Initiation Polar

Alors, voilà l’article du lundi, nouvelle version… Bon d’accord, on est mercredi. Mais j’ai une excuse en béton, lundi j’étais encore plongée dans ce premier des trois ateliers d’écriture auxquels je me suis inscrite. « Initiation POLAR », c’est son titre. Tout un programme n’est-ce pas ? Clairement affiché : « apprendre les ficelles du genre (polar donc) et être placé en situation d’écrire le noir ».

Les plus qui m’ont fait choisir cet atelier :

1/ Il est organisé en stage sur 3 jours consécutifs, un format que j’aime beaucoup car on est plongé en immersion, protégée des petits tracas du quotidien. J’allais pouvoir apprendre à tuer sans être dérangée, car tuer n’est pas naturel chez moi et me demande beaucoup de concentration.

2/ L’atelier est animé par Sébastien Gendron, écrivain publié chez Albin Michel, scénariste et réalisateur. J’avais lu Le tri sélectif des ordures dont le style est très éloigné du mien. J’aime confronter des univers différents.

3/ L’organisateur est l’un des deux mastodontes des ateliers d’écritures avec ceux fondés par Elisabeth Bing. S’il y en a qui méritent le nom d’école d’écriture, c’est bien Aleph-écriture. Leurs ateliers reposent sur des méthodes pédagogiques solides, à partir d’extraits d’œuvres littéraires et d’apports théoriques, en alternance avec des temps d’échanges avec le groupe.

Un atelier d’écriture, c’est d’abord une aventure humaine. Les protagonistes arrivent de Bordeaux, de Charente, de Paris… Nous sommes 11 dans la salle, 11 femmes, les hommes brillent par leur absence mais c’est un phénomène courant. Autre caractéristique ordinaire, je ne vois personne âgé de moins de 30 ans. L’écriture a cette habitude bizarre de sauter directement de l’adolescence à la maturité libérée des contraintes familiales, surtout pour les femmes. Mais ceci est une autre histoire… Revenons ici et maintenant.

Quand on assiste à un atelier, chacun vient avec des attentes plus ou moins précises. Une fois évacué le mythe qu’une formation ou un atelier ne donne pas de recettes magiques, chacun exprime ce qu’il est venu chercher. Il y a d’abord deux auteures jeunesse qui ont envie de visiter un genre très éloigné du leur, une auteure de polar confirmée qui vient respirer une bouffée d’air noir, une auteure qui vient de finir son premier roman et qui attend très impatiemment la réponse des éditeurs, et quelques autres qui veulent voir si elles peuvent booster leurs écrits avec les ficelles du polar.

Mon objectif à moi, c’était d’explorer le genre polar, d’en démystifier les codes et d’apprendre à jouer avec. L’enjeu derrière l’objectif, m’assurer que la littérature policière est bien la meilleure façon de raconter l’histoire qui me trotte dans les tripes.

Chacun est installé, attendant que les choses démarrent. La surface de la table a disparu dès les premiers instants. Feuilles blanches volantes, écrans, cahiers petits formats grands carreaux, blocs grands formats petits carreau. Certains abusent, ils ont à la fois un écran et du papier (c’est moi, j’avoue !). Stylos, crayons, feutres… Verres d’eau, tasses de café ou de thé, bouteilles rouges coca, à chacun sa drogue pour rester concentré. Demain, j’apporterai des gâteaux.

Car un atelier d’écriture consomme beaucoup d’énergie. Pour absorber les contenus apportés par l’animateur, pour écrire des textes à l’impromptu, pour oser les lire à voix haute ensuite… Allez, on se tutoie et on se détend.

Les exercices s’enchaînent. Le temps d’écriture est volontairement contraint pour aller à l’essentiel et forcer les participants à lâcher prise. Sébastien insiste sur les consignes. Ce qui l’intéresse, ce n’est pas que nous écrivions une histoire bouclée mais que nous expérimentions la situation d’écriture qu’il nous propose.

