Les trois poupées

Suite à l’article de la semaine dernière, le lien qui amenait vers les textes écrits lors de l’atelier de Karim Miské s’est révélé peu fiable.

Pour ceux qui n’ont pas eu accès au texte, le voici en intégralité.

Bonne semaine à tous 🙂

Les trois poupées

Comme tous les ans, le quartier avait été envahi par un déballage de vieilleries. Je n’ai jamais compris comment ces trucs cabossés et puant le mal-lavé pouvaient intéresser autant de monde. Moi, je serais plutôt du genre à payer pour qu’on me débarrasse de ces saletés.

J’étais pressé. En retard comme tous les samedis, marre de me lever quand les autres pouvaient rester au lit… Je me frayais un chemin à travers les cartons et les dos penchés quand j’ai entendu une voix qui disait :

– Tu vas vraiment vendre tes trois poupées ?

Mes yeux se sont rivés sur le panier. Un vieux panier en osier tressé, avec une anse noircie d’avoir été portée par trop de mains. Rien d’extraordinaire, juste un vieux panier contenant trois poupées. Deux blondes dont l’une avec la bouche ouverte, ce qui lui gonflait les joues et une plus petite, toute rouquine. Nues, le ventre gonflé de l’enfance.

Ces poupées, je les connaissais. Vous pouvez me dire que je me trompais, que ce n’était que des poupées banales, comme il s’en vend des milliers à Noël. Mais je savais au fond de moi, que c’était elles. Les trois poupées.

C’était leur surnom. Les trois poupées. Jolies et lumineuses, elles semaient la joie comme d’autres éteignent les bougies. Il y avait les deux blondes, celle qui bavardait avec sa bouche et celle qui parlait avec ses yeux, et puis la petite rouquine qui semblait toujours sur le point d’éclater de rire. Elles n’étaient pas sœurs ; elles étaient juste nées le même jour au même endroit, presque à la même heure. Dans un petit village comme le nôtre, elles sont rapidement devenues jumelles de cœur. Là on l’on voyait l’une, on voyait les autres. Inséparables.

Dès leur naissance, les trois familles avaient décidé de se rassembler pour qu’elles puissent fêter ensemble leur anniversaire. C’est l’année des 10 ans qu’elles ont reçu leurs poupées. Je crois bien que c’est la grand-mère qui avait eu l’idée. Offrir à chacune une poupée qui leur ressemblait. Ce qui donnait une poupée blonde avec la bouche ouverte, une autre blonde avec des yeux peints qui ne se fermaient pas et une troisième, rousse avec l’air malicieux.

Les trois fillettes ont aussitôt vidé un vieux panier pour y coucher leurs trois poupées. Elles avaient décidé que rien ne les séparerait. Elles resteraient ensemble, il n’y aurait qu’à changer de maison et de maman chaque semaine.

Jusqu’au jour où la première poupée disparut. La blonde aux grands yeux. Le village la chercha pendant des heures, les gendarmes, les chiens, les hommes… Pendant ce temps, dans les maisons, les femmes veillaient sur leurs petits, retenant leur souffle et masquant leur soulagement d’avoir été épargnées.

On la retrouva complètement désarticulée dans le bas d’une coulée, nue, le ventre souillé de terre molle et grasse. Je ne sais pas ce qu’on a dit aux deux autres mais depuis lors, la blonde ne parla plus et la rousse garda son rire fermé. On ne voyait plus que leur ombre. Elles s’accrochaient l’une à l’autre et disparaissaient de longues heures dès qu’elles le pouvaient.

Quand la rousse revint seule, un soir, les collants déchirés, le visage couvert de boue, chacun sut qu’un nouveau drame était arrivé. On la retrouva vite, celle-là, près de la voie ferrée. Aussi nue que la première, le ventre en travers des rails.

