Histoire de dédicaces

À ma mère,
À l’amour de ma vie…

Vous connaissez ces dédicaces en début de livre. Est-ce que vous vous y arrêtez ? Savez-vous d’où vient cette pratique ?

Cela remonte à l’Antiquité. Les écrivains dédicaçaient leur livre sur la première page impaire pour flatter les mécènes à qui ils devaient leur subsistance. Ces remerciements assez verbeux et dithyrambiques pouvaient alors s’étaler sur plusieurs pages.

Au XIXe siècle, les mécènes sont de moins en moins nombreux mais les dédicaces continuent de s’inscrire dans la flatterie et visent ceux dont l’auteur est l’obligé. Charles Baudelaire et Marcel Proust par exemple dédicacent plusieurs de leurs ouvrages à des patrons de presse susceptibles de leur confier des chroniques dans leurs journaux. Gustave Flaubert, quant à lui, dédicace Madame Bovary « À Marie Antoine Jules Sénard, membre du Barreau de Paris, ex-président de l’Assemblée Nationale, et ancien ministre de l’Intérieur ». Pourquoi ? Parce que cet avocat célèbre lui a évité la prison lorsqu’il a été accusé de pornographie après avoir publié le roman en feuilleton dans la Revue de Paris.

 

À partir du XXe siècle, les remerciements et marques de reconnaissance se déplacent à la fin des ouvrages et la dédicace devient la tribune personnelle des auteurs.

Certains l’utilisent pour se construire une figure médiatique. Pour Étienne Kern, cela participe « d’une mise en scène de soi et de son œuvre ». L’exemple le plus emblématique est probablement Frédéric Beigbeder qui dédie ses livres à ses amours :

  • Mémoires d’un jeune homme dérangé (1990) : « Pour Diane diaphane / Près de Maussane. »
  • Vacances dans le coma (1994) : « Pour Diane B., / Je suis tombé, / La bouche bée. »
  • Nouvelles sous ecstasy (1999) : « Pour Delphine / Nom de famille Vallette / Qui vit rue de Mazarine / Au numéro trente-sept. »
  • L’égoïste romantique (2005) : « Pour Amélie. “Je veux vivre toute ma vie / Et mourir en ta compagnie / Ce serait bien qu’on se marie / Vers 16 h 30 aujourd’hui.” (17 juin 2003)

Autre usage, la dédicace comme acte personnel, voire intime, et donc crypté. Ainsi, ces auteurs, comme Jean-Paul Enthoven, offrent symboliquement leurs livres à un proche. Ils écrivent des dédicaces énigmatiques et indéchiffrables pour le grand public, sous formes d’initiales ou de quelques mots sibyllins. Dire sans dire, et coder, pas seulement pour jouer les mystérieux mais aussi et surtout pour garder ces hommages dans le cercle de l’intime.

Parmi ces auteurs, certains ne savent jamais à l’avance à qui ils vont dédier leur histoire. Pour Chanson douce dédicacée à son fils, Émile, Leïla Slimani explique que « Ça s’est imposé un jour, au cours de l’écriture, comme un mantra, une façon de continuer notre dialogue. Le lien est secret, seuls lui et moi savons pourquoi je le lui ai dédié. »

D’autres dédicacent la plupart de leurs livres à une même personne. C’est le cas d’Eric Reinhardt : « La chambre des époux est dédié à Marion, ma femme. Tous mes livres, à l’exception de L’amour et les forêts, lui ont été dédiés, d’une manière plus ou moins cryptée. La dédicace de Cendrillon était : “Plus que jamais”, ce qui voulait dire : “Ce livre t’est plus que jamais dédié”, c’est-à-dire : “Je t’aime plus que jamais” ».

À l’inverse, certains écrivains dédient leurs œuvres aux anonymes qui les lisent. Stendhal, boudé par ses contemporains, reconnaît ainsi : « J’écris pour des inconnus, une poignée d’élus qui me ressemblent : les happy few ». Louis Aragon s’est inspiré de cette idée pour dédicacer Blanche ou l’oubli « to the unhappy crowd » (à la foule de malheureux), et Frédéric Beigbeder a dérogé à ses habitudes d’offrir ses livres à ses amoureuses en dédicaçant en 2003 Dernier inventaire avant liquidation aux « happy many » (aux nombreux heureux).