Certains écrivent lentement. Quelques lignes raturées. D’autres noircissent des pages. Chacun se rassure comme il peut. C’est intimidant de lire ce qu’on vient d’écrire, sans filtre, sans se relire. Quand on écrit, on s’expose. Forcément, à quelques exceptions près (là, je pense au quincaillier de G., notre magicienne des mots), forcément, nos textes ne sont pas très bons. Les phrases sont bancals, les mots se répètent ou se heurtent… La recherche de perfection est mise à mal, flinguée sans sommation.

C’est parfois difficile à accepter. Certains renâclent devant l’obstacle. Laissent leur page blanche. Se disent que la consigne ne les a pas inspirés. Il faut se forcer pour écrire les premiers mots, mêmes s’ils n’ont rien à voir, même si c’est juste recopier la consigne, pour que cette satanée inspiration ramène le bout de son nez. Car ce qui est en cause n’est pas le manque d’inspiration, mais la peur du regard de l’autre. Quand on écrit, on s’expose.

Parmi les textes livrés aux oreilles du groupe, il y a les structurés, les rebelles, les inventifs, les envoûtants… Chacun a sa voix propre. Dès la première journée, les univers de chacun se dessinent.

Ce que j’aime dans les ateliers d’écriture, c’est la force du groupe, cette espèce d’énergie créatrice qui se met en branle quand on empoigne nos stylos. Ce lien qui se crée quand on a dépassé nos peurs et qu’on découvre la richesse des autres.

Je pensais aussi vous partager mes étonnements, mes découvertes sur le monde du polar… Et là, je suis vraiment embêtée. Car du point de vue de Sébastien Gendron, il n’y a pas de réelle différence entre l’écriture de littérature blanche et l’écriture de littérature noire. Pour lui, c’est une question de curseur à pousser plus ou moins loin.

Il a donc peu abordé les codes du genre que j’attendais et les différentes structures de narration associés et il a préféré orienter le contenu de l’atelier vers l’exploration des techniques d’écriture les plus importantes en faisant des liens avec le monde du polar….

Ce que je retiens, à chaud, c’est sa façon de nous partager son expérience et sa vision du genre, avec générosité et sans nous imposer de dogme. Il a répondu avec patience à toutes les questions, notamment sur le monde mystérieux de l’édition.

Ce n’était pas un atelier à la mode Aleph, avec sa pédagogie habituelle basée sur le décryptage de l’héritage littéraire ouvrant sur de nouveaux horizons à écrire. C’est vrai. Pour autant, le contenu apporté par Sébastien m’a permis de recueillir quelques pistes qui résonnent dans ma tête comme une alarme clignotante et hurlante. Un truc horrible qui ne s’éteindra que lorsque j’appuierai sur le bouton d’arrêt et que je me déciderai à agir ou que je balancerai par la fenêtre…

Je vous raconte tout ça lundi prochain, promis.

Bises et bonne écriture à tous, Élisa

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Planète 2018

 

2018 commence par un janvier tout en tempête qui décoiffe les toits et les cerveaux ramollis par des litres de champagne !

J’espère que vous avez passé d’excellentes fêtes et je vous souhaite le meilleur pour 2018 : 12 mois de découvertes, 52 semaines créatives, 365 jours jubilatoires, et surtout je vous souhaite de savourer chaque minute, chaque seconde…

Janvier, traditionnellement c’est le mois des vœux, des vœux pour les autres mais aussi des « veux » pour soi. Ces fameuses bonnes résolutions qui ne survivent pas au-delà de février, voire du jour 2 pour certains.

Alors cette année, j’ai décidé d’économiser du temps et d’éviter les bonnes résolutions. À la place, j’ai fait du tri, une opération magique de rangement parmi les milliers d’idées séduisantes qui ne mènent que dans l’infini des projets non finis.

J’ai donc fait de janvier, premier du non, le flambeau d’une année de résistance, centrée sur l’essentiel, sur un projet unique. Cette année je vais essayer de faire se rencontrer mon métier et ma passion pour l’écriture.

