L… comme Légitimité

— Tu écris ? Ah oui, et tu es publié ?

Admiratif ou condescendant, il n’y a pas de demi-mesure dans le regard des autres lorsque l’on ose avouer que l’on écrit. Le sentiment de ne pas être légitime, nous le ressentons souvent.

Les mots sont un matériau bien ordinaire que nous sommes nombreux à utiliser au quotidien. C’est l’édition qui donne ses lettres de noblesse à un texte et qui légitime les « prétentions » littéraire de son auteur.

Ne pas être publié alimente le sentiment de ne pas être légitime à écrire. Ce qui est complètement absurde, vu qu’il faut avoir écrit pour être publié…

Pour se protéger de ces regards, ceux des autres et les siens, nous pouvons avoir la tentation de nous réfugier derrière l’idée d’écrire uniquement pour nous. Ce mécanisme de défense tient rarement longtemps, car, à l’instar de cet appétit qui vient en mangeant, le désir d’édition vient en écrivant.

Or, personne n’écrit seulement pour soi. On écrit parce qu’on a quelque chose à dire à quelqu’un, au monde, à sa mère, son père, ses voisins…

Comment surmonter ce sentiment de ne pas être légitime à écrire parce qu’on n’est pas (encore) publié ?

La réponse est simple : écrire le meilleur livre possible en mettant de côté la question de l’édition. Ne vous inquiétez pas, vous la retrouverez dès que vous aurez bouclé votre manuscrit. Et vous étudierez à ce moment-là les multiples solutions qui s’offrent aux auteurs d’aujourd’hui dans le monde de l’édition : édition traditionnelle à compte d’éditeur (attention jamais en édition à compte d’auteur, c’est l’arnaque), autoédition (les plateformes sont nombreuses : Amazon, Fnac, Librinova et bien d’autres), publication dans les médias (sur un blog, une page Facebook, un forum d’auteurs…)…

Quelle que soit la solution que vous choisissez, l’important est de commencer à confronter vos écrits (aboutis je vous le rappelle) à des regards extérieurs qui ne seront ni aimants ni complaisants, et de recueillir ainsi des réactions constructives qui alimenterons votre sentiment de légitimité.

Et puis… on peut rêver de se faire remarquer. C’est arrivé près de chez nous.

Comment surmonter ce sentiment de ne pas être légitime tout court ?

Au-delà de la publication, ne pas se sentir légitime est alimenté par toutes ces croyances limitantesqui nous ont façonnés, âge après âge, pour nous exhorter à grandir en étant raisonnables : passer le bac d’abord, puis avoir un métier, puis assumer ses responsabilités, sa famille… des projets sérieux quoi !

Toutes ces injonctions, qui émanent souvent de ceux qui nous aiment le plus, ont instillé en nous des peurs profondes : la peur d’échouer ou au contraire la peur de réussir, la peur de ne pas être à la hauteur… En réalité, toutes ces peurs peuvent se résumer en une seule : la peur de l’inconnu.

Devant la peur, on dit généralement qu’il y a 3 réactions possibles. Imaginez un gros doberman qui se dresse devant vous, babines retroussées sur ses crocs…

Option 1 : l’immobilisme, surtout ne pas bouger.

Option 2 : la fuite, très vite, très loin et on ne se retourne pas.

Option 3 : l’agressivité. Contre un doberman, je ne vous le conseille pas.

En revanche, devant une page blanche, pourquoi se laisser envahir par la peur ? Quelle est cette peur en vous qui vous empêche de vivre pleinement votre écriture ?

Pour ma part, j’ai remarqué que mon doberman intérieur (il s’appelle Max) surgit souvent entre mon clavier et moi quand j’arrive à un point décisif de mon histoire. Mes peurs reviennent alors sous forme de doutes, de non-légitimité +++ Non mais tu te prends pour qui, pour une écrivaine ???

Mais j’ai une recette magique pour calmer Max : une petite fiche que j’ai rédigée avant de m’engager dans l’écriture de mon roman. Une simple feuille de papier divisée en 4 zones :

  • Le pitch de l’histoire en 3 phrases maxi (comprenant le début et la fin)
  • Le message que je veux exprimer au monde au travers de ce roman
  • L’importance pour moi de le partager
  • Et enfin une question : Qu’est-ce qui se passerait si je n’y arrivais pas ? La réponse est souvent surprenante.

Revisiter ses intentions de départ quand mes peurs reprennent le dessus me permet de renforcer ma motivation et de surmonter l’obstacle.

Un dernier mot quand même sur ces peurs qui ne sont pas toujours nos ennemies.

Parfois, la peur peut être un signal d’alerte. Lorsque l’on prend le temps de l’accueillir, de l’explorer, elle peut faire émerger une voix enfouie, votre instinct qui vous dit que vous vous dirigez vers une route qui ne vous convient pas.

Cela peut vous étonner, mais aujourd’hui, quand mes doutes me visitent, je les laisse tournoyer autour de moi, ils finissent toujours par se poser. Je peux alors les explorer tranquillement et, grâce à eux, je sors souvent de ma zone de confort et du risque d’écrire « facile »…

  Psittt : Si cette peur bloque parfois votre écriture pendant plusieurs jours, cela peut activer vos mécanismes de culpabilisation (si vous êtes dans ce cas, allez vite voir la lettre « C »).