À la rencontre des lecteurs

Avec le printemps, les salons du livre fleurissent un peu partout en France. En fait, partout beaucoup…

L’occasion pour les auteurs de rencontrer celles et ceux pour qui ils passent des nuits blanches à noircir des centaines de feuilles. L’occasion pour les lecteurs de rencontrer en chair et en os ceux qui leur font parfois passer une nuit blanche, incapables de lâcher les pages noircies.

J’adore ces moments où ces deux facettes d’une même passion se retrouvent sous le même toit, cette ébullition de neurones en quête de sensations.

Je garde un excellent souvenir de cet été 2016 en votre compagnie (cliquez ici pour l’album souvenir).

Après un hiver à écrire, j’avoue, j’ai hâte de vous retrouver :

8 et 9 avril 2017 à Soulac-sur-Mer, à la pointe du Médoc

14 mai 2017 à Parentis dans les Landes, là même où l’année dernière j’avais dédicacé Sans traces apparentes à deux soeurs Labarthe, en vacances chez leur grand-mère !

Et bien d’autres dates à venir…

À très bientôt 🙂

L’été 2016

La grisaille de l’automne s’installe doucement, c’est le moment où la nature se met en sommeil. L’ours ventru rejoint sa tanière, les feuilles retournent à la terre… L’auteur termine sa ronde des salons et dédicaces et regagne son clavier.

L’été 2016 restera à part dans mes souvenirs. Comme toutes les premières fois.

Avec mon premier roman, je suis allée à la rencontre des lecteurs. Dans les Landes, en bord d’océan ou dans les terres du Tursan, dans les campagnes colorées du Périgord ou près de chez moi dans l’Entre-deux Mers ou à Bordeaux…

Sous le soleil devant les maisons de la presse ou sous les néons des grandes surfaces, avec mes livres et mon trac sous le bras, j’étais là.

Souriant, vous saluant, heureuse de vous regarder aller et venir…

De ma place, invisible, voir les flâneurs insouciants et les amoureux se bécoter au pied des escalators. Sourire devant les jeunes gens en quête de fiches miracles pour préparer le bac et repartir en soupirant devant leur épaisseur. Être émue par ces mains protectrices caressant un ventre rond ou les étreintes pudiques de couples vieillissants.

Je vous revois passant et certains, s’arrêtant.

Je me souviens de vous, suspendant votre route pour échanger quelques mots. À la recherche d’un livre pour la plage ou à l’improviste, parce que j’étais là. Je revois cette lueur pétiller dans vos yeux quand quelque chose dans mes mots vous touchaient, quand vous cédiez à la tentation de vous laisser tenter.

Je me souviens de cette femme âgée qui a acheté le livre pour son arrière-petite-fille et de vous toutes qui l’avaient offert à votre mère ou votre fille. Comme un cadeau à la famille.

Je me souviens de ce jeune homme qui voulait faire une surprise à sa jolie fiancée.

Je me souviens de ce jour à Parentis où j’ai dédicacé le livre à deux sœurs, en vacances chez leur grand-mère, Muriel et Carole. Elles s’appelaient LABARTHE !

Et je me souviens de vous, membres du jury, qui avaient distingué Sans traces apparentes.

  • 9 avril 2016 à FIGEAC, 1er prix du Salon du Livre.
  • 9 octobre 2016 à GEAUNE, Coup de cœur du jury de Lire en Tursan.

Deux grands moments d’émotion. Le bonheur de savoir que le livre a été aimé, encouragement puissant à continuer à écrire.

Je me souviens de ces rencontres avec les lecteurs de bibliothèques, de vos questions et de votre regard sur ce livre que vous avez fait vôtre et qui ne m’appartient plus.

À tous, je vous dis mille merci pour ces rencontres qui ont mis du soleil dans ma mémoire et de la lumière sur ce premier roman.

ete2016

PS : Pour les lecteurs qui m’ont demandé plus d’informations sur la psychogénéalogie, j’ai mis à jour la page et ajouté quelques éléments issus de mes recherches : cliquez ici !