Dans la vraie vie, je suis conceptrice de formations pour adultes, passionnées par toutes les pédagogies du détour, les ludo-pédagogies… bref, toutes les façons d’apprendre autrement. J’ai longtemps œuvré pour les personnes en situation d’illettrisme. Et ces dernières années, lors de dédicaces ou de rencontres, j’ai rencontré beaucoup de lecteurs qui ont très envie d’écrire mais qui se sentent aussi très seuls, sans ateliers d’écriture à proximité.

Donc cette année, j’ai décidé de plancher sur la conception d’ateliers d’écriture à distance, reposant sur ces pédagogies du détour que j’adore car elles embarquent au-delà des attentes, et personnalisables en fonction des situations de chacun.

Voilà ce que j’avais envie de partager avec vous en ce début d’année. C’est un peu plus qu’un projet,  je ne sais pas comment le nommer, ce qui est un comble pour quelqu’un qui se prétend auteur.

Avez-vous déjà ressenti ce genre d’évidence, comme une intuition profonde que vos planètes s’alignaient ?

 

 

 

Les trois poupées

Suite à l’article de la semaine dernière, le lien qui amenait vers les textes écrits lors de l’atelier de Karim Miské s’est révélé peu fiable.

Pour ceux qui n’ont pas eu accès au texte, le voici en intégralité.

Bonne semaine à tous 🙂

Les trois poupées

Comme tous les ans, le quartier avait été envahi par un déballage de vieilleries. Je n’ai jamais compris comment ces trucs cabossés et puant le mal-lavé pouvaient intéresser autant de monde. Moi, je serais plutôt du genre à payer pour qu’on me débarrasse de ces saletés.

J’étais pressé. En retard comme tous les samedis, marre de me lever quand les autres pouvaient rester au lit… Je me frayais un chemin à travers les cartons et les dos penchés quand j’ai entendu une voix qui disait :

– Tu vas vraiment vendre tes trois poupées ?

Mes yeux se sont rivés sur le panier. Un vieux panier en osier tressé, avec une anse noircie d’avoir été portée par trop de mains. Rien d’extraordinaire, juste un vieux panier contenant trois poupées. Deux blondes dont l’une avec la bouche ouverte, ce qui lui gonflait les joues et une plus petite, toute rouquine. Nues, le ventre gonflé de l’enfance.

Ces poupées, je les connaissais. Vous pouvez me dire que je me trompais, que ce n’était que des poupées banales, comme il s’en vend des milliers à Noël. Mais je savais au fond de moi, que c’était elles. Les trois poupées.

C’était leur surnom. Les trois poupées. Jolies et lumineuses, elles semaient la joie comme d’autres éteignent les bougies. Il y avait les deux blondes, celle qui bavardait avec sa bouche et celle qui parlait avec ses yeux, et puis la petite rouquine qui semblait toujours sur le point d’éclater de rire. Elles n’étaient pas sœurs ; elles étaient juste nées le même jour au même endroit, presque à la même heure. Dans un petit village comme le nôtre, elles sont rapidement devenues jumelles de cœur. Là on l’on voyait l’une, on voyait les autres. Inséparables.

Dès leur naissance, les trois familles avaient décidé de se rassembler pour qu’elles puissent fêter ensemble leur anniversaire. C’est l’année des 10 ans qu’elles ont reçu leurs poupées. Je crois bien que c’est la grand-mère qui avait eu l’idée. Offrir à chacune une poupée qui leur ressemblait. Ce qui donnait une poupée blonde avec la bouche ouverte, une autre blonde avec des yeux peints qui ne se fermaient pas et une troisième, rousse avec l’air malicieux.

Les trois fillettes ont aussitôt vidé un vieux panier pour y coucher leurs trois poupées. Elles avaient décidé que rien ne les séparerait. Elles resteraient ensemble, il n’y aurait qu’à changer de maison et de maman chaque semaine.

Jusqu’au jour où la première poupée disparut. La blonde aux grands yeux. Le village la chercha pendant des heures, les gendarmes, les chiens, les hommes… Pendant ce temps, dans les maisons, les femmes veillaient sur leurs petits, retenant leur souffle et masquant leur soulagement d’avoir été épargnées.

