Du temps pour écrire

« Écrire n’est pas un métier, c’est une vocation ».

Un appel diraient les plus mystiques. Aussi puissant que le brame du cerf ou un sms de l’ange Gabriel. Impossible de faire la sourde oreille, la voix ne vous laisse pas en paix, ça vibre jusqu’au plus profond de vos entrailles.

Le bon-entendeur n’a pas d’autre salut que de prendre la route :
« Démarrez sur la première ligne, avancez jusqu’au bout de la page, tournez. « Attention à la marge ! Faites demi-tour

Chacun son chemin

Écrire est un voyage. Certains auteurs aiment savourer la route, ils s’attardent sur les horizons nouveaux, explorent leurs sens, respirent profondément… L’histoire germe et mûrit en eux en chemin.

D’autres veulent un trek à couper le souffle. Dans leur sac à dos, tout pour booster l’histoire, rebondir sur l’obstacle et franchir les abîmes de la création d’un bond. Émotion / Action ! Une course effrénée, les yeux fixés sur l’arrivée.

Les premiers bichonnent leur texte pendant trois ans avant de le livrer au monde ; les seconds publient un ouvrage par an. Mais tous sont logés à la même enseigne : « Écrire demande du temps ».

Élastique selon les continents, les sexes, les cultures, les individus…

Le temps est un concept universel et une réalité personnelle.

© agsandrew - Fotolia.com

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À la recherche du temps perdu

Aux siècles précédents, les écrivains étaient soutenus par de riches mécènes ou vivaient de leurs rentes. Ils pouvaient consacrer tout leur temps à écrire. Aujourd’hui, qui a les moyens comme Proust, de se cloîtrer dans sa chambre pour écrire ? Et qui en a en envie d’ailleurs ?

L’écriture s’intercale désormais entre les différentes sphères de la vie moderne : travail, famille, amis, vie associative…

Oui, mais… Vous connaissez ces journées où chaque moment ressemble à un combat entre David et Goliath ? Des combats à mener qui vous laissent épuisé. Comment trouver l’énergie ensuite pour relever le défi de la page blanche ?

Elisa Tixen, écrire

C’est dans ces moments-là que la procrastination guette, prête à souffler à nos oreilles toutes les bonnes-raisons-pièges-à-cons de ne pas écrire.

« Trop crevé(e), je n’écrirais rien de bon »
« Vivement ce week-end, je serai au top ! »
« Bientôt les vacances, j’écrirai sur la plage »
« Je le ferai à la retraite, j’aurai tout mon temps »

Mais l’été est fait pour se reposer et l’automne pour se préparer à hiberner en vue de l’hiver qui arrive. Quand l’habitude n’est pas prise d’écrire au fil des jours, les projets ont toutes les (mal)chances de rester lettres mortes. Dommage, non ?

L’écriture est une passion qui mérite une juste place dans notre espace-temps. Mais c’est à nous et à personne d’autre de la ménager. Envers et contre tous, y compris contre nous. « Car rien n’est plus agréable que de prendre la décision d’écrire et, pour des raisons indépendantes de notre volonté, de ne pas pouvoir la mettre à exécution » (d’après William James).

Un temps pour vivre,
un temps pour écrire

Amélie Nothomb n’écrit qu’en fin de nuit à partir de trois, quatre heures du matin, François Nourrissier seulement le matin et Françoise Giroud l’après-midi. À chaque écrivain, son espace-temps d’écriture !

Se donner des rendez-vous d’écriture en fonction de son horloge biologique est un bon moyen pour lutter contre la procrastination.

  • Le matin, au réveil

Le demi-sommeil est idéal pour laisser filer son écriture avant que les préoccupations matérielles ne rattrapent le conscient. Les pages se teintent de poésie et de fulgurances oniriques, saupoudrées de quelques flèches introspectives. Des images très intéressantes à retravailler ensuite. Autre gros bonus : le plaisir jubilatoire d’avoir commencé la journée par l’écriture, quoiqu’il arrive ensuite, David, Goliath ou la tribu. Plus personne ne pourra vous l’enlever.

2014-08 Lever jour

  • La journée

La lumière du jour apporte un état de conscience éveillé. Le bruit, les mouvements, l’activité bouillonnante sont autant de facteurs qui apportent l’énergie pour écrire. Productivité maximale pour ce créneau horaire, sauf pendant la digestion après le déjeuner.

