m’a ouvert un autre horizon. Pour lui, est écrivain celui qui raconte de manière littéraire et non littérale, de manière plus large que la simple description des faits. Les mots, non comme véhicules informatifs, mais comme musique et sens mêlés, donnant au texte sa présence, sa matière et son âme.

Cette vidéo a résonné comme une évidence. Vous la connaissez, cette sensation bizarre d’entendre les mots que l’on pense sans jamais les avoir formulés. « Mais oui, c’est ça ! ». À trop travailler avec des scénaristes focalisés sur la construction de l’histoire, j’en avais oublié le texte, la magie des mots.

J’ai pris cette vidéo comme une gifle force 10, l’écho tonne encore à mes oreilles… Il ne m’a pas quitté tout le long des propositions d’écriture qui suivaient les vidéos. L’une d’elles nous invitaient à raconter ce moment où est né notre désir d’écrire.

J’ai donc écrit un texte sur la naissance de ma première petite flamme. Quel régal ! Je n’avais pas pris autant de plaisir à écrire depuis bien longtemps. Entre les doutes et le désir, j’avais oublié que le plaisir nourrit, lui aussi, le feu ardent.

« J’avais six ans quand mes parents nous ont emmenés vivre à Bangui, en Centrafrique.

À côté de notre maison, il y avait une case, moins haute qu’un adulte debout et moins large qu’un lion couché. Devant ce cube de terre sèche, chaque soir, un vieil homme allumait un feu autour duquel des gens se réunissaient. Ils mangeaient ce qui rôtissait au-dessus des flammes, parlaient, riaient.

Ils m’intriguaient, ces gens. Ils étaient six, sept, peut-être huit. Comment allaient-ils faire pour rentrer dormir dans la case ensuite ? Elle était tellement petite, trop pour les contenir tous. Est-ce qu’ils rétrécissaient en franchissant le seuil, comme Alice entrant au pays des merveilles ?

Impossible de le savoir. Nous passions toutes nos soirées au club pour les blancs et quand nous rentrions, le feu était éteint. Un soir, je ne sais pourquoi et l’on s’en moque, mes parents ont décidé de rester à la maison. Dès la fin du repas, j’ai filé jusqu’à la haie qui nous séparait de la case. C’était l’occasion, unique, inespérée, de voir ce qui se passerait à l’heure du coucher.

Pendant ce qui m’a paru de longues heures, j’ai écouté. Les rires, les palabres, les mots qui rebondissaient, les exclamations qui s’entrechoquaient… Et soudain, le silence. Brutal et lourd. Je me suis approchée, cachée derrière les arbustes, persuadée qu’ils étaient tous morts ou que l’heure du coucher était arrivée. J’allais enfin résoudre ce mystère.

Entre les branches, j’ai vu le vieil homme se lever. En un mouvement rond, comme une liane montant du sol pour rejoindre le ciel. Une fois déplié, sa voix a empli la nuit. Je n’ai pas compris un seul de ses mots. Mais je me suis trouvée enveloppé par sa mélopée, bercée par une musique envoûtante, transportée dans un univers d’étranges sensations. C’est là, je crois, que j’ai pris le goût de raconter. Ou qu’il est venu à moi…

De retour en France, j’ai voulu garder la trace de ce que j’avais vécu dans ce pays fascinant d’Afrique. J’avais 8 ans environ. J’ai écrit trois lignes, quatre peut-être. Et j’ai abandonné, persuadée de n’avoir aucun talent pour raconter la réalité, et aucune imagination pour l’enjoliver d’aventures inventées.

Pourtant je n’ai pas pu renoncer à écrire. Je me suis alors lancée dans un dictionnaire des animaux, une compilation de toutes les informations animalières qui me tombaient sous les yeux. Cela m’a donné beaucoup de plaisir, je suis devenue imbattable au baccalauréat dans la catégorie « Faune », même avec les lettres X, Y, Z. Cela m’a également permis d’amortir ma désillusion.

