Publié dans Confidences d'auteure

Les gratteries du diable

En période de chaos, j’écris souvent. Je m’accroche à mon stylo et je laisse les mots se déverser comme ils veulent. La syntaxe, la grammaire, je m’en fous. Je noircis ces pages qui me font du bien et que je ne relis jamais. Les prendre en pleine figure ferait trop mal.

Vous le savez, l’écriture de l’intime n’est pas mon domaine, je préfère inventer des histoires, torturer des personnages plutôt que mes états d’âme. Lors de mon dernier billet, j’ai partagé avec vous la fin de mon aventure planétaire et vous avez senti la tristesse que j’en avais.

Vous m’avez envoyé tellement de témoignages de soutien, j’ai senti votre bienveillance, reçu de si belles pensées…

Je vous dis merci, du fond de mon coeur, merci.

Avant de clore complètement ce chapitre, j’ai eu besoin d’écrire un dernier texte sur le sujet.

J’ai maintenant très envie de le partager avec vous.

Promis, après je tourne la page.

***

Les gratteries du diable

J’avais un rêve. Parcourir la planète en apesanteur, au gré de mes élans et de mes rencontres.

Et puis je serais rentrée. Pleine du chagrin de ceux que j’aurais croisés et que je ne reverrais jamais, riche de leur souvenir et de nos partages. À mon retour, j’aurais retrouvé mes racines après qu’elles m’auraient manqué au point de les revoir belles comme jamais, au point de leur pardonner de m’avoir étouffée si longtemps.

Mais je ne suis pas partie.

La faute à un rien, un grain de sable, un détail dirait le diable.

Ce rien a brisé mon rêve. Au lieu de m’envoler pour le Nouveau-Monde, je dois me retrancher à Béguey, village de l’entre-deux-mers, son marché, son château, son pizzaïolo. Dans les prés, à côté de notre maison, des vaches, des poules et quelques lamas importés par erreur. Cela aurait pu être pire. Cela aurait pu être des pangolins.

Ce rien a brisé mon rêve.

J’avais un livre à écrire au Québec. Je voulais demander pardon aux éléphants au Laos et méditer avec les nonnes en Birmanie. Mes ancêtres m’attendaient en Russie pour m’ouvrir les portes de nos âmes.

Mais je ne suis pas partie.

Mon rêve est dans le coma, intubation impossible. Je me console, je suis en vie. Même si dans ma tête, c’est territoire-zombie. Mon rêve est parti en lambeaux qui refusent de mourir et se putréfient. Leur puanteur me remonte aux narines, j’en ai mal au cœur.

Je ne suis pas partie et je reste là, à me lamenter sur mes brisures de rêves alors que tant d’autres pleurent la perte de ceux qu’ils ont aimés. Ai-je le droit de me plaindre ? Ma peine a-t-elle le droit d’exister aux côtés de la leur ? Qui peut me dire ?

Un souffle murmure à mon oreille que ce rien n’a brisé que mon rêve, qu’il n’a pas coupé mes ailes. Elles sont intactes, à peine une écorchure. Je n’ai rien d’un ange qu’on a déchu. Je n’ai rien d’un ange du tout et je ne pardonnerai jamais à ce rien qui m’a pris mon tour.

Depuis Béguey, quand j’aurais fini de le comparer au reste du monde, le deuil fera son œuvre. Il chassera le diable et ses détails et pansera mes blessures. Alors, je ramasserai les miettes de mon rêve. Je reprendrai mon élan, je sauterai sur un tremplin et je rebondirai. Très haut. Plus loin. Quelque part ailleurs.

Le diable a beau rogner mes ailes, il ne peut pas m’empêcher de voler.

Car je peux écrire.

Ce n’est pas un détail.

J’écris depuis qu’on a déposé un stylo dans ma main d’enfant.

Je vivais alors à Bangui, en Centrafrique. À côté de notre maison, il y avait une case devant laquelle, le soir, un feu réunissait des gens. Cachée derrière la haie, j’écoutais leurs palabres et ces rires qui se déployaient sans retenue.

J’écoutais et j’attendais. Que cette silhouette accroupie par terre se déplie dans la nuit, liane montant pour rejoindre le ciel, que sa voix fasse taire le monde pour mieux l’emplir. Je ne comprenais pas un seul de ses mots mais ils m’enveloppaient de leur mélopée, me charmaient, m’envoûtaient…

Depuis ce jour, j’écris. Comme une nécessité sinon une part de moi mourra, un petit rien, un grain de sable, un détail dirait le diable.

Les seules fois où je suis restée blanche ont été les moments entourant la naissance de mes enfants et lorsqu’un cancer s’est abattu sur mes poumons. Les mots me manquaient pour raconter, ils paraissaient si faibles en émotions qu’ils en devenaient faux.

Or, je refuse d’écrire faux. Je veux écrire en authenticité. C’est le seul endroit où je peux être moi, où je peux m’exposer nue et me foutre de savoir si je plais ou non.