  • La nuit

L’obscurité altère la conscience. Le monde se nappe de cette atmosphère si particulière où tout est possible. Des instants en dehors du temps, aussi jubilatoires que le spectacle d’un orage déchaîné quand on est à l’abri. Invitation à lâcher la bride à toutes les fantaisies créatrices. Mais aussi à plonger au coeur de nos peurs et de nos émotions profondes.

En conclusion, je dirais que les instants nocturnes, aube ou crépuscule, privilégient la créativité. En revanche, la lumière du jour est idéal pour retravailler ses textes.

Comment conjuguer l’idée de rendez-vous réguliers avec son horloge biologique ?

Quand je m’éveille le matin, avant de penser au boulot et à la longue liste des choses à faire, je me pose une question. Simple, basic.

Comment va ma part d’auteure ?

Si l’énergie pulse dans mes neurones, je me lève et je file prendre mon carnet ou mon ordi et je laisse filer les mots.

Si au contraire je me sens pesante, l’esprit embrumé et les muscles douloureux, j’éteins le réveil et je me m’enveloppe dans la couette en soupirant. La contrepartie ? Consacrer ma pause déjeuner à une balade ou un sandwich dans un café pour relire ou noircir des pages. Autre option : renoncer à la énième diffusion de la 7ème Compagnie pour m’isoler en musique dans mon univers.

Dans tous les cas, écrire tous les jours, le plus possible.

L’important est de ne pas culpabiliser, ni lâcher l’affaire !

Si cela fait plusieurs jours que vous n’avez rien écrit et que l’inspiration semble avoir pris quelques vacances au soleil, utilisez des boosters d’écriture créative. Il y en a plein : prendre un mot au hasard dans le dico ou dans un livre, prendre une phrase et poursuivre l’histoire, faire la liste de vos envies…

En voici un que j’utilise souvent. J’écris pendant 1,30 minute sans lever mon stylo à partir d’un mot, de ce qu’il représente pour moi, de tout ce qu’il m’évoque… Aujourd’hui, j’ai hésité avec chocolat mais j’ai finalement choisi TOMATE. Le défi vous tente ?

Bonne écriture à tous,
Dans le plaisir et la créativité
Élisa 🙂

 

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L’écriture « instinct »

Margaux Gilquin, je l’ai rencontrée d’abord à Bordeaux, dans un charmant petit restaurant à Mériadeck. Ce fut un de ces moments magiques où les paroles de l’une font écho aux pensées de l’autre. Nous nous sommes découvert plein de points communs, mais aussi des visions très différentes, notamment sur l’écriture.

Et que se disent deux auteurs quand ils se rencontrent ? Ils parlent de leurs projets bien sûr, des réponses des éditeurs qu’ils attendent mais aussi de leur manuscrit en cours, de leurs difficultés, de leurs petites manies… On pourrait même parler de nos petits rituels.

Margaux fait partie des auteures qui m’ont donné l’idée de proposer une fenêtre sur les différentes façons d’écrire. Elle inaugure cette série aujourd’hui.

Margaux Gilquin a publié son premier ouvrage aux éditions XO « Le dernier salaire« . Le témoignage d’une femme de 50 ans qui, après une belle carrière, se retrouve exclue du marché du travail et tombe dans la trappe à chômage avec son cortège de contrats précaires et de minimas sociaux. Un cri de colère puissant et sincère qui lui a valu le Prix du Meilleur Ouvrage sur le Monde du Travail 2017, catégorie “Salariés”.

En mars 2017, paraît son nouvel ouvrage « Apprendre à danser sous la pluie« , l’histoire de Laure qui depuis son premier livre phénomène, se partage entre ce Paris flamboyant qu’elle aime tant où elle côtoie journalistes, auteurs, politiques… et la Grande Maison de la douce tante Marthe, le lieu dont elle a besoin pour se ressourcer. Dans ce lieu, Laure va remonter le temps de son enfance jusqu’à ce certain jour de juillet où sa vie a basculé. Une autofiction empreinte de gaieté, de tendresse et d’humour. Une plume sensible et vibrante qui résonne encore, la dernière page tournée.

