Femmes qui écrivent… Danger !

Si je vous demande de me citer des écrivains français célèbres, je vous parie que les noms se bousculeront par dizaines dans votre esprit et ce, sans effort. Si en revanche, je vous demande de me citer des femmes de lettres françaises, l’exercice devient plus compliqué n’est-ce pas ? Marguerite Duras, Simone de Beauvoir, George Sand, Colette… Et ensuite ? Françoise Sagan, Marguerite Yourcenar…


L’accès à l’éducation a souvent été compliqué pour les femmes, et cela le reste encore dans certaines parties de notre monde qui se prétend moderne. La lecture était autorisée principalement parce qu’elle permettait de s’imprégner des préceptes religieux portés par la Bible ou les Évangiles.

Mais l’écriture est longtemps restée la chasse gardée des hommes.


L’écriture, une activité masculine

Écrire était en effet considéré comme une activité peu féminine, car l’on soupçonnait que le cerveau des jolies femmes, fragiles, ne pourrait résister au poids de l’effort intellectuel.

Activité peu acceptable pour une dame, la plupart se pliaient aux diktats de la société et renonçaient. Pour les audacieuses qui refusaient de se soumettre, commençait alors un dur combat pour obtenir la reconnaissance de leurs écrits quand elles n’étaient pas obligées de prendre un pseudonyme masculin pour pouvoir être éditées.

Plusieurs biopics sont sortis au cinéma ces derniers temps pour raconter le parcours de ces femmes prêtes à casser les codes pour revendiquer leur art : Colette, Mary Shelley qui a révolutionné la littérature populaire avec son Frankenstein…

 

Les femmes qui écrivent vivent dangereusement

En 2017, dans leur livre : Les femmes qui écrivent vivent dangereusement, Laure Adler et Stefan Bollman dressent le portrait d’une cinquantaine de femmes de lettres inspirantes.

Du Moyen-Âge jusqu’à nos jours, ils nous entraînent dans leur combat. Dans cette quête d’authenticité et de liberté, entravée par les carcans sociétaux, qui poussait souvent les femmes de lettre à adopter une posture anticonformiste les mettant au ban de la société, les menant à la folie ou à l’ultime renoncement, le suicide.

Les femmes de plumes « plumées »

Parmi celles qui ont réussi à connaître le succès de leur vivant, nombreuses sont celles qui sont tombées dans l’oubli, étouffées par le Panthéon des écrivains masculins. C’est ce constat que dresse en 2018 le critique littéraire Éric Dussert dans son livre : Cachées par la forêt qu’il consacre à la biographie de plus de 130 oubliées de la littérature.

Autre militante pour la mémoire de l’action des femmes : Laurence Faron, fondatrice et directrice des éditions jeunesse Talents Hauts. En 2019, elle décide de lancer une nouvelle collection à destination des adolescents pour promouvoir les textes ou la vie de femmes inspirantes. C’est ainsi qu’elle découvre des centaines de textes oubliés, « devenus invisibles, copiés, spoliées par le patriarcat » alors que certains ont connu du vivant de leur auteure un vif succès auprès du public.

Jeudi 21 février 2019, la collection « Les Plumées » tire de l’oubli 3 ouvrages : Une femme m’apparut, écrit en 1905 et rebaptisé L’Aimée, l’une des rares œuvres de prose de la poétesse Renée Vivien, Isoline, écrit en 1882 par Judith Gautier, première femme membre de l’académie Goncourt et enfin, le premier livre à recevoir le prix Femina en 1910, Marie-Claire, roman social de Marguerite Audoux (vous le saviez, tout ça ?).

Si les livres ont été écrits il y a longtemps, les thèmes sont intemporels. Voyez plutôt. L’Aimée raconte la passion dévorante et destructrice entre l’héroïne et une femme. Dans Isoline, Judith Gautier aborde les relations sentimentales, mais aussi la complexité d’une relation père-fille. Sans doute a-t-elle puisé dans celle qu’elle a entretenue avec son père, le romancier Théophile Gautier. Marie-Claire est l’histoire d’une orpheline devenue bergère jusqu’à ce qu’une déception amoureuse la force à tenter sa chance à Paris.

Une dizaine d’autres livres sortira en 2019 dont celui de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve, à qui Disney et Cocteau ont emprunté La Belle et la Bête.

J’avoue, je ne connaissais que Renée Vivien et encore, assez peu. C’est donc avec grand plaisir que je vais faire une place dans ma PAL à ces femmes de plumes « plumées » et remises à l’honneur par Talents Hauts. D’autant que ces livres sont proposés dans un format et un tarif de poche.

 

Chanson pour mon ombre (Renée Vivien)

Droite et longue comme un cyprès,
Mon ombre suit, à pas de louve,
Mes pas que l’aube désapprouve.
Mon ombre marche à pas de louve,
Droite et longue comme un cyprès.

Elle me suit, comme un reproche,
Dans la lumière du matin.
Je vois en elle mon destin
Qui se resserre et se rapproche.
A travers champs, par les matins,
Mon ombre suit, comme un reproche.

Mon ombre suit, comme un remords,
La trace de mes pas sur l’herbe
Lorsque je vais, portant ma gerbe,
Vers l’allée où gîtent les morts.
Mon ombre suit mes pas sur l’herbe,
Implacable comme un remords.

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Tournée de printemps

Avril 2019. Charlie, l’héroïne du Silence à l’ombre des pins, entame sa dernière tournée.