Samedi 25 Juin : Le Club des Lecteurs fête l’été

Récit d’un club de lecteurs. J’avais le trac j’avoue. Même si je suis habituée à parler en public de par mon métier, c’était une première de présenter mon roman devant un groupe. Heureusement, bienveillance et petits gâteaux étaient au programme. Merci à Marie-Laure et son équipe qui ont organisé cette belle matinée. Et merci aux lecteurs de ce club pour leur accueil chaleureux 🙂

Le blog des animations de la Médiathèque de Carbon-Blanc

P1030050Le Club des Lecteurs s’est installé pour sa dernière rencontre avant l’été devant le Centre culturel Favols. La météo étant clémente, nous avons sorti tables, chaises, café et gâteaux. La matinée a été ponctuée de discussions sur des romans aimés ou « détestés » ainsi que des lectures de passages préférés.

Sans traces apparentesP1030053Mais le fait marquant de cette séance fut la présence parmi nous d’une auteure Elisa Tixen. Elle vient de publier son premier roman « Sans traces apparentes » aux éditions de la Rémanence. Ce roman vient d’avoir le premier Prix de la ville de Figeac 2016.

Résumé : Après la mort brutale de son compagnon, Charlie se réfugie chez sa grand-mère, au cœur de la forêt landaise. Alors qu´elle espérait retrouver la paix, elle découvre dans la vie de ses ancêtres une série de morts tragiques qui font écho à sa propre histoire. Coïncidences ou malédiction ? Charlie refuse…

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SOS Océans

8 juin, journée mondiale de l’océan

Nos plus grands poètes ont rendu hommage aux océans indomptés : Victor Hugo et son célèbre Oceano nox , Émile Verhaeren (Vers la mer, Vers la côte), Théophile Gautier…

Plus près de nous, Renaud ou Pierre Desproges dont le cynisme se teinte de poésie quand il célèbre les océans dans sa « Pensée du jour » :

« La vraie mer. Atlantique. Pas la mer sans marée, stagnante et soupe aux moules, qui lèche le Sud à petit clapotis mièvres, où l’Anglaise dorée finissante fait frémir ses varices. Je vous parle de la mer venue d’Ouest qui claque aux sables vierges, et va et vient, monte et descend comme un amant formidable. La mer tour à tour miroir de plomb mort ou furie galopante. La mer. »

Crohot3

 

Sans eau pas de Terre.
Nos océans sont menacés. Le danger est connu : le plastique, si pratique et si nocif, produit par l’activité humaine

Oser exister

Il y a tant de livres qui surgissent sur les étalages des librairies chaque mois (on parle de 11 000 ? ! ?). Alors pourquoi un libraire ferait-il une place sur ses rayons à un premier roman écrit par un auteur inconnu ?

Sauf que pour exister, un livre doit être présent en librairie. Avant de l’adopter, il faut être attiré par la couverture, plonger dans le résumé de la 4ème de couv’, feuilleter quelques pages. Sauf pour les auteurs dont nous sommes des inconditionnels, c’est un rituel indissociable d’une première rencontre avec un livre.

Depuis quelques semaines, j’avais comme un creux dans mon ventre, un vide à combler. J’aurais tellement voulu voir Sans traces apparentes sur les rayons d’une librairie, entouré d’autres livres, feuilleté par des mains curieuses…

Il y a quelques semaines, j’ai pris mon livre sous le bras et je suis partie sillonner les routes des Landes. J’ai commencé mon périple  au PRESSE LIVRE à CapBreton. Une belle librairie-maison de la presse le long de la plage. Je suis entrée.

Au centre du magasin, un rayon avec des livres et des romans régionaux. Plus de prétextes pour ressortir en m’excusant d’avoir osé entrer. J’ai choisi quelques cartes postales, sésame pour m’approcher de la caisse et oser engager la conversation. Je crois que j’ai balbutié : « …auteur…roman… Landes…dépôt livres ? »

« – Mais oui avec plaisir. Ici on aime les auteurs locaux. Et vous seriez d’accord pour une dédicace ? »

J’ai poursuivi ma tournée sur la côte landaise : Vieux Boucau, Soustons, Léon, Vielle-St-Girons, Lit-et-Mixe, Mimizan, Parentis en Born…

Comme le héros de Laurent Gounelle dans « L’homme qui voulait être heureux », je m’attendais à recevoir refus sur refus. Presque partout, j’ai reçu un accueil chaleureux. Et je repartais, laissant derrière moi une petite pile de livres à la couverture bleu argent.