La naissance, la maladie, la mort… pas vraiment des détails. Des grains de sable grattant mes certitudes, m’enseignant ce que j’ai à apprendre. Que l’amour est mon point de départ pas l’arrivée, que le temps peut s’arrêter d’un coup et redémarrer, qu’un rêve peut se briser mais pas sa source.

Il m’a fallu du temps pour faire le lien entre mes grains de sable. Pour comprendre qu’isolés, ils ne sont rien. Que réunis, ils sont plus qu’un sablier ou une plage. Plus qu’un détail, ai-je dit au diable.

Ils sont qui j’écris.

Ils sont qui je suis.

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Comme dans un roman de Philip K. Dick

Depuis plusieurs jours aux allures de semaines, j’ai l’impression de vivre dans un livre de Philip K. Dick. Dans ses romans, cet auteur de science-fiction met souvent en avant le thème de richesses naturelles et vitales pour l’humain (l’air, l’eau…) captées par les puissants et soustraites au peuple quand ce n’est pas le peuple lui-même qui sert de ressources (organes pour les greffes…).

Nous voilà donc confinés comme dans un roman de K. Dick, interdits de sortir pendant que nos dirigeants instaurent lois d’urgences et lois martiales. Heureusement, nous ne sommes pas dans une fiction et nous gardons le contact avec la réalité, la télévision, les réseaux sociaux… qui nous informent à toute heure et de façon éclairée de l’évolution de la situation. Car la fiction ne peut pas rejoindre la réalité, n’est-ce pas ?

Laissons-là la politique. Ce qui m’intéresse avant tout, c’est l’humain.

Et les questions qui me préoccupent sont celles-ci. Gardons-nous le contact entre nous ? Prenons-nous des nouvelles de nos proches soudain si loin ? Proposons-nous notre aide à nos voisins ? Sommes-nous soucieux de ceux qui vivent à nos côtés, de ce qu’ils ressentent dans les confins de leur cœur ? Ou dans le nôtre ?

Ceci n’est pas une parenthèse. Cette période très particulière annonce un changement de société dans un monde qui était déjà fort malade avant d’être infesté par ce virus. Un changement que nous n’avons pas voulu / su /pu amorcer. Alors l’univers s’en est chargé.

Ne pas écouter les signes que nous envoie notre planète, c’est signer notre fin à tous.

Alors j’écoute, je ressens et j’attends. Impuissante et confinée, je vis par procuration. J’applaudis aux élans de solidarité, et ceux qui risquent leur vie pour nous. Je pleure quand j’entends les drames derrière les chiffres. Je m’indigne devant les délires complotistes, les querelles politiciennes et les messages haineux anti-personnel soignant par peur de la contamination. Scandalisée quand certains profitent du contexte pour ajouter du mal au mal, voler, agresser, spéculer… Mais putain ! Vous faites quoi là ?

Et puis je réfléchis.

Que sortira-t-il de ce printemps 2020 ? Je suis bien incapable de le dire. À notre niveau, le virus a épargné tous nos proches et fait exploser nos rêves de tour du monde, de cette année d’expériences en liberté pour laquelle nous avions tant travaillé.

Up and down. Nous voilà sur le quai, à devoir retrouver une routine qui déjà, dans nos têtes, n’existait plus. Sans maison, sans repères, l’espoir rimant avec noir, l’insouciance avec… rien.

Comment sortirai-je de ce printemps 2020 ? Je suis bien incapable de le dire. Ce tour du monde avorté, faut-il le réactiver ? Ou au contraire, s’orienter vers un autre projet, celui-là ne nous était pas destiné…

Ne prendre aucune décision malgré l’envie que j’en ai. Attendre, patienter, rester en veille, éveillée… Juste envie que ces trois petits points se prolongent, qu’il y ait quelque part un beau projet auquel je puisse participer, un beau projet pour notre planète et pour l’humanité…

Et vous, comment ça va dans vos vies et dans vos têtes, dans vos peurs et dans vos envies ?

Prenez soin de vous,

Elisa

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Philippe K. Dick, premier et unique auteur de science-fiction publié au sein de la prestigieuse collection classique de la Library of America, équivalent américain de La Pléiade.

Nombre des histoires de Philip K. Dick sont des critiques sociales à l’atmosphère très sombre dénonçant le cynisme des puissants qui imposent une réalité fictive pour manipuler les peuples. Ses héros sont alors en charge de démasquer le faux qui régit ce monde, et qui est perçu comme le vrai.

Certains pensent que ces thèmes proviennent directement de la paranoïa qui marquait la santé mentale fragile de Kick, notamment en raison de sa consommation d’amphétamines et autres médicaments. Mais cette idée est contestée, étant donné la cohérence et la complexité narrative des œuvres de l’écrivain.

Ces thèmes sont particulièrement présents dans les nouvelles : Jeu de guerre (War Game, 1959), Souvenir à vendre (We Can Remember It for You Wholesale, 1966 – Total Recall au cinéma), ainsi que dans les romans : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? La Vérité avant-dernière, Le Dieu venu du Centaure, le Maître du Haut-Château ou Ubik… 

Source : Wikipédia mais je suis d’accord avec tout !