Elle m’a entraînée partout dans en Gironde et dans les Landes, mais aussi en Dordogne, dans le Lot… Dans les salons des livres, en dédicaces dans les librairies ou les médiathèques.

Ensemble, nous avons fait de très belles rencontres. Annick, Catherine, Philippe, Christine, les sœurs Labarthe en vacances chez leur grand-mère, cette dame qui s’est mise à pleurer en disant que c’était aussi l’histoire de sa famille… Que d’émotions !

Et pourtant, partir en dédicace n’est pas si facile.

D’abord, c’est une interruption dans son quotidien et dans son rythme d’écriture. Une journée en dédicace, c’est une journée de non-écriture. Et comme par hasard, c’est pendant cette journée-là précisément qu’arrivent toutes les idées, tous les mots qui se faisaient désirer.

Ensuite, c’est une mise en danger. À part quelques cabotins, il faut avouer que les auteurs ne sont pas forcément à l’aise à l’idée de s’installer derrière une table où les piles de livres ne sont jamais assez hautes pour se cacher. C’est le moment de sortir le grand jeu : coiffeur, manucure, maquillage… armure avant de s’exposer aux regards.

Et puis, il faut aussi penser à tout ce qu’il faut emporter pour attirer le lecteur vers ses livres : articles de presse, présentoirs, marque-pages…

L’heure H approche. Les libraires ou les organisateurs des salons vous accueillent, on vous installe à votre place. C’est bientôt l’ouverture, la fièvre monte…

Et là, tout peut se passer. On ne sait jamais comment la journée va se dérouler. S’il fait beau, les gens vont à la plage. S’il pleut, ils restent chez eux. Toutes les théories émergent. En réalité, personne n’est capable de prévoir le flux de visiteurs.

Personnellement, il m’est arrivé de rencontrer seulement quelques lecteurs et de ne signer que 2 livres dans la journée et il m’est arrivé aussi d’avoir une file (modeste) devant moi et de signer jusqu’à 75 livres, mon record.

Au-delà du nombre de livres signés, je vois les dédicaces comme un cadeau, une opportunité de rencontrer les lecteurs, ces ombres pour lesquelles on s’acharne sur nos claviers. Je suis là, assise sur ma chaise, présente. Je souris, je dis bonjour. Certains me répondent franchement, d’autres m’adressent un vague signe de tête, timide, d’autres encore passent en tournant leur regard à l’opposé.

Je les comprends. Nous nous sommes déjà tous fait attraper au moins une fois par un vendeur insistant, super glu puissance 10. Compliqué lorsque l’on a du mal à dire non comme moi, peur de faire de la peine…

Hors de question que je fasse subir ce supplice à d’autres.

Mon arme secrète pour approcher des gens sans leur donner l’impression de les agresser, c’est un petit flyer que je distribue sans compter. L’idée, c’est de leur donner à connaître l’histoire et d’être à disposition s’ils veulent en savoir plus. Probablement une coquetterie d’auteure, mais je me refuse à faire de la vente forcée, je veux qu’ils désirent acheter mon livre.

Alors je suis là avec mes livres et mon sourire et j’observe les allées et venues, les couples qui se croient seuls et qui s’embrassent, ceux qui se croient seuls et se disputent, j’attrape au vol les pensées profondes des adolescents, je profite des courses des enfants, je vois les jeunes mamans se diriger droit vers le rayon jeunesse, les lectrices qui foncent directement sur le dernier Musso, sans même me voir, celles qui m’ont prise pour Katherine Pancol parce que ma table était installée devant sa gondole…

Et puis il y a toutes celles et tous ceux qui ont pris la peine de s’arrêter devant mes livres, d’échanger quelques mots avec moi, un sourire, un clin d’œil, quelques secondes d’un temps parfois précieux… Un immense cadeau que vous m’offrez à chaque fois.

Merci à vous, libraires, organisateurs, lecteurs, de rendre ces beaux moments possibles.

Liste des dédicaces de printemps

    • 6 avril 2019 – Centre Cultura La Teste (33)
    • 20 avril 2019 – Rayon livres Carrefour Mérignac (33)
    • 27 avril 2019 – Centre Cultura Mérignac (33)

 

Illustration : Michèle Laframboise, auteure jeunesse

Le syndrome du deuxième livre

Le saviez-vous ? Aujourd’hui, 26 mars 2019, il reste 273 jours avant Noël. Ce qui veut dire que 25% de l’année s’est déjà écoulée.

Le temps file et mon nouveau roman aurait dû être terminé.

J’ai mis 3 ans pour écrire Le silence à l’ombre des pins. Je me disais naïvement que ce serait plus facile pour le deuxième livre. Puisque j’avais réussi une première fois.

Le problème, c’est que je suis régulièrement victime du syndrome de la deuxième fois, cette fameuse deuxième fois où l’on croit savoir parce que l’on a réussi la première, guidée par son envie, son inspiration, sa créativité…

Par précaution, avec le secret espoir de rompre cette malédiction, j’ai écrit un recueil de nouvelles La désobéissance des pouces en me disant qu’il servirait de deuxième fois.

Est-ce vraiment nécessaire de dire que mon stratagème n’a pas fonctionné ?