Aujourd’hui, le livre existe dans les librairies des Landes, j’ai commencé ma première dédicace à Soustons, tout près de Magescq et de Messanges, sur les traces de Charlie.

Et en point d’orgues de cette belle aventure, un article magnifique écrit par Isabelle Chambon sur Sans traces apparentes paru lundi dans l’édition landaise de Sud-Ouest.

20160516SOSoustons

Souvenir Poupée

1er_prixDimanche, Sans traces apparentes a reçu le premier prix lors du Salon du livre de Figeac.

Je ne m’y attendais pas, c’était une surprise complète et surtout un immense bonheur. Savoir que l’histoire de Charlie a été choisie par un jury de grands lecteurs, qu’ils l’ont aimée et distinguée parmi les 14 livres sélectionnés. Merci à eux, c’est un grand honneur et un bel encouragement à écrire encore.

Justement, il y a bien longtemps que je n’ai pas publié de nouveaux textes sur ce blog. Mon deuxième livre m’accapare toute entière. Mais après cette journée magique dimanche à Figeac, j’avais très envie de partager une belle histoire.

Directement inspirée par les Lettres de la poupée de Franz Kafka et ce proverbe qui dit : « Arrêtez de chercher le bonheur à l’endroit où vous l’avez perdu ». La sagesse populaire a toujours raison… ou presque !

Très bonne lecture 🙂

***

 

Le banc est toujours là. Sous le tilleul, un peu à l’écart du bac à sable où s’éparpillent les enfants à grands gestes riants. La même peinture verte, pâlie, écaillée. Les intempéries sans doute. Ou le temps, le temps qui périt.

La vieille dame s’approche à petits coups de canne et s’assied avec précaution sur les planches de bois. L’herbe vient d’être coupée, elle embaume la chaleur qui descend du ciel sur ses épaules, imprègne sa chair et ses os.

Devant ses yeux, les enfants s’effacent, les cris et les mouvements s’estompent, les doudous numériques laissés sur l’herbe disparaissent. L’image se trouble. Du fond de ses souvenirs surgit une petite fille. Elle n’a pas huit ans. Elle porte sa plus belle robe, la rose avec des pois blancs et la ceinture en soie assortie. Un panty bordé de dentelles gonfle les jupons.

La vieille dame sourit. C’était comme ça à l’époque. Un tablier pour la semaine et une robe de princesse pour aller à la messe. Ce dimanche-là, elle était tellement malheureuse qu’elle avait été autorisée à garder ses beaux habits pour aller au parc. Mais ça n’avait pas suffi à la consoler. Elle se revoyait encore, assise par terre à tracer des formes sur le sable, prétexte pour une tête baissée occupée à cacher ses larmes. Tout le monde le lui avait dit. Tu es une grande fille maintenant. Si tu as perdu ta poupée, c’est que tu n’en as plus besoin.

Sa bonne l’avait finalement relevée et mis un cerceau entre ses mains. L’injonction était claire. Au parc, on s’amuse ! Décidément, les adultes, ils n’y comprennent rien. Comment leur expliquer ? Sa Frida, c’était bien plus qu’un visage de porcelaine avec de grands yeux bleus et de longs cils. Elle lui confiait tous ses secrets. Quand elle serrait son corps mou contre son ventre, quand elle sentait ses bras articuler balloter à son rythme, elle n’avait plus peur. Ni du noir, ni des serpents, même pas des garçons…

La vieille dame voit le cercle rouler dans les allées terreuses. Ce jour-là, il n’arrête pas de tomber, alors que d’habitude, elle est la plus forte à ce jeu-là. Elle garde un souvenir confus de sa rencontre avec le vieux monsieur. A-t-il remarqué ses larmes au passage ? Elle ne se souvient de rien. Ni de ce qu’il lui a dit pour engager la conversation, ni de ce qu’elle a répondu. Encore surprise d’avoir eu l’audace de répondre à un étranger. L’audace ou l’inconscience. On ne parle pas aux inconnus –elle le savait bien. C’était peut-être ses cheveux blancs ou ses yeux ridés… ou l’envie de ne pas obéir, pour une fois… Puisqu’elle était grande ! En plus, elle le connaissait. Tous les jours, elle le voyait s’asseoir sur le banc vert. A lire des livres pleins de pages sans image.