On la retrouva complètement désarticulée dans le bas d’une coulée, nue, le ventre souillé de terre molle et grasse. Je ne sais pas ce qu’on a dit aux deux autres mais depuis lors, la blonde ne parla plus et la rousse garda son rire fermé. On ne voyait plus que leur ombre. Elles s’accrochaient l’une à l’autre et disparaissaient de longues heures dès qu’elles le pouvaient.

Quand la rousse revint seule, un soir, les collants déchirés, le visage couvert de boue, chacun sut qu’un nouveau drame était arrivé. On la retrouva vite, celle-là, près de la voie ferrée. Aussi nue que la première, le ventre en travers des rails.

La peur se larva au cœur du village, les vieilles ne cessaient de chuchoter, les vieux se taisaient en levant leur verre. À l’enterrement, il y avait plus de sourcils froncés que de larmes.

Les parents de la rousse ont quitté le village pendant la mise en terre, sans avertir personne.

Et voilà que je tombais sur ces trois poupées dans leur vieux panier. J’ai levé les yeux. Une jolie femme qui s’approchait de la quarantaine, toute menue avec la peau claire parsemée de taches de rousseur regardait les poupées d’un air hésitant. D’une voix douce, elle répondit :

– Oui, je… j’ai passé l’âge de m’y accrocher. Il est temps que je tourne la page, non ?

J’avais retrouvé la troisième poupée. Ici, aux buttes Chaumont, à 500 km de notre village… Qui sait depuis combien de temps nous habitions l’un à côté de l’autre, sans nous en douter.

Ce n’était pas un hasard, ce connard n’existe pas. C’était un signe. Je ne suis pas allé au boulot ce matin-là. Je suis resté là et j’ai attendu.

Écrire en atelier

Écrire est une activité solitaire, le mythe de l’auteur-Bernard car ermite n’est pas sans fondement. Et si nos idées proviennent bien de notre source intérieure, nous tournerions vite au narcissisme si nous ne nourrissions pas de l’extérieur. D’un regard croisé, un mot attrapé au vol sur la terrasse d’un café, une musique au vent…

Et puis, il y a les ateliers d’écriture !

Si décriés en France, pays du mythe du génie créatif (on en a déjà parlé de celui-là mais il revient sans cesse… !). Décriés même par des auteurs comme Leïla Slimani qui a pourtant suivi l’atelier Gallimard… Je ne reviendrai pas sur ses propos de savoir si on peut devenir auteur en participant à un atelier ou non, ce sera pour une prochaine fois.

Aujourd’hui, je voudrais simplement vous parler du plaisir qu’il y a d’écrire en groupe, de partager des textes, de confronter des univers… de s’enrichir les uns les autres.

Cette année, je me suis inscrite à l’atelier Les Mots pour un cycle animé par Karim Miské « Le monde est un polar ». Atelier qui promettait de s’inspirer : « Des jeux vidéos au darknet en passant par youtube et l’ensemble des réseaux sociaux. D’un statut facebook, on peut faire une histoire. Derrière une story sur snapchat se cache le plus terrible des assassinats. La culture hip-hop aussi sera une grande source d’inspiration. Comment écrire la ville contemporaine sans avoir recours au rap, aux grafs ou aux danses de rue ? Si l’on sait écouter, deux lignes de Booba ou de PNL contiennent la matrice d’un polar hardcore et mélancolique. »

Bref ! Un univers contemporain théoriquement mais en réalité très éloigné de mon petit monde. Comment j’aurais pu résister plus longtemps ?

Pour la première séance, Karim ne nous a pas trop bousculés. Il nous a laissés nous habituer à l’idée que nous allions devoir tuer quelqu’un à un moment ou un autre. Dans cette première séance donc, nous sommes partis d’une photo avec comme consigne, d’écrire un meurtre.

Comment vous dire que tous les textes étaient très différents les uns des autres, avec chacun leur univers et leur mécanique propre… mais que nous étions nombreux à ne pas être passés à l’acte ce soir-là. Car vraiment, ce n’est pas si facile de tuer, même entre les lignes.

Pour lire deux des textes issus de cette séquence en atelier (dont le mien) cliquez ici !