Alors que je porte en moi l’idée de ce roman depuis plus de dix ans, je peinais à écrire, je ne trouvais pas le ton, mes personnages restaient de la couleur du papier, fades, sans consistance…

J’ai essayé la méthode d’écrire tous les jours à la même heure, tenté les week-end en réclusion dans une grotte… J’ai utilisé toutes mes astuces, tous mes trucs, rien ne fonctionnait. Tant de longues heures à aligner des mots qui n’allaient pas ensemble. J’en arrivais à ne plus prendre plaisir à écrire.

BREF ! Cela n’a pas été facile, j’ai dû creuser cette histoire qui refusait de dévoiler ses dessous, dénicher dans les confins de mon inconscient les points de blocage, dénouer l’embrouillamini de mes peurs.

Lorsque j’écris, je me mets à la place de mes personnages. Il se produit une espèce de transe pendant laquelle je vis ce qu’ils vivent, je respire comme eux, je ressens leurs émotions… Je les aime. Et c’était là, le problème. Je n’arrivais pas, dans cette intimité aimante, à leur faire endurer ce que je redoute le plus au monde, explorer les zones d’ombres d’un cerveau malade, les folies qui nous traversent et peuvent prendre possession de nous à tout instant…

… Et je suis super heureuse du résultat. La malédiction du deuxième livre me semble loin aujourd’hui, j’ai retrouvé le plaisir de mettre une histoire en mots et le fameux premier jet sera terminé d’ici quelques semaines.

Écrire est difficile et rien n’est jamais gagné. Quentin Tarantino a dit que « Chaque début d’écriture est un retour à la case départ… Un endroit où aucun de accomplissements passés ne compte ». Je viens d’en faire l’expérience et elle n’est pas très agréable. Doutes, découragements, sentiment d’abandon et tentation d’abandonner…

Mais cela vaut la peine. Voir son histoire prendre forme et ses personnages prendre vie fait oublier toutes les galères. Un peu comme l’on oublie les nausées des premiers mois au moment où la naissance approche.

Je suis ravie de vous retrouver,
À bientôt,
Élisa

2019, devenir auteure

Je vous souhaite à tous une année magnifique, pleine de pages à écrire, à lire et surtout à vivre.

2019 sera pour moi l’année où je vais oser donner une réalité à mes rêves, sur le plan personnel comme sur celui de l’écriture. C’est plus qu’une résolution de début d’année qui s’évanouira sans traces comme un flocon au soleil, plus qu’un choix. C’est une promesse que je fais à moi-même, un serment signé sous la lune de sang de janvier.

Fin 2018, je me suis beaucoup investie dans plusieurs ateliers d’écriture pour découvrir, apprendre et rencontrer.

D’abord, il y a eu ce stage polar avec Sébastien Gendron, édité aux éditions Albin Michel. Une plongée au pays des assassins et des victimes. Faire une parenthèse a cet avantage de pouvoir s’immerger en profondeur dans un sujet ; cela a aussi cet inconvénient de s’arrêter brusquement sans négocier de transition avec le retour au réel. Et ce qui se passait dans le stage reste alors dans le stage.

Ensuite a commencé la masterclass animée par Éric-Emmanuel Schmitt, en mode plateforme à distance. Nous étions plus de 3 000 inscrits je crois, 3 000 à avoir écouté les 20 heures de cours filmées par l’auteur, lui aussi publié aux éditions Albin Michel. Si la modalité permet de rendre accessible le cours quel que soit l’endroit où vous habitez, participer à une formation dématérialisée demande autonomie et discipline pour aller jusqu’au bout. D’autant que les échanges sur la plateforme étaient sporadiques. Néanmoins, la qualité des vidéos était excellente, le contenu m’a ouvert des horizons nouveaux dès le début avec cette question : « Voulez-vous écrire un livre ou voulez-vous devenir écrivain ? ». Bouleversant !

La troisième formule était un atelier sur dix semaines sur le thème du suspense animé par Ingrid Desjours, auteure de thrillers édités aux éditions Robert Laffont. L’objectif d’Ingrid était de nous aider à nous constituer une boite à outils dans laquelle puiser en fonction de nos besoins. Pari réussi, un grand merci Ingrid pour ta joie de vivre, ta générosité et ton appui.

Enfin, dernière modalité. Une journée à la carte animée par Martine Paulais, conseil littéraire et fondatrice de l’atelier Alice et les Mots, elle intervient aussi comme formatrice pour le site enviedecrire.com. Lors de chaque journée, vous expliquez à Martine les difficultés que vous rencontrez et elle vous concocte des propositions d’écriture personnalisées pour mettre au travail le point précis que vous souhaitiez. Une belle rencontre sur le plan humain et surtout un contenu immédiatement mobilisable dans mon projet d’écriture. Chaque dimanche était un booster formidable.

Pour résumer par rapport à ces expériences, je conseillerais le stage et l’atelier pour travailler un point technique, comme le suspense, le story telling, la construction de personnages ; la plateforme à distance pour partager la vision macro d’un grand auteur sur les points principaux à prendre en compte dans l’écriture mais lorsque l’on est engagé dans un projet d’écriture, les formules à la carte, sans parler réellement de coaching sont les modalités idéales.

Pour autant, la formation n’a d’intérêt que si on investit les apprentissages dans un ouvrage, en l’occurrence, un livre à écrire. J’ai le sentiment que ce deuxième roman qui frappe dans ma tête sera celui qui décidera si je veux vraiment devenir auteure.

Cette année 2019 sera donc celle où je me consacrerai toute entière à cette histoire. Et le premier prix à payer sera de prendre un peu de recul avec le monde et notamment avec ce blog grâce auquel j’ai fait de si belles rencontres.