Elle ne l’a pas cru quand il lui a dit en chuchotant que sa poupée était partie. Oui. Mais qu’elle lui avait confié une lettre pour elle. Et qu’il voulait savoir si elle viendrait bien au parc demain pour qu’il la lui remette. Elle n’y a pas cru.

– Frida, elle ne sait pas écrire !

Les adultes, ça dirait n’importe quoi pour qu’un enfant s’arrête de pleurer. Même l’autoriser à tacher sa robe du dimanche avec de l’herbe indélébile.

***

Le lendemain, elle le guettait depuis le bac à sable. Il s’est installé sur le banc vert, sous le tilleul, a ouvert son livre épais, un bout de papier blanc en dépassait. La petite fille a fait rouler son cerceau sous l’œil distrait de sa bonne, feignant d’être entraînée au gré de la course du cercle. Arrivée près du vieux monsieur, elle lui a demandé :

– C’est ma lettre ?

– Bien le bonjour mademoiselle.

– Oh pardon, bonjour monsieur. C’est ma lettre ?

– Absolument. Mais je ne peux pas te la donner.

– Et pourquoi ?

Le vieil homme a regardé à droite, à gauche, il s’est penché vers la fillette en chuchotant.

– Parce qu’elle contient un grand secret et qu’il ne faut pas qu’on me voit te la donner. J’ai promis à ta Puppe.

– Vous avez promis ?

– J’ai même juré – craché !

– Ah ! Mais alors… comment on va faire ?

– Il nous faut réfléchir en effet. En attendant que nous trouvions un plan, reprends ton cerceau. Je vois ta bonne qui te cherche des yeux. Fais un tour et reviens.

– Vous restez là hein ? Vous ne partez pas ?

– Va.

Est-ce qu’elle pouvait le croire ? S’ils ne disent pas oui toute de suite, les adultes ils ne le font jamais. Elle a repris son cerceau et sa course. Jamais le bâton n’avait mené le rythme aussi rondement. Quand elle repassa devant lui, le vieil homme lui souffla de laisser tomber son mouchoir au prochain passage. Elle a eu bien du mal à finir son tour, le cou tordu pour voir ce qu’il faisait. Elle l’a vu ramasser le carré de tissu et y glisser la lettre pliée en quatre pour ne pas qu’elle dépasse. Malin ! Au tour suivant, il lui a tendu le tout.

– Vous avez perdu votre mouchoir Mademoiselle, a-t-il dit haut et fort. La lettre est cachée à l’intérieur, a-t-il ajouté tout bas. Va la lire et reviens me voir ensuite, je t’attends.

La vieille dame sort de son sac une feuille de papier à la trame presque visible à force d’être usée. Elle la déplie soigneusement entre ses doigts noueux.

« Mein Liebchen,

Je suis partie, il le fallait. Je ne pouvais pas te le dire, on aurait pu nous entendre.

Je confie ma lettre à ce vieux monsieur qui s’assied tous les jours sur le banc vert, que le ciel soit bleu ou gris, que le temps soit chaud ou frais. Cela me semble une preuve de sa constance et de sa fiabilité. J’espère qu’il justifiera cette confiance que je lui porte et qu’il te remettra mon message.

Je dois partir mein Schatz. J’en suis très triste et je pense que tu le seras aussi parce que nous nous aimons très fort. Ne le sois pas trop, ou alors pas trop longtemps. Nous ne pouvons pas nous le permettre. Nous avons toi et moi une mission à remplir. De la plus haute importance.

De grandes catastrophes s’annoncent. Le bonheur s’est enfui sous d’autres cieux et je pars à sa poursuite. Je ne peux pas t’emmener avec moi. Ce n’est pas à cause du danger. Après toutes nos aventures ensemble, je te sais courageuse et capable de surmonter l’inconfort et les épreuves.