Car Margaux écrit comme elle courait, très intensément.

Margaux Gilquin, l’auteure « instinct »

Margaux, tu as publié d’abord un témoignage, puis une autofiction. Tu m’as confiée que ces deux livres avaient été écrits « d’un jet » en quelques jours. Peux-tu me raconter comment tu écris ? Tu t’enfermes, tu t’en vas… ?

Comment j’écris… J’écris d’abord dans ma tête. Je fais le plan. J’organise mes chapitres. Je mets tout dans des petites cases là haut 🙂 Ensuite j’écris sur des tas de bouts de papiers, des carnets, des tickets de métro, des facturettes de courses. J’écris sur tout ce que je trouve. Et puis un jour, ne me demande pas pourquoi, je m’assieds à la table, j’ouvre l’ordi et j’écris. Je sors ce que j’ai dans la tête d’un coup, puis je lis mes notes et j’écris au kilomètre. Tout est prêt là haut de toute façon.

Je ne m’enferme pas particulièrement sauf dans ma tête. Je ne m’en vais pas non plus même si je rêve d’écrire dans cette maison que j’ai tant aimée là-bas au bord de la mer, très loin d’ici le long d’une corniche depuis laquelle je voyais mon père partir pêcher avec son petit bateau de plaisancier.

Que se passe-t-il ensuite, après l’écriture ? Est-ce que tu réécris, un peu pas du tout ?

Après l’écriture, je suis malade physiquement parce que sur 10 ou 15 jours, j’ai tout donné de moi, un peu comme l’ancienne coureuse à pieds que j’étais. Je me donne corps et âme. Je suis en état second tu sais. Je sais que je me lave, que je m’habille, que je mange un peu, que je bois beaucoup de thé et de café mais je ne sais plus qui je suis, où je suis, ni si je vis avec quelqu’un ou pas. Je suis absente. Vraiment. Et désagréable. Beaucoup. L’écriture me vide de mon énergie et physiquement quand j’écris le mot « fin », je suis nauséeuse, malade, j’ai les jambes qui tremblent. J’ai besoin de me reconnecter.

As-tu d’autres projets d’écriture ou bien est-ce que tu te laisses porter par tes fulgurances ?

Les deux. J’ai des fulgurances qui font des romans que je qualifie de courts. Des romans de la vie de tous les jours.

Et j’ai un gros projet de livre. Une saga familiale.

J’ai envie de te dire que pour la saga je prends le temps qu’il faut et que peut-être que si je le peux, je m’enfermerai et oui je partirai loin, très loin.

5 questions sur Margaux

 

Dans la peau de quelle personnalité aimerais-tu vivre une journée ? Celle du Président de la République.

Et que ferais-tu ? J’agirai.

Quelle est la question qui te tourmente le matin au réveil ? Pourquoi mon père est il mort ? Où est-il ?

Où étais-tu avant ta naissance ? Dans un château médiéval, j’attendais mon chevalier.

Que dirais-tu à la jeune Margaux le jour où elle a écrit la première page de sa première histoire ? Pourquoi n’as tu pas cru en toi ? Pourquoi as tu écouté les autres, ceux qui te dictaient ta conduite ?

Une citation qui te touche ? « Si vous courez aussi vite que je vous ignore, vous aurez mal aux jambes ». Bon c’est pas très élégant… mais c’est du brut quand je suis agacée par les gens… je n’ai pas de citation tu sais. J’aime certains versets de la Bible et je m’y réfère souvent.

Mon salon du livre 2018

Il était une fois, dans un hangar merveilleux, quelques milliers de visiteurs pressés dans des allées recouvertes de moquette rouge qui colle aux chaussures. Tous ces visiteurs venaient :

  • voir les 4ème de couverture s’animer,
  • côtoyer des écrivains pas morts,
  • respirer le bon air de l’encre et du papier,
  • faire quelques expériences inédites dans l’univers des mots,
  • agrandir sa collection de signatures…

Je n’ai fait la chasse ni aux dédicaces ni aux selfies. Mais j’ai exploré les livres, je me suis perdue dans les allées, quelque part entre le Québec et l’Afrique, j’ai parlé aux gens, les connus les pas connus… et vécu des merveilles ! Allez, je vous raconte tout !

