Autopsie d’un stage POLAR

Vous mouriez d’envie de savoir ce qui s’est passé lors de ce stage POLAR ? Allez j’avoue, c’était une tuerie. Et je vous dis tout.

Ce tout a commencé par une question très simple.

POLAR, Thriller… Quelle différence ?

Au-delà des définitions conceptuelles, j’ai aimé la distinction que fait Nadia Bourgeois : le polar est une enquête criminelle menée par un enquêteur officiel alors que dans le thriller, un citoyen lambda (vous, moi, mais plutôt vous je préfère), un citoyen ordinaire donc, attire l’attention d’un criminel contre lequel il devra lutter, seul, pour s’extirper de ses griffes maléfiques.

La mécanique du POLAR

Si j’ai abandonné dans un vieux tiroir mes brouillons de polar ou de thriller, c’est que j’ai un gros problème avec la mort et la torture. Je devrais demander à Jean-Christophe Grangé ou à Franck Thilliez comment ils font pour écrire ces scènes avec tant de précision.

Quand j’écris, je me mets dans la peau des personnages, je vis leurs émotions. Or, m’incarner en psychopathe qui prend plaisir à tuer ou en victime qui subit des tortures, c’est plus fort que moi, je n’y arrivais pas…

Je craignais ce blocage mais lors du stage, nous nous sommes surtout intéressés à la mécanique du POLAR : le trio infernal ENQUÊTEUR-CRIMINEL-VICTIME(S), l’enquête, les fausses pistes, les suspects, les mobiles, les témoignages, les mensonges, le faux coupable, le vrai coupable…

La mécanique du POLAR est bien connue par tous les amateurs du genre. Pourtant, ce serait trop simple s’il suffisait d’assembler tous ces ingrédients pour écrire un polar efficace. EFFICACE ! Voilà le maître mot.

Qu’est-ce qui fait la différence entre un polar qui nous tient en haleine et celui qui est cousu de fil blanc ?

Damned… Je dévoile tout trop vite et la réponse est dans la question bien sûr ! Bâtir une histoire noire avec du fil blanc est aussi visible qu’un feu d’artifice dans la nuit.

L’art du POLAR

L’art de l’auteur de polar réside en grande partie dans sa capacité à camoufler le fil de son intrigue au milieu d’un écheveau fluorescent qu’il agite sous le nez du lecteur pour l’entraîner dans la mauvaise direction, c’est-à-dire loin du vrai coupable.

L’art du lecteur de polar est de tirer le bon fil, celui qui relie au coupable.

Entre l’auteur et le lecteur, le contrat est tacite mais réel : désorienter oui, mais ne rien dissimuler de majeur, ce qui empêcherait de démasquer le coupable avant la fin. Ce serait considéré comme une tricherie qui enverrait directement le polar dans un trou sombre au fond du jardin.

C’est là le grand intérêt que j’ai trouvé dans l’écriture du polar : cette connivence avec le lecteur sur l’information à lui donner, sur la meilleure façon de faire monter le suspense, de dévoiler peu à peu le mystère pour qu’il s’exclame à la fin « Mais c’est bien sûr ! ».

Pour moi, un bon POLAR est un puzzle où s’affrontent les noirceurs de l’âme humaine dans un duel qui monte crescendo, où rien n’arrive par hasard ni par la magie des nouvelles technologies.

Portrait robot d’un auteur de polar

La première noirceur humaine avec laquelle l’auteur de polar joue, c’est avec la sienne. Plus machiavélique que l’assassin et l’enquêteur réunis, il tue de manière préméditée, prend plaisir à manipuler les autres, à mentir, à transgresser les lois et la morale… Ce qu’il ne fait pas dans la vraie vie, bien sûr.

Écrire, c’est avoir le droit de vie ou de mort sur ses personnages. Écrire un polar, c’est avoir le devoir de décider qui vit et qui meurt.

Et j’avoue, c’est franchement jubilatoire de jouer les Parques, sang froid et cœur noir, comme j’ai pu l’expérimenter ce week-end.

Le stage POLAR, une tuerie !