Tu dois rester près de tes parents. Pendant que je poursuis le bonheur, tu dois rester ici. Peut-être que les rumeurs de son départ pour le Pôle Nord sont une fausse piste. Peut-être est-il simplement caché dans ta maison.

Ta mission à toi, c’est de guetter les signes de sa présence. Ce peut être dans un sourire, dans un geste, un mouvement… Sois prête, il peut être rapide et furtif. Tu crois le tenir et hop, il t’échappe comme une bulle de savon.

Oui, le bonheur est malin, mais tu l’es encore plus. Tu apprendras vite à reconnaître le bout de son nez. Tu pourras alors l’attraper suffisamment longtemps pour le serrer très fort et le retenir jusqu’à ce que je revienne.

Alors, tu auras rempli ta mission. En attendant ce jour, je t’embrasse très fort.

Bien à toi pour toujours,

Deine Frida »

La vieille dame relève la tête. Ses yeux n’y voient plus très clair mais les formes déliées sont gravées dans sa mémoire. Elle se revoit émerger du bosquet où elle s’était cachée pour décrypter le message. Du haut de ses huit ans, elle a eu un peu de mal. Bien sûr, elle n’a pas tout compris mais elle en a saisi la substance. Elle est revenue vers le vieux monsieur, la démarche fière et le pas assuré. Elle a grandi, dans sa tête elle a au moins dix ans.

– As-tu compris ta mission, jeune demoiselle ?

– Oui monsieur.

– Es-tu prête à l’accomplir ?

– Oui monsieur.

– Alors quittons-nous là. Pour des raisons de sécurité, nous ne devrons plus jamais nous parler. Bonne chance mademoiselle.

– Merci Monsieur. Je ferai tout pour me montrer digne de votre confiance. Est-ce que… est-ce que vous êtes Saint Nicolas ?

Le vieil homme a souri, il l’a saluée de son chapeau et s’est éloigné. Il n’est jamais revenu sur le banc vert. Peu après, elle-même a déménagé. La grande dépression est survenue un jeudi noir, emportant avec elle la grande maison, les bonnes et les robes du dimanche.

La vieille dame replie le papier jauni. Elle se lève et reprend sa canne. Il reste encore quelques traces de bonheur à saisir.

 

Traces de Noël

Je ne pouvais pas écrire un livre sur les générations sans évoquer la plus célèbre des fêtes de famille. En ce jour spécial, je vous offre cet extrait qui est un peu ma vision d’un Noël idéal.

Où que vous soyez dans le monde, je vous souhaite de savourer les vibrations de joie et de partage de Noël.

 Schlitten und Kerze im Schnee

 

Charlie, qui est enfant unique, vient de rencontrer la nombreuse famille de Lucas.

« – Tu as vraiment de la chance, Lucas. Je ne sais pas ce que ça donnait au quotidien, mais j’aurais tout donné, quand j’étais petite, pour vivre des fêtes de famille comme celle-là !

– Tu devrais revenir en fin d’année. Où que nous soyons dans le monde, nous nous retrouvons tous ici le 24 décembre au plus tard. On est à la limite de la Provence, tu sais. Les traditions autour de Noël sont prises très au sérieux : la crèche, la symphonie pastorale, la messe de minuit…

– Tu me racontes ?

Lucas stoppa devant la bergerie et fit asseoir Charlie sur les marches, à ses côtés.

– Le soir de Noël, après le repas et avant les treize desserts, on partait tous ensemble pour la messe de minuit. À pied, qu’il neige ou pas.

Sa voix et son regard devinrent rêveurs.

– À l’aller, nos parents nous tenaient fermement par la main, il n’était pas question d’arriver chiffonnés à l’église. Au retour, ils nous libéraient et on fonçait aussitôt au bout du champ des Taillis. Je t’emmènerai, tu verras. Il y a un petit gué et on jouait à sauter sur les galets glissants en essayant de ne pas se mouiller – ou presque pas. Certaines années, quand il avait gelé, on pouvait aussi glisser sur la glace, mais c’était moins drôle. J’aimais cette sensation particulière de tenir en équilibre sur le sommet de mon caillou comme si j’étais sur le toit du monde.

