Destin : héros

Au début de chaque histoire, il y a une idée… Non en fait, il y a des dizaines d’idées, des centaines, que dis-je des milliers !

Elles sont là, elles tournent en rond dans les têtes, s’échappent parfois et alors on peut les voir voler, portées par un souffle volatile. Atteignant les hauteurs, reflétant des rayons de lumière, magnifiques de pureté… Jusqu’à ce qu’elles éclatent au contact d’une autre idée, ou d’une sombre réalité. Bulles déchiquetées dont il ne reste rien que quelques gouttes humides, effacées d’un revers de main.

Une idée qui ne s’incarne pas est vouée à l’oubli. Pour exister dans ce monde de chair et de larmes, il lui faut un corps, une voix, des émotions… Bref ! il lui faut un personnage.

En dehors de la période du nouveau roman, les histoires ont toujours été portées par des personnages, casting virtuel dont le héros est la vedette. Mais qu’est-ce qu’un héros ?

Des dramaturges grecs à Shakespeare en passant par les chevaliers du Moyen-Âge, le héros tragique a longtemps occupé la première place. Sous les yeux des spectateurs, il courait à sa perte, cet « être particulièrement résigné à la cohabitation avec toutes les formes et tous les monstres de la fatalité » (Jean Giraudoux). Quel que soit le choix qu’il faisait, impossible d’éviter la chute promise.

La rupture avec les critères du classicisme a vu apparaître d’autres archétypes de héros, des héros rebelles, des anti-héros, des héros du hasard, ceux du quotidien… Mais sont-ils vraiment si différents des héros tragiques ? Albert Camus voyait dans les héros ceux qui ont « notre langage, nos faiblesses, nos forces », « un univers ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre », mais héros parce qu’ils « courent jusqu’au bout de leur destin ».

Ainsi, le héros serait destiné à être un héros dès sa naissance et tout serait déjà écrit ?

Je ne crois pas que les héros existent dans l’absolu. Même ceux avec des super pouvoirs. Je crois profondément qu’on ne naît pas héros mais qu’on le devient face à une situation inacceptable.

Le héros, c’est cet individu décrit par Albert Einstein « conscient, debout et déterminé » qui se dresse seul devant le pouvoir parce qu’il refuse de se soumettre. Mais du côté obscur de l’humour, ce peut être aussi ce « fanatique prêt à faire le sacrifice de vos vies pour le triomphe de ses préjugés » (Albert Brie).

Bref ! Pour moi, le héros, c’est l’étincelle d’un instant qui ne reviendra peut-être jamais. Mais c’est par lui que l’histoire avance, quel que soit le sens qu’il donne à sa route.

 « Un héros aujourd’hui, un vaurien demain »
dit un proverbe québécois.

Si vous êtes dans la région de Bordeaux le 23 novembre à 20h et plus précisément du côté de la Causerie des Chartrons, venez discuter avec Brigitte, Chris, Laure et moi sur les héros des temps modernes…

 

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La désobéissance des pouces

  • Trois ans de cogitations intenses, d’arrachages de cheveux…
  • 5 kilos en sodas sucrés, chocolats et autres boosters caloriques de neurones…
  • 27 crayons, 3 arbres, 2 ordinateurs…

Mais ça y est !

Mon recueil de nouvelles, La désobéissance des pouces, a pris son envol vers les maisons d’édition.

Bien sûr, il y a plus d’auteurs de nouvelles en France que de lecteurs et les éditeurs sont plutôt frileux  pour investir dans ce genre quand on n’a pas un nom connu. Donc je ne m’attends pas à ce qu’il soit reçu à bras ouverts dans les comités de lecture.

Mais je passe ma vie à inventer des histoires, à mettre toute mon énergie pour faire rêver les autres (vous chers lecteurs). Alors pourquoi ne pourrais-je pas y croire pour moi-même ?…

passeport

Rien que pour vos yeux, le pitch du recueil.

Deux mille ans que l’histoire a remisé ses antiquités, que les chaînes n’enserrent plus nos cous, qu’elles n’entravent plus nos chevilles et ne broient plus nos pouces.