Il a fallu un concours de circonstances particulier pour avoir le courage de revenir à l’écriture créative. En fait de concours, il s’agissait d’un concours de nouvelles. Un thème qui m’a mise au défi, l’histoire d’une porte ouverte… Une nuit d’insomnie à me laisser porter par des mots venus d’on ne sait z’ou, peut-être d’Afrique.

Cela a été le début d’une belle période où j’ai écrit des dizaines de textes courts. Certains ont été publiés dans des magazines, d’autres ont été primés. Écrire des nouvelles est une discipline exigeante et elle a été, pour moi, une merveilleuse école d’écriture. Quand a surgi l’histoire qui sommeillait dans mon plus profond, j’étais prête. »

Technique n’est pas recette

L’un des mythes les plus puissants en littérature est que l’auteur est un élu, le réceptacle sur terre d’un génie créatif qui lui dicte les mots à inscrire sur le papier. Vous y croyez, vous ?

Croire à ce mythe reviendrait à dire que le talent d’écrire est inné… Ce qui ferait de la littérature la seule discipline artistique où il est impossible non seulement d’apprendre mais aussi de progresser. Ce qui ferait des auteurs, quel que soit leur talent, de simples scribes.

Des techniques d’écriture efficaces

Dans toutes les disciplines, il y a ceux qui aiment réfléchir aux règles (les théoriciens comme Jean Genet). Il y a aussi ces autres qui explorent les territoires et leurs limites (les pionniers tels que les membres de l’Oulipo), et puis ceux qui dérangent l’ordre établi (les voyous comme Virginie Despentes ou Zarca)…

Depuis la naissance du premier alphabet, la littérature a été traversée par de nombreux courants qui s’opposaient au précédent, cassant les règles établies pour en créer d’autres. Chacun a ainsi apporté sa contribution pour former ce qu’on appelle les techniques d’écriture.

Procédés stylistiques, arcanes de la dramaturgie, narratologie, psychologie des personnages… Il existe aujourd’hui un panel impressionnant de techniques efficaces qui permettent à un auteur d’améliorer ses manuscrits.

Des techniques qui, texte après texte, gagnent en puissance, jusqu’à devenir naturelles le jour où l’auteur oublie qu’il les a apprises, le jour où il joue avec elles sans s’en rendre compte ou qu’il invente les siennes.

Techniques ne veut pas dire recette.

Écrire, c’est comme faire du pain. C’est à la fois simple et compliqué.

Le pain, c’est de manière très basique, de la farine, de l’eau, un peu de sel et du levain ou de la levure. Mais pas n’importe lesquels et pas n’importe comment. Chaque geste de pétrin compte et cela peut se terminer avec une baguette bien croustillante ou complètement ramollie.

Écrire une histoire, c’est de manière très basique également, des gentils et des méchants, un soupçon de suspense, quelques grammes d’amour… Mais pas n’importe lesquels et pas n’importe comment. Chaque mot compte et cela peut se terminer par une intrigue haletante ou un récit qui retombe à plat comme un soufflé.

« Il y a trois règles à respecter pour écrire un roman. Malheureusement, personne ne les connaît. »
ironisait William Somerset Maugham.

Ce n’est malheureusement pas ce que pense un groupe de chercheurs des universités d’Oxford et de Yale. En décembre dernier, la revue Courrier International s’est intéressée à leur étude sur l’intelligence artificielle et la suprématie de l’homme sur les machines. Ils ont évalué à 2056, la date à laquelle un robot serait en capacité d’écrire un best-seller.

Ce qui signifierait que les big data arriveraient d’ici 40 ans à décoder la mystérieuse alchimie de l’écriture… Ce qui voudrait dire que le graal de tout auteur, le best-seller lu par des milliers de paires d’yeux, serait à portée d’algorithme…

La part d’humanité

Je ne veux pas y croire. Je n’y crois pas. Et voilà pourquoi…

Je n’y crois pas car propulser un livre au rang de best-seller est une histoire de rencontre entre un objet et un public humain. Humain et Imprévisible. Ou alors nous serions nous-mêmes des robots dotés d’un bouton capable de nous faire perdre notre libre arbitre et de nous pousser à acheter ce que nous dictent les vendeurs. Les publicitaires cherchent la formule sans succès depuis des décennies.