Au début, je n’osais pas mais désormais tous mes livres comportent une dédicace. Je fais partie des auteurs pour qui la dédicace est un hommage, un merci intime et sacré, quelques mots vibrants sur une page consacrée à celui ou celle à qui ce livre est dédié, un avant-toute-chose qui doit être distingué par lui ou par elle, dissocié des remerciements en fin d’ouvrage en ce qu’ils sont particuliers, entre lui et moi ou entre elle et moi. Nous deux.

C’est là que Julien Grach intervient dans sa dimension grandiose de théoricien de la littérature. Dans En lisant et en écrivant, il affirme que « Tout ce qu’on introduit dans un roman devient signe ». Alors que les maîtres d’écriture modernes préconisent d’écrire pour un lecteur « idéal », la dédicace révèle que le livre arrivé entre ses mains ne lui était pas destiné. « Il faudrait en finir une fois pour toutes avec l’image égarante des “chers lecteurs” levés à l’horizon de l’écritoire et de l’écrivain… Le public n’est admis à cet acte d’autosatisfaction qu’au titre de voyeur ». Dans cette logique, les dédicaces indiqueraient qu’un livre est « la pièce d’un théâtre intime, dont seuls quelques élus seraient à même d’en percevoir l’enjeu » (Catherine Castro).

Une idée intellectuellement séduisante mais pas tout-à-fait juste à mon avis. Quand j’écris, je ne pense ni au lecteur ni au destinataire de la dédicace. J’écris, complètement immergée dans mon histoire, je ne pense qu’à sortir mes personnages des guêpiers dans lesquels je les plonge, pour recommencer le chapitre suivant…

Mais le lecteur n’est pas totalement absent, c’est lui qui guide mon niveau d’exigence. Ma plus grande peur quand un texte paraît, c’est qu’il découvre une erreur ou une incohérence…

Rendons à Marie-Claire…

Ce billet m’a été largement inspiré par un article très intéressant de Catherine Castro, paru dans Marie-Claire : Faire parler les dédicaces : ce que les dédicaces disent des écrivains.

Il commençait par cette dédicace du Premier homme écrite par Albert Camus à sa mère illettrée :

Touchant, n’est-ce pas ?

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À la rencontre des lecteurs

Avec le printemps, les salons du livre fleurissent un peu partout en France. En fait, partout beaucoup…

L’occasion pour les auteurs de rencontrer celles et ceux pour qui ils passent des nuits blanches à noircir des centaines de feuilles. L’occasion pour les lecteurs de rencontrer en chair et en os ceux qui leur font parfois passer une nuit blanche, incapables de lâcher les pages noircies.

J’adore ces moments où ces deux facettes d’une même passion se retrouvent sous le même toit, cette ébullition de neurones en quête de sensations.

Je garde un excellent souvenir de cet été 2016 en votre compagnie (cliquez ici pour l’album souvenir).

Après un hiver à écrire, j’avoue, j’ai hâte de vous retrouver :

8 et 9 avril 2017 à Soulac-sur-Mer, à la pointe du Médoc

14 mai 2017 à Parentis dans les Landes, là même où l’année dernière j’avais dédicacé Sans traces apparentes à deux soeurs Labarthe, en vacances chez leur grand-mère !

Et bien d’autres dates à venir…

À très bientôt 🙂

Oser exister

Il y a tant de livres qui surgissent sur les étalages des librairies chaque mois (on parle de 11 000 ? ! ?). Alors pourquoi un libraire ferait-il une place sur ses rayons à un premier roman écrit par un auteur inconnu ?

Sauf que pour exister, un livre doit être présent en librairie. Avant de l’adopter, il faut être attiré par la couverture, plonger dans le résumé de la 4ème de couv’, feuilleter quelques pages. Sauf pour les auteurs dont nous sommes des inconditionnels, c’est un rituel indissociable d’une première rencontre avec un livre.

Depuis quelques semaines, j’avais comme un creux dans mon ventre, un vide à combler. J’aurais tellement voulu voir Sans traces apparentes sur les rayons d’une librairie, entouré d’autres livres, feuilleté par des mains curieuses…

Il y a quelques semaines, j’ai pris mon livre sous le bras et je suis partie sillonner les routes des Landes. J’ai commencé mon périple  au PRESSE LIVRE à CapBreton. Une belle librairie-maison de la presse le long de la plage. Je suis entrée.