La peur se larva au cœur du village, les vieilles ne cessaient de chuchoter, les vieux se taisaient en levant leur verre. À l’enterrement, il y avait plus de sourcils froncés que de larmes.

Les parents de la rousse ont quitté le village pendant la mise en terre, sans avertir personne.

Et voilà que je tombais sur ces trois poupées dans leur vieux panier. J’ai levé les yeux. Une jolie femme qui s’approchait de la quarantaine, toute menue avec la peau claire parsemée de taches de rousseur regardait les poupées d’un air hésitant. D’une voix douce, elle répondit :

– Oui, je… j’ai passé l’âge de m’y accrocher. Il est temps que je tourne la page, non ?

J’avais retrouvé la troisième poupée. Ici, aux buttes Chaumont, à 500 km de notre village… Qui sait depuis combien de temps nous habitions l’un à côté de l’autre, sans nous en douter.

Ce n’était pas un hasard, ce connard n’existe pas. C’était un signe. Je ne suis pas allé au boulot ce matin-là. Je suis resté là et j’ai attendu.

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Écrire en atelier

Écrire est une activité solitaire, le mythe de l’auteur-Bernard car ermite n’est pas sans fondement. Et si nos idées proviennent bien de notre source intérieure, nous tournerions vite au narcissisme si nous ne nourrissions pas de l’extérieur. D’un regard croisé, un mot attrapé au vol sur la terrasse d’un café, une musique au vent…

Et puis, il y a les ateliers d’écriture !

Si décriés en France, pays du mythe du génie créatif (on en a déjà parlé de celui-là mais il revient sans cesse… !). Décriés même par des auteurs comme Leïla Slimani qui a pourtant suivi l’atelier Gallimard… Je ne reviendrai pas sur ses propos de savoir si on peut devenir auteur en participant à un atelier ou non, ce sera pour une prochaine fois.

Aujourd’hui, je voudrais simplement vous parler du plaisir qu’il y a d’écrire en groupe, de partager des textes, de confronter des univers… de s’enrichir les uns les autres.

Cette année, je me suis inscrite à l’atelier Les Mots pour un cycle animé par Karim Miské « Le monde est un polar ». Atelier qui promettait de s’inspirer : « Des jeux vidéos au darknet en passant par youtube et l’ensemble des réseaux sociaux. D’un statut facebook, on peut faire une histoire. Derrière une story sur snapchat se cache le plus terrible des assassinats. La culture hip-hop aussi sera une grande source d’inspiration. Comment écrire la ville contemporaine sans avoir recours au rap, aux grafs ou aux danses de rue ? Si l’on sait écouter, deux lignes de Booba ou de PNL contiennent la matrice d’un polar hardcore et mélancolique. »

Bref ! Un univers contemporain théoriquement mais en réalité très éloigné de mon petit monde. Comment j’aurais pu résister plus longtemps ?

Pour la première séance, Karim ne nous a pas trop bousculés. Il nous a laissés nous habituer à l’idée que nous allions devoir tuer quelqu’un à un moment ou un autre. Dans cette première séance donc, nous sommes partis d’une photo avec comme consigne, d’écrire un meurtre.

Comment vous dire que tous les textes étaient très différents les uns des autres, avec chacun leur univers et leur mécanique propre… mais que nous étions nombreux à ne pas être passés à l’acte ce soir-là. Car vraiment, ce n’est pas si facile de tuer, même entre les lignes.

Pour lire deux des textes issus de cette séquence en atelier (dont le mien) cliquez ici !

La désobéissance des pouces

J’avais dit pouce cet été pour faire un break mais aussi pour consacrer plus de temps à l’écriture.

Et voici le résultat, il vient d’arriver.

Un beau bébé de 140 pages. La couverture, que j’adore, a été dessinée par Cécile Brunet, mon amie et complice dans de nombreux projets, mais ceci est une autre histoire…

Allez, je vous fait le pitch ?