Je n’y crois pas car écrire ne se résume pas à aligner des mots pour construire des phrases. « Écrire est un acte d’amour. S’il ne l’est pas, il n’est qu’écriture » (Jean Cocteau). Or les machines sont incapables de sentiments ou d’émotions. Elles ne ressentent pas l’amour passion qui peut vous emporter au bout du monde. Elles ne connaissent pas la peur de la mort, ni la souffrance attachée à la perte…

Je n’y crois pas car depuis les mythes antiques, tout a été dit, toutes les histoires ont déjà été écrites. Et pourtant, les auteurs ne cessent d’inventer et de réinventer. Chacun apportant un regard nouveau, une voix particulière, une émotion inconnue…

Même si les ingénieurs commencent à parler de machines apprenantes, personne ne mentionne de machines capables d’inventer. Aucun créatif n’est capable de vous expliquer d’où viennent ses idées, parfois d’une association inattendue, d’autres fois d’une fulgurance qui enfle comme une évidence… Si un programme informatique sera certes le plus performant pour trier les données et répondre aux commandes, il n’aura pas cette capacité unique d’un auteur humain, de se perdre en cherchant, de trouver sans chercher. Ce qu’on appelle la sérendipité…

Luc de Brabandere, ingénieur belge devenu philosophe d’entreprise et grand ponte de la créativité, adore raconter cette histoire. Il déjeunait dans un restaurant quand, au moment de payer, il voit sur le comptoir deux pots surmontés chacun d’une affichette. La première indique : « Si vous aimez les Beattles, déposez votre pourboire ici ». La seconde : « Si vous préférez les Rolling Stones, mettez votre pourboire ici ».

Il interroge le restaurateur qui lui raconte que l’idée lui est venue par hasard, en entendant une conversation entre ses clients sur leurs préférences musicales. En proposant un choix à ses clients, le restaurateur a joué sur leurs émotions et les a ainsi poussés à l’action, donner un pourboire. Résultat : une augmentation des pourboires de 30%.

Enfin, je n’y crois pas parce que les machines sont incapables d’humour, pour moi la forme de créativité la plus subtile qui existe… Elles ne sont pas non plus capables de mentir, et encore moins de « mentir vrai« , cette qualité chère à Aragon.

Alors continuons à mettre dans nos livres, notre âme, nos imperfections et nos tripes. L’heure de passer la main aux machines n’est pas encore venue… n’est-ce pas ?

Les secrets de maître Schmitt

Comme je vous le disais il y a quelques temps, je me suis inscrite à la masterclass « Les secrets d’Éric-Emmanuel Schmitt ». Écrivain, scénariste, réalisateur, acteur… un artiste aux multiples facettes qui se transforme pour l’occasion en maître d’écriture.

6 heures de formation séquencées en 20 vidéos, toutes livrées le 15 septembre dernier

Ma première réaction, je l’avoue, a été la déception. Je pensais que les vidéos seraient mises à disposition au fur et à mesure, j’anticipais déjà le plaisir de les attendre chaque semaine, de les désirer… Les obtenir toutes à la fois m’a fait le même effet que si on m’avait offert tous mes cadeaux de Noël pour les 25 ans à venir.

Passée outre cette pointe de déception, j’ai fait ce que font tous ceux qui reçoivent des cadeaux. J’ai ouvert mes paquets.

Et là, plus question de déception. Dès la première vidéo, je me suis trouvée plongée dans un cours d’écriture que j’attendais de plus longtemps. Un cours qui ne se préoccupe pas seulement de techniques mais qui fait également une place à la personnalité de l’écrivain. Enfin !  L’objectif clairement affiché de Maître Schmitt : aider les écrivains, qu’ils soient débutants, maturants ou accomplis à découvrir leur propre voie d’écriture.