Je vous dis à bientôt et je vous laisse en compagnie d’une nouvelle, dernière récréation avant le grand saut dans le roman : « Celui qui avait dit non ».

Prenez soin de vous et dites oui à vos projets.

Rebelles et forêts

Un auteur ne crée pas à partir de rien. Il crée à partir de ce qu’il voit, entend, goûte, ressent… Témoin subjectif qui partage un petit bout de sa vision du monde.

À vrai dire, j’avais prévu de vous parler de littérature et de nourriture. Mais, mon thème favori étant la liberté et plus précisément le libre-arbitre, le pouvoir de faire et la libération de ses carcans, la lutte actuelle des gilets jaunes ne pouvait que m’interpeller.

Ce billet n’a pas pour objectif de me prononcer sur le bien-fondé de cette lutte (ceci n’est pas un blog politique) ni sur les moyens employés. Je voudrais juste vous parler de l’un de mes livres inspirants, Le traité du Rebelle ou Der Waldgänger de Ernst Jünger. Écrit en 1951, ce livre s’inscrit dans une œuvre qui défend l’individu contre les oppressions.

Il explique comment des individus qui disent non, même s’ils sont en nombre inférieur, peuvent s’opposer aux pouvoirs en place, y compris contre ceux qui usent de la force et de la terreur. Car les dictatures sont aussi puissantes que vulnérables, la violence brutale qu’elles déploient suscitant l’hostilité.

Ces individus sont le cauchemar des potentats car « Si, comme le prétend la propagande, les masses étaient aussi moutonnières, il ne faudrait pas plus de policiers qu’un berger n’a besoin de chiens pour garder son troupeau. Quand des loups épris de liberté se dissimulent au sein du moutonnement grisâtre, le danger subsiste qu’ils communiquent leurs passions à la masse, changeant la troupe en horde furieuse. »

Alors, bien sûr, on n’en est pas là en France. Pas encore. Pas si le dialogue reste ouvert. Si le gouvernement garde à l’esprit qu’un homme acculé dans une situation qui paraît sans issue, doit décider s’il s’avoue vaincu, ou s’il poursuit la partie, armé de sa force la plus secrète et la plus personnelle. Dans ce dernier cas, il peut choisir de se rebeller et d’avoir recours aux forêts.

Est « Rebelle », quiconque est mis par la loi de sa nature en rapport avec la liberté, relation qui l’entraîne à une révolte contre l’automatisme et à un refus d’en admettre la conséquence éthique, la fatalité.

La peur est là car elle fait suite à une époque de grande liberté individuelle où la misère était presque oubliée. Or la misère est revenue, et avec elle, la restriction des libertés.

Ce n’est pas en essayant de faire taire les peurs qu’on les fait disparaître. Et ce n’est pas en essayant de se rendre plus dangereux que l’objet de sa crainte que l’on parvient à une solution. Si la peur est placée en situation d’interlocutrice, alors l’homme peut prendre la parole. Il peut cesser de se croire cerné. Une autre solution que celle de l’automatisme se présentera à son esprit. C’est-à-dire que deux chemins s’ouvriront à lui et, qu’ainsi sa liberté de décision sera restaurée et que la peur s’atténuera.

Dans l’ordre du temps, toute modification du nécessaire entraîne une mutation de la liberté. Mais la liberté, elle, est impérissable, bien qu’elle emprunte toujours les vêtements du temps.

Il n’est pas question de refuser au temps le tribut qu’il exige [ou que la modernité réclame], car le devoir et la liberté peuvent se concilier. Mais l’histoire authentique ne peut être faite que par des hommes libres.

L’histoire est l’empreinte que l’homme libre appose sur son destin.

Un homme qui a peur pour sa liberté au point de ne plus accepter de rester neutre peut décider d’avoir recours aux forêts.

La doctrine des forêts est aussi ancienne que l’histoire de l’homme. La forêt est le lieu où l’homme proclame sa décision de s’affirmer par ses seules forces, où il prend le risque de prendre en main son destin, fut-ce à l’encontre du groupe.

L’imagination, la poésie, sont l’un des recours aux forêts.
Hurler avec les loups et prendre les armes en sont un autre.

C’est parmi les rebelles de la forêt que se forme la petite élite, capable de résister à l’automatisme, qui tiendra en échec le déploiement de la force brute. C’est la liberté ancienne, vêtue à la mode du temps : la liberté substantielle, élémentaire, qui se réveille au cœur des peuples quand la tyrannie des partis ou de conquérants étrangers pèse sur leur pays. Il ne s’agit pas seulement de cette liberté qui proteste ou émigre, mais d’une liberté qui décide d’engager la lutte.

Le Rebelle est un individu concret, agissant dans un cadre concret. Il n’a pas besoin de théories, de lois forgées par des juristes, pour savoir où se trouve le droit. Il descend jusqu’aux sources de la moralité, que n’ont pas encore divisé les canaux des institutions.

La résistance du Rebelle est absolue : elle ne connaît pas de neutralité, ni de grâce ni de détention en forteresse. Il ne s’attend pas à ce que l’ennemi se montre sensible aux arguments, encore moins à ce qu’il s’astreigne à des règles chevaleresques. Il sait aussi qu’en ce qui le concerne, la peine de mort n’est pas supprimée*.

* Cette référence à la peine de mort vient de ce que, dans les coutumes de l’ancienne Norvège, le Waldgänger est à l’origine un proscrit qui, reconnu coupable d’un crime, décide d’avoir « recours aux forêts ». Il s’y réfugie et y vit librement. En revanche, quiconque le rencontre est en droit de l’abattre.