« Naître suspendu à un cordon ombilical dont il faut être délivré pour pouvoir respirer, voilà une bien étrange façon d’arriver dans un monde soi-disant libre.

Carmadoc, Sophir, Mira, Anthony, Kham, Théo…

Au travers de sept récits courts comme la vie, ce recueil raconte l’histoire de femmes et d’hommes qui, chacun à leur manière, ont bravé les règles imposées pour suivre leur voie. Quel que soit le prix à payer… »

Pourquoi la symbolique du pouce ? Après la station debout, c’est le pouce qui nous a donné la capacité de saisir ce dont nous avions besoin. Or, qu’y a-t-il de plus précieux que de prendre en mains notre vie ?

Le pouvoir d’agir

Dans ce recueil, j’ai exploré la notion de liberté dans le sens de « pouvoir agir » et son évolution à travers le temps. Depuis l’an zéro jusqu’à… bien après nous.

Ce qui m’a intéressée, en tant qu’auteur, ce n’est pas seulement d’observer si nos latitudes s’étaient agrandies, une cage reste une cage, quelle que soit sa taille. Non ce qui m’a intéressée plus particulièrement, c’est de voir si les sanctions à dévier des routes préétablies s’étaient estompées sous l’effet de ce que l’on appelle, la civilisation.

Des histoires d’aventure et d’amour

Ces notions de liberté et de pouvoir d’agir n’ont pas donné naissance à un recueil d’essais. Je n’ai aucune prétention philosophique. Mais elles m’ont inspirée des histoires où les personnages passent à l’action et prennent leurs libertés en mains. Aventures, romances… Certaines histoires sont des nouvelles, d’autres sont des mini-romans. Toutes ont un point commun : vous proposer des lectures d’évasion !

Le recueil est disponible en version brochée et dédicacée, en me contactant en message privé OU en version numérique sur Amazon.

Bonne lecture 🙂

 

 

PS : Si vous avez aimé le recueil, n’hésitez pas à laisser un commentaire sur Amazon, Babelio, où vous voulez… Merci d’avance 

La Bibliothèque, la nuit

Mon coup de coeur de l’été !

Une exposition-installation en réalité virtuelle, un spectacle-immobile… Voilà le cadeau qu’Alberto Manguel, auteur du livre éponyme de l’exposition, nous a fait à la BnF cet été.

Nous sommes d’abord accueillis par ces quelques mots, magnifiques :

« Une bibliothèque n’est pas seulement un endroit où règlent l’ordre et le chaos ; c’est aussi le royaume du hasard. Même après qu’on leur a attribué une étagère et un numéro, les livres conservent une mobilité bien à eux. Laissés à eux-mêmes, ils se rassemblent en formation inattendue ; ils observent des règles secrètes de similarité, de généalogies non attestées, de communautés ou de thèmes […] Les histoires que renferment les livres se massent autour de ce que Henry James appelait une « intention générale » qui, souvent échappe au lecteur : « le fil sur lequel sont enfilées les perles, le trésor enfoui, le motif dans le tapis« .

J’adore cette idée de tectonique des livres, de rébellion organisée qui échappe au grand organisateur pour laisser s’exprimer l’essence intérieure…

Bref, j’ai adoré cette entrée en matière mais ce n’est rien à côté du voyage merveilleux dans lequel l’exposition nous a plongés. Et pour une fois, j’avoue être à court de mots pour vous raconter cette expérience magique. Ou alors il me faudrait plus d’espace qu’un billet de blog.

Pour vivre une petit part de cette exposition, cliquez ici.

Merci à l’auteur de cette vidéo et Bon voyage 🙂

 

 

La saison des Late Bloomers

« Trouver sa voie, il n’est jamais trop tard »

Ce titre est celui de l’article écrit par Camille Perlès dans le PRIMA d’octobre (p58) où elle dresse le portrait des Late Bloomers. Avec beaucoup de sensibilité, la journaliste met en lumière les personnes qui prennent le temps avant de choisir leur voie.