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Ennui, quand tu nous guettes…

Les oiseaux ne le savent pas mais le printemps est confiné. Les humains sont en danger, le monde empoisonné par un ennemi microscopique et ravageur. Alors oui, on peut dire que nous sommes dans les ennuis jusqu’au cou. Il nous reste si peu pour respirer.

Un autre ennemi nous guette, invisible et tout aussi destructeur. Nous ne le voyons pas mais nous pouvons le sentir. Au plus profond de nous, quand nous errons dans nos quelques mètres carrés coincés entre quatre murs de béton, désœuvrés, marre de la télé, pas envie de lire, on veut juste retrouver notre job et cette routine qui hier encore nous semblait insupportable, nos proches aujourd’hui si loin, inaccessibles…

Vilipendé dans l’inconscient collective, l’ennui, frère de l’oisiveté, mère de tous les vices… Jour après jour, sous le double effet de la culpabilité de n’être plus utile et de la solitude, l’ennui peut activer la tristesse, voire la détresse émotionnelle. Jour après jour, l’ennui au singulier peut éroder notre joie de vivre et notre capacité à rêver.

Paradoxalement, l’ennui peut aussi être propice à la créativité.

En ces jours de repli sur soi, je me suis demandé ce que nous, les auteurs, pourrions apporter à la société. Un roman ? Pourquoi pas, mais ça ne s’écrit pas en quelques jours. Écrire des textes courts pour les diffuser gratuitement à destination de tous les esseulés ? J’aime cette idée, publier quelques textes en gros caractères pour qu’ils soient lisibles facilement par tous…

Pendant les périodes difficiles, l’écriture est l’un des moyens permettant de faciliter la résilience. Inutile je pense de vous rappeler à quel point, à travers toutes les époques, les écrits ont été des bouées pour les personnes emprisonnées. Même si notre situation aujourd’hui n’est pas aussi dramatique que d’autres épisodes de notre histoire, que nous sommes à l’abri chez nous sans crainte de recevoir une bombe sur nos têtes, le choc de se voir enfermés peut constituer pour certains d’entre nous, un véritable trauma.

C’est pourquoi, je vous propose aujourd’hui un exercice utilise les mécaniques de l’écriture créative pour se déployer vers l’écriture cathartique.

  • Prenez une feuille de papier et notez toutes les lettres de l’alphabet, en laissant suffisamment d’espace entre les lettres.
  • En ayant en tête la situation actuelle, notez en face de chaque lettre les mots qui vous viennent à l’esprit. La créativité étant enfant du désordre, n’hésitez pas à suivre vos pensées plutôt que la liste sur la feuille. Pour corser un peu les choses, je me suis interdit 5 mots : virus, confinement, maladie, masque, PQ. À vous de choisir vos propres maudits.
  • Une fois que vous disposez d’au moins un mot en face de chaque lettre et en gardant en tête la situation actuelle, creusez le sens qu’ils ont pour vous, les émotions qu’ils génèrent… Étirez les mots, transformez-les en expressions, définitions, phrases, histoires courtes… Tout est permis : associations d’idées, mots valises, pamphlets colériques, réflexions loufoques, confessions impudiques…

Voilà ce que j’ai fait ce matin. Avoir donné à cette situation pénible et anxiogène une touche d’auto-dérision et d’absurde a été assez jubilatoire. Me voici de retour dans le monde réel, avec un pansement sur le cœur.

Je vous dis donc à bientôt,
Prenez soin de vous.

PS : En écrivant ce post, je pense à ceux qui ont été contraints de stopper leur activité et qui voient le sens de leur utilité mis à « mail ». Je pense aussi à ceux qui s’exposent en continuant à aller travail ou qui sont en charge d’enfants à instruire et à distraire… J’espère qu’après cette période, on arrêtera de se taper les uns sur les autres et qu’on aura enfin compris que nous sommes tous utiles, chacun à notre niveau, au fonctionnement de notre société : les profs, les soignants, les aides à domiciles mais aussi les caissiers, les chauffeurs routiers… TOUS ENSEMBLE !

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M-3 Vers une nouvelle vie

Je suis une adepte des retraites (les laïques, rien de religieux). Régulièrement, je me retire du monde dans des endroits perdus, loin de l’agitation moderniste. Pour prendre un peu de recul, faire le point, me reconnecter ou parfois, simplement dormir sans cauchemars.

Cette année, c’est avec les réseaux sociaux que j’ai fait retraite. Voilà quelques temps déjà que j’ai cessé de publier sur le blog ou sur mes pages Facebook. Que je me pose des questions sur cette obligation que nous nous imposons à nous-mêmes de communiquer à tous les moments de notre vie, sur les impacts à se mettre dans la peau d’une personne publique en termes d’authenticité, de vérité intérieure… Bref, une grosse remise en question sur ma façon d’être une auteure communicante sous pseudonyme.

Ces temps hors connexion, je les ai consacrés à mes essentiels : l’écriture bien sûr, ma famille évidemment, mais aussi au grand projet qu’avec l’homme de ma vie nous caressons depuis quelques années déjà.