Épisode 1 – Rencontre avec le nouvel éditeur de Sans traces apparentes

Ma première visite a été pour mon nouvel éditeur bien sûr !
Sans traces apparentes va de nouveau être disponibles dans toutes les librairies et j’en suis super heureuse.

Mais chut… c’est un secret ! Et c’est super dur de ne rien pouvoir vous dire encore. Mais promis, dès que je peux, je vous dis tout !

 

Épisode 2 – L’Afrique au coin d’une allée

Danse au son des djembés
Gaieté fulgurante,
improvisée,
profonde…

Épisode 3 – Poésie québécoise

Écouter de la poésie québécoise, plongée au cœur des forêts d’érable enneigées, grâce à la magie de la réalité virtuelle en 360° panoramique. MAGIQUE !!!

Épisode 4 – Conférences et tables rondes

Des conférences sur plein de sujets, sur les faits divers en écriture, sur l’acte d’écrire posé dans le monde, sur les évolutions du livre… Et aussi des tables rondes même quand elles sont carrées, comme a plaisanté Grégoire Delacourt ! Carrément passionnant ! Avec un gros coup de coeur pour le témoignage de Kamel Daoud.

Épisode 5 – Atelier d’écriture

Le TOP ! Venir à une conférence sur l’écrivain à sa table et le syndrome de la page blanche… et se retrouver plongée dans un atelier d’écriture animé par Grégoire Delacourt et Mohammed Aïssaoui !!!

La consigne : écrire un texte à partir de 8 mots choisi par le public.

Mon texte
Delphine

Delphine était née dans la colère.

Une grande poussée un soir
à l’ombre d’une Tour Eiffel libérée.

Dans un même élan, sa mère lui donnait la vie et son père tuait le chat.
Au cas où quelqu’un l’entendrait l’appeler Pétain dans un moment d’enthousiasme éthylique.

Leur grande terreur était d’être traînés sur le boulevard Haussmann devant le peloton. Ils voulaient bien tout subir, la tonsure, les chaînes, le fouet… mais ils ne voulaient pas mourir.

Alors, ce chat ils l’avaient tué et cette enfant, ils l’avaient gardée.
L’habillant de violet pour ne jamais oublier comment elle avait été conçue.

Pour moi, le meilleur moment du salon !!!
Je n’ai pas assez de points d’exclamation pour le dire !!!

Épisode 6 – La dictée

À l’heure où l’on taille les livres à la serpe pour supprimer passés simples et descriptions, la dictée 2018 en appelle aux aïeux…

Animée par Daniel Picouly, écrite par Jean-Joseph Julaud (Cahier de dictée pour les nuls)
avec un titre en hommage à Johnny Hallyday :

« Quoi l’aïeul ? Qu’est-ce qu’il a l’aïeul ? »

Voilà mille trente et un ans, en neuf cent quatre-vingt-sept, dans l’édifice cathédral de Noyon, Hugues Capet recevait des mains d’un archevêque les insignes choisis pour qu’il devînt roi des Francs : les régalia sacrés.

La même année, à deux mille cinq cents kilomètres à l’est de Paris, dans la ville de Kiev, le grand-prince Vladimir Ier au truculent bagou épousait la sœur de deux empereurs byzantins, Anna. C’était la seule femme qui, selon lui, rassemblât autant de qualités que les quelque huit cents volubiles concubines desquelles il se séparait.

Kiev fut, dès l’an neuf cent, la halte favorite des Scandinaves qui, descendant le fleuve Dniepr, allaient échanger leurs ambres jaune mordoré jusqu’à la mer Noire, chez les Byzantins, contre des pièces de soierie, ivoire et carrées, de l’or et du miel. Ces rameurs d’eau douce, nommés « rus » dans leur langue, ont donné leur nom à la Russie.

Suite de la dictée pour les adultes :

Revenons à Vladimir. On sait qu’avant Anna s’étaient succédé dans ses amours multipliées force jeunes élues, dont l’une donna naissance au nouveau grand-prince de Kiev. Celui-ci épousa une princesse suédoise aux yeux mauves. Trois nouveaux-nées à la chevelure auburn et cendrée égayèrent bientôt leur ménage. À la plus belle qui fût échut le prénom Anne.