Charlie posa sa tête contre son épaule. Elle appréciait le son de sa voix, la douceur avec laquelle il déroulait ses souvenirs.

– Mais ce que je préférais encore plus, c’était le lendemain. Aux premières lueurs du jour, on se réveillait d’un bond et on courait pieds nus dans la grande salle. Là, sous le sapin, une montagne de cadeaux nous attendait. Il fallait voir la ruée alors pour aller chercher les adultes. Nos parents faisaient semblant de ronchonner et de traîner, ça nous semblait durer une éternité ! Enfin quand tout le monde était réuni, la distribution commençait. Je me rappelle encore le bruit des papiers déchirés et les embrassades mouillées qui sentaient le dentifrice et le caramel.

Charlie soupira. La scène semblait si réelle, si proche de ce qu’elle avait toujours souhaité dans son enfance. Pour elle, Noël n’était qu’une représentation mondaine de plus. Elle avait tellement demandé à rester avec Mona. Mais ce jour-là, la présence d’une petite fille enrubannée était indispensable à côté du sapin.

– Tu sais ce que je préférais encore plus ?

– Plus que les cadeaux ?

– Plus que les cadeaux, confirma-t-il. Ce sont les débats ensuite, quand toute la famille était réunie dans la cuisine. Pendant que les enfants s’éclataient avec leurs nouveaux jouets, les adultes réinventaient le monde. Petit, ce n’était qu’un bruit de fond. À l’adolescence, c’est devenu une leçon de choses. Dans notre famille, toutes les opinions sont représentées : traditionalistes, réformateurs… J’avais même une vieille tante anarchiste.

Lucas entendait encore les idées s’entrechoquer au son des cuillères. Il revoyait les mots s’envoler avec de grands gestes et revenir s’abattre sur la table épaisse, ponctués d’un poing massif. Le jour où ils lui avaient demandé son avis, leurs regards attendant sa réponse, il avait compris que lui aussi pouvait jouer un rôle. Là, dans cette pièce aux carreaux bleus et blancs, bastion inviolable de son enfance…

– C’est là, je crois, que s’est décidé mon engagement en politique.

– Tu en parles avec tellement d’enthousiasme. Tu vas reprendre ta carrière de diplomate ?

– Non ! … En tout cas, pas comme avant, pas de la même façon. Je préfèrerais une activité plus militante. Tu savais que l’Abbé Pierre est né à Grenoble, pas très loin d’ici ?

Les doigts de Lucas se crispèrent. Il resta un moment sans parler. Charlie entendait sa respiration saccadée. Elle attendit.

– Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être entré en politique comme dans n’importe quelle carrière. J’aurais vendu des smartphones, c’était pareil.

– Tu es dur avec toi.

– Non, juste lucide. Je crois qu’à Sciences Po, j’ai perdu peu à peu contact avec mon engagement. Giono parlait d’une « transformation qui s’opérait si lentement qu’elle entrait dans l’habitude sans provoquer d’étonnement ».

Lucas offrit un sourire désabusé à Charlie avant de se perdre à nouveau dans la contemplation du ciel opaque.

– Quand je reviens ici, je me demande comment j’ai pu oublier mes racines, laisser se perdre mon essentiel. Quelle arrogance, croire qu’on peut sauver le monde en buvant des coupes de champagne dans les soirées mondaines !

Charlie lui recouvrit la main.

– Tu as toute la vie devant toi pour agir différemment.

– Sauf qu’aujourd’hui, je ne sais pas si j’en suis capable. Quand j’ai été nommé en Afghanistan… murmura-t-il avant de refermer la bouche.

– Tu veux m’en parler ? proposa Charlie dans un souffle.

Lucas refusa de la tête et sourit pour s’excuser. »

© Editions de la Rémanence

Pluies d’animaux

Chaque chapitre de Sans traces apparentes est consacré à l’un des membres de la lignée. Dans le premier, on découvre l’existence d’Éloïse, le second est consacré à Paul et Adèle, etc… Lors des premières versions, un rêve ponctuait chacun de ces chapitres.