Dans 3 mois, jour pour jour, nous serons à New-York pour la première étape d’un périple qui va nous mener tout autour du monde pendant près d’une année.

Bien sûr, nous passerons plusieurs mois au Québec. Il y a un livre que je dois écrire là-bas. Mais ensuite, nous larguerons les amarres et nous nous laisserons porter par l’humeur du vent. Amérique du Sud, Nouvelle-Zélande, Asie du Sud-Est, Russie…

Notre envie, c’est d’aller rencontrer le monde. Et pour rester centrés sur notre expérience, telle qu’elle sera, parfois waouh, parfois merdique, j’ai décidé de ne partager ni photos ni billets sur les réseaux sociaux. Nous resterons connectés à nos familles, bien sûr, ils vont beaucoup nous manquer, ils nous manquent déjà mais nous allons surtout nous connecter à ce monde que nous partons découvrir, à ces gens que nous allons rencontrer, à ces moments que nous allons vivre pleinement…

J’ignore qui je serai en rentrant. La même oui, mais différente j’espère.

Je vous retrouverai à ce moment-là, dans l’été 2021, ceux qui seront encore là, d’autres qui seront nouveaux sur la blogosphère, probablement d’une autre manière. En attendant, je vous dis merci pour cette belle amitié que vous m’avez témoignée et je vous souhaite le meilleur pour les mois à venir. Prenez soin de vous 🙂

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Folies d’été

Cet été, je suis partie en nostalgie. J’ai découvert Lille, la ville où s’est installé mon fils avec sa compagne, ville qui est aussi le berceau d’une partie de mes ancêtres.

J’ai revisité Reims, où j’ai passé la moitié mon adolescence. La cathédrale et son ange au sourire, l’hôtel Le Vergeur, la bibliothèque Carnégie… les terrasses et les parcs où nous nous retrouvions, grappes d’adolescents inconscients de leur insouciance, les cafés où nous jouions au billard, les boites où nous dansions, là où j’ai rencontré l’homme de ma vie.

Et de Reims, ne me demandez pas pourquoi, j’ai eu l’idée de partir jusqu’à Saarbrücken, là où j’ai passé l’autre moitié de mon adolescence. Avec Sabine, ma Brieffreudin, de l’âge de 11 ans jusqu’à nos 18 ans. Dès que j’avais quelques jours de vacances, je prenais le train et je fonçais à Saarbrücken ou bien c’est elle qui venait.

Nous nous étions perdues de vue. J’ai écrit plusieurs fois à l’adresse dont je me souvenais mais mes lettres sont restées sans réponse. Sur Facebook, je n’ai pas eu plus de succès. Il doit y avoir au moins 150 Sabine Schneider. Sans compter qu’elle a pu se marier et changer de nom…

Alors, cet été, j’ai dit « Allez ! ». Et nous voilà partis pour Saarbrücken, en amoureux. Avec Denis, j’ai revisité la ville qui symbolisait pour moi la liberté absolue. Pensez ! À l’âge de l’adolescence, loin des parents, avec de l’argent de poche… Le rêve !

J’ai attendu le dernier jour pour aller dans le quartier où vivait Sabine. Pourquoi ? Je n’en sais rien, j’avais le trac, je crois. Peur que plus rien n’existe, que le temps ait avalé mes souvenirs, qu’ils n’existent plus. Merci à Denis pour m’avoir poussée à aller jusqu’au bout de cette route.

Au premier coup d’œil, j’ai tout reconnu, la côte où le bus nous déposait au retour du collège, les jardins où nous avions nos cachettes, le magasin de chewing-gum à la banane, l’immeuble où habitait Sabine…

Sur la porte d’entrée, il y avait un nom : SCHNEIDER. Ces quelques lettres dactylographiées en face de la sonnette, je n’y croyais pas, j’avais retrouvé la famille de Sabine. J’ai sonné, une fois, deux fois, trois fois… Personne, c’était trop beau. Au moment où je glissais un mot sous la porte, comme une bouteille à la mer, le battant s’est ouvert. Un vieux monsieur se tenait péniblement sur le seuil.

— Herr Schneider ?

D’un signe de tête, il m’a fait entrer, a appelé sa fille au téléphone et Sabine et moi, nous nous sommes parlées. Quelques mots échangés, sa voix n’avait pas changé. Je l’ai reconnue aussitôt.

Quelques jours plus tard, nous déjeunions chez elle, à quelques kilomètres de Heidelberg. Et nous nous reverrons. Plus jamais nous ne nous perdrons de vue, c’est promis.

***

 

Aller jusqu’au bout de ses rêves, de ses projets, quelles que soient les probabilités de réussir, même si cela signifie de s’exposer à la déception, à la tristesse… Cela remue bien des peurs mais cela peut aussi apporter de grands bonheurs. Le prix à payer je suppose et on ne gagne pas à tous les coups.

Retrouver ma correspondante après l’avoir perdue de vue pendant 28 ans, c’était un truc de fou mais cet été, j’ai fait un truc encore plus ouf !