Je ne m’attarde pas, j’ai encore 19 vidéos à explorer. Je vous raconterai quand j’aurais avancé un peu plus sur mon chemin.

Bonne semaine à tous 🙂
Élisa

Psittt : pour ceux que l’aventure intéresse, voici le lien : the-artist-academy.fr/eric-emmanuel-schmitt/

 

Déchiffrer ses rêves

La semaine dernière, j’ai eu 53 ans.

C’est un nombre étrange, 53. Deux chiffres postés face à face, qui se regardent, se confrontent presque.

Le 5. Chiffre de mi-parcours, situé à mi-chemin entre 1 et 10. Solide, campé sur les 5 doigts de la main. Le 3. Chiffre qui propulse vers l’avant. 1, 2, 3… Partez. Le chiffre de la trinité, un chiffre magique, notre univers est un triangle.

La semaine dernière, j’ai eu 53 ans.

Quand j’étais (plus) jeune, c’était un âge canonique, 53 ans, l’âge des silhouettes épaisses habillées de robes sombres et informes, des yeux ridés qui s’éteignent dès qu’on ne les regarde plus…

Parfois, je me demandais comment je ferais pour survivre quand j’atteindrai l’âge de ne plus croire à mes rêves, quand le monde du réel prendrait le pas sur le champ des possibles… Quand Brad Pitt rentrant soudain dans ma chambre ne m’emporterait plus sur son cheval blanc parce qu’il était là pour ma fille, voire ma petite-fille…

Depuis quelques temps déjà, j’ai conscience que j’approche de cet âge où les possibles se rétrécissent, où le corps se grippe au moindre écart physique, où les rêves prennent un goût amer car ils ne sonnent plus vrais.

La semaine dernière, j’ai eu 53 ans et je me suis mis en tête de fouiller mes rêves pour dénicher ceux que je regretterais de ne pas avoir accomplis si demain, tout s’arrêtait. J’ai eu du mal à les trouver car ma vie a été belle. Les rêves ont répondu lentement à cet appel puis ils sont arrivés, peu à peu. À un moment, ils étaient dix à la table de mes soupirs. Ils sont venus et repartis parce qu’il était facile de les réaliser ou d’y renoncer sans regrets. Il en est finalement resté trois, puis deux et UN.

UN rêve tellement énorme que je n’avais même pas vu qu’il était là. Vous savez, comme ces évidences qui restent dans l’ombre jusqu’au jour où le « hasard » les met en lumière. Ce rêve, c’était : explorer le monde.

Un tour du monde ? J’avais beaucoup voyagé enfant puis adolescente mais peu dans ma vie d’adulte. Je croyais mon envie d’aventure assouvie. Centrée sur ma famille et ce microcosme où il se passait toujours quelque chose de passionnant. Absorbée par mon écriture. Et voilà que ce rêve arrivait, si improbable qu’il m’a fallu du temps pour en faire le tour, l’explorer, le caresser, le prendre à bras le corps.

J’avais trouvé un rêve à accomplir mais pas la baguette magique pour exaucer les souhaits. Il paraît qu’elle n’existe pas. Que si nous voulons donner vie à ce rêve, il nous faudrait faire des choix, parfois douloureux. Vendre notre maison, s’éloigner un long temps de nos proches, de nos parents qui vieillissent, de nos petits-enfants qui grandissent si vite d’une semaine sur l’autre…

Mais j’avais 53 ans. 5 et 3, dressés l’un devant l’autre. D’un côté, le 5, symbole de la liberté, des voyages et de l’aventure. De l’autre côté, le 3, symbole de la créativité et des arts d’expression. Le tout, 5+3=8 dont les cercles représentent les cycles de la vie, les grandes réussites mais aussi des échecs très importants.