Ces micro-textes ne servaient à rien, ils ne faisaient pas avancer l’histoire et n’apportaient pas d’informations nouvelles. Il s’agissait de parenthèses où les mots tourbillonnaient sans règles ni grammaire. Des moments plaisir à écrire et à lire.

Le rêve de Simone fait partie des paragraphes qui ont été supprimés des versions finales.


« Simone se frayait un chemin dans la forêt. Les branches crochues accrochaient ses cheveux ; les broussailles s’agrippaient à ses chevilles ; les épines griffaient sa peau de mille entailles.

Quand elle arriva devant le ruisseau, le chignon défait et le corps lacéré, le pont centenaire gisait, éventré. Les planches brisées entrecroisaient leurs équilles pointues, interdisant tout passage. Ne restait pour traverser que les pierres à la surface polie, brillantes et glissantes.

Au-dessus du champ en jachère, le ciel s’obscurcissait. Des nuages noirs accoururent, suants et soufflants, obèses sur le point d’éclater.
Dégorger ou crever.

Des plumes voletaient dans l’air. Il se mit à pleuvoir des carcasses de moineaux délicats, tripes de mésanges et rouges-gorges ensanglantés. Quelques corneilles formaient des tâches plus lourdes, plus noires.
Par trois, ça porte malheur, paraît-il.

Des cuisses de grenouilles vinrent à bondir, s’écrasant en flaques chlorophylles sur le duvet osseux qui recouvrait la terre. Quand il tomba des bourrasques d’écureuils morts, implorant le ciel de leurs membres raidis, Simone fit demi-tour.

De l’autre côté du pont, Madelaine observait sa volte-face en pleurant. »

Complètement farfelu n’est-ce pas ?

Landes2

Quand la fiction rejoint la réalité…

Or je viens d’apprendre que ce phénomène d’animaux pleuvant du ciel existe vraiment.

En janvier 1917, un biologiste Waldo McAtee a établi une liste des « averses de matières organiques ». Pluies de larves de salamandres dans le Minnesota, déluge de poissons au Royaume-Uni, abat de grenouilles en Serbie et de têtards au Japon…

Une théorie scientifique soupçonne certaines tornades marines qui aspireraient la vie aquatique d’un plan d’eau. Les poissons ou les batraciens seraient alors happés par le vortex et libérés au moment où la tornade retombe.

Hypothèse non vérifiée qui ouvre le champ des possibles et laisse l’horizon libre à toutes les imaginations…

Je me souviens…

Tous les ans en octobre, c’est le « Lire en poche » de Gradignan.

Je me souviens l’année dernière, il faisait beau à se promener sur les pelouses du parc de Mandavit.

Je me souviens de ma rencontre avec Hélène Grémillon, de sa générosité lorsqu’elle nous racontait la genèse du Confident, les horreurs auxquelles les femmes se soumettaient pour avoir un enfant.

Je me souviens de cette table ronde sur la mise en tension dans les thrillers. Et de Henri Loevenbruck nous interpellant : « Mais pourquoi êtes-vous ici enfermés au lieu de profiter du beau temps ? ». A l’époque je n’avais pas osé lui répondre : « L’auteur du Rasoir d’Ockham devrait le savoir ». Il n’y a qu’une réponse possible, Messieurs et Mesdames les auteurs, la plus simple : Pour écouter vos témoignages, nous nourrir de votre expérience, écouter des passionnés parler d’écriture et d’édition… ».

Je me souviens de ces beaux moments…

Et aujourd’hui, c’est mon tour !

J’ai été invitée au Salon du livre de Saint Estèphe, dimanche 11 octobre 2015.StEstephe

Pour la première fois, je vais assister à un salon en tant qu’auteur et partager cette expérience avec d’autres auteurs.

Pour la première fois, je vais rencontrer des lecteurs, des personnes en chair et en os qui aiment se perdre dans les livres.

Pour la première fois, je vais présenter Sans traces apparentes, en parler, raconter l’histoire en live.

Pour la première fois

Vivement le 11 octobre !

Venez nombreux, il y aura des bons livres et du bon vin…