Autopsie d’un stage POLAR

Vous mouriez d’envie de savoir ce qui s’est passé lors de ce stage POLAR ? Allez j’avoue, c’était une tuerie. Et je vous dis tout.

Ce tout a commencé par une question très simple.

POLAR, Thriller… Quelle différence ?

Au-delà des définitions conceptuelles, j’ai aimé la distinction que fait Nadia Bourgeois : le polar est une enquête criminelle menée par un enquêteur officiel alors que dans le thriller, un citoyen lambda (vous, moi, mais plutôt vous je préfère), un citoyen ordinaire donc, attire l’attention d’un criminel contre lequel il devra lutter, seul, pour s’extirper de ses griffes maléfiques.

La mécanique du POLAR

Si j’ai abandonné dans un vieux tiroir mes brouillons de polar ou de thriller, c’est que j’ai un gros problème avec la mort et la torture. Je devrais demander à Jean-Christophe Grangé ou à Franck Thilliez comment ils font pour écrire ces scènes avec tant de précision.

Quand j’écris, je me mets dans la peau des personnages, je vis leurs émotions. Or, m’incarner en psychopathe qui prend plaisir à tuer ou en victime qui subit des tortures, c’est plus fort que moi, je n’y arrivais pas…

Je craignais ce blocage mais lors du stage, nous nous sommes surtout intéressés à la mécanique du POLAR : le trio infernal ENQUÊTEUR-CRIMINEL-VICTIME(S), l’enquête, les fausses pistes, les suspects, les mobiles, les témoignages, les mensonges, le faux coupable, le vrai coupable…

La mécanique du POLAR est bien connue par tous les amateurs du genre. Pourtant, ce serait trop simple s’il suffisait d’assembler tous ces ingrédients pour écrire un polar efficace. EFFICACE ! Voilà le maître mot.

Qu’est-ce qui fait la différence entre un polar qui nous tient en haleine et celui qui est cousu de fil blanc ?

Damned… Je dévoile tout trop vite et la réponse est dans la question bien sûr ! Bâtir une histoire noire avec du fil blanc est aussi visible qu’un feu d’artifice dans la nuit.

L’art du POLAR

L’art de l’auteur de polar réside en grande partie dans sa capacité à camoufler le fil de son intrigue au milieu d’un écheveau fluorescent qu’il agite sous le nez du lecteur pour l’entraîner dans la mauvaise direction, c’est-à-dire loin du vrai coupable.

L’art du lecteur de polar est de tirer le bon fil, celui qui relie au coupable.

Entre l’auteur et le lecteur, le contrat est tacite mais réel : désorienter oui, mais ne rien dissimuler de majeur, ce qui empêcherait de démasquer le coupable avant la fin. Ce serait considéré comme une tricherie qui enverrait directement le polar dans un trou sombre au fond du jardin.

C’est là le grand intérêt que j’ai trouvé dans l’écriture du polar : cette connivence avec le lecteur sur l’information à lui donner, sur la meilleure façon de faire monter le suspense, de dévoiler peu à peu le mystère pour qu’il s’exclame à la fin « Mais c’est bien sûr ! ».

Pour moi, un bon POLAR est un puzzle où s’affrontent les noirceurs de l’âme humaine dans un duel qui monte crescendo, où rien n’arrive par hasard ni par la magie des nouvelles technologies.

Portrait robot d’un auteur de polar

La première noirceur humaine avec laquelle l’auteur de polar joue, c’est avec la sienne. Plus machiavélique que l’assassin et l’enquêteur réunis, il tue de manière préméditée, prend plaisir à manipuler les autres, à mentir, à transgresser les lois et la morale… Ce qu’il ne fait pas dans la vraie vie, bien sûr.

Écrire, c’est avoir le droit de vie ou de mort sur ses personnages. Écrire un polar, c’est avoir le devoir de décider qui vit et qui meurt.

Et j’avoue, c’est franchement jubilatoire de jouer les Parques, sang froid et cœur noir, comme j’ai pu l’expérimenter ce week-end.

Le stage POLAR, une tuerie !

