Elephantasmagorique

Ce n’est pas que j’ai manqué d’inspiration cette semaine, mais j’ai été très très très occupée. Je noircis des feuilles et des feuilles pour mon nouveau roman. Et je n’arrive pas à m’arrêter de peur que les idées folles qui me trottent dans la tête ne s’enfuient avant que j’ai eu le temps de les attraper avec mon stylo.

Alors c’est l’occasion de vous partager ce texte écrit au XIXe siècle par John Godfrey Saxe : Les aveugles et l’éléphant. Je l’ai appris par coeur pour le réciter dès la prochaine prise de bec discussion amicale qui empoisonne anime les réunions familiales.

Six chercheurs d’Hindoustan,
Tous avides de savoir,
S’en allèrent voir l’éléphant
Espérant tous, dans le noir
(Ils étaient aveugles, les pauvres !)
S’en faire quand même une notion
Grâce à leur don d’observation.

S’approchant de la bête,
Le premier arrivé se cogne
À son flanc vaste et puissant.
Il trébuche, jure et braille :
« Dieu du ciel, mais cet éléphant,
C’est une véritable muraille ! »

Le deuxième palpe une défense,
S’écrit : « Holà ! Qu’est-ce que c’est ?
Si rond, si lisse et si pointu ?
J’en mettrais ma main au feu,
Ce que j’ai là, sous les yeux,
Ressemble bien à un épieu ! »

Le troisième s’approche à son tour,
Et rencontre, en tâtonnant,
La trompe remuante de l’animal
Se tortillant dans sa main.
« Il me semble que cet éléphant
Ressemble à un serpent ! »

Le quatrième tend la main
Et trouve un genou sur sa route.
« Mes amis, pour moi, aucun doute !
Il n’y a là rien d’étonnant.
Il est bien clair que l’éléphant
C’est tout à fait comme un pin ! »

Le cinquième tombe sur l’oreille
Et s’écrie : « À quoi bon le nier ?
Sans y voir je peux vous dire
À quoi cette bête est pareille.
Un éléphant ? Quelle merveille !
C’est tout comme un éventail ! »

À peine approche-t-il de l’animal
Que, s’accrochant à la queue,
Le sixième, sans penser à mal,
Affirme d’un ton solennel :
« Cette chose merveilleuse que nous avons là
Est tout à fait comme une ficelle ! »

Et ainsi, nos chercheurs d’Hindoustan
Se disputaient aveuglément,
Chacun défendant son opinion,
Certain d’être dans le vrai.
Chacun avait certes un peu raison…
Mais tous pataugeaient dans l’erreur !

Moralité

Souvent, dans les débats théologiques,
On s’accable ainsi d’invectives
Sans se soucier le moins du monde
De ce que l’autre a bien voulu dire.

Et de quoi dispute-t-on si fort ?
D’un éléphant que personne n’a vu !

elephant-equilibre

Merci à Mickaël pour cette belle découverte ❤

We could be heroes

Parisienne pour quelques mois, il était impossible de passer à côté de « David Bowie is ». En plus, je l’avais promis à Catherine et Élisabeth !

Annoncée comme l’une des expositions stars, elle tient ses promesses. Plus de 300 objets personnels offerts aux regards : ses tenues de scène mythiques et ses chaussures extravagantes bien sûr, mais aussi ses textes manuscrits, un fax reçu d’Elvis Presley qu’il admirait, des storyboards de ses clips, sa cuillère à cocaïne…

Bowie

Mais « David Bowie is » va au-delà d’une simple présentation d’objets souvenirs. Les organisateurs ont utilisé un système sonore « immersif en 3D » qui se déclenche automatiquement dès qu’on s’approche d’un panneau. Pendant toute la visite, la musicalité Bowie tourbillonne et nous enveloppe, nous plonge dans l’univers de l’artiste. Ce n’est pas sans regret qu’on rend les écouteurs magiques. On croit que tout est fini, on s’apprête à être triste et… surprise !

On pénètre dans une dernière salle et sur tous les murs, des écrans géants projettent des extraits de concerts. Apothéose grandiose –non, les mots ne sont pas trop forts, comme le final d’un feu d’artifice musical. Mes oreilles en frétillent encore !

David Bowie a dit un jour : « J’ai essayé par tous les moyens d’être moi-même et ça n’a pas marché, alors j’ai décidé d’être un autre et là, j’ai réussi ».

Cette rétrospective sur son parcours permet de mesurer à quel point David Bowie est un grand artiste, toujours en recherche de créativité et pourtant toujours LUI. Elle nous montre cette part d’authentique, l’étincelle de l’homme derrière les costumes.

Vous savez… ce petit quelque chose qu’on a tous au fond de nous, qui n’appartient qu’à nous et qui fait dire aux autres « Ça, c’est toi ! »… ce petit truc qui nous manque quand l’autre n’est plus là.

Miscellanée couleur léopard

Il y a bien longtemps que je n’avais pas partagé une petite miscellanée. J’adore ces textes brefs, fragments épars qui ne servent à rien mais qui perturbent l’horizon quelques secondes.

Aujourd’hui, j’ai envie de parler du léopard, ce beau félin en voie de disparition. Un article, déniché dans un journal abandonné dans la salle d’attente du kiné dit ceci :

Le léopard a une espérance de vie de 12 ans en liberté
et jusqu’à 20 ans en captivité.

S’il avait le choix entre la vieillesse et la liberté,
il choisirait quoi le léopard ?

Et vous ?

20150305_Leopard

 

Les chiffres de la rentrée

Septembre, le mois de toutes les rentrées : la scolaire, la littéraire…

Cette année, pas moins de 607 romans vont se bousculer dans les librairies (sans compter les livres auto-édités, les indépendants, les numériques…). Selon Le monde, il faudrait à un lecteur même averti, 14 780 jours pour les lire tous, soit une quarantaine d’années !