Participer à un stage d’écriture, c’est s’extraire de son quotidien, s’accorder du temps pour soi, pour écrire. C’est partager avec d’autres cette passion somme toute solitaire qu’est l’écriture. D’autres qui comprennent ce que vous vivez. Un stage d’écriture, c’est aussi l’occasion d’apprendre de nouvelles techniques pour mieux écrire, de découvrir d’autres horizons.

Vous l’aurez compris, je suis fan des stages d’écriture et je participe dès que je peux. Celui-là est l’un des meilleurs que j’ai vécus. J’y ai vécu une expérience qu’aucun livre ou guide d’écriture ne peut apporter. Je vous raconte.

Nous voilà 4 apprentis-criminolologues sous la houlette de Nadia Bourgeois. Par ses questions, par nos échanges, nous avons été poussés chacun dans nos retranchements pour laisser émerger le meilleur de notre histoire.

Pas question de tuer propre ou sans raison ! Nous avons mis en scène de vrais méchants au cœur tendre et de vrais gentils border line. Tricoté des neurones pour semer de faux cailloux blancs, disséqué les mobiles, découvert les poisons et l’importance des projections de sang…

Avant ce fameux samedi, nous ignorions tout de cette histoire que nous allions construire. Nous avons passé deux jours à : « essayer de nous imprégner de tout ce monde que nous ne connaissions pas la veille et qui venait de surgir dans notre vie » (d’après Simenon).

Et nous nous sommes beaucoup amusés, sans même avoir l’impression de travailler. Pourtant, le dimanche soir, nous sommes repartis chacun avec notre synopsis et une énorme envie d’aller au bout de ce POLAR.

Albane, Stéphanie, Christophe, je récidive quand vous voulez 🙂

Stage POLAR Nadia Bourgeois

Un meurtre sera commis le…

Un meurtre sera commis le…

Vous connaissez ce titre ? C’est celui d’un des romans d’Agatha Christie. Je les ai tous lus et je n’ai jamais réussi à découvrir l’assassin avant la fameuse explication finale, ces cinq dernières pages où tout s’éclaire.

Jamais je n’ai trouvé le petit détail qui aurait pu me faire sortir de la peau de Watson pour me connecter aux neurones de Poirot.

Agatha Christie 82 – Élisa 0.

Écrire du Polar

Quand j’ai commencé à inventer mes premières histoires, c’était avec l’ambition d’écrire un polar.

Alors j’ai commencé à écrire un thriller (mais oui c’est logique et admirez au passage cet art d’éviter de me confronter à l’objet direct de mes désirs…). J’ai vite abandonné cet univers sanglant. Incapable de plonger dans la peau de mes personnages qu’ils soient victimes ou bourreaux. Trop torturé pour moi.

Au final et même si mes histoires contiennent souvent une part de suspense, je ne me suis jamais confrontée à ce genre.

C’est alors que je découvre que ce week-end à Bordeaux, Nadia Bourgeois organise un stage POLAR.

48 heures chrono pour écrire une nouvelle mettant en scène un crime, un enquêteur, des suspects et des indices –les vrais, les faux ; tout ça pour orchestrer la révélation du coupable, le vrai pas le faux…

Impossible de laisser passer cette occasion de revenir à mes premières amours !

Alors ce week-end, prenez garde.

Il y aura tout un groupe de faiseurs de crimes, en liberté dans les rues de Bordeaux… et vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas !

Terra Incognita

Dans les temps anciens, les cartographes dessinaient le monde connu et désignaient les autres territoires Terra incognita.

Dans l’imaginaire collectif, ces zones inexplorées étaient peuplées de monstres et de créatures puissantes qui terrifiaient les uns et fascinaient les autres.

Au fil des siècles, il semblerait que nous ayons parcouru chaque parcelle de notre terre. Il nous reste les grands fonds pollués et une voie lactée de plus en plus embouteillée (oui je sais elle était facile).

Alors, aujourd’hui, 21e siècle de notre aire ère, que reste-t-il à explorer ? Que reste-t-il pour nous fasciner et nous faire rêver ?

Ma réponse fuse, évidente : la page blanche bien sûr…

Le point de départ de chacun de mes voyages dans les synapses frétillants de mon cerveau. Mon camp de base pour partir en exploration, à la découverte de nouvelles histoires à inventer. Au programme : aventure et inconnu…

Et vous, quel est le territoire insoupçonné que vous explorez ?