Aujourd’hui, j’ai 53 ans et j’ai reçu le message. 5/5.

Nous avons pris notre décision et nous allons prendre notre risque. Dans deux ans, j’aurai 55 ans et nous partirons avec mon mari faire ce petit tour dans le monde. Une année pleine pour aller à la rencontre des autres et suivre nos envies. Une année de liberté prélevée sur la retraite qui se fait fuyante et la vieillesse menaçante.

Puis nous rentrerons, emplis de souvenirs émerveillés de la beauté du monde et des êtres qui s’animeront derrière nos yeux plissés. Des souvenirs à savourer pour les jours où nous serons agrippés à notre fauteuil parce que nos jambes ne nous porteront plus.

Et vous, quel est ce rêve qui pourrait se transformer en projet si vous trouviez une baguette magique reliée à vos possibles ?

Coach’auteur

Difficile d’être auteur sans avoir un minimum de connaissances en psychologie. Ou alors ça devient vite l’anarchie avec des personnages qui font n’importe quoi.

Dans une nouvelle, c’est facile de garder le cap. On raconte une tranche de vie, un tournant… Dans un roman, c’est un peu plus compliqué car il faut garder la cohérence des personnages pendant plus de cent pages. Et en même temps, il faut aussi les aider à atteindre leur objectif, les laisser parfois évoluer en liberté, même si ce n’était pas prévu à la base.

Laurence Marino est à la fois coach et auteure et je l’ai interrogée pour savoir si son expérience de coach l’aidait à construire des personnages plus marquants. Voici sa réponse :

« À vrai dire je ne m’étais pas posé la question… En réfléchissant, je pense que la meilleure connaissance des émotions me permet de fouiller un peu plus la psychologie de mes personnages. Cela m’a aidée pour certaines scènes de mon prochain livre… Mais pour moi, c’est certainement le fait de mieux me connaitre grâce au travail sur soi qui me permet d’écrire plus en accord avec celle que je suis. Je m’autorise beaucoup plus et j’ai pu travailler ma posture. »

Si vous ne connaissez pas encore sa prose et sa verve, allez faire un tour sur son blog. Laurence écrit vrai et ses mots touchent au cœur. Je vous recommande particulièrement son roman « Neuf mois ou presque ».

Je voulais aussi vous parler de ce qui va se passer cette semaine, super importante pour moi. Deux événements vont s’installer dans ma vie d’auteure. L’un est un aboutissement, l’autre un départ.

Samedi 15 septembre, La désobéissance des pouces sortira aux éditions du Vénasque. Je viens de passer mon week-end à relire les épreuves et j’ai retrouvé mes petites histoires avec beaucoup de plaisir. Il y a tellement de doutes quand on écrit, puis quand on se relit. Tellement de choses qu’on aurait voulu écrire autrement, plus fort, plus puissant…

Alors, quand on retrouve un texte après l’avoir laissé de longs mois sans plus y penser, c’est parfois compliqué. Un peu comme donner rendez-vous à des amis 10 ans après. On ne peut jamais savoir à l’avance si on va encore les aimer. Si ce qui vous a lié un jour existe toujours.

Ce week-end, retrouver mes Pouces a été l’un de mes beaux cadeaux (en plus de tous les messages d’amitié que j’ai reçus pour mon anniversaire <3). Le recueil comprend sept histoires. Certaines sont des nouvelles et d’autres des histoires courtes. L’une d’elles peut être considérée comme une novella (roman court).

Quel que soit leur format, toutes mettent en scène l’histoire d’un personnage qui ose prendre son risque pour vivre selon ses choix à lui, et pas ceux des autres. De l’an 0 à l’an 2500, les sept histoires explorent notre zone de liberté, la façon dont elle s’est agrandie –ou non, au fil du temps.

En France, éditer un recueil de nouvelles est quasiment mission impossible pour un auteur qui n’a pas un nom qui s’affiche régulièrement en haut de la liste des best-sellers. Nous sommes nombreux à en écrire mais beaucoup moins à en lire et à en acheter.