Je pourrais continuer longtemps à citer les mots et les phrases extraits du Traité des Rebelles. De cette lecture d’hier qui m’aide à comprendre les événements d’aujourd’hui, en ce qu’ils débordent de peur, de colère et de combat. Je pourrais aussi vous parler du syndrome de Pinocchio qui insinue dans l’inconscient des enfants le danger à suivre ses désirs.

Mais je n’ai ni l’érudition ni les capacités d’analyse pour dresser un portrait des libertés à préserver. Tout ce que je peux c’est parfois, essayer de porter la plume dans la plaie (Albert Londres).

Je ne m’amuse pas, j’écris

Je viens de feuilleter un hors série de Psychologie positive consacré aux ateliers d’écriture et notamment l’Atelier Les Mots, auquel je participe régulièrement. Un numéro vraiment très riche, avec de nombreux articles sur des préoccupations d’écriture telles la construction d’une structure ou des personnages, des propositions pour expérimenter certaines techniques et des interviews d’écrivains, d’agents littéraires ou d’éditeurs.

Parmi les interviews adressés aux auteurs, tous identiques, une question m’a interpellée :

Vous amusez-vous en écrivant ?

Sur les 5 auteurs interrogés, 3 confient qu’ils s’amusent en écrivant. Mais deux d’entre eux évoquent aussitôt après toutes les difficultés qu’ils peuvent rencontrer et qui peuvent venir amoindrir ce plaisir d’écrire.

Les deux auteurs qui affirment ne pas s’amuser en écrivant, mettent plutôt en avant la joie qu’ils peuvent ressentir à écrire, parfois, en dehors des moments de découragement. Une joie qu’ils différencient du jeu ou du divertissement.

Si la question m’a interpellée, les réponses m’ont laissée perplexe. Pourquoi cette distinction entre plaisir, amusement, joie ? Je sais que les auteurs aiment jouer avec les mots, mais dans le cas présent, s’agissait-il de les couper en quatre ou de trouver le mot juste ?

J’ai décidé d’interroger de mon côté deux amies auteures, Nadia Bourgeois et Laurence Marino. Toutes les deux font partie du camp des auteures qui s’amusent en écrivant, mais pas toujours, cela dépend du sujet. Là encore, je reçois des réponses en « Oui, mais… »


Me voici donc avec un panel de 7 auteurs dont une seule affirme sans équivoque qu’elle s’amuse en écrivant.

Pourquoi cette retenue ? Parce qu’écrire est difficile et que le plaisir s’approche du masochisme ? Ou parce qu’écrire ne fait pas sérieux ? Alors si en plus, on dit qu’on s’amuse… Parce que le terme amusement semble faible ?

Moi, quand j’écris, je suis heureuse. L’écriture est mon terrain de jeu, et la difficulté qui survient fait partie de la chose. Dans cet univers encré, je peux être tour à tour angélique, sauvant mes personnages ou machiavélique voire démoniaque, les plongeant dans l’enfer. Je joue, je badine, je risque, je spécule, je jongle… et toujours je vibre et jubile.

Et vous, que ressentez-vous quand vous écrivez ?

Entre doutes et désir…

Voilà maintenant quelques semaines que je visionne les vidéos enregistrées par Éric-Emmanuel Schmitt dans le cadre de la master class. Je prends le temps, je viens de terminer celles qui parlent du désir d’écrire et des doutes qui l’accompagnent. Des vidéos qui questionnent aussi l’identité d’auteur.

Le discours ne s’attarde pas sur des problématiques pré-existentielles comme le manque de temps et la procrastination. Elles posent comme une évidence que l’écriture est partie intégrante de notre vie. Non, ce qui est exploré concerne les ressorts profonds qui nous poussent à l’écriture.

Les doutes sont nombreux lorsque l’on écrit. Ce qui n’est pas surprenant puisque nous passons notre temps à nous questionner. Sur les mots, les phrases, le sens… Nous oscillons en permanence entre nos doutes et notre désir.

D’abord, Éric-Emmanuel Schmitt nous a encouragés à entretenir, vivace, la première petite flamme qui nous a poussés vers l’écriture. Et cela rejoint l’une de mes maximes préférées, celle à laquelle je me raccroche dans les heures sombres : « Concentrez-vous plus sur votre désir que sur votre doute, et le rêve prendra soin de lui-même » Mark Twain.

Puis, Éric-Emmanuel Schmitt nous a invités à réfléchir sur notre positionnement. Avons-nous envie d’écrire ou avons-nous envie de devenir écrivain ? Et qu’est-ce qu’un écrivain ?

Jusqu’à présent je différenciais celui qui écrivait de l’écrivain (ou auteur, peu importe) par l’intention d’être lu par d’autres.

À mon sens, cette intention de ne pas garder ses mots pour soi, confère à celui qui écrit le statut d’auteur, au sens de créateur. Avec ce que cela comporte comme degré d’exigence pour produire un texte de qualité puisqu’il sera lu, et aussi comme dose de générosité car en partageant notre histoire, elle nous échappe… Ainsi, les mots deviennent passeurs et le texte se fait œuvre.

Éric-Emmanuel Schmitt m’a ouvert un autre horizon. Pour lui, est écrivain celui qui raconte de manière littéraire et non littérale, de manière plus large que la simple description des faits. Les mots, non comme véhicules informatifs, mais comme musique et sens mêlés, donnant au texte sa présence, sa matière et son âme.