Pendant ce temps, Hugues Capet et son épouse Adélaïde, après avoir rangé les régalia, s’étaient empressés d’assurer leur postérité au sein de leur royaume. Robert fut le prénom de leur seul garçon qui lui-même engendra un fils sur la tête duquel fut déposée, lors de son sacre en 1027, la couronne à spinelle purpuracé, aux rubis corallins et rubescents : Henri Ier.

Et qui donc épousa Henri à l’apogée mérité de sa gloire en 1051 ? Vous le devinâtes à l’instant : Anne de Kiev, de sorte que tous les rois de France jusqu’au dernier, depuis cette reine russe, ont pour aïeul Vladimir Ier !

J’avoue, j’aurais fait plein de fautes. Et vous ?

Voilà, c’est déjà fini ! Derniers bisous aux copains et aux copines qui étaient en visite ou en dédicace…

Vivement l’année prochaine !!!

 

Pourquoi écrire des nouvelles ?

Nous sommes nombreux à écrire des nouvelles.
J’avoue, j’adore écrire ces textes courts. Ce sont mes récréations. Alors qu’écrire un roman nécessite de suivre une ligne pour ne pas perdre le fil, écrire une nouvelle permet toutes les libertés. Même si la nouvelle est un genre très exigeant.

La nouvelle est un genre avant d’être un format.

Pour Émile Zola, « la nouvelle est une nouvelle, qu’elle ait cinquante pages ou qu’elle en ait trois cents ». Pour Edgar Allan Poe, la nouvelle est un récit qui doit se lire en deux heures maximum. Charles Baudelaire a écrit dans sa préface des « Nouvelles histoires extraordinaires de Poe » que la nouvelle « a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie d’une traite, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains« .

Le vrai défi de l’écriture de nouvelles, c’est cette double exigence de brièveté et d’intensité.

Dans un roman, vous avez le temps de développer l’intrigue et de placer vos personnages dans des situations multiples. Dans une nouvelle, le récit se cristallise sur un moment clé de l’histoire d’un personnage. Un instant crucial où son destin se joue tout entier.

Rien, en dehors de ce moment, n’a d’importance. Il n’y a pas de place pour les envolées lyriques. Chaque action doit contribuer à l’intrigue, chaque mot doit porter et claquer.

Pareille à un round de boxe, l’intrigue est intense, elle ne laisse pas le lecteur respirer. Jusqu’à la chute, percutante, qui éclaire d’un jour nouveau tout ce qui s’est passé avant. À la fin de la lecture, la nouvelle laisse le lecteur en vie mais étourdi, presque sonné.

La nouvelle est quelque chose qui peut se lire en une heure et se souvenir une vie entière. Stephen Vincent Benet

Et vous, est-ce que vous aimez écrire des nouvelles ?

Elisa TIXEN, l’auteure authentique

Margaux Gilquin, auteure bordelaise, m’a contactée il y a quelques temps et nous nous sommes rencontrées cette semaine. Un échange trop court tellement nous avions à nous dire et à partager. Je vous en reparle très bientôt 🙂

Balades & Portraits par Margaux Gilquin

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Ma rencontre avec Elisa est une des plus belles que j’ai faites avec un auteur.

Nous avions rendez-vous dans un salon de thé que j’aime beaucoup,  rue Montbazon à Bordeaux. J’étais en avance et je suis arrivée la première sous la pluie et la grisaille. La journée était franchement maussade et j’avais besoin de réconfort.

Accueillie par deux hôtes merveilleux, je me suis installée et j’ai attendu avec fébrilité l’arrivée d’Elisa.

Je réfléchissais à son livre Sans traces apparentes, que je suis en train de lire et qui me touche beaucoup car, et c’est  Elisa Tixen elle-même qui  dit de son livre :

qu’il  traite des blessures qui nous sont transmises par la vie et notre passé familial, celles que nous portons en nous, parfois sans en être conscients. Par ailleurs, son      « ambition » d’auteure est que ses histoires interpellent les esprits, les émotions. Que le…

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Elisa Tixen

Un article qui me touche profondément, une belle rencontre et toutes ces questions qui nous accompagnent sans cesse sur notre chemin d’auteurs. Merci Sophie pour ce portrait très drôle que tu as dressé…

L'urgence est au bonheur, by Sophie Ausilio

WP_20171225_16_30_37_RichPhoto by Sophie Ausilio « Elisa et les origamis » décembre 207

Elisa Tixen

Printemps 2017, un mardi soir ordinaire.