Seuls quelques rares éditeurs osent tenter l’aventure. Je voudrais profiter de ce blog pour remercier Mary Smith qui dirige les éditions de Vénasque. Comme les personnages des Pouces, Mary ose suivre ses coups de cœur et se donne ensuite à fond pour promouvoir les livres. Mille mercis, Mary.

Second événement. Le 15 septembre débute la masterclass dirigée par Éric-Emmanuel Schmitt. Deuxième des 3 cours d’écriture auxquels je me suis inscrite en cette rentrée. La masterclass est organisée en version MOOC (massive open online course). Concrètement, cela veut dire que nous serons quelques milliers à recevoir les cours sur nos boites mail.

J’ai déjà suivi des MOOC sur la plateforme de France Université Numérique : en criminologie, en développement personnel, en histoire… C’est une modalité où je me suis vite perdue. Alors, bien sûr, j’ai pris les enseignements mais je n’ai pas réussi à comprendre comment communiquer avec ces milliers de personnes.

Je suis vraiment curieuse de voir ce qui va se passer. Est-ce que notre passion commune pour l’écriture va nous permettre de créer du lien entre nous ? Combien serons-nous en arrivant au port le 19 janvier prochain ?

Et surtout, je suis très intriguée par le contenu de ce cours, par le regard que va nous proposer Éric-Emmanuel Schmitt sur l’écriture. Même si nous avons déjà reçu une petite vidéo pour nous ouvrir l’appétit, je ne sais pas du tout à quoi m’attendre.

Et pourtant, j’en ai des attentes.

S’inscrire à une formation n’est pas une décision anodine. Il y a toujours, caché quelque part, le souhait de changer quelque chose dans sa vie –professionnelle ou personnelle. On se forme pour faire mieux ou autrement…

Selon Martine, autre coach de mon entourage, les attentes ne peuvent être qu’une source de déceptions. En plus de réduire l’horizon. « N’attendez-rien, vous recevrez tout ». J’ai souvent pu constater qu’elle avait raison, Martine.

Alors d’ici samedi, je vais m’efforcer de faire taire mes attentes. De garder l’esprit ouvert à tout ce qui va se présenter. Même si j’ai super hâte d’y être ! Et que ça, c’est déjà une attente en soi… arrrh !

Et vous, quel conseil de coach allez-vous suivre ou transgresser cette semaine ?

Polar, un genre insaisissable

La semaine dernière, vous vous souvenez, j’ai participé au stage « Initiation polar » et j’espérais que je pourrais transférer cette belle énergie créative dans mes séances d’écriture… Bon, autant dire tout de suite que… raté !

Quand vous vous absentez une journée, vous retrouvez vos dossiers intacts, attendant tranquillement votre retour. Juste à côté des dossiers du jour. La boite mail est sur le point d’exploser, la messagerie vocale clignote désespérément. Il faudra toute la journée pour décoder l’important de l’urgent en passant par le prioritaire. Et hop ! c’est comme si on n’était jamais partie.

Exit la scène d’expo qui était née lors du stage. Cette caractéristique de personnage si intéressante ? Envolée… Je savais bien que j’aurais dû poser ma semaine après le stage. J’y avais finalement renoncé à cause d’échéances professionnelles.

Quelle erreur !

Même si j’ai pu retrouver quelques unes de mes idées dans les notes que j’avais prises (19 pages quand même !), l’élan avait disparu. La prochaine fois, peu importe le boulot, je prends plusieurs jours pour moi, pour tirer les fils qui seront nés pendant le stage.