Cette vidéo a résonné comme une évidence. Vous la connaissez, cette sensation bizarre d’entendre les mots que l’on pense sans jamais les avoir formulés. « Mais oui, c’est ça ! ». À trop travailler avec des scénaristes focalisés sur la construction de l’histoire, j’en avais oublié le texte, la magie des mots.

J’ai pris cette vidéo comme une gifle force 10, l’écho tonne encore à mes oreilles… Il ne m’a pas quitté tout le long des propositions d’écriture qui suivaient les vidéos. L’une d’elles nous invitaient à raconter ce moment où est né notre désir d’écrire.

J’ai donc écrit un texte sur la naissance de ma première petite flamme. Quel régal ! Je n’avais pas pris autant de plaisir à écrire depuis bien longtemps. Entre les doutes et le désir, j’avais oublié que le plaisir nourrit, lui aussi, le feu ardent.

« J’avais six ans quand mes parents nous ont emmenés vivre à Bangui, en Centrafrique.

À côté de notre maison, il y avait une case, moins haute qu’un adulte debout et moins large qu’un lion couché. Devant ce cube de terre sèche, chaque soir, un vieil homme allumait un feu autour duquel des gens se réunissaient. Ils mangeaient ce qui rôtissait au-dessus des flammes, parlaient, riaient.

Ils m’intriguaient, ces gens. Ils étaient six, sept, peut-être huit. Comment allaient-ils faire pour rentrer dormir dans la case ensuite ? Elle était tellement petite, trop pour les contenir tous. Est-ce qu’ils rétrécissaient en franchissant le seuil, comme Alice entrant au pays des merveilles ?

Impossible de le savoir. Nous passions toutes nos soirées au club pour les blancs et quand nous rentrions, le feu était éteint. Un soir, je ne sais pourquoi et l’on s’en moque, mes parents ont décidé de rester à la maison. Dès la fin du repas, j’ai filé jusqu’à la haie qui nous séparait de la case. C’était l’occasion, unique, inespérée, de voir ce qui se passerait à l’heure du coucher.

Pendant ce qui m’a paru de longues heures, j’ai écouté. Les rires, les palabres, les mots qui rebondissaient, les exclamations qui s’entrechoquaient… Et soudain, le silence. Brutal et lourd. Je me suis approchée, cachée derrière les arbustes, persuadée qu’ils étaient tous morts ou que l’heure du coucher était arrivée. J’allais enfin résoudre ce mystère.

Entre les branches, j’ai vu le vieil homme se lever. En un mouvement rond, comme une liane montant du sol pour rejoindre le ciel. Une fois déplié, sa voix a empli la nuit. Je n’ai pas compris un seul de ses mots. Mais je me suis trouvée enveloppé par sa mélopée, bercée par une musique envoûtante, transportée dans un univers d’étranges sensations. C’est là, je crois, que j’ai pris le goût de raconter. Ou qu’il est venu à moi…

De retour en France, j’ai voulu garder la trace de ce que j’avais vécu dans ce pays fascinant d’Afrique. J’avais 8 ans environ. J’ai écrit trois lignes, quatre peut-être. Et j’ai abandonné, persuadée de n’avoir aucun talent pour raconter la réalité, et aucune imagination pour l’enjoliver d’aventures inventées.

Pourtant je n’ai pas pu renoncer à écrire. Je me suis alors lancée dans un dictionnaire des animaux, une compilation de toutes les informations animalières qui me tombaient sous les yeux. Cela m’a donné beaucoup de plaisir, je suis devenue imbattable au baccalauréat dans la catégorie « Faune », même avec les lettres X, Y, Z. Cela m’a également permis d’amortir ma désillusion.

Il a fallu un concours de circonstances particulier pour avoir le courage de revenir à l’écriture créative. En fait de concours, il s’agissait d’un concours de nouvelles. Un thème qui m’a mise au défi, l’histoire d’une porte ouverte… Une nuit d’insomnie à me laisser porter par des mots venus d’on ne sait z’ou, peut-être d’Afrique.

Cela a été le début d’une belle période où j’ai écrit des dizaines de textes courts. Certains ont été publiés dans des magazines, d’autres ont été primés. Écrire des nouvelles est une discipline exigeante et elle a été, pour moi, une merveilleuse école d’écriture. Quand a surgi l’histoire qui sommeillait dans mon plus profond, j’étais prête. »

Technique n’est pas recette

L’un des mythes les plus puissants en littérature est que l’auteur est un élu, le réceptacle sur terre d’un génie créatif qui lui dicte les mots à inscrire sur le papier. Vous y croyez, vous ?

Croire à ce mythe reviendrait à dire que le talent d’écrire est inné… Ce qui ferait de la littérature la seule discipline artistique où il est impossible non seulement d’apprendre mais aussi de progresser. Ce qui ferait des auteurs, quel que soit leur talent, de simples scribes.

Des techniques d’écriture efficaces

Dans toutes les disciplines, il y a ceux qui aiment réfléchir aux règles (les théoriciens comme Jean Genet). Il y a aussi ces autres qui explorent les territoires et leurs limites (les pionniers tels que les membres de l’Oulipo), et puis ceux qui dérangent l’ordre établi (les voyous comme Virginie Despentes ou Zarca)…

Depuis la naissance du premier alphabet, la littérature a été traversée par de nombreux courants qui s’opposaient au précédent, cassant les règles établies pour en créer d’autres. Chacun a ainsi apporté sa contribution pour former ce qu’on appelle les techniques d’écriture.