Le top five des conseils d’écrivains

Je viens de lire une interview très intéressante, publiée par enviedecrire.com : « Les conseils de Stephen King pour donner vie à votre récit ».

Les conseils d’écrivains sont les marronniers des rubriques littéraires. Ils fleurissent et foisonnent plusieurs fois par an.

Je les adore, j’avoue.

Dès qu’un article paraît avec un titre comme celui-ci, je me jette dessus. Pourquoi ? Probablement parce que j’espère au fond de moi que l’expérience de ces grands maîtres projettera sa lueur sur ma pratique. Et peut-être que quelque part, je rêve en secret de découvrir la recette magique pour écrire le livre qui tourbillonne dans mes tripes…

Et comme ce n’est pas le cas, j’oublie ces conseils peu après les avoir lus. Ce qui renouvelle mon plaisir de lire les suivants. Vous savez, un peu comme une histoire drôle dont on a oublié la fin mais qui nous fait sourire par anticipation.

Il y a plusieurs types d’auteurs-conseilleurs. Ceux qui sont branchés style et ceux qui sont branchés intrigue. Même s’il arrive que leurs conseils se rejoignent dans le même souci de faire voyager le lecteur.

Enfin, il y a les conseils plus larges sur la vie d’un écrivain, comment il gère son temps, ses phases (ou pannes) d’inspiration, où il écrit, s’il utilise un plan… et même comment il s’habille…

«La robe de chambre dure tout le temps de l’écriture et bien au-delà ! Ce n’est pas moi qui la porte, c’est elle qui me hante. J’essuie tout dessus, mes feutres, mes larmes, mes doigts tachés par le carbone, ma douleur improductive, mes petites joies, tout !» Jeanne Champion

Donc, ils sont nombreux les conseils d’écrivains destinés à ceux que l’écriture titille.

Alors (même si j’ignore pourquoi), je me suis livrée à un petit exercice, une sorte d’étude comparative des 79 conseils donnés par ces 5 écrivains reconnus tant pour leur talent que pour leur générosité. Et voici les 5 conseils qui reviennent le plus fréquemment.

The TOP Five :

1. Écrire !!!
Écrire et lire, régulièrement et souvent. Car pour un auteur, le bonheur est dans la feuille qui noircit.

2. Un style simple et clair. Résister à l’appel des phrases logorrhéiques et multi syntaxiques… hic !

3. Écrire sur ce qui nous tient à cœur, sans chercher à plaire à la planète.

4. Un incipit percutant. Séduire ou intriguer dès les premiers mots.

5. Pas de pitié pour les personnages, même les chouchous. Que les obstacles dressés devant eux révèlent leurs faces, obscure et lumineuse… et votre sadisme d’auteur !

Pour ceux que ça intéresse et en exclusivité mondiale, 79 conseils d’écrivains passés au crible :

79 Conseils d’écrivains passés au crible

Bonne écriture à tous 🙂

Voix & Silences

Les débuts d’année sont souvent propices aux bilans et aux bonnes résolutions éphémères. Permettez-moi de ne pas suivre la tradition.

Ce qui s’est passé ne peut plus se défaire et ce qui vient n’existe pas encore.

Cette année, je préfère me centrer sur mon essentiel, sur ce qui donne une âme à ma vie. Et réaffirmer pourquoi je vis et pourquoi j’écris.

Je vis entre foule et solitude.

Un réveillon à Londres à m’imprégner du bouillonnement humain, de sa créativité, son énergie. Puis quelques jours deretraite dans la belle Dordogne. À écouter ma voix intérieure et retrouver ma source profonde.

J’écris pour parler aux silences.

Il y a une raison à chacune de mes histoires. Derrière l’intention première de raconter et de divertir, je cherche à faire entendre ma voix sur les sujets qui me tiennent à cœur. Avec des mots qui demandent à ricocher le plus loin possible sur l’étendue du silence.

Quand mon amie Laurence Marino a publié sur son blog sa série des petites musiques –celles qui vous renvoient à qui vous êtes vraiment avant que la vie ne vous oblige aux compromis et aux demi-choix, je me suis demandée quelle chanson m’avait le plus marquée.

