Écoute plus souvent

Ces derniers temps, j’ai été assaillie de pseudos-commentaires provenant d’un parti politique (à qui je ne ferai pas l’honneur de citer le nom) qui voulait utiliser mon blog pour diffuser ses messages racistes.

Comme WordPress fait bien les choses, j’ai pu bloquer cette propagande nauséabonde et pour bien afficher la couleur de mes convictions, je vais vous parler aujourd’hui du Marché de la poésie à Bordeaux (du 4 au 12 mars 2017 au marché des Chartrons).

Quel rapport ?

Cette année, l’association culturelle des Chartrons donne la parole à la poésie africaine.

Une poésie engagée et charnelle, qui affirme sa liberté par les mots dits. La respiration profonde de peuples asservis qui n’avaient pour relever la tête que la parole, sa beauté et sa puissance. Pour dire qu’ils étaient hommes, femmes, enfants et vivants.

arbre_rouge

Souffles
(extrait)
Birago Diop

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

Il redit chaque jour le Pacte,
Le grand Pacte qui lie,
Qui lie à la Loi notre Sort,
Aux Actes des Souffles plus forts
Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,
Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.
La lourde Loi qui nous lie aux Actes
Des Souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du Fleuve,
Des Souffles qui se meuvent
Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.

Des Souffles qui demeurent
Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit
Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,
Des Souffles plus forts qui ont pris
Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,
Des Morts qui ne sont pas partis,
Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

afrique-femme-noire

Je n’oublie pas que j’habite une ville qui tient sa richesse du commerce du vin et de l’ébène.

Et je n’oublie surtout pas que l’esclavage subsiste encore à travers le monde… ici même en France. Cloîtrées dans des maisons luxueuses, sur des chantiers, des ateliers clandestins, des campagnes, des mariages forcés… Victimes invisibles, silence assourdissant.

esclavemoderne

Parents orphelins

Sans traces apparentes parle des blessures qui nous sont léguées par nos ancêtres mais aussi de réparation. Or, certaines nous marquent à jamais, comme la perte d’un enfant. Aujourd’hui, jour de Tous les Saints, je voulais dédier ces quelques mots à tous les parents orphelins qui souffrent à travers le monde.

 

Neuf mois à imaginer
La vie qui se formait
Au sein de son cocon douillet
Au rythme de caresses partagées.

Un jour, une heure, une seconde
Suspendue entre deux mondes
La fusion des corps s’est achevée
Apparaît le nouveau-né.

L’intensité du bonheur
De la serrer entre ses bras
De la presser tout contre soi
Enfin, cœur contre cœur.

Quelques petits mois seulement
Leur ont été accordés.
Dans un silence fracassant
La petite âme s’est envolée.

Et il ne reste sur cette terre
Que la souffrance d’une mère
Qui prie que Dieu existe
Qu’il veille sur sa si-petite.

Que la volonté du Ciel
Fasse que la séparation cruelle
Ne dure pas plus d’une vie
Que l’Éternité les voit réunies.

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Rita Mestokosho, le feu sous le rocher

Septembre au Québec. Un vieux rêve qui se réalise. Départ cette nuit sur les traces des colons du Nouveau-Monde, des Amérindiens… et d’une nouvelle histoire à écrire !

Dans l’intervalle, je voulais vous partager un texte de l’écrivaine et poétesseRita Mestokosho. Issue de la nation des Innus, elle écrit ses textes en langue innu-aimun, qui signifie « être humain » et les traduit elle-même ensuite en français. Elle fait partie des écrivains dont JMG Le Clézio a dit qu’il se sentait proche dans son discours du Prix Nobel. L’amour de sa terre et de son peuple se ressent au détour de chaque ligne.

Sous un feu de rocher

J’ai appris à lire entre les arbres
À compter les cailloux dans le ruisseau
À donner un nom à tous les métaux
Tel que le quartz ou le marbre.

J’ai appris à nager avec le saumon
À le suivre dans les grandes rivières
À monter le courant de peine et de misère
Sans me plaindre et sans sermon.

J’ai appris à prendre le visage de chaque saison
À goûter la douceur d’un printemps sur mes joues
À savourer la chaleur d’un été sur mon cou
À grandir dans l’attente d’un automne coloré et long.

Mais, c’est uniquement sous un feu de rocher
À l’abri d’un hiver froid et solitaire
Que j’ai entendu les battements de la terre.

Canada_foret

Slamodie d’été

… à ne pas reproduire sur les routes, soyez prudents

Poésie sans permis
Je file en vies
Par monts et par mots
Sans feux et sang chaud
Sans limite à cent
Je milite 100%

En ligne droite
Tape la pointe
Dérapage sur la page
J’incontrôle et je slame
Libre au-delà des lignes

2015_slamodie

Bonnes vacances
et rendez-vous
en septembre !