Je m’étais inscrite à « Initiation polar » pour décortiquer les  codes du genre et voir si le polar pouvait offrir un meilleur cadre à mon histoire. Sébastien Gendron nous a partagé sa vision des différents sous-genres de la littérature policière :

  • Le roman policier : L’intrigue est menée par un enquêteur, quel qu’il soit, flic, gendarme, magistrat, journaliste, personne ordinaire prise dans la tourmente… Un seul objectif : découvrir qui a tué (ou commis le délit), pourquoi et comment. Le courant « Who done it ? » créé par Agatha Christie appartient à cette catégorie. La difficulté pour l’auteur : immerger le lecteur au cœur de l’enquête, en révélant assez pour le tenir en haleine, pas trop pour ne pas dévoiler le mystère prématurément, et sans tricher, c’est-à-dire sans cacher un élément important pour le sortir au dernier moment du chapeau.

 

  • Le polar : L’intrigue débute par le même événement déclencheur, un crime ou un délit mais elle est menée par un hors-la-loi au sens littéral du terme. Au travers de ce personnage qui transgresse les règles, le récit explore les dérives de la société, comme dans les polars de Raymond Chandler sur le monde de la pègre. La difficulté pour l’auteur : créer une empathie entre le criminel et le lecteur même s’il ne souhaiterait pas le croiser.

 

  • Le roman noir : Le roman noir dresse le portrait d’une communauté dans la société. L’objectif est d’en montrer les ressorts au sein du groupe et ses interactions avec la société. Avec L’Assommoir, Émile Zola peut être considéré comme le précurseur du roman noir. L’intrigue est ici un moyen, pas une finalité. Chez Manchett par exemple, ses personnages ont une vie droite et bien rangée jusqu’au jour où ils plongent dans un monde souterrain qu’ils étaient loin de s’imaginer. C’est aussi le cas du héros du roman de Douglas Kennedy : Piège nuptial.

Et le thriller dans tout ça ?

Pour Sébastien Gendron, le thriller est une invention des éditeurs, un pur produit commercial qui repose sur la mécanique du page turning à grands renforts de cliffhangers et de descriptions détaillées de scènes d’horreur… Sans toutefois dire beaucoup de la société ou de la psychologie criminelle.

Je partage avec vous cette proposition de classification. Et je ne sais pas vous, mais je n’adhère pas vraiment, j’avoue. 

Il est certain que plusieurs courants ont traversé la littérature policière. Le « who done it » d’Agatha Christie, le roman procédural centré sur l’enquête de Georges Simenon…  Mais elle est aussi peuplée de récits qui empruntent à tous les genres. Dans les romans de Fred Vargas, le commissaire Adamsberg mène l’enquête dans des milieux différents à chaque fois, Moisson rouge de Dashiell se déroule sur fond des grandes grèves aux États-Unis pendant les années 30…

Au-delà, de nombreux classiques auraient pu être étiquetés comme appartenant au roman policier. À commencer par Les Misérables de Victor Hugo dans lequel Jean Valjean fuira désespérément Javert. Car le polar est d’abord une tragédie au sens dramaturgique du terme. À ce titre, Shakespeare pourrait même être considéré comme un auteur de polar, n’est-ce pas ?

Au final, je dirais que le polar est une histoire où est exploré le rapport à la transgression la plus forte qui soit : le meurtre d’un être humain par un autre être humain.

Je n’irai pas plus loin dans ce portrait-robot des sous-genres de la littérature policière. L’écriture est l’un des espaces de liberté les plus larges qui existent. La catégorisation n’est utile que pour proposer un pitch à un éditeur. Encore faut-il avoir écrit le manuscrit… Alors je vais profiter de ma page encore blanche pour écrire, en liberté, une enquête noire menée par une capitaine de police et un amateur mais je pense que toute ressemblance s’arrêtera là.

Mettre en scène un cadavre dès le premier paragraphe ne m’attire pas. D’ailleurs, je n’aime pas non plus les romans qui entrent trop brutalement dans l’action. Ils me donnent toujours l’impression d’être en retard. J’ai besoin de m’installer, de faire connaissance avec les personnages dans une situation ordinaire, d’entrer en empathie avant d’aller plus loin.

Et vous, que préférez-vous ?