Sound of silence a mis du temps à revenir à ma mémoire. Il a fallu le remix de Disturbed pour que je réécoute les paroles. C’est mon gros coup de cœur de ce début d’année, ma promesse de continuer à parler aux silences.

The Sound Of Silence 

Hello darkness, my old friend,
I’ve come to talk with you again
Because a vision softly creeping,
Left its seeds while I was sleeping
And the vision that was planted in my brain, still remains
Within the sound of silence

In restless dreams I walked alone,
Narrow streets of cobblestone
‘Neath the halo of a street lamp,
I turned my collar to the cold and damp
When my eyes were stabbed by the flash of a neon light,
That split the night and touched the sound of silence

And in the naked light I saw,
Ten thousand people, maybe more
People talking without speaking,
People hearing without listening
People writing songs that voices never share,
And no one dared disturb the sound of silence

Fools, said I, you do not know,
Silence, like a cancer, grows
Hear my words that I might teach you,
Take my arms that I might reach you
But my words, like silent raindrops fell,
And echoed in the wells of silence

And the people bowed and prayed
To the neon god they made
And the sign flashed out its warning
In the words that it was forming
And the sign said : the words of the prophets
Are written on the subway walls
And tenement halls,
And whispered in the sounds of silence

Le Son Du Silence

Bonsoir ténèbres, mon vieil ami,
Je suis venu discuter encore une fois avec toi
Car une vision s’insinuant doucement en moi,
A semé ses graines durant mon sommeil
Et la vision qui fut plantée dans mon cerveau, demeure encore
A l’intérieur, le son du silence

Dans mes rêves agités j’arpentais seul,
Des rues étroites et pavées
Sous le halo d’un réverbère,
Je tournais mon col à cause du froid et de l’humidité
Lorsque mes yeux furent éblouis par l’éclat de la lumière d’un néon,
Qui déchira la nuit et atteignit le son du silence

Et dans cette lumière pure je vis,
Dix mille personnes, peut être plus
Des personnes qui discutaient sans parler,
Des personnes qui entendaient sans écouter
Des personnes qui écrivaient des chansons qu’aucune voix n’a jamais emprunté,
Et personne n’osa déranger le son du silence

Idiots, dis-je, vous ignorez,
Que le silence, tel un cancer, évolue
Entendez mes paroles que je puisse vous apprendre,
Prenez mes bras que je puisse vous atteindre
Mais mes paroles tombèrent telles des gouttes de pluie silencieuses,
Et résonnèrent dans les puits du silence

Et ces personnes s’inclinaient et priaient
Autour du dieu de néon qu’ils avaient créé
Et le panneau étincela ses avertissements
A travers les mots qu’il avait formés
Et le signe dit : les mots des prophètes
Sont écrits sur les murs des souterrains
Et des halls d’immeubles,
Et murmurés à travers les sons du silence

Femmes et engagements

La médiathèque de Carbon Blanc près de Bordeaux organisait en novembre une série d’événements consacrés à Federica Montseny, militante anarchiste, première femme espagnole à devenir ministre.

Un seul semestre à la tête du ministère de la Santé entre 1936 et 1937 mais pendant ce court laps de temps, Federica Montseny instaure des lieux d’accueil pour orphelins, des cantines pour femmes enceintes, des liberatorios (maisons de reconversion) pour les prostituées, une liste de professions ouvertes aux handicapés… Elle demande aussi au docteur Félix Martí Ibáñez de rédiger le premier projet de loi en faveur de l’avortement.

Toutes ses actions ne seront pas mises en œuvre à grande échelle mais elle a donné une impulsion historique pour les politiques sociales futures.federica_montseny_l_indomptable

Dans le cadre de cet hommage, Marie-Laure Fray m’a invitée à animer un atelier d’écriture sur le thème « Femmes et engagement ».

J’adore les ateliers d’écriture. Dès que l’occasion se présente, je fonce. C’est l’occasion de sortir de ses schémas, de découvrir d’autres horizons. L’occasion aussi de partager entre pratiquants d’une activité parfois bien solitaire.