J’ai postulé à une résidence d’auteur à Québec !

C’est mon rêve ultime. Décrocher une résidence d’auteur, être logée, payée pour écrire. J’ignore ce que l’avenir me réserve mais je ne souhaite pas faire de l’écriture mon métier, être soumise à l’obligation de sortir un livre par an pour payer mes factures… Je veux pouvoir rester dans le plaisir et la liberté d’écrire ce que je veux, quand je veux…

Une résidence d’auteur, mon rêve ultime, je vous disais. Une reconnaissance, une parenthèse magique où tout est possible, où le temps est entièrement dédié à inventer et raconter mes histoires…

À Québec en plus !

Vous le savez, le Québec et moi, c’est une grande histoire d’amour. Depuis plus de cinq ans, je mène des recherches pour un projet de roman historique qui se déroulerait dans cette Belle-Province.

Alors quand j’ai découvert l’appel à candidatures -assez tardivement, il me restait à peine deux semaines-, j’ai tout arrêté et j’ai tenté ma chance. Deux semaines immergées dans mon projet, à mettre en forme mes recherches, à solidifier l’intrigue… Rédiger une lettre de motivation et une note d’intention, exercices difficiles car finalement, on ne sait vraiment qu’à la fin pourquoi on a écrit l’histoire…

Pendant ces quinze jours en immersion dans mon histoire, j’ai tronqué mes heures de sommeil, planché de 7 heures du matin jusque tard dans la nuit, dévoré des sandwichs sur un coin de mon clavier, sollicité tous mes proches pour me relire – un immense merci à tous et particulièrement à ma fille Adeline, pour son œil pertinent et sa finesse d’analyse.

Les résultats sont attendus après le 15 septembre. Même si je sais que je n’ai que l’ombre d’une ombre d’espoir, je guette ma boite mail chaque jour. Et bien sûr, je partagerai avec vous le résultat ! Car j’ai d’autres folies en réserve 🙂

 

 

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Pourquoi écrire à la main

Depuis l’automne 2016 en Finlande, les enfants scolarisés n’ont plus besoin d’écrire à la main. En Suède, les scientifiques pensent que les capacités motrices des enfants ne leur permettent plus d’écrire des lettres calligraphiées.

Quand je lis ce genre d’informations, je me dis -j’espère- que cela participe de l’évolution de l’homme mais d’autres études scientifiques (nombreuses) démontrent l’intérêt de l’écriture manuelle pour notre cerveau (et pas seulement pour écrire sa lettre au Père Noël).

Vous pourriez penser qu’il ne s’agit pas aujourd’hui d’un article très original, ces études ont déjà été publiées à plusieurs reprises sur plusieurs sites Internet. Ce qui m’a alertée, c’est qu’ils sont tous écrits sur la forme négative. Or, puisque l’on parle neurosciences, et sachant que le cerveau ne gère pas le négatif, j’ai souhaité les réécrire sur un mode positif.

Voici donc les 7 compétences que l’écriture manuelle permet de développer :

1. Ceux qui écrivent à la main lisent mieux et plus facilement.
L’écriture manuelle active les zones du cerveau responsables de la formation du langage et de l’interprétation des sensations. En écrivant à la main, on développe sa motricité et sa coordination.

2. Ceux qui écrivent à la main mesurent mieux à l’œil nu et sont plus agiles de leurs mains.
En Chine et au Japon, les calligraphes étaient souvent engagés comme archers. On leur reconnaissait la capacité de concentrer leur attention pendant un long moment sur un seul objet, ce qui décuplait la précision de leurs gestes et leur souplesse. De même qu’un trait sur le papier, on ne peut pas rattraper une flèche mal tirée.

3. Ceux qui écrivent à la main sont plus aptes à comprendre un texte manuscrit.
La lecture des caractères imprimés demande un fonctionnement moins important du cortex des hémisphères cérébraux parce que nous comprenons tout et n’avons pas besoin d’activer la pensée associative pour déchiffrer les lettres.

4. Ceux qui écrivent à la main font plus attention à l’orthographe, à la ponctuation et à la grammaire. Les correcteurs orthographiques associés à tous les appareils numériques, ordinateurs, smartphones… nous ont fait relâcher notre vigilance et manquant d’entraînement, notre connaissance des règles s’estompe.

5. Ceux qui écrivent à la main expriment mieux leurs pensées avec des mots.
L’écriture sur un clavier s’apparente à un flux de pensée, façon brainstorming. Inutile de réfléchir en profondeur puisque l’on pourra changer à volonté tout ou partie de la phrase. De son côté, écrire à la main nécessite de penser en amont à la phrase entière avant de pouvoir l’écrire, sous peine d’avoir à la réécrire. C’est ainsi que le fait d’avoir à anticiper ce que l’on va écrire développe notre mode de raisonnement et notre capacité d’abstraction.

