Terra Incognita

Dans les temps anciens, les cartographes dessinaient le monde connu et désignaient les autres territoires Terra incognita.

Dans l’imaginaire collectif, ces zones inexplorées étaient peuplées de monstres et de créatures puissantes qui terrifiaient les uns et fascinaient les autres.

Au fil des siècles, il semblerait que nous ayons parcouru chaque parcelle de notre terre. Il nous reste les grands fonds pollués et une voie lactée de plus en plus embouteillée (oui je sais elle était facile).

Alors, aujourd’hui, 21e siècle de notre aire ère, que reste-t-il à explorer ? Que reste-t-il pour nous fasciner et nous faire rêver ?

Ma réponse fuse, évidente : la page blanche bien sûr…

Le point de départ de chacun de mes voyages dans les synapses frétillants de mon cerveau. Mon camp de base pour partir en exploration, à la découverte de nouvelles histoires à inventer. Au programme : aventure et inconnu…

Et vous, quel est le territoire insoupçonné que vous explorez ?

Publicités

Fenêtre sur la Lande

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte.
Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet
et 10 ans prison pour avoir blogué.

=============

Une lettre est arrivée dans ma boite peu avant Noël. Nan pas de Renan Luce ! De la médiathèque de Mably, un concours de nouvelles auquel j’avais participé. Je me suis dit que c’était un courrier de refus et je l’ai ouverte sans enthousiasme. C’est bien connu, les réponses positives n’arrivent jamais par la poste !

Je l’ai ouverte donc. Sans enthousiasme donc.

Le jury de notre concours… Bla bla bla… « Fenêtre sur la Lande ». Oui c’est bien mon titre… Bla bla bla… le 2ème prix en sujet libre…

Mon texte qui reçoit un prix !!! Je n’en croyais pas mes yeux.

Un merveilleux cadeau reçu à quelques jours de Noël. D’autant plus précieux que j’ai écrit cette histoire à un moment où je doutais, empêtrée dans la structure de mon futur roman, avec des personnages qui résistaient. Menace, corruption, séduction… Rien n’y faisait !

J’ai donc écrit cette nouvelle, très noire, ce qui en dit long sur ma joie de vivre à ce moment-là ! Et c’est cette histoire née de la déprime qui a été primée !

Tous les lauréats étaient invités à la remise des prix. Passé le premier élan, j’ai beaucoup hésité. Hôtels réquisitionnés par le Salon de la Gastronomie à Lyon, alerte orange sur le département à cause des chutes de neige… Tout était prétexte pour ne pas y aller.

Et rien n’était de ma faute. Qu’y puis-je si les éléments se liguaient contre ce voyage ?

En réalité, il n’y avait qu’un seul véritable obstacle : le trac !

Incompréhensible alors qu’il n’y avait plus d’enjeu. J’ai mis du temps à percuter que c’était la première fois que j’allais rencontrer des gens, des vrais. Des lecteurs sortis de l’abstraction, des individus en chair et en sang qui auraient lu de mes mots.

M’exposer au travers de mes écrits est une chose, me présenter en personne en est une autre !

Il m’a fallu plusieurs coups de pieds au c…  de mes proches pour me faire violence et me décider à bouger. Comme par hasard, j’ai facilement trouvé une chambre et me voilà partie sans peur –ou presque– affronter les « givrards brouillants » d’Auvergne.

Et je ne regrette rien. Loin de là !

Je suis très fière d’avoir été sélectionnée pour cette 25ème édition et très heureuse d’avoir participé à l’événement. Malgré ce léger bafouillis quand les remerciements minutieusement préparés sont soudainement passés à la trappe (ce qu’on appelle un trou !).

De beaux échanges autour d’un verre (là ça allait mieux) avec le public et les organisateurs du concours : les élus porteurs de cette volonté de diffuser la culture et la liberté d’expression, les membres du jury. 40 personnes mobilisées pour lire près de 300 textes, tous bénévoles, tous passionnés. Un grand merci à eux pour nous offrir ces fenêtres sur textes.

De belles rencontres avec les autres lauréats. Une occasion de partager des univers différents avec pour passion commune, l’écriture d’histoires :

  • Martine qui met en scène le déluge au Paradis,
  • Michel ménageant une rencontre entre Charlemagne et un prisonnier
  • André et son TGV du 23ème jour
  • Sans oublier le petit garçon de mon « Fenêtre sur la lande »

Pour découvrir tous ces textes c’est ici, en accès libre sur le site de la médiathèque de Mably !

Fenetre_lande

Premier roman & Chocolat

L’édition d’un premier roman, c’est comme manger du chocolat.

Au début était le carré. La couleur chaude, l’odeur musquée… Déposer le morceau sur sa langue, le laisser fondre lentement. Il tapisse la bouche, imprègne le palais. Je le sens m’envahir, spirale de douceur, papilles languissantes vers une extase que je recule autant que je peux. Parfois, le désir est trop fort. Impossible à contenir. Croquer à pleines dents, concasser les noisettes, émietter le cacao…

chocolat

Un plaisir à savourer avec modération sous peine de voir ces petits carrés s’incruster sur les hanches pendant des années !