Si je vous parle de cet article c’est que le sujet m’intéresse bien sûr (cf. mon billet précédent) mais aussi parce qu’il retrace, parmi d’autres, le parcours de Sans traces apparentes, premier roman publié après 50 ans.

En plus des témoignages, l’article s’appuie aussi sur le livre de Catherine Taret « Il n’est jamais trop tard pour éclore » qui donne trois conseils précieux pour trouver sa voie :

  1. Avoir confiance en la vie
  2. Garder à l’esprit que nous avons toujours prise sur nous
  3. Se souvenir que c’est notre propre lumière et non notre obscurité qui nous effraie le plus (d’après Nelson Mandela que j’adoooore).

Cela peut paraître simple à dire et difficile à faire, mais l’auteure témoigne  avec un enthousiasme pragmatique qui donne envie, au moins, d’essayer.

Pour en savoir plus, je vous invite à lire
l’article de Camille Perlès.


Un bel article et une belle rencontre, merci Camille 🙂

Allez, je vous laisse, car si je suis une late bloomer, depuis la rentrée je suis surtout une busy bloomer.

Amitiés 🙂

Du danger d’attendre les vacances pour écrire…

Hello tout le monde ! Les mois d’été se terminent et nous reprenons tous, plus ou moins vite, le chemin de notre quotidien.

Puisque je ne partais pas en voyage cette année, je m’étais prévu des vacances farniente pour me reposer, m’amuser et écrire. Et je m’étais fait un super programme : en profiter et écrire un roman de 200 pages en trois semaines…

 

Qu’est-ce qui s’est passé ?

Je n’en sais rien. Le temps a filé incognito, sans laisser d’adresse.

Pourtant j’y croyais et mon roman aussi…

Et voilà… Résultat, j’ai à peine réussi à écrire la quatrième de couv de mon recueil de nouvelles !

Mais finalement, ce n’est pas très important. Car l’écriture fait partie de ma vie au quotidien alors quelque part il n’était pas absurde qu’elle se repose elle aussi de son côté pour revenir en septembre en pleine forme.

Allez, je vous laisse.

J’ai un programme de rentrée à écrire,
À bientôt 😉

 

 

 

 

Changement de cap

2 mois déjà que je n’ai posté aucun billet, que je vous lis dès que je peux, mais peu…

Que s’est-il passé ? Un tourbillon, une tornade, un raz-de-marée, un tsunami… ?

Presque.

Une opportunité professionnelle, une tempête intérieure (partir à 2 heures de l’homme de ma vie, ma famille, mes amis), une décision à prendre… et me revoilà en route pour Paris.

Cette fois, c’est une mission de deux ans qui m’attend pendant lesquels je vais reprendre ma casquette d’ingénieure en formation pour adultes.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille et celle des auteurs non plus ! À force de se prendre pour Dieu, grand manipulateur de ses personnages… C’est un juste retour des choses, non ?

Le temps de poser mes valises et je vous retrouve à la rentrée.

Très bonne vacances à tous 🙂

Fleurs passées

Petit texte à l’attention de toutes les mamans, même si les enfants ont quitté le nid pour s’envoler dans le vaste monde. Oui, je sais, c’est un cliché, mais c’est aussi une réalité. Mes enfants sont partis il y a presque dix ans, ce sont aujourd’hui des adultes qui ont construit leur vie. Ce sont surtout de belles personnes.

Alors peut-être que ce texte, finalement, c’est à leur attention…

Fleurs passées

– Vous verrez Madame, en quelques jours, vous aurez retrouvé une peau toute douce et plus ferme.

J’ai remercié la démonstratrice anguleuse et souriante. Sa recette semblait si simple. Fabriquer moi-même ma crème rajeunissante ? Après la batterie de lotions toutes plus coûteuses et décevantes les unes que les autres que j’achetais en parfumerie depuis des années, pourquoi pas ?