Je n’ai pas réfléchi, j’ai dit oui. Une expérience nouvelle, sur un sujet passionnant, dans un cadre où je prends génératlement beaucoup de plaisir…

J’avais juste oublié que cette fois-ci, c’était à moins de créer les conditions du plaisir d’écrire. Que de nombreux et prestigieux auteurs se sont succédé pour animer les ateliers de la médiathèque dont Hervé Le Corre, Renaud Borderie, Lionel Germain, critique littéraire spécialiste du polar au journal Sud-Ouest…

Non je n’ai pas le trac !

20h. Ils sont là, ils sont venus. Hommes, femmes, jeunes de 16 à 71 ans. Curieux ou écrivants avertis, habitués des ateliers. Il y a même un animateur confirmé. Pas moins de seize personnes, leurs regards braqués sur moi, cahiers ouverts, prêtes à dégainer leur stylo.peur_fuir

Là, j’ai le trac ! Vite ma couette, courir, fuir, disparaître…

Nous nous présentons, vous vous présentez… Tout le monde sourit, contents d’être là. Je respire.

Et puis la magie de l’écriture se met en mouvement. Première consigne pour dérouiller les neurones, les stylos hésitent, puis s’animent. Deuxième consigne, le tempo est donné. Troisième, ah ah… on monte crescendo vers l’objectif.

Enfin, on y est. Écrire un texte mettant en scène un personnage féminin qui affirme son engagement envers et contre tous. Deux scénarios au choix pour guider la créativité, une ou deux contraintes pour le fun… C’est parti !

Un moment de réflexion puis les stylos s’activent. Le temps s’écoule, fébrile, les feuilles se noircissent sans faiblir. 20 minutes c’est court pour écrire un texte, on n’a pas le temps de réfléchir. Tant mieux, se laisser porter par son intuition, par le flux créatif qui donne naissance aux personnages, qui façonne l’histoire…

Le dernier temps de l’atelier est arrivé. Celui du partage. Tous ceux qui le souhaitent lisent leurs textes, les offrent en cadeau aux autres. Prendre conscience de la diversité des voix, du pouvoir de transmettre des émotions fortes, de la performance à construire un récit même imparfait en si peu de temps…

Une sauterelle ninja du 9-3, Loya l’indienne se libérant par l’œil d’un Olympus, une jeune mongole prisonnière d’une vie de yourte, des personnages s’engageant vers l’humanitaire pour de bonnes ou de mauvaises raisons, une capitaine de police, des femmes qui se battent pour leur enfant, Pénélope au cœur de la rue…

Il s’est raconté de si belles histoires mardi à Carbon Blanc. Bravo à tous !

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Histoires de salades qui se la racontent

Avez-vous remarqué comme il est de plus en plus rare de rencontrer des gens qui sachent raconter ?

Lors des grandes réunions de famille quand j’étais enfant, ils étaient nombreux à se lever pour raconter leur histoire ou leur blague favorite. On souriait parce qu’on connaissait déjà la fin. C’était au siècle dernier mais c’était aussi hier. Aujourd’hui, si quelqu’un réclamait une histoire, il est fort probable que seul un silence gêné lui répondrait.

Mais où sont passé nos conteurs ? Ont-ils rejoint le paradis des dinosaures qui n’ont pas su s’adapter ? Les avons-nous laissé partir comme autant d’applis devenues obsolètes ?

Au début était le verbe…

Voilà quelques mots qui montrent bien le rôle essentiel du récit dans la construction du monde et des sociétés humaines. Pour Roland Gori, « le propre du récit est de faire circuler la parole dans l’infini de ses équivoques, de raconter l’histoire qui s’éprouve en se transmettant sans jamais prétendre se livrer dans sa totale vérité ».

Dans son essai, Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ?, il soutient l’hypothèse que la parole prendrait sa source dans l’expérience du non-savoir, expérience qu’approche sans l’épuiser la pensée de la mort.

Ainsi, quand nos sociétés modernes jettent sur la mort un voile aseptisé au sein des hôpitaux ou à l’ombre des maisons de retraite, c’est l’histoire de l’homme que nous mettrions à distance.cygne

Le cadavre nourrit l’angoisse des hommes qui croient au Jugement dernier et de ceux qui n’y croient pas (André Malraux).