Procédés stylistiques, arcanes de la dramaturgie, narratologie, psychologie des personnages… Il existe aujourd’hui un panel impressionnant de techniques efficaces qui permettent à un auteur d’améliorer ses manuscrits.

Des techniques qui, texte après texte, gagnent en puissance, jusqu’à devenir naturelles le jour où l’auteur oublie qu’il les a apprises, le jour où il joue avec elles sans s’en rendre compte ou qu’il invente les siennes.

Techniques ne veut pas dire recette.

Écrire, c’est comme faire du pain. C’est à la fois simple et compliqué.

Le pain, c’est de manière très basique, de la farine, de l’eau, un peu de sel et du levain ou de la levure. Mais pas n’importe lesquels et pas n’importe comment. Chaque geste de pétrin compte et cela peut se terminer avec une baguette bien croustillante ou complètement ramollie.

Écrire une histoire, c’est de manière très basique également, des gentils et des méchants, un soupçon de suspense, quelques grammes d’amour… Mais pas n’importe lesquels et pas n’importe comment. Chaque mot compte et cela peut se terminer par une intrigue haletante ou un récit qui retombe à plat comme un soufflé.

« Il y a trois règles à respecter pour écrire un roman. Malheureusement, personne ne les connaît. »
ironisait William Somerset Maugham.

Ce n’est malheureusement pas ce que pense un groupe de chercheurs des universités d’Oxford et de Yale. En décembre dernier, la revue Courrier International s’est intéressée à leur étude sur l’intelligence artificielle et la suprématie de l’homme sur les machines. Ils ont évalué à 2056, la date à laquelle un robot serait en capacité d’écrire un best-seller.

Ce qui signifierait que les big data arriveraient d’ici 40 ans à décoder la mystérieuse alchimie de l’écriture… Ce qui voudrait dire que le graal de tout auteur, le best-seller lu par des milliers de paires d’yeux, serait à portée d’algorithme…

La part d’humanité

Je ne veux pas y croire. Je n’y crois pas. Et voilà pourquoi…

Je n’y crois pas car propulser un livre au rang de best-seller est une histoire de rencontre entre un objet et un public humain. Humain et Imprévisible. Ou alors nous serions nous-mêmes des robots dotés d’un bouton capable de nous faire perdre notre libre arbitre et de nous pousser à acheter ce que nous dictent les vendeurs. Les publicitaires cherchent la formule sans succès depuis des décennies.

Je n’y crois pas car écrire ne se résume pas à aligner des mots pour construire des phrases. « Écrire est un acte d’amour. S’il ne l’est pas, il n’est qu’écriture » (Jean Cocteau). Or les machines sont incapables de sentiments ou d’émotions. Elles ne ressentent pas l’amour passion qui peut vous emporter au bout du monde. Elles ne connaissent pas la peur de la mort, ni la souffrance attachée à la perte…

Je n’y crois pas car depuis les mythes antiques, tout a été dit, toutes les histoires ont déjà été écrites. Et pourtant, les auteurs ne cessent d’inventer et de réinventer. Chacun apportant un regard nouveau, une voix particulière, une émotion inconnue…

Même si les ingénieurs commencent à parler de machines apprenantes, personne ne mentionne de machines capables d’inventer. Aucun créatif n’est capable de vous expliquer d’où viennent ses idées, parfois d’une association inattendue, d’autres fois d’une fulgurance qui enfle comme une évidence… Si un programme informatique sera certes le plus performant pour trier les données et répondre aux commandes, il n’aura pas cette capacité unique d’un auteur humain, de se perdre en cherchant, de trouver sans chercher. Ce qu’on appelle la sérendipité…

Luc de Brabandere, ingénieur belge devenu philosophe d’entreprise et grand ponte de la créativité, adore raconter cette histoire. Il déjeunait dans un restaurant quand, au moment de payer, il voit sur le comptoir deux pots surmontés chacun d’une affichette. La première indique : « Si vous aimez les Beattles, déposez votre pourboire ici ». La seconde : « Si vous préférez les Rolling Stones, mettez votre pourboire ici ».

Il interroge le restaurateur qui lui raconte que l’idée lui est venue par hasard, en entendant une conversation entre ses clients sur leurs préférences musicales. En proposant un choix à ses clients, le restaurateur a joué sur leurs émotions et les a ainsi poussés à l’action, donner un pourboire. Résultat : une augmentation des pourboires de 30%.

Enfin, je n’y crois pas parce que les machines sont incapables d’humour, pour moi la forme de créativité la plus subtile qui existe… Elles ne sont pas non plus capables de mentir, et encore moins de « mentir vrai« , cette qualité chère à Aragon.

Alors continuons à mettre dans nos livres, notre âme, nos imperfections et nos tripes. L’heure de passer la main aux machines n’est pas encore venue… n’est-ce pas ?

Les secrets de maître Schmitt

Comme je vous le disais il y a quelques temps, je me suis inscrite à la masterclass « Les secrets d’Éric-Emmanuel Schmitt ». Écrivain, scénariste, réalisateur, acteur… un artiste aux multiples facettes qui se transforme pour l’occasion en maître d’écriture.