Laissons ces nombres vertigineux de côté, oublions les mots comptés et revenons aux fondamentaux : les chiffres.

Savez-vous compter en angles ?

On ignore précisément à quel moment les chiffres romains ont été supplantés par les arabes, probablement autour du Xe siècle. Il paraîtrait d’ailleurs qu’ils nous viennent en réalité des marchands phéniciens.

En revanche, il y a une question qui a longtemps empêché l’homme de dormir : Savez-vous pourquoi 1 signifie 1 ; 2 signifie 2… ?

D’après René Clémenti, rando-blogueur, le chiffre correspond au nombre d’angles tracés dans le dessin. Il s’agirait en fait d’un moyen mnémotechnique pour faciliter la compréhension, et surtout le commerce entre les orientaux et les européens.

Si vous observez le schéma ci-dessous, vous verrez que :
Le chiffre 1 possède un angle,
Le chiffre 2 en possède deux,
Le chiffre 3, trois… et ainsi de suite jusqu’à 9.

chiffres_arabes

source : http://bit.ly/reneclementi

Comme vous pouvez le constater, le chiffre « 0“ n’en possède aucun. Serait-ce là, l’origine de l’expression : arrondir les angles ?

 

A chacun son Inukshuk

Quand j’ai séjourné au Québec, je suis tombée en amour pour  les Inukshuk, ces empilements de rochers à forme humaine, se tenant droit sur les hauteurs, les bras tendus.Inukshuk, Québec, Elisa Tixen, écriture

A l’origine, ces épouvantails de pierre ont été construits par les chasseurs au sommet des collines pour attirer les caribous dans une embuscade. Ils faisaient aussi office de guides. Suivez le bras le plus long, il vous montre la direction du village le plus proche. Une corne de cervidé posée sur la plus haute pierre ? De la nourriture vous attend, enfouie sous la statue. Ils marquent aussi les limites d’un territoire ou l’enrochement de personnes décédées… Bref ! Un grand bonhomme multi-fonctions !

Au-delà d’un assemblage intelligent de pierres, l’Inukshuk incarne l’âme du Grand Nord Canadien.

Ces édifices symbolisent le respect que les autochtones manifestent à leur environnement. Très loin de l’idée occidentale d’apposer l’empreinte humaine à un univers qui, sans son intervention, resterait obscur…
Les Inukshuk sont composés uniquement de matériaux naturels et non scellés. Ils se fondent ainsi dans le paysage sans le dénaturer et peuvent être modifiés ou reconstruits facilement, même après avoir été renversés par un troupeau affolé.

Dans cet univers immense et dénudé, l’Inukshuk transmet confiance et amitié. Fidèle au poste, cette silhouette humaine communique sa présence avec ce qui passe devant elle : l’homme, l’animal, la poudrerie, l’aurore boréale, le chaman… Un randonneur non autochtone qui intègre le système inukshuk à son périple dans le Grand Nord Canadien combat son isolement et s’imprègne de l’âme du pays.

J’ai ramené dans mes bagages une représentation de l’Inukshuk. La statuette trône maintenant au-dessus du bureau où j’écris. Elle s’appelle Shuky en opposition avec la poupée maléfique, et m’accompagne dans mes voyages en écriture. Dans les périodes les plus sombres ou les pages les plus blanches, elle me rappelle qu’il y a toujours quelque part un bras tendu.

Et vous, quel est votre Inukshuk ?

inuksuk, Elisa Tixen, Québec, Autochtones

Inukshuk Martine Lappierre Pic Saint-Michel Vercors

Pour voir plus de photos d’Inukshuk, cliquer ici !

Rêve et travail pour toucher le fond !

Le cœlacanthe, vous connaissez ?
C’est un poisson-dinosaure, l’être vivant le plus vieux au monde, plus de 410 millions d’années ! On le croyait disparu à jamais, il vivait simplement dans les grands fonds marins encore inexplorés.

Ce fossile vivant a cristallisé les rêves de Laurent Ballesta, ancien compagnon de Nicolas Hulot. Pour réaliser son projet, ce biologiste-plongeur-photographe s’est préparé pendant des années. Un entraînement difficile et surtout, dangereux ! Plusieurs y ont laissé leur vie.

Il raconte son aventure au large de l’Afrique du Sud en mai 2013 dans son livre, Gombessa, rencontre avec le cœlacanthe.
« À travers cet ouvrage, j’ai voulu faire de cette quête un sujet universel, qui peut parler à tous ceux qui ont un rêve. »

Merci Laurent pour ce partage.
Arte diffusera un reportage sur son exploit au mois de mai.
Pour patienter, la conférence qu’il a donnée à l’Institut océanographique :
http://www.dailymotion.com/video/xoe31d_conference-de-laurent-ballesta-coelacanthe-a-la-rencontre-du-plus-vieux-poisson-du-monde_tech?start=133

Mon coecalanthe à moi ne vit pas dans le fond des océans, mais dans ceux de l’édition – Non ! Je n’ai pas parlé des bas-fonds de l’édition ni des requins –

Une chance, mon entraînement est beaucoup moins dangereux.
Tout ce que je risque, c’est une crampe au poignet ou des escarres sous les fesses.
Pour autant, il ne sera pas moins long et douloureux : pages froissées, ego malmené…

Le cocktail rêve-travail est aussi imprévisible qu’explosif.
Une fois amorcé, il peut péter à la figure ou embraser un coin de ciel.

Allez, je vous laisse, j’ai un roman qui mijote…
sûrement un mauvais coup !