Dans notre cas, c’est plutôt l’imaginaire qui serait nourri. Car ce serait chez le mourant que le récit prendrait une forme communicable, porteuse non seulement de son savoir ou de sa sagesse, mais aussi et surtout de la vie qu’il a vécue, c’est-à-dire la matière dont sont faites les histoires.

Peut-être ceci explique-t-il le succès des livres-témoignages poignants de ceux qui ont côtoyé la mort… Pour remettre la mort au centre de la vie ?

Et au milieu…

Si la pratique du récit authentique se perd, quelles conséquences pour nous, pour notre monde ? Avons-nous inventé de nouvelles formes qui remplacent celles qui ont disparu ?

À l’heure où les conseillers en développement personnel mettent en avant les compétences à savoir pitcher pour se vendre et prônent le story telling pour marquer les esprits, j’ai tendance à penser qu’il existe aujourd’hui un vide béant qui peine à se combler.

J’ai aussi tendance à penser que raconter, c’est vivre et c’est faire vivre.

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L’été 2016

La grisaille de l’automne s’installe doucement, c’est le moment où la nature se met en sommeil. L’ours ventru rejoint sa tanière, les feuilles retournent à la terre… L’auteur termine sa ronde des salons et dédicaces et regagne son clavier.

L’été 2016 restera à part dans mes souvenirs. Comme toutes les premières fois.

Avec mon premier roman, je suis allée à la rencontre des lecteurs. Dans les Landes, en bord d’océan ou dans les terres du Tursan, dans les campagnes colorées du Périgord ou près de chez moi dans l’Entre-deux Mers ou à Bordeaux…

Sous le soleil devant les maisons de la presse ou sous les néons des grandes surfaces, avec mes livres et mon trac sous le bras, j’étais là.

Souriant, vous saluant, heureuse de vous regarder aller et venir…

De ma place, invisible, voir les flâneurs insouciants et les amoureux se bécoter au pied des escalators. Sourire devant les jeunes gens en quête de fiches miracles pour préparer le bac et repartir en soupirant devant leur épaisseur. Être émue par ces mains protectrices caressant un ventre rond ou les étreintes pudiques de couples vieillissants.

Je vous revois passant et certains, s’arrêtant.

Je me souviens de vous, suspendant votre route pour échanger quelques mots. À la recherche d’un livre pour la plage ou à l’improviste, parce que j’étais là. Je revois cette lueur pétiller dans vos yeux quand quelque chose dans mes mots vous touchaient, quand vous cédiez à la tentation de vous laisser tenter.

Je me souviens de cette femme âgée qui a acheté le livre pour son arrière-petite-fille et de vous toutes qui l’avaient offert à votre mère ou votre fille. Comme un cadeau à la famille.

Je me souviens de ce jeune homme qui voulait faire une surprise à sa jolie fiancée.

Je me souviens de ce jour à Parentis où j’ai dédicacé le livre à deux sœurs, en vacances chez leur grand-mère, Muriel et Carole. Elles s’appelaient LABARTHE !

Et je me souviens de vous, membres du jury, qui avaient distingué Sans traces apparentes.

  • 9 avril 2016 à FIGEAC, 1er prix du Salon du Livre.
  • 9 octobre 2016 à GEAUNE, Coup de cœur du jury de Lire en Tursan.

Deux grands moments d’émotion. Le bonheur de savoir que le livre a été aimé, encouragement puissant à continuer à écrire.

Je me souviens de ces rencontres avec les lecteurs de bibliothèques, de vos questions et de votre regard sur ce livre que vous avez fait vôtre et qui ne m’appartient plus.

À tous, je vous dis mille merci pour ces rencontres qui ont mis du soleil dans ma mémoire et de la lumière sur ce premier roman.

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PS : Pour les lecteurs qui m’ont demandé plus d’informations sur la psychogénéalogie, j’ai mis à jour la page et ajouté quelques éléments issus de mes recherches : cliquez ici !

Voies Nouvelles pour l’écriture

Cet article s’adresse plus particulièrement aux lecteurs qui me contactent, à la recherche de conseils pour écrire. Je pense notamment à cette jeune femme qui souhaite reprendre l’écriture après une période blanche et qui ne sait pas très bien comment retrouver le fil.

S’il s’agissait de peinture ou de musique, il serait possible de refaire quelques gammes –pas trop longtemps, avant de se lancer dans de nouvelles créations.