Vie en faux

Je déteste les rituels de la Toussaint. Rien que pour cette raison je voudrais être née au Mexique ou à la New Orleans où l’on sait vivre, même quand on est mort, où personne ne vous prend pour un saint parce que vous avez perdu votre corps.

Mais cette année, c’est différent. Cette année, un de nos voisins s’est fait emporter par une baïne. Il n’était pas de la région, arrivait tout juste de Lyon. Il laisse une femme et deux enfants, des parents qui trouvent la vie injuste, des frères et des soeurs, des amis… Il laisse un monde vide de lui.

Il avait des projets. Il rêvait.
Mais il n’est pas rentré
Tout est resté en plan
Il n’a pas eu le temps.

Un fil tranché, une histoire inachevée

Il avait une compagne. Ils s’aimaient.
Elle dit qu’il l’a quittée
Elle ne le sent plus à présent
Elle tourne en rond le cœur absent.

Ames brisées, sens glacés

Il avait des enfants, les protégeait.
Ses ailes se sont repliées
Ils lui parlent le soir, souvent
Espèrent qu’il les entend.

Innocents blessés, liens tailladés

Il n’avait pas 40 ans. Il vivait.
Ignorait que la fin approchait
Qu’il ne respecterait pas ses serments
Qu’il devait partir… en les laissant.

Une vie fauchée, instantané.

Grand_Crohot

Amis touristes ou nouveaux venus, méfiez-vous des baïnes qui vous entraînent au large, avec si peu d’espoir de revenir vivant sur la plage.

Mots à maux

Compassion, émotion.
Solidarité, partager.
Ronde de mots pour faire du bien
Qui ne s’arriment à rien.

Donner quelques pièces, quelques instants
À la main ou au cœur qui se tend
Sans juger, sans se lasser,
Sans passer droit sans regarder.

Comprendre, accepter.
Accueillir, défendre.
Liste de mots que l’on soutient
Mêmes s’ils ne riment en rien.

Tous les bûchers sont en sommeil
Car la peur reste en éveil
Si la distance n’est pas respectée
Si les différences s’approchent trop près.

Humanité, fraternité.
Aimer, aider.
Assez de mots sans liens
Alors qu’ils rimeraient si bien.

Linge_secher

Femme libre qui écrit

Aujourd’hui, je pense tout particulièrement à la jeune policière lâchement abattue dans le dos. Je pense aussi à Elsa, assassinée lors de l’attentat contre Charlie Hebdo. Juste avant que le terroriste affirme ne pas tuer les femmes. Sa seule exigence ? Qu’elles se convertissent et portent le voile.

Je ne saurai pas quoi faire d’un crayon à dessin, mais je peux prendre mon stylo. Pour exprimer en liberté ce que je suis et ce que je pense.

Aujourd’hui, je marque mon opposition à toutes les dictatures qui veulent asservir les corps et les esprits.

Aujourd’hui, je suis femme, je suis libre et j’en suis fière.

Aujourd’hui et pour toujours, je suis Charlie.

Charlie5

F… comme Fléau

Ferveur de Furieux aux Fondements d’une Foi Falsifiée
Fourragent les Frustrations de Fidèles Fourvoyés, 
Fomentent des Factions de Forcenés Fanatiques

Fustigent la Féminité, Flagellent sa Fierté
Figent ses Formes sous une Forteresse de Fichus et Foulards
Femmes Forçats par Faute d’être Femmes Fertiles

Que personne ne s’y trompe, ce n’est pas un pamphlet contre les musulmans et les musulmanes dont je respecte les croyances. Il s’agit d’un cri contre ceux qui massacrent des innocents et contraignent les femmes, allant jusqu’à les avilir au rang d’esclaves sexuelles dédiées au plaisir de guerriers inhumains.

Le vieux banc

J’écris rarement de poème mais…
Une fois n’est pas coutume et puis c’est l’automne.
Rions que diantre !
Avant que l’hiver n’arrive… rive…

 

Photo : ©Francine Ducret (Shana)

Photo : ©Francine Ducret (Shana)

Le vieux banc

Le vieil homme est là
Assis sur le banc de bois
Ombre en arrière-plan
Sous ses yeux clos, observant

Les enfants s’ébattre heureux
Les âges mûrs allant soucieux
La jeunesse éclose en un printemps
Tous, bientôt lui ressemblant

De ces sons, de ces visages
Remonte l’écho d’un autre âge
Souvenirs comme lui grisonnants
De compagnons du temps d’avant

Survivant craquelé
Les larmes fatiguées
Inutile esseulé
Il ne veut plus que s’en aller

Seul assis sur son banc
Le vieil homme est las.

© 2014 Élisa Tixen