Le lendemain après la douche, j’ai prélevé dans le pot une noix de cette crème blanche, miraculeuse et bon marché. Sous mes doigts, la texture était épaisse, sans être grasse. Plutôt agréable. Il fallait ensuite y incorporer l’essence de geranium rosa.

Je pestais en tentant de déboucher le flacon récalcitrant avec les doigts enduits d’une substance qui glisse sur les surfaces… Pourquoi je n’anticipe jamais ?

La première goutte de l’essence s’écrase sur le dôme de crème. Deux autres se précipitent à sa suite. Une odeur de fleurs se répand dans la salle de bains et dans mes veines. Elle me touche, elle me pénètre. Je la sens dans mon ventre, au creux de mes tripes, juste derrière le nombril. Elle vibre, elle bat, elle pulse. Ivresse florale.

Avec bonheur, j’ai mélangé la masse laiteuse et appliqué sur ma peau ce baume nourricier. Depuis les mollets jusqu’au haut des cuisses, alternant mouvements arrondis et longues remontées. Puis le ventre et les hanches, massages appuyés, dans un désir que la crème pénètre à l’intérieur. Dernière touche sur les fesses. Mon corps tout entier respire en mode fleurs.

Totalement dopée par cette senteur d’été, j’ai pris le tram et le bain de foule, celui des heures de pointe ensommeillées. J’ai couru d’un dossier à un autre, mangé au self. Au menu : poisson sciure et haricots coloriés en vert. Avec un zeste de regret pour ne pas avoir apporté mon repas, j’ai mangé sans appétit ce plat inodore et sans saveur. Au retour, nouveau plongeon dans le tram et la sueur du soir.

Toute la journée, le parfum du geranium rosa m’a accompagnée. Filament filigrane indéfinissable.

De retour à la maison, j’ai retrouvé mon univers. J’ai déposé mes courses sur la table de la cuisine et allumé le téléviseur du salon pour écouter la radio. En chantonnant, je me suis lancé dans la pluche de carottes et la découpe de courgettes. À bas les menus-cartons de la cantine. Ce soir, wok de légumes à la sauce saté.

J’aime ma petite échoppe, je m’y sens bien. Après le départ des enfants, nous l’avons redécorée dans des tons plus modernes, ajoutant aux pans de pierre des murs fuchsia et gris, avec un soupçon de taupe.

J’ai levé les yeux sur cette belle pièce où nous nous retrouvons tous pour passer de bons moments. Si belle, si propre… C’est là que l’odeur du geranium rosa a enflé, ramenant dans son sillage le souvenir de la crème pour bébé.

Le temps a explosé. Sous mes yeux à nouveau, le capharnaüm des jouets mis en scène sur le tapis. Dans mes oreilles les éclats de rire, les gros sanglots et dans l’air flottaient à nouveau les arômes pâtissiers et les effluves de mercurochrome…

– Tu as fait tes devoirs ?

– Moi aussi je t’aime mon poussin.

– Nemo ! Sors de là, va aboyer ailleurs. Les enfants, arrêtez de courir comme ça.

– Bravo ma puce, bien joué.

– Mange ton assiette… Mais non, pas la vaisselle, ton chou-fleur !

– Il était une fois, dans un pays merveilleux…

C’était hier. Si loin déjà…

Aujourd’hui les enfants sont partis et le chien est mort. Il n’y a plus un bruit et les contes de fées s’empoussièrent sur l’étagère.

Il n’y a plus que nous deux. Amoureux vieillissants à qui on a rendu les clés d’un temps qu’il faut réapprendre. Un chapitre clos, un autre à ouvrir. Laissez-moi juste une minute, un dernier sanglot. Je me mouche et j’arrive.

Autopsie d’un stage POLAR

Vous mouriez d’envie de savoir ce qui s’est passé lors de ce stage POLAR ? Allez j’avoue, c’était une tuerie. Et je vous dis tout.