C’est plus compliqué en écriture car nous écrivons rarement « à blanc », couleur de sinistre augure pour tout auteur. Nous écrivons parce que nous avons quelque chose à dire au monde.

Oui mais écrire quoi quand l’inspiration nous fuit ? Il n’y a pas plus fugueur que le génie créatif… Et s’installer devant une page vide pour attendre qu’il revienne ne fonctionne pas.

Certes, on peut se faire plaisir avec des booster d’écriture et jouer avec les mots. Mais s’il s’agit d’une énorme envie de raconter une histoire, le meilleur des stimulants se trouve dans les concours d’écriture de nouvelles. Personnellement, je vais y puiser à chaque période de sécheresse ou quand je n’avance pas dans mes projets.

C’est comme ça que récemment, un concours de nouvelles m’a entraînée sur un chemin où, spontanément je ne serais jamais allée…

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C’était le 29 octobre, nuit la plus longue de l’année. Organisé par les Avocats du diable, un étrange concours : le prix de la nouvelle érotique ! J’ai déjà tellement de mal avec les scènes d’amour, alors écrire une nouvelle érotique ?… Bon ou mauvais, pas vraiment mon genre !

Sauf que… le prix est important à mes yeux. En jeu, une résidence d’écriture avec les éditions du Diable Vauvert. Sauf que… voilà que ma petite voix intérieure -une vraie peste parfois, se met à chuchoter « Sors de ta zone de confort… C’est l’occasion idéale… Vas-y, fonce ! »

Les murmures se sont faits hurlements. Au bord du vide, j’ai sauté.

Samedi 29 octobre, 23h59, le défi est lancé, je le reçois par mail à la volée : écrire une nouvelle avec deux contraintes : un contexte de situation « Tel épris qui croyait prendre » et le mot final « Ricochet ».

Photo Dennis Maitland

Photo Dennis Maitland

Et je l’ai fait ! Cette nuit-là, alors que le monde dormait (en dehors des quelques 400 candidats et des milliers de fêtards néo-halloweenesques), j’ai écrit.

Moi qui progresse lentement et passe mon temps à regarder par-dessus mon épaule pour surveiller mes lignes, en une seule nuit, j’ai écrit un texte entier. Plongée en abîme où tout est permis. Adrénaline à tous les étages. Excitation, vertige. Les mots jaillissent sans tabou, les personnages construisent leurs désirs, l’histoire file dans une course exaltante jusqu’à l’ultime « Ricochet ».

7h00, heure nouvelle. Sous mes yeux, une histoire libertaire créée par la contrainte et sans douleur.

J’ignore si elle retiendra l’attention du jury. Je sais une seule chose : j’ai relevé un immense défi personnel. Absolutely jubilatoire !

***

Pour ceux que l’écriture de nouvelles intéresse, vous trouverez de nombreuses informations sur ces deux sites :

Attention !
Les concours de nouvelles sont nombreux mais ils ne sont pas tous intéressants et certains sont « pré-fléchés » pour des amis  locaux (sic). Comment sélectionner les concours intéressants ? Voici quelques pistes :

  • La gratuité. Hors de question de payer même quelques euros pour participer à un concours.
  • Le thème et le genre. Inutile de proposer des romances à un concours SF ou vice versa. Les codes de genre sont encore plus exigeants dans un format court que dans un roman.
  • L’organisateur. Les concours portés par une mairie ou une médiathèque offrent un gage de sérieux.
  • Enfin, la proximité géographique. L’engagement moral lorsque l’on participe à un concours, c’est d’être présent le jour des résultats si on est lauréat. Or, cela risque d’être difficile si on habite trop loin.