Participer à un stage d’écriture, c’est s’extraire de son quotidien, s’accorder du temps pour soi, pour écrire. C’est partager avec d’autres cette passion somme toute solitaire qu’est l’écriture. D’autres qui comprennent ce que vous vivez. Un stage d’écriture, c’est aussi l’occasion d’apprendre de nouvelles techniques pour mieux écrire, de découvrir d’autres horizons.

Vous l’aurez compris, je suis fan des stages d’écriture et je participe dès que je peux. Celui-là est l’un des meilleurs que j’ai vécus. J’y ai vécu une expérience qu’aucun livre ou guide d’écriture ne peut apporter. Je vous raconte.

Nous voilà 4 apprentis-criminolologues sous la houlette de Nadia Bourgeois. Par ses questions, par nos échanges, nous avons été poussés chacun dans nos retranchements pour laisser émerger le meilleur de notre histoire.

Pas question de tuer propre ou sans raison ! Nous avons mis en scène de vrais méchants au cœur tendre et de vrais gentils border line. Tricoté des neurones pour semer de faux cailloux blancs, disséqué les mobiles, découvert les poisons et l’importance des projections de sang…

Avant ce fameux samedi, nous ignorions tout de cette histoire que nous allions construire. Nous avons passé deux jours à : « essayer de nous imprégner de tout ce monde que nous ne connaissions pas la veille et qui venait de surgir dans notre vie » (d’après Simenon).

Et nous nous sommes beaucoup amusés, sans même avoir l’impression de travailler. Pourtant, le dimanche soir, nous sommes repartis chacun avec notre synopsis et une énorme envie d’aller au bout de ce POLAR.

Albane, Stéphanie, Christophe, je récidive quand vous voulez 🙂

Stage POLAR Nadia Bourgeois

Femmes et engagements

La médiathèque de Carbon Blanc près de Bordeaux organisait en novembre une série d’événements consacrés à Federica Montseny, militante anarchiste, première femme espagnole à devenir ministre.

Un seul semestre à la tête du ministère de la Santé entre 1936 et 1937 mais pendant ce court laps de temps, Federica Montseny instaure des lieux d’accueil pour orphelins, des cantines pour femmes enceintes, des liberatorios (maisons de reconversion) pour les prostituées, une liste de professions ouvertes aux handicapés… Elle demande aussi au docteur Félix Martí Ibáñez de rédiger le premier projet de loi en faveur de l’avortement.

Toutes ses actions ne seront pas mises en œuvre à grande échelle mais elle a donné une impulsion historique pour les politiques sociales futures.federica_montseny_l_indomptable

Dans le cadre de cet hommage, Marie-Laure Fray m’a invitée à animer un atelier d’écriture sur le thème « Femmes et engagement ».

J’adore les ateliers d’écriture. Dès que l’occasion se présente, je fonce. C’est l’occasion de sortir de ses schémas, de découvrir d’autres horizons. L’occasion aussi de partager entre pratiquants d’une activité parfois bien solitaire.

Je n’ai pas réfléchi, j’ai dit oui. Une expérience nouvelle, sur un sujet passionnant, dans un cadre où je prends génératlement beaucoup de plaisir…

J’avais juste oublié que cette fois-ci, c’était à moins de créer les conditions du plaisir d’écrire. Que de nombreux et prestigieux auteurs se sont succédé pour animer les ateliers de la médiathèque dont Hervé Le Corre, Renaud Borderie, Lionel Germain, critique littéraire spécialiste du polar au journal Sud-Ouest…

Non je n’ai pas le trac !

20h. Ils sont là, ils sont venus. Hommes, femmes, jeunes de 16 à 71 ans. Curieux ou écrivants avertis, habitués des ateliers. Il y a même un animateur confirmé. Pas moins de seize personnes, leurs regards braqués sur moi, cahiers ouverts, prêtes à dégainer leur stylo.peur_fuir

Là, j’ai le trac ! Vite ma couette, courir, fuir, disparaître…

Nous nous présentons, vous vous présentez… Tout le monde sourit, contents d’être là. Je respire.

Et puis la magie de l’écriture se met en mouvement. Première consigne pour dérouiller les neurones, les stylos hésitent, puis s’animent. Deuxième consigne, le tempo est donné. Troisième, ah ah… on monte crescendo vers l’objectif.