Ce tout a commencé par une question très simple.

POLAR, Thriller… Quelle différence ?

Au-delà des définitions conceptuelles, j’ai aimé la distinction que fait Nadia Bourgeois : le polar est une enquête criminelle menée par un enquêteur officiel alors que dans le thriller, un citoyen lambda (vous, moi, mais plutôt vous je préfère), un citoyen ordinaire donc, attire l’attention d’un criminel contre lequel il devra lutter, seul, pour s’extirper de ses griffes maléfiques.

La mécanique du POLAR

Si j’ai abandonné dans un vieux tiroir mes brouillons de polar ou de thriller, c’est que j’ai un gros problème avec la mort et la torture. Je devrais demander à Jean-Christophe Grangé ou à Franck Thilliez comment ils font pour écrire ces scènes avec tant de précision.

Quand j’écris, je me mets dans la peau des personnages, je vis leurs émotions. Or, m’incarner en psychopathe qui prend plaisir à tuer ou en victime qui subit des tortures, c’est plus fort que moi, je n’y arrivais pas…

Je craignais ce blocage mais lors du stage, nous nous sommes surtout intéressés à la mécanique du POLAR : le trio infernal ENQUÊTEUR-CRIMINEL-VICTIME(S), l’enquête, les fausses pistes, les suspects, les mobiles, les témoignages, les mensonges, le faux coupable, le vrai coupable…

La mécanique du POLAR est bien connue par tous les amateurs du genre. Pourtant, ce serait trop simple s’il suffisait d’assembler tous ces ingrédients pour écrire un polar efficace. EFFICACE ! Voilà le maître mot.

Qu’est-ce qui fait la différence entre un polar qui nous tient en haleine et celui qui est cousu de fil blanc ?

Damned… Je dévoile tout trop vite et la réponse est dans la question bien sûr ! Bâtir une histoire noire avec du fil blanc est aussi visible qu’un feu d’artifice dans la nuit.

L’art du POLAR

L’art de l’auteur de polar réside en grande partie dans sa capacité à camoufler le fil de son intrigue au milieu d’un écheveau fluorescent qu’il agite sous le nez du lecteur pour l’entraîner dans la mauvaise direction, c’est-à-dire loin du vrai coupable.

L’art du lecteur de polar est de tirer le bon fil, celui qui relie au coupable.

Entre l’auteur et le lecteur, le contrat est tacite mais réel : désorienter oui, mais ne rien dissimuler de majeur, ce qui empêcherait de démasquer le coupable avant la fin. Ce serait considéré comme une tricherie qui enverrait directement le polar dans un trou sombre au fond du jardin.

C’est là le grand intérêt que j’ai trouvé dans l’écriture du polar : cette connivence avec le lecteur sur l’information à lui donner, sur la meilleure façon de faire monter le suspense, de dévoiler peu à peu le mystère pour qu’il s’exclame à la fin « Mais c’est bien sûr ! ».

Pour moi, un bon POLAR est un puzzle où s’affrontent les noirceurs de l’âme humaine dans un duel qui monte crescendo, où rien n’arrive par hasard ni par la magie des nouvelles technologies.

Portrait robot d’un auteur de polar

La première noirceur humaine avec laquelle l’auteur de polar joue, c’est avec la sienne. Plus machiavélique que l’assassin et l’enquêteur réunis, il tue de manière préméditée, prend plaisir à manipuler les autres, à mentir, à transgresser les lois et la morale… Ce qu’il ne fait pas dans la vraie vie, bien sûr.

Écrire, c’est avoir le droit de vie ou de mort sur ses personnages. Écrire un polar, c’est avoir le devoir de décider qui vit et qui meurt.

Et j’avoue, c’est franchement jubilatoire de jouer les Parques, sang froid et cœur noir, comme j’ai pu l’expérimenter ce week-end.