Quel rapport avec un premier roman, me direz-vous ?

J’ai envoyé  « Sans traces apparentes » à plusieurs éditeurs, nationaux, locaux… Depuis la fin de l’été, je reçois des retours plutôt positifs : « Des personnages attachants », « une bonne maîtrise du suspense »…

Autant d’encouragements pour cette histoire qui m’a accompagnée près de trois ans. Et qui a une grande importance à mes yeux. On a raison de dire qu’il y a beaucoup de soi dans un premier roman. On y met plus que son cœur, on y dépose son âme…

Malgré ces appréciations positives, le manuscrit ne semble pas s’inscrire dans une ligne éditoriale. Les refus s’accumulent sauf si je propose une version simplifiée de l’intrigue ou si je modifie la fin. Des modifications majeures… Que je peux apporter oui. À condition de renoncer à mes petites chéries. Je comprends seulement maintenant le sens de cette formule. Je la croyais attachée à des effets de style, j’ai déjà beaucoup travaillé sur ce plan et élagué ce qui était trop fleuri dans mon écriture. Mais là… les modifications demandées remettent en question le message central de mon texte.

Me voilà donc devant un choix cornélien. Garder intact le sens de l’histoire telle que je voulais la donner à lire et prendre le risque qu’elle ne soit jamais éditée ? Ou orienter mon récit vers une forme plus « bankable » pour qu’il soit donné à lire au plus grand nombre ?

J’y ai réfléchi sérieusement. Mais malgré mon immense envie de voir cette histoire vivre une aventure éditoriale, j’ai décidé de respecter mes intentions de départ, celles qui m’ont poussé à écrire cette histoire. Je n’ai aucune envie d’avoir ce premier roman sur le cœur et les hanches pour les dix ans à venir parce que j’aurais cédé aux sirènes d’une édition qui ne me ressemble pas…

Et vous savez quoi ? La semaine prochaine, j’ai rendez-vous avec une éditrice qui a aimé ce manuscrit inclassable. Je vous raconte tout très bientôt.

Suite au prochain épisode !

Avatar_ET

La magie des histoires

Quand j’ouvre un livre pour me détendre, c’est souvent une fiction. Pourquoi ? Parce que les (auto)biographies collent trop au réel. Parce que ce réel est souvent aussi triste qu’une tragédie grecque. Et surtout, parce que l’auteur est guidé par un souci de vérité qui laisse rarement la place à l’enchantement.

Magie et merveilleux ne sont pas réservés aux contes de fées ou à la fantasy. Dans toutes mes histoires, il y a une part de cette magie ordinaire qui papillonne autour de nous, visible seulement lorsqu’on y prête attention. Synchronicité, kharma, hasard… Que chacun l’appelle comme il veut.

Jusqu’à présent, je n’osais pas explorer ce domaine, je restais à l’entrée, les pieds sur le paillasson. Pour être honnête, je craignais de passer pour une allumée. Je viens de lire 3 interviews d’auteurs qui mêlent résolument la magie à leurs récits pourtant ancrés dans un univers parfois misérable.

Dominique Batraville (L’Ange de charbon, ed. Zulma)
Trouver la magie pour dépasser le tragiqueDominique-Batraville

Écrivain et comédien haïtien, il utilise le réalisme merveilleux pour doser la tragédie du séisme de 2010 et permettre une proposition allégée du drame quotidien d’un pays appartenant au Tiers-Monde. « On s’invente tous un imaginaire pour passer entre le tragique et le merveilleux ».

Alexis Zentner (Les Bois de Sawgamet, éd. Lattès, O. Henry Prize) Explorer le rapport de chacun à la magie

Alexi-ZentnerAméricain d’origine canadienne, l’écrivain explore la perception du magique selon l’âge : « Ce qui était magique lorsque nous étions petits fait partie des aléas de la vie lorsque nous vieillissons. Un jour, ma famille et moi logions dans un très mauvais hôtel, dans lequel je m’attendais presque à découvrir des cadavres. Tout à coup, ma fille de trois ans s’est exclamé « Il y a du savon ! ». Pour elle, c’était de la magie ».

Rene Denfeld (En ce lieu enchanté, éd. Fleuve) Rene Denfeld
Se libérer de nos prisons par le merveilleux

Journaliste et enquêtrice spécialisée, elle écrit sur les couloirs de la mort, car elle veut « célébrer la beauté et les merveilles que l’on peut trouver dans ces lieux. Les personnages fantastiques de mon roman sont un moyen pour le personnage qui les invente de s’échapper de l’atmosphère sordide. Nous vivons tous dans nos prisons de remords et d’angoisses dont nous essayons de nous échapper ».

Visions intéressantes n’est-ce pas ?
J’ai mis ces livres sur ma liste de 2015. Et j’ai pris une bonne résolution de Noël : il y aura de la magie dans mon prochain roman : Le secret du wumpa !

(interviews et photos extraits de l’article d’enviedecrire.com du 19/12/2014)