Enfin, on y est. Écrire un texte mettant en scène un personnage féminin qui affirme son engagement envers et contre tous. Deux scénarios au choix pour guider la créativité, une ou deux contraintes pour le fun… C’est parti !

Un moment de réflexion puis les stylos s’activent. Le temps s’écoule, fébrile, les feuilles se noircissent sans faiblir. 20 minutes c’est court pour écrire un texte, on n’a pas le temps de réfléchir. Tant mieux, se laisser porter par son intuition, par le flux créatif qui donne naissance aux personnages, qui façonne l’histoire…

Le dernier temps de l’atelier est arrivé. Celui du partage. Tous ceux qui le souhaitent lisent leurs textes, les offrent en cadeau aux autres. Prendre conscience de la diversité des voix, du pouvoir de transmettre des émotions fortes, de la performance à construire un récit même imparfait en si peu de temps…

Une sauterelle ninja du 9-3, Loya l’indienne se libérant par l’œil d’un Olympus, une jeune mongole prisonnière d’une vie de yourte, des personnages s’engageant vers l’humanitaire pour de bonnes ou de mauvaises raisons, une capitaine de police, des femmes qui se battent pour leur enfant, Pénélope au cœur de la rue…

Il s’est raconté de si belles histoires mardi à Carbon Blanc. Bravo à tous !

atelier

Plaisir d’écrire

Lorsque vous osez dire que vous écrivez, certains regards s’échappent, des têtes se baissent, des murmures enflent.

« – Moi, j’aurais bien envie aussi, mais je n’ose pas. Je ne saurais pas faire… »

J’ai une nouvelle. IMPORTANTE & URGENTE !

Écrire s’apprend !

Désolée pour le génie créatif, c’est comme le monsieur du Pôle Nord et le petit rongeur sous l’oreiller, il n’existe pas. Au placard, le mythe du « Je ne peux pas parce que je n’ai pas reçu le don ».

Tout s’apprend si l’envie est là. Même les éditeurs le disent. La qualité des manuscrits qu’ils reçoivent depuis quelques temps a considérablement augmenté. Un phénomène qu’ils attribuent aux ateliers d’écriture qui fleurissent un peu partout. Il y en a sûrement un près de chez vous.

Et en plus, on peut apprendre dans le plaisir !

Il n’y a pas besoin d’être malheureux pour écrire ou d’avoir connu une grande tragédie personnelle. Le poète maudit est un boulet de plus à remiser dans le placard des mythes perdus. Il y a des ateliers qui vous concoctent des consignes d’écriture absolument jubilatoires. C’est le cas des exercices créatifs de Pascal Perrat, proposés sur son blog tous les 15 jours.

nadia_photoPour les chanceux qui résident à proximité de Bordeaux, il y a les ateliers Nadia Bourgeois. Une bulle hors du temps pour développer son imaginaire et surtout apprendre à écrire dans le plaisir.

Exemple d’exercice créatif que je m’inflige pour stimuler ma créativité et mon plaisir d’écrire :  Quelle sera la situation météoristique du mois de juin ?

Prévisions météoristiques :

Pluies au Nord, qui l’eut crue ?

A compter du 10 juin, risque de précipitations d’hommes en short, hurlant et brandissant drapeaux et bières. La situation devrait s’apaiser avec la dépression prévue pour le 10 juillet.

L’éphéméride du mois :
En Juin, plonge le marsouin.

La prédiction du grand mage blanc DacOdac :
« Le 21, Sol se tisse pendant que ciel s’éclaire ».
Serait-ce le grand retour de Noir Désir ?

Haïku juinesque :
Juin foins coupés embaumants
Trêve des croque morts
Plus de dragées moins d’œillets

Vous avez vu, c’est du grand n’importe quoi… !!!

Mais je me suis bien amusée et ensuite, j’ai fait une séance d’écriture super productive. Sur un sujet assez grave en plus. Ce qui m’amène à vous dire pour conclure :

« Joyeux mois de juin ! »

Nuages4