Il flotte, je sors du boulot la tête encombrée de toutes les tâches qui me restent encore à faire.

Marcher jusqu’à l’atelier me fait du bien, je vais y retrouver Nadia et mes copains.

Je descends la rue Bouffard, tranquille. J’aime bien ce moment paisible où je reprends mes repères. Je traverse la place Pey-Berland, quelques touristes s’attardent, attablés dans les bars. J’arrive à l’atelier, pour une fois, pas trop en retard, nous recevons une invitée.

Elisa Tixen vient nous parler de son cheminement d’auteur.

Parler avec quelqu’un qui a édité et qui nous considère comme des futurs auteurs, nous qui ne sommes que des scribouilleurs, en voilà une drôle d’idée ! Encore un coup de Nadia, qui est toujours pleine d’initiatives pour nous faire avancer.

Nous découvrons Elisa. Sourire convivial, générosité du…

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Planète 2018

 

2018 commence par un janvier tout en tempête qui décoiffe les toits et les cerveaux ramollis par des litres de champagne !

J’espère que vous avez passé d’excellentes fêtes et je vous souhaite le meilleur pour 2018 : 12 mois de découvertes, 52 semaines créatives, 365 jours jubilatoires, et surtout je vous souhaite de savourer chaque minute, chaque seconde…

Janvier, traditionnellement c’est le mois des vœux, des vœux pour les autres mais aussi des « veux » pour soi. Ces fameuses bonnes résolutions qui ne survivent pas au-delà de février, voire du jour 2 pour certains.

Alors cette année, j’ai décidé d’économiser du temps et d’éviter les bonnes résolutions. À la place, j’ai fait du tri, une opération magique de rangement parmi les milliers d’idées séduisantes qui ne mènent que dans l’infini des projets non finis.

J’ai donc fait de janvier, premier du non, le flambeau d’une année de résistance, centrée sur l’essentiel, sur un projet unique. Cette année je vais essayer de faire se rencontrer mon métier et ma passion pour l’écriture.

Dans la vraie vie, je suis conceptrice de formations pour adultes, passionnées par toutes les pédagogies du détour, les ludo-pédagogies… bref, toutes les façons d’apprendre autrement. J’ai longtemps œuvré pour les personnes en situation d’illettrisme. Et ces dernières années, lors de dédicaces ou de rencontres, j’ai rencontré beaucoup de lecteurs qui ont très envie d’écrire mais qui se sentent aussi très seuls, sans ateliers d’écriture à proximité.

Donc cette année, j’ai décidé de plancher sur la conception d’ateliers d’écriture à distance, reposant sur ces pédagogies du détour que j’adore car elles embarquent au-delà des attentes, et personnalisables en fonction des situations de chacun.

Voilà ce que j’avais envie de partager avec vous en ce début d’année. C’est un peu plus qu’un projet,  je ne sais pas comment le nommer, ce qui est un comble pour quelqu’un qui se prétend auteur.

Avez-vous déjà ressenti ce genre d’évidence, comme une intuition profonde que vos planètes s’alignaient ?

 

 

 

B(r)ouillons & Création

L’écriture manuscrite séduit à nouveau. Des boutiques Moleskine fleurissent un peu partout, aussi élégantes que les magasins Apple. Les carnets à écrire arrivent d’Italie, du Japon…

Mais qu’il est difficile de lutter contre les logiciels de traitement de textes à l’efficacité redoutable. Grâce au clavier, plus de ratures, reprises, corrections et autres annotations. C’est un texte tout propre qui accueille l’auteur à chacune de ses visites. Un texte tout propre et une mémoire toute vide…

Loin de moi l’idée de dire que c’était mieux avant, quand la plume glissait sur le papier velin. Mais l’écriture sur informatique pourrait tuer la critique génétique, cette discipline qui s’intéresse aux manuscrits et aux brouillons. À quoi sert, me direz-vous, de s’intéresser à des brouillons tout moches ? Eh bien cette étude a pour objectif d’étudier le processus d’élaboration d’une œuvre et au-delà, de toutes les autres.