6. Ceux qui écrivent à la main développent leur imagination.
La préhension tactile du stylo favorise la connexion avec le sujet et le mouvement de l’écriture manuelle facilite l’analyse et la réflexion. Le geste d’écrire, plus lent que celui de taper du bout des doigts, donne également le temps de s’attarder, de laisser s’envoler ses pensées, d’explorer des idées inattendues…

7. Ceux qui écrivent à la main accroissent leur mémoire et leur capacité à apprendre.
L’écriture manuelle est l’un des moyens les plus efficaces pour ancrer un sujet dans sa mémoire car elle donne le temps à notre cerveau de mettre en évidence les points principaux. Cette réflexion parallèle à l’acte d’écrire installe une stimulation intellectuelle modérée mais prolongée, plus efficace qu’une sollicitation exceptionnelle et intense.

Récapitulons, écrire à la main permet donc de :
1.  lire plus facilement,
2. être plus habile dans ses gestes,
3. mieux comprendre les textes écrits,
4. avoir une meilleure orthographe,
5. mieux mettre ses idées en mots,
6. développer ses capacités créatives,
7. augmenter sa mémoire et ses capacités d’apprentissage.

Alors au risque de passer pour une « c’était-mieux-avant », je dirais que l’écriture manuelle va à l’encontre de la croyance que tout progrès est bénéfique.

Par le passé, l’homme a survécu en s’adaptant, c’est-à-dire en acquérant des capacités nouvelles (la préhension, le langage…) et en en abandonnant d’autres (notamment sensorielles paraît-il). Mais, dans le cas présent, j’ai beau chercher, je ne vois pas la compétence que nous allons acquérir et qui surpassera ces sept talents typiquement humains.

Soyons francs entre nous. Je suis auteure mais je n’écris plus totalement mes histoires à la main, le traitement de textes est devenu mon meilleur ami. Pourtant, je m’astreins à écrire à la main chaque jour, quand j’ai besoin d’organiser ma pensée, quand je commence un billet de blog, une nouvelle ou un nouveau chapitre de roman.

Et vous, vous faites comment ? Est-ce que vous écrivez encore à la main de temps en temps ? Est-ce que vous faites écrire vos enfants à la main ?

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L’espricerie

Et voilà, c’est fini…

Ma mission parisienne est terminée, une belle parenthèse dans ma vie bordelaise. Des rencontres extraordinaires, Annie, Nadine, Adeline, elles se reconnaîtront. Des défis de folie, un rythme de dingue, une ville que j’adore, de grosses bouffées de culture… Non vraiment deux années extraordinaires !

Aujourd’hui, je rentre chez moi, à Bordeaux, riche de tout ce que j’ai vécu et prête pour de nouvelles aventures.

Car le gros bémol d’une vie trépidante, c’est d’avoir du mal à se poser. Je vais pouvoir retrouver mes longues marches sur les plages landaises, sur les sentiers du pays basque, mes apéros sur le bassin ou sur les quais, mon chai où je m’échappe dès six heures du matin avec mon stylo et mes histoires…

Pendant ces deux années, j’ai beaucoup écrit, mais en pointillés, complètement dispersée, à l’image de ma vie. Il faut maintenant que je retrouve mon cocon pour mieux lâcher la bride à mon chaos intérieur, terminer ce thriller né à Paris, et vous retrouver pleine d’énergie à la rentrée.

 

En attendant, Cachou de l’Espricerie m’a fait l’honneur de m’inviter pour son feuilleton de l’été.

C’est quoi ? C’est qui ? C’est par ici…

L’interview de juillet

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Histoire de dédicaces

À ma mère,
À l’amour de ma vie…

Vous connaissez ces dédicaces en début de livre. Est-ce que vous vous y arrêtez ? Savez-vous d’où vient cette pratique ?

Cela remonte à l’Antiquité. Les écrivains dédicaçaient leur livre sur la première page impaire pour flatter les mécènes à qui ils devaient leur subsistance. Ces remerciements assez verbeux et dithyrambiques pouvaient alors s’étaler sur plusieurs pages.

Au XIXe siècle, les mécènes sont de moins en moins nombreux mais les dédicaces continuent de s’inscrire dans la flatterie et visent ceux dont l’auteur est l’obligé. Charles Baudelaire et Marcel Proust par exemple dédicacent plusieurs de leurs ouvrages à des patrons de presse susceptibles de leur confier des chroniques dans leurs journaux. Gustave Flaubert, quant à lui, dédicace Madame Bovary « À Marie Antoine Jules Sénard, membre du Barreau de Paris, ex-président de l’Assemblée Nationale, et ancien ministre de l’Intérieur ». Pourquoi ? Parce que cet avocat célèbre lui a évité la prison lorsqu’il a été accusé de pornographie après avoir publié le roman en feuilleton dans la Revue de Paris.

 

À partir du XXe siècle, les remerciements et marques de reconnaissance se déplacent à la fin des ouvrages et la dédicace devient la tribune personnelle des auteurs.