Au centre du magasin, un rayon avec des livres et des romans régionaux. Plus de prétextes pour ressortir en m’excusant d’avoir osé entrer. J’ai choisi quelques cartes postales, sésame pour m’approcher de la caisse et oser engager la conversation. Je crois que j’ai balbutié : « …auteur…roman… Landes…dépôt livres ? »

« – Mais oui avec plaisir. Ici on aime les auteurs locaux. Et vous seriez d’accord pour une dédicace ? »

J’ai poursuivi ma tournée sur la côte landaise : Vieux Boucau, Soustons, Léon, Vielle-St-Girons, Lit-et-Mixe, Mimizan, Parentis en Born…

Comme le héros de Laurent Gounelle dans « L’homme qui voulait être heureux », je m’attendais à recevoir refus sur refus. Presque partout, j’ai reçu un accueil chaleureux. Et je repartais, laissant derrière moi une petite pile de livres à la couverture bleu argent.

Aujourd’hui, le livre existe dans les librairies des Landes, j’ai commencé ma première dédicace à Soustons, tout près de Magescq et de Messanges, sur les traces de Charlie.

Et en point d’orgues de cette belle aventure, un article magnifique écrit par Isabelle Chambon sur Sans traces apparentes paru lundi dans l’édition landaise de Sud-Ouest.

20160516SOSoustons

Rendez-vous à Villefranche

Mars carnaval. Le mois où l’on met un masque pour défiler dans les rues… Celui où l’hiver prend fin, où les femmes sont mises à l’honneur… Avant qu’avril ne découvre ses fils, Pâques cachera ses œufs dans les jardins.

Mars 2016, c’est aussi pour moi le coup d’envoi des rencontres avec les lecteurs.

Ça commence le 12 mars à Villefranche sur Saône avec mon éditrice, Mathilde et d’autres auteurs « maison ».

J’adore ces rencontres avec les lecteurs. Quelques mots, quelques sourires. Parfois, une main me tend mon livre, avec sa couverture bleutée ; on me demande une dédicace. Wouaouhhhhh !!!!!! Oui je sais, ce n’est pas très littéraire, mais c’est le mot qui traduit le mieux l’excitation de ce moment : Wouaouhhhhh !!!!!!

A chaque fois, je dois me retenir de bondir sur la personne pour la serrer contre moi et lui dire merci-merci-merci. Au lieu de ça, je prends mon stylo et je demande, en empêchant ma voix de trembler « C’est pour vous ? Quel est votre prénom ? »

Je n’en reviens toujours pas. Que des inconnus déboursent 20 euros parce qu’ils ont envie de lire mon histoire… Mes rêves les plus fous se sont réalisés. Ce sont les deuxièmes plus beaux jours de ma vie. Après mon mariage, la naissance de mes enfants… et quelques autres mais bon ! ça vient tout de suite après.

BREF ! Si vous passez près du coteau lyonnais le 12 mars prochain, venez partager un moment avec moi 🙂

Salon Villefranche

Je me souviens…

Tous les ans en octobre, c’est le « Lire en poche » de Gradignan.

Je me souviens l’année dernière, il faisait beau à se promener sur les pelouses du parc de Mandavit.

Je me souviens de ma rencontre avec Hélène Grémillon, de sa générosité lorsqu’elle nous racontait la genèse du Confident, les horreurs auxquelles les femmes se soumettaient pour avoir un enfant.

Je me souviens de cette table ronde sur la mise en tension dans les thrillers. Et de Henri Loevenbruck nous interpellant : « Mais pourquoi êtes-vous ici enfermés au lieu de profiter du beau temps ? ». A l’époque je n’avais pas osé lui répondre : « L’auteur du Rasoir d’Ockham devrait le savoir ». Il n’y a qu’une réponse possible, Messieurs et Mesdames les auteurs, la plus simple : Pour écouter vos témoignages, nous nourrir de votre expérience, écouter des passionnés parler d’écriture et d’édition… ».

Je me souviens de ces beaux moments…

Et aujourd’hui, c’est mon tour !

J’ai été invitée au Salon du livre de Saint Estèphe, dimanche 11 octobre 2015.StEstephe

Pour la première fois, je vais assister à un salon en tant qu’auteur et partager cette expérience avec d’autres auteurs.

Pour la première fois, je vais rencontrer des lecteurs, des personnes en chair et en os qui aiment se perdre dans les livres.

Pour la première fois, je vais présenter Sans traces apparentes, en parler, raconter l’histoire en live.

Pour la première fois

Vivement le 11 octobre !

Venez nombreux, il y aura des bons livres et du bon vin…