Le stage POLAR, une tuerie !

Participer à un stage d’écriture, c’est s’extraire de son quotidien, s’accorder du temps pour soi, pour écrire. C’est partager avec d’autres cette passion somme toute solitaire qu’est l’écriture. D’autres qui comprennent ce que vous vivez. Un stage d’écriture, c’est aussi l’occasion d’apprendre de nouvelles techniques pour mieux écrire, de découvrir d’autres horizons.

Vous l’aurez compris, je suis fan des stages d’écriture et je participe dès que je peux. Celui-là est l’un des meilleurs que j’ai vécus. J’y ai vécu une expérience qu’aucun livre ou guide d’écriture ne peut apporter. Je vous raconte.

Nous voilà 4 apprentis-criminolologues sous la houlette de Nadia Bourgeois. Par ses questions, par nos échanges, nous avons été poussés chacun dans nos retranchements pour laisser émerger le meilleur de notre histoire.

Pas question de tuer propre ou sans raison ! Nous avons mis en scène de vrais méchants au cœur tendre et de vrais gentils border line. Tricoté des neurones pour semer de faux cailloux blancs, disséqué les mobiles, découvert les poisons et l’importance des projections de sang…

Avant ce fameux samedi, nous ignorions tout de cette histoire que nous allions construire. Nous avons passé deux jours à : « essayer de nous imprégner de tout ce monde que nous ne connaissions pas la veille et qui venait de surgir dans notre vie » (d’après Simenon).

Et nous nous sommes beaucoup amusés, sans même avoir l’impression de travailler. Pourtant, le dimanche soir, nous sommes repartis chacun avec notre synopsis et une énorme envie d’aller au bout de ce POLAR.

Albane, Stéphanie, Christophe, je récidive quand vous voulez 🙂

Stage POLAR Nadia Bourgeois

Deux maux à vous dire

Je pourrais vous dire comme Voltaire que je suis prête à me battre jusqu’à la mort pour que chacun puisse exprimer ses idées, même si je ne suis pas d’accord avec elles. Mais ce serait faux.

D’abord, un combat à mort sera toujours un dernier recours. Ensuite, mes valeurs de liberté d’expression s’arrêtent devant les incitations à la haine et les bonnes-raisons-pièges-à-cons qui asservissent les uns au profit de quelques autres.

Dimanche prochain, nous allons élire l’homme ou la femme qui nous dirigera, représentera notre pays, et incarnera notre culture, nos valeurs.

Dans quelques minutes, les deux candidats vont s’affronter face à face.

L’un est susceptible de mettre le feu aux poudres à tout moment, l’autre peut s’avérer toxique. Alors que faire ?

J’avoue. Devant cette situation, je suis à courts de mots et d’idées. Je n’arrive pas à visualiser la fin de cette histoire et aucun des synopsis que j’entrevois ne tend vers un happy end.

Le vote blanc n’a pas d’autre poids que celui de cautionner le système et le futur élu. Pourtant, j’irai voter dimanche. Même si ce bulletin pèsera lourd dans ma main. Je penserai  très fort à mes enfants, mes petits-enfants… À cette vie que je leur ai donnée. À ce monde meilleur que je crains de ne pouvoir leur offrir…

Ce blog est une tribune dédiée à l’écriture. Si, contrairement à mes habitudes, j’ai décidé de m’exprimer sur un sujet politique, c’est parce qu’il est aussi l’écho de ma voix d’habitante de la planète Terre, de citoyenne de ce monde de fou.

Je suis auteure et j’écris parce que sinon, quelque chose va mal en moi. J’invente des histoires pour réenchanter le monde. Et parfois, je brandis mes mots bien haut.

Comme aujourd’hui.

Non pour me positionner « pour » ou « contre » (encore que…) ni dicter ce qu’il faut faire, mais pour porter, à mon humble niveau, la plume dans la plaie.