Certains l’utilisent pour se construire une figure médiatique. Pour Étienne Kern, cela participe « d’une mise en scène de soi et de son œuvre ». L’exemple le plus emblématique est probablement Frédéric Beigbeder qui dédie ses livres à ses amours :

  • Mémoires d’un jeune homme dérangé (1990) : « Pour Diane diaphane / Près de Maussane. »
  • Vacances dans le coma (1994) : « Pour Diane B., / Je suis tombé, / La bouche bée. »
  • Nouvelles sous ecstasy (1999) : « Pour Delphine / Nom de famille Vallette / Qui vit rue de Mazarine / Au numéro trente-sept. »
  • L’égoïste romantique (2005) : « Pour Amélie. “Je veux vivre toute ma vie / Et mourir en ta compagnie / Ce serait bien qu’on se marie / Vers 16 h 30 aujourd’hui.” (17 juin 2003)

Autre usage, la dédicace comme acte personnel, voire intime, et donc crypté. Ainsi, ces auteurs, comme Jean-Paul Enthoven, offrent symboliquement leurs livres à un proche. Ils écrivent des dédicaces énigmatiques et indéchiffrables pour le grand public, sous formes d’initiales ou de quelques mots sibyllins. Dire sans dire, et coder, pas seulement pour jouer les mystérieux mais aussi et surtout pour garder ces hommages dans le cercle de l’intime.

Parmi ces auteurs, certains ne savent jamais à l’avance à qui ils vont dédier leur histoire. Pour Chanson douce dédicacée à son fils, Émile, Leïla Slimani explique que « Ça s’est imposé un jour, au cours de l’écriture, comme un mantra, une façon de continuer notre dialogue. Le lien est secret, seuls lui et moi savons pourquoi je le lui ai dédié. »

D’autres dédicacent la plupart de leurs livres à une même personne. C’est le cas d’Eric Reinhardt : « La chambre des époux est dédié à Marion, ma femme. Tous mes livres, à l’exception de L’amour et les forêts, lui ont été dédiés, d’une manière plus ou moins cryptée. La dédicace de Cendrillon était : “Plus que jamais”, ce qui voulait dire : “Ce livre t’est plus que jamais dédié”, c’est-à-dire : “Je t’aime plus que jamais” ».

À l’inverse, certains écrivains dédient leurs œuvres aux anonymes qui les lisent. Stendhal, boudé par ses contemporains, reconnaît ainsi : « J’écris pour des inconnus, une poignée d’élus qui me ressemblent : les happy few ». Louis Aragon s’est inspiré de cette idée pour dédicacer Blanche ou l’oubli « to the unhappy crowd » (à la foule de malheureux), et Frédéric Beigbeder a dérogé à ses habitudes d’offrir ses livres à ses amoureuses en dédicaçant en 2003 Dernier inventaire avant liquidation aux « happy many » (aux nombreux heureux).

Au début, je n’osais pas mais désormais tous mes livres comportent une dédicace. Je fais partie des auteurs pour qui la dédicace est un hommage, un merci intime et sacré, quelques mots vibrants sur une page consacrée à celui ou celle à qui ce livre est dédié, un avant-toute-chose qui doit être distingué par lui ou par elle, dissocié des remerciements en fin d’ouvrage en ce qu’ils sont particuliers, entre lui et moi ou entre elle et moi. Nous deux.

C’est là que Julien Grach intervient dans sa dimension grandiose de théoricien de la littérature. Dans En lisant et en écrivant, il affirme que « Tout ce qu’on introduit dans un roman devient signe ». Alors que les maîtres d’écriture modernes préconisent d’écrire pour un lecteur « idéal », la dédicace révèle que le livre arrivé entre ses mains ne lui était pas destiné. « Il faudrait en finir une fois pour toutes avec l’image égarante des “chers lecteurs” levés à l’horizon de l’écritoire et de l’écrivain… Le public n’est admis à cet acte d’autosatisfaction qu’au titre de voyeur ». Dans cette logique, les dédicaces indiqueraient qu’un livre est « la pièce d’un théâtre intime, dont seuls quelques élus seraient à même d’en percevoir l’enjeu » (Catherine Castro).

Une idée intellectuellement séduisante mais pas tout-à-fait juste à mon avis. Quand j’écris, je ne pense ni au lecteur ni au destinataire de la dédicace. J’écris, complètement immergée dans mon histoire, je ne pense qu’à sortir mes personnages des guêpiers dans lesquels je les plonge, pour recommencer le chapitre suivant…

Mais le lecteur n’est pas totalement absent, c’est lui qui guide mon niveau d’exigence. Ma plus grande peur quand un texte paraît, c’est qu’il découvre une erreur ou une incohérence…

Rendons à Marie-Claire…

Ce billet m’a été largement inspiré par un article très intéressant de Catherine Castro, paru dans Marie-Claire : Faire parler les dédicaces : ce que les dédicaces disent des écrivains.

Il commençait par cette dédicace du Premier homme écrite par Albert Camus à sa mère illettrée :

Touchant, n’est-ce pas ?

Publié dans Confidences d'auteure

Femmes qui écrivent… Danger !