Si les carnets raturés de Pascal Quignard ou de Georges Pérec disparaissent… S’il ne reste plus de traces des versions intermédiaires d’un texte, de la genèse des personnages, des pérégrinations de l’imaginaire du créateur… Cette discipline se retrouvera sans une rature à analyser, sans une chance de percer les mystères de la création.

Quelques auteurs, comme Jean-Philippe Toussaint, nous livrent quelques bribes de leurs travaux sur leurs blogs. Mais la mésaventure de Quentin Tarantino qui s’est fait piller son scénario n’encourage pas à partager son œuvre si elle n’est pas aboutie. Il y a aussi la méthode d’Eric-Emmanuel Schmitt qui livre quelques extraits de ses carnets d’écriture à la fin de ses livres… Personnellement, j’adore les lire mais c’est peut-être parce que j’écris.

Au moment où j’attaque l’écriture de mon 3ème livre, j’avais envie de vous demander si vous, en tant que lecteurs, l’histoire de la création du livre vous intéresse ?

Les trois poupées

Suite à l’article de la semaine dernière, le lien qui amenait vers les textes écrits lors de l’atelier de Karim Miské s’est révélé peu fiable.

Pour ceux qui n’ont pas eu accès au texte, le voici en intégralité.

Bonne semaine à tous 🙂

Les trois poupées

Comme tous les ans, le quartier avait été envahi par un déballage de vieilleries. Je n’ai jamais compris comment ces trucs cabossés et puant le mal-lavé pouvaient intéresser autant de monde. Moi, je serais plutôt du genre à payer pour qu’on me débarrasse de ces saletés.

J’étais pressé. En retard comme tous les samedis, marre de me lever quand les autres pouvaient rester au lit… Je me frayais un chemin à travers les cartons et les dos penchés quand j’ai entendu une voix qui disait :

– Tu vas vraiment vendre tes trois poupées ?

Mes yeux se sont rivés sur le panier. Un vieux panier en osier tressé, avec une anse noircie d’avoir été portée par trop de mains. Rien d’extraordinaire, juste un vieux panier contenant trois poupées. Deux blondes dont l’une avec la bouche ouverte, ce qui lui gonflait les joues et une plus petite, toute rouquine. Nues, le ventre gonflé de l’enfance.

Ces poupées, je les connaissais. Vous pouvez me dire que je me trompais, que ce n’était que des poupées banales, comme il s’en vend des milliers à Noël. Mais je savais au fond de moi, que c’était elles. Les trois poupées.

C’était leur surnom. Les trois poupées. Jolies et lumineuses, elles semaient la joie comme d’autres éteignent les bougies. Il y avait les deux blondes, celle qui bavardait avec sa bouche et celle qui parlait avec ses yeux, et puis la petite rouquine qui semblait toujours sur le point d’éclater de rire. Elles n’étaient pas sœurs ; elles étaient juste nées le même jour au même endroit, presque à la même heure. Dans un petit village comme le nôtre, elles sont rapidement devenues jumelles de cœur. Là on l’on voyait l’une, on voyait les autres. Inséparables.

Dès leur naissance, les trois familles avaient décidé de se rassembler pour qu’elles puissent fêter ensemble leur anniversaire. C’est l’année des 10 ans qu’elles ont reçu leurs poupées. Je crois bien que c’est la grand-mère qui avait eu l’idée. Offrir à chacune une poupée qui leur ressemblait. Ce qui donnait une poupée blonde avec la bouche ouverte, une autre blonde avec des yeux peints qui ne se fermaient pas et une troisième, rousse avec l’air malicieux.

Les trois fillettes ont aussitôt vidé un vieux panier pour y coucher leurs trois poupées. Elles avaient décidé que rien ne les séparerait. Elles resteraient ensemble, il n’y aurait qu’à changer de maison et de maman chaque semaine.

Jusqu’au jour où la première poupée disparut. La blonde aux grands yeux. Le village la chercha pendant des heures, les gendarmes, les chiens, les hommes… Pendant ce temps, dans les maisons, les femmes veillaient sur leurs petits, retenant leur souffle et masquant leur soulagement d’avoir été épargnées.