Depuis la Révolution, nous naissons « libres et égaux en droits » mais nous arrivons toujours au monde suspendus à un cordon ombilical… Une fois délivrés, nous sommes nombreux à nous dire prêts à mourir pour défendre ces libertés promises. Un rêve qui a marqué les pages de notre histoire en lettres de sang.

Aujourd’hui, les marques ostentatoires d’asservissement ont disparu… mais peut-être sont-elles simplement devenues indolores au point que nous ne sentons plus leur poids ?

Ce recueil est né de nombreuses questions qui me tourmentent régulièrement. Non pas sur la liberté dans le monde, mais sur notre latitude en tant qu’individu à exercer notre droit à vivre notre vie. À travers le temps, comment se mesure ce droit ? Par l’évolution de notre espace de liberté ou par les sanctions encourues à en franchir les limites ?

En clair,
que risquent ceux qui osent s’affranchir de leurs carcans ?

C’est cette question j’ai choisi d’explorer en tant qu’auteure.

Au travers d’histoires courtes comme la vie, ce recueil raconte le destin ordinaire d’hommes et de femmes qui, chacun à leur manière, refusent de porter les chaînes qui leur étaient préparées et qui osent tout pour tracer leur route. Quel que soit le prix à payer…

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Dernier jour

Il y a 10 ans, jour pour jour, un ciel bleu comme aujourd’hui, on me découvrait une tumeur maligne… Pronostic de survie pour un cancer au poumon : 1 sur 10.

J’ai cru que c’était mon dernier jour.

Anniversaire indésirable. Je ne veux pas y penser, ne peux m’en empêcher. Je respire à fond. Rejeter les pensées négatives, me concentrer sur l’ici et maintenant. Sur la petite sortie que je me suis concoctée à Lille. Voir enfin le Furet du Nord et les bouquinistes sous la grande halle.

Lille, le Grand Nord pour une bordelaise. J’allume la télé pour savoir à quel point il fera froid. Je n’aurais pas dû. Coincée entre le virus de la grippe et la promesse pré-électorale d’une virgule de plus pour les bas salaires, l’info m’arrive comme une douche glacée : « La menace terroriste se situe à un degré très élevé. La police a déjoué une tentative d’attentat… »

Est-ce mon dernier jour ?

Mon escapade prend la couleur et l’odeur de la peur. Ça pue la peur. Même quand le ciel est bleu.

Je voulais juste savoir le temps qu’il ferait, si je devais mettre un chemisier ou un pull… Là, je n’ai plus qu’une envie : enfiler un gilet pare-balles ou mieux, rester en pyjama et me recoucher.

Hors de question. Si c’est mon dernier jour, je veux le vivre debout. Je m’habille, mets une culotte un peu sexy mais pas trop (conseil de grand-mère : on ne sait jamais, si je suis blessée). Je me maquille en prenant mon temps, claque la porte de mon appartement.

Dans le métro, un panneau rouge clignote : « Colis suspect, ligne 2 interrompue ». La ligne pour aller Gare du Nord. Un signe pour que je renonce à ce voyage et reste chez moi, en sécurité ? Ne pas faire demi-tour. Si je tourne les talons, quelque chose en moi mourra.

Est-ce mon dernier jour ?

J’entre dans la bouche du monstre souterrain. J’ai la trouille. Oui je l’avoue. Une trouille qui me colle aux basques, visqueuse et indélébile. Couloirs du métro comme voie du destin. Est-ce qu’on monte à l’échafaud en escalator ?

Gare du Nord, 8h45. Je passe devant les militaires, contourne les douaniers. La peur en bandoulière, la foule est mon ennemie. Mon train est annoncé voie 9. En numérologie, c’est le chiffre de la synthèse, la fin du cycle.

Est-ce mon dernier jour ?

J’attends le départ. Envoie un sms à l’homme de ma vie, un autre à mes enfants.

Short message pour dire je t’aime.

Au cas où ce serait mon dernier jour…

20160615Jetaime