Si je vous demande de me citer des écrivains français célèbres, je vous parie que les noms se bousculeront par dizaines dans votre esprit et ce, sans effort. Si en revanche, je vous demande de me citer des femmes de lettres françaises, l’exercice devient plus compliqué n’est-ce pas ? Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, George Sand, Colette… Et ensuite ? Françoise Sagan, Marguerite Yourcenar…


L’accès à l’éducation a souvent été compliqué pour les femmes, et cela le reste encore dans certaines parties de notre monde qui se prétend moderne. La lecture était autorisée principalement parce qu’elle permettait de s’imprégner des préceptes religieux portés par la Bible ou les Évangiles.

Mais l’écriture est longtemps restée la chasse gardée des hommes.


L’écriture, une activité masculine

Écrire était en effet considéré comme une activité peu féminine, car l’on soupçonnait que le cerveau des jolies femmes, fragiles, ne pourrait résister au poids de l’effort intellectuel.

Activité peu acceptable pour une dame, la plupart se pliaient aux diktats de la société et renonçaient. Pour les audacieuses qui refusaient de se soumettre, commençait alors un dur combat pour obtenir la reconnaissance de leurs écrits quand elles n’étaient pas obligées de prendre un pseudonyme masculin pour pouvoir être éditées.

Plusieurs biopics sont sortis au cinéma ces derniers temps pour raconter le parcours de ces femmes prêtes à casser les codes pour revendiquer leur art : Colette, Mary Shelley qui a révolutionné la littérature populaire avec son Frankenstein…

 

Les femmes qui écrivent vivent dangereusement

En 2017, dans leur livre : Les femmes qui écrivent vivent dangereusement, Laure Adler et Stefan Bollman dressent le portrait d’une cinquantaine de femmes de lettres inspirantes.

Du Moyen-Âge jusqu’à nos jours, ils nous entraînent dans leur combat. Dans cette quête d’authenticité et de liberté, entravée par les carcans sociétaux, qui poussait souvent les femmes de lettre à adopter une posture anticonformiste les mettant au ban de la société, les menant à la folie ou à l’ultime renoncement, le suicide.

Les femmes de plumes « plumées »

Parmi celles qui ont réussi à connaître le succès de leur vivant, nombreuses sont celles qui sont tombées dans l’oubli, étouffées par le Panthéon des écrivains masculins. C’est ce constat que dresse en 2018 le critique littéraire Éric Dussert dans son livre : Cachées par la forêt qu’il consacre à la biographie de plus de 130 oubliées de la littérature.

Autre militante pour la mémoire de l’action des femmes : Laurence Faron, fondatrice et directrice des éditions jeunesse Talents Hauts. En 2019, elle décide de lancer une nouvelle collection à destination des adolescents pour promouvoir les textes ou la vie de femmes inspirantes. C’est ainsi qu’elle découvre des centaines de textes oubliés, « devenus invisibles, copiés, spoliées par le patriarcat » alors que certains ont connu du vivant de leur auteure un vif succès auprès du public.

Jeudi 21 février 2019, la collection « Les Plumées » tire de l’oubli 3 ouvrages : Une femme m’apparut, écrit en 1905 et rebaptisé L’Aimée, l’une des rares œuvres de prose de la poétesse Renée Vivien, Isoline, écrit en 1882 par Judith Gautier, première femme membre de l’académie Goncourt et enfin, le premier livre à recevoir le prix Femina en 1910, Marie-Claire, roman social de Marguerite Audoux (vous le saviez, tout ça ?).

Si les livres ont été écrits il y a longtemps, les thèmes sont intemporels. Voyez plutôt. L’Aimée raconte la passion dévorante et destructrice entre l’héroïne et une femme. Dans Isoline, Judith Gautier aborde les relations sentimentales, mais aussi la complexité d’une relation père-fille. Sans doute a-t-elle puisé dans celle qu’elle a entretenue avec son père, le romancier Théophile Gautier. Marie-Claire est l’histoire d’une orpheline devenue bergère jusqu’à ce qu’une déception amoureuse la force à tenter sa chance à Paris.

Une dizaine d’autres livres sortira en 2019 dont celui de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, à qui Disney et Cocteau ont emprunté La Belle et la Bête.

J’avoue, je ne connaissais que Renée Vivien et encore, assez peu. C’est donc avec grand plaisir que je vais faire une place dans ma PAL à ces femmes de plumes « plumées » et remises à l’honneur par Talents Hauts. D’autant que ces livres sont proposés dans un format et un tarif de poche.

 

Chanson pour mon ombre (Renée Vivien)

Droite et longue comme un cyprès,
Mon ombre suit, à pas de louve,
Mes pas que l’aube désapprouve.
Mon ombre marche à pas de louve,
Droite et longue comme un cyprès.

Elle me suit, comme un reproche,
Dans la lumière du matin.
Je vois en elle mon destin
Qui se resserre et se rapproche.
A travers champs, par les matins,
Mon ombre suit, comme un reproche.

Mon ombre suit, comme un remords,
La trace de mes pas sur l’herbe
Lorsque je vais, portant ma gerbe,
Vers l’allée où gîtent les morts.
Mon ombre suit mes pas sur l’herbe,
Implacable comme un remords.