On la retrouva complètement désarticulée dans le bas d’une coulée, nue, le ventre souillé de terre molle et grasse. Je ne sais pas ce qu’on a dit aux deux autres mais depuis lors, la blonde ne parla plus et la rousse garda son rire fermé. On ne voyait plus que leur ombre. Elles s’accrochaient l’une à l’autre et disparaissaient de longues heures dès qu’elles le pouvaient.

Quand la rousse revint seule, un soir, les collants déchirés, le visage couvert de boue, chacun sut qu’un nouveau drame était arrivé. On la retrouva vite, celle-là, près de la voie ferrée. Aussi nue que la première, le ventre en travers des rails.

La peur se larva au cœur du village, les vieilles ne cessaient de chuchoter, les vieux se taisaient en levant leur verre. À l’enterrement, il y avait plus de sourcils froncés que de larmes.

Les parents de la rousse ont quitté le village pendant la mise en terre, sans avertir personne.

Et voilà que je tombais sur ces trois poupées dans leur vieux panier. J’ai levé les yeux. Une jolie femme qui s’approchait de la quarantaine, toute menue avec la peau claire parsemée de taches de rousseur regardait les poupées d’un air hésitant. D’une voix douce, elle répondit :

– Oui, je… j’ai passé l’âge de m’y accrocher. Il est temps que je tourne la page, non ?

J’avais retrouvé la troisième poupée. Ici, aux buttes Chaumont, à 500 km de notre village… Qui sait depuis combien de temps nous habitions l’un à côté de l’autre, sans nous en douter.

Ce n’était pas un hasard, ce connard n’existe pas. C’était un signe. Je ne suis pas allé au boulot ce matin-là. Je suis resté là et j’ai attendu.

Écrire en atelier

Écrire est une activité solitaire, le mythe de l’auteur-Bernard car ermite n’est pas sans fondement. Et si nos idées proviennent bien de notre source intérieure, nous tournerions vite au narcissisme si nous ne nourrissions pas de l’extérieur. D’un regard croisé, un mot attrapé au vol sur la terrasse d’un café, une musique au vent…

Et puis, il y a les ateliers d’écriture !

Si décriés en France, pays du mythe du génie créatif (on en a déjà parlé de celui-là mais il revient sans cesse… !). Décriés même par des auteurs comme Leïla Slimani qui a pourtant suivi l’atelier Gallimard… Je ne reviendrai pas sur ses propos de savoir si on peut devenir auteur en participant à un atelier ou non, ce sera pour une prochaine fois.

Aujourd’hui, je voudrais simplement vous parler du plaisir qu’il y a d’écrire en groupe, de partager des textes, de confronter des univers… de s’enrichir les uns les autres.

Cette année, je me suis inscrite à l’atelier Les Mots pour un cycle animé par Karim Miské « Le monde est un polar ». Atelier qui promettait de s’inspirer : « Des jeux vidéos au darknet en passant par youtube et l’ensemble des réseaux sociaux. D’un statut facebook, on peut faire une histoire. Derrière une story sur snapchat se cache le plus terrible des assassinats. La culture hip-hop aussi sera une grande source d’inspiration. Comment écrire la ville contemporaine sans avoir recours au rap, aux grafs ou aux danses de rue ? Si l’on sait écouter, deux lignes de Booba ou de PNL contiennent la matrice d’un polar hardcore et mélancolique. »

Bref ! Un univers contemporain théoriquement mais en réalité très éloigné de mon petit monde. Comment j’aurais pu résister plus longtemps ?

Pour la première séance, Karim ne nous a pas trop bousculés. Il nous a laissés nous habituer à l’idée que nous allions devoir tuer quelqu’un à un moment ou un autre. Dans cette première séance donc, nous sommes partis d’une photo avec comme consigne, d’écrire un meurtre.

Comment vous dire que tous les textes étaient très différents les uns des autres, avec chacun leur univers et leur mécanique propre… mais que nous étions nombreux à ne pas être passés à l’acte ce soir-là. Car vraiment, ce n’est pas si facile de tuer, même entre les lignes.

Pour lire deux des textes issus de cette séquence en atelier (dont le mien) cliquez ici !