6 heures de formation séquencées en 20 vidéos, toutes livrées le 15 septembre dernier

Ma première réaction, je l’avoue, a été la déception. Je pensais que les vidéos seraient mises à disposition au fur et à mesure, j’anticipais déjà le plaisir de les attendre chaque semaine, de les désirer… Les obtenir toutes à la fois m’a fait le même effet que si on m’avait offert tous mes cadeaux de Noël pour les 25 ans à venir.

Passée outre cette pointe de déception, j’ai fait ce que font tous ceux qui reçoivent des cadeaux. J’ai ouvert mes paquets.

Et là, plus question de déception. Dès la première vidéo, je me suis trouvée plongée dans un cours d’écriture que j’attendais de plus longtemps. Un cours qui ne se préoccupe pas seulement de techniques mais qui fait également une place à la personnalité de l’écrivain. Enfin !  L’objectif clairement affiché de Maître Schmitt : aider les écrivains, qu’ils soient débutants, maturants ou accomplis à découvrir leur propre voie d’écriture.

Je ne m’attarde pas, j’ai encore 19 vidéos à explorer. Je vous raconterai quand j’aurais avancé un peu plus sur mon chemin.

Bonne semaine à tous 🙂
Élisa

Psittt : pour ceux que l’aventure intéresse, voici le lien : the-artist-academy.fr/eric-emmanuel-schmitt/

 

Déchiffrer ses rêves

La semaine dernière, j’ai eu 53 ans.

C’est un nombre étrange, 53. Deux chiffres postés face à face, qui se regardent, se confrontent presque.

Le 5. Chiffre de mi-parcours, situé à mi-chemin entre 1 et 10. Solide, campé sur les 5 doigts de la main. Le 3. Chiffre qui propulse vers l’avant. 1, 2, 3… Partez. Le chiffre de la trinité, un chiffre magique, notre univers est un triangle.

La semaine dernière, j’ai eu 53 ans.

Quand j’étais (plus) jeune, c’était un âge canonique, 53 ans, l’âge des silhouettes épaisses habillées de robes sombres et informes, des yeux ridés qui s’éteignent dès qu’on ne les regarde plus…

Parfois, je me demandais comment je ferais pour survivre quand j’atteindrai l’âge de ne plus croire à mes rêves, quand le monde du réel prendrait le pas sur le champ des possibles… Quand Brad Pitt rentrant soudain dans ma chambre ne m’emporterait plus sur son cheval blanc parce qu’il était là pour ma fille, voire ma petite-fille…

Depuis quelques temps déjà, j’ai conscience que j’approche de cet âge où les possibles se rétrécissent, où le corps se grippe au moindre écart physique, où les rêves prennent un goût amer car ils ne sonnent plus vrais.

La semaine dernière, j’ai eu 53 ans et je me suis mis en tête de fouiller mes rêves pour dénicher ceux que je regretterais de ne pas avoir accomplis si demain, tout s’arrêtait. J’ai eu du mal à les trouver car ma vie a été belle. Les rêves ont répondu lentement à cet appel puis ils sont arrivés, peu à peu. À un moment, ils étaient dix à la table de mes soupirs. Ils sont venus et repartis parce qu’il était facile de les réaliser ou d’y renoncer sans regrets. Il en est finalement resté trois, puis deux et UN.

UN rêve tellement énorme que je n’avais même pas vu qu’il était là. Vous savez, comme ces évidences qui restent dans l’ombre jusqu’au jour où le « hasard » les met en lumière. Ce rêve, c’était : explorer le monde.

Un tour du monde ? J’avais beaucoup voyagé enfant puis adolescente mais peu dans ma vie d’adulte. Je croyais mon envie d’aventure assouvie. Centrée sur ma famille et ce microcosme où il se passait toujours quelque chose de passionnant. Absorbée par mon écriture. Et voilà que ce rêve arrivait, si improbable qu’il m’a fallu du temps pour en faire le tour, l’explorer, le caresser, le prendre à bras le corps.

J’avais trouvé un rêve à accomplir mais pas la baguette magique pour exaucer les souhaits. Il paraît qu’elle n’existe pas. Que si nous voulons donner vie à ce rêve, il nous faudrait faire des choix, parfois douloureux. Vendre notre maison, s’éloigner un long temps de nos proches, de nos parents qui vieillissent, de nos petits-enfants qui grandissent si vite d’une semaine sur l’autre…

Mais j’avais 53 ans. 5 et 3, dressés l’un devant l’autre. D’un côté, le 5, symbole de la liberté, des voyages et de l’aventure. De l’autre côté, le 3, symbole de la créativité et des arts d’expression. Le tout, 5+3=8 dont les cercles représentent les cycles de la vie, les grandes réussites mais aussi des échecs très importants.

Aujourd’hui, j’ai 53 ans et j’ai reçu le message. 5/5.

Nous avons pris notre décision et nous allons prendre notre risque. Dans deux ans, j’aurai 55 ans et nous partirons avec mon mari faire ce petit tour dans le monde. Une année pleine pour aller à la rencontre des autres et suivre nos envies. Une année de liberté prélevée sur la retraite qui se fait fuyante et la vieillesse menaçante.

Puis nous rentrerons, emplis de souvenirs émerveillés de la beauté du monde et des êtres qui s’animeront derrière nos yeux plissés. Des souvenirs à savourer pour les jours où nous serons agrippés à notre fauteuil parce que nos jambes ne nous porteront plus.

Et vous, quel est ce rêve qui pourrait se transformer en projet si vous trouviez une baguette magique reliée à vos possibles ?