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Si l’aventure vous tente, voici quelques bons conseils glanés ici et là pour écrire une nouvelle efficace :

  1. « La nouvelle est une fiction brève qui doit être lue en une fois » Edgar Allan Poe.
  2. La nouvelle un genre littéraire à part entière où la narration a pour objectif de captiver le lecteur, de susciter en lui des émotions et des réflexions.
  3. La nouvelle est un récit resserré sur une action unique, parfois réduite à un seul événement, ce qui implique de faire des choix. S’il semble se passer peu de choses entre la situation initiale et le dénouement, chacune de ces « petites choses » doit contribuer à l’histoire.
  4. Le nombre de personnages est limité et ils sont traités de façon schématique. Concernant le personnage principal, sa description physique est réduite au minimum (sexe, tranche d’âge, silhouette…) et sa psychologie est révélée par son comportement. À la fin du récit, le « héros » doit sortir de l’histoire transformé. S’il n’a pas évolué, cela signifie que l’aventure n’en valait pas la peine. Et donc, le récit non plus.
  5. Les lieux sont juste esquissés. Ils ont cependant une grande importance car ils contribuent à l’atmosphère, et donc à l’émotion globale de l’histoire.

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Bonne écriture de nouvelles à tous 🙂

The late bloomers

Vous rappelez-vous de cet article du mois de juin ? Je vous racontais certaines réactions lorsque vous osez dire que vous écrivez. Quand certains regards s’échappent et que des têtes se baissent…

« – Moi, j’aurais bien envie aussi, mais je n’ose pas. Je ne saurais pas faire… Et puis, il est trop tard maintenant… »

Non, il n’est pas trop tard !

Connaissez-vous les late bloomers ? Littéralement les floraisons tardives. En France, on dirait plutôt les vendanges tardives mais c’est parce que nous avons des racines bacchusiennes.

Le late bloomer est une personnalité qui révèle tout son potentiel à la maturité. Là où la culture française traduit late par « en retard ou trop tard », les anglo-saxons reconnaissent ces personnes qui réalisent leur destin, innovent, ou explosent de créativité à leur heure. Souvent mieux que les perce-neiges car sublimant leur expérience.

De Mark Twain au Prix Nobel de littérature Toni Morisson en passant par Cézanne, Louise Bourgeois, Vincent van Gogh, Miguel de Cervantes… Ils sont nombreux les talents éclos après trente, quarante, cinquante ou soixante ans…

Hokusai

D’autant plus qu’aujourd’hui on ne meurt plus à 35 ans, on peut mener une deuxième voire une troisième ou une quatrième vie. Et allons encore plus loin… Si en réalité, on avait une vie pour chaque âge ?

Mon premier roman a été publié l’année de mes 50 ans alors que j’ai écrit ma première histoire à l’âge de six ans. Dans mes heures sombres, quand je pense à tous ces bouts de romans abandonnés au fond de mes tiroirs, je me dis que j’ai perdu du temps, que je n’aurais pas dû m’arrêter d’écrire après l’adolescence.

Oui mais voilà ! J’avais d’autres priorités. Un couple heureux, deux enfants magnifiques à 18 mois d’intervalle, un métier passionnant… L’écriture est sortie de ma vie sans bruit. Et elle ne m’a pas manqué pendant cette belle période.

Puis, un jour, l’écriture m’a rattrapée, comme une impérieuse nécessité.

« – Il est trop tard maintenant… » me disent les gens.

Le « trop tard » peut arriver à tout âge. Mon « trop tard » à moi a failli arriver à 40 ans, puis à 48. Deux fois ! Alors non l’âge n’est qu’un prétexte, comme le temps que l’on n’a jamais en quantité suffisante.

Si on me donnait une baguette magique avec le pouvoir de changer mon passé, de gagner du temps… Je ne changerais rien, pas une virgule ! Même les épisodes les plus douloureux. Car tout ce que j’ai vécu fait que je suis qui je suis aujourd’hui.

Foret3J’ai eu besoin d’une moitié de vie pour prendre conscience de ce que je voulais réellement dire et faire, une moitié de vie pour m’engager sur le chemin que je voulais prendre vraiment.

Alors quel bonheur aujourd’hui, de cheminer pleinement consciente du temps qui est passé et qui m’a été donné, du voyage qui sera de toutes façons trop court, de l’urgence d’en savourer chaque pas et chaque caillou.

Pour conclure ce billet un peu long, j’ai une autre nouvelle à partager, une découverte que j’ai faite sur ce chemin : « Personne d’autre que vous ne vous empêche de prendre la voie que vous voulez. » Alors, qu’est-ce que vous vous en dites ? Avez-vous l’intention de faner avant d’avoir fleuri ? Allez-vous rejoindre le cercle très ouvert des Late Bloomers ?