Nouvelles & Textes courts

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« La nouvelle est quelque chose qui peut se lire en une heure et se souvenir une vie entière » Stephen Vincent Benet

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  • Fenêtre sur la lande
    1er prix au concours de nouvelles de St Pierre du Mont
    2ème prix au concours de nouvelles de Mably 

Enfant, je vivais dans un village planté sur une lande brumeuse, cerné par les arbres et l’ennui. Un panneau indiquait « Toutes directions » mais il n’y avait en réalité qu’une seule route. Une voie à sens unique qui interdisait de faire demi-tour. Une fois engagé, vous étiez obligé d’aller jusqu’à la sortie du bourg. C’est là que j’habitais, dans la grande bâtisse posée au croisement. Le seul endroit où il devenait possible de ne pas continuer son chemin, de revenir en arrière. J’y ai vécu une enfance tranquille, à l’écart du monde. Mon père était docteur, il guérissait les habitants du canton pendant que ma mère les réconfortait et entretenait notre foyer…

Le banc est là sous le tilleul, sentinelle fidèle à l’écart du bac à sable. La peinture verte est écaillée. Pâlie par les intempéries sans doute. Ou par le temps, le temps qui périt. Hedwige s’en approche à petits coups de canne et s’assied avec précaution.

Les armées dévastaient les récoltes. Les hommes mobilisés combattaient l’ennemi sur le champ d’honneur pendant que les femmes et les enfants luttaient pour ensemencer ceux que la guerre leur avait laissés.

Au milieu de la prairie, Salvio regardait la roulotte plantée dans la clairière. La mousse avait recouvert peu à peu les roues, la peinture s’était estompée et avec elle, l’accroche publicitaire jadis si flamboyante : « Le monde magique de Federico ». Il était le treizième de sa fratrie, le dernier encore en vie et il ne donnait pas cher de sa peau. À quoi servait un lapin quand le chapeau du magicien s’était envolé ?

Certaines nuits, je prends plaisir à garder les yeux ouverts, à savourer la plénitude dans des draps frais, en sécurité dans mon lit. Un non-mouvement où la créativité bouillonne. Un entre-deux où tout est possible. D’autres nuits en revanche…

Jacques était sorti sur la terrasse, à la recherche d’un souffle d’air frais. Depuis lundi, un vent sec et brûlant, échappé d’un désert africain lointain, étouffait les journées. Ses Pyrénées natales méritaient plus que jamais leur surnom d’Orientales.

La canicule s’était télescopée avec la « semaine des petits-enfants ». Mais Jacques n’aurait pas renoncé à ce rendez-vous. Avec son épouse Mona, ils accueillaient leurs petits-enfants une semaine par an –la même pour tous. Ils réunissaient ces cousins éparpillés aux quatre coins de ce monde qui peinait à tourner rond. Cette année, pas de petit nouveau. Ils étaient toujours huit. Dopés à l’énergie, aux rires, aux pleurs. Emotions en haute définition.

En tant que femme de l’entraîneur, titre purement honorifique, ma présence était parfois requise sur le terrain…