Mon salon du livre 2018

Il était une fois, dans un hangar merveilleux, quelques milliers de visiteurs pressés dans des allées recouvertes de moquette rouge qui colle aux chaussures. Tous ces visiteurs venaient :

  • voir les 4ème de couverture s’animer,
  • côtoyer des écrivains pas morts,
  • respirer le bon air de l’encre et du papier,
  • faire quelques expériences inédites dans l’univers des mots,
  • agrandir sa collection de signatures…

Je n’ai fait la chasse ni aux dédicaces ni aux selfies. Mais j’ai exploré les livres, je me suis perdue dans les allées, quelque part entre le Québec et l’Afrique, j’ai parlé aux gens, les connus les pas connus… et vécu des merveilles ! Allez, je vous raconte tout !

Épisode 1 – Rencontre avec le nouvel éditeur de Sans traces apparentes

Ma première visite a été pour mon nouvel éditeur bien sûr !
Sans traces apparentes va de nouveau être disponibles dans toutes les librairies et j’en suis super heureuse.

Mais chut… c’est un secret ! Et c’est super dur de ne rien pouvoir vous dire encore. Mais promis, dès que je peux, je vous dis tout !

 

Épisode 2 – L’Afrique au coin d’une allée

Danse au son des djembés
Gaieté fulgurante,
improvisée,
profonde…

Épisode 3 – Poésie québécoise

Écouter de la poésie québécoise, plongée au cœur des forêts d’érable enneigées, grâce à la magie de la réalité virtuelle en 360° panoramique. MAGIQUE !!!

Épisode 4 – Conférences et tables rondes

Des conférences sur plein de sujets, sur les faits divers en écriture, sur l’acte d’écrire posé dans le monde, sur les évolutions du livre… Et aussi des tables rondes même quand elles sont carrées, comme a plaisanté Grégoire Delacourt ! Carrément passionnant ! Avec un gros coup de coeur pour le témoignage de Kamel Daoud.

Épisode 5 – Atelier d’écriture

Le TOP ! Venir à une conférence sur l’écrivain à sa table et le syndrome de la page blanche… et se retrouver plongée dans un atelier d’écriture animé par Grégoire Delacourt et Mohammed Aïssaoui !!!

La consigne : écrire un texte à partir de 8 mots choisi par le public.

Mon texte
Delphine

Delphine était née dans la colère.

Une grande poussée un soir
à l’ombre d’une Tour Eiffel libérée.

Dans un même élan, sa mère lui donnait la vie et son père tuait le chat.
Au cas où quelqu’un l’entendrait l’appeler Pétain dans un moment d’enthousiasme éthylique.

Leur grande terreur était d’être traînés sur le boulevard Haussmann devant le peloton. Ils voulaient bien tout subir, la tonsure, les chaînes, le fouet… mais ils ne voulaient pas mourir.

Alors, ce chat ils l’avaient tué et cette enfant, ils l’avaient gardée.
L’habillant de violet pour ne jamais oublier comment elle avait été conçue.

Pour moi, le meilleur moment du salon !!!
Je n’ai pas assez de points d’exclamation pour le dire !!!

Épisode 6 – La dictée

À l’heure où l’on taille les livres à la serpe pour supprimer passés simples et descriptions, la dictée 2018 en appelle aux aïeux…

Animée par Daniel Picouly, écrite par Jean-Joseph Julaud (Cahier de dictée pour les nuls)
avec un titre en hommage à Johnny Hallyday :

« Quoi l’aïeul ? Qu’est-ce qu’il a l’aïeul ? »

Voilà mille trente et un ans, en neuf cent quatre-vingt-sept, dans l’édifice cathédral de Noyon, Hugues Capet recevait des mains d’un archevêque les insignes choisis pour qu’il devînt roi des Francs : les régalia sacrés.

La même année, à deux mille cinq cents kilomètres à l’est de Paris, dans la ville de Kiev, le grand-prince Vladimir Ier au truculent bagou épousait la sœur de deux empereurs byzantins, Anna. C’était la seule femme qui, selon lui, rassemblât autant de qualités que les quelque huit cents volubiles concubines desquelles il se séparait.

Kiev fut, dès l’an neuf cent, la halte favorite des Scandinaves qui, descendant le fleuve Dniepr, allaient échanger leurs ambres jaune mordoré jusqu’à la mer Noire, chez les Byzantins, contre des pièces de soierie, ivoire et carrées, de l’or et du miel. Ces rameurs d’eau douce, nommés « rus » dans leur langue, ont donné leur nom à la Russie.

Suite de la dictée pour les adultes :

Revenons à Vladimir. On sait qu’avant Anna s’étaient succédé dans ses amours multipliées force jeunes élues, dont l’une donna naissance au nouveau grand-prince de Kiev. Celui-ci épousa une princesse suédoise aux yeux mauves. Trois nouveaux-nées à la chevelure auburn et cendrée égayèrent bientôt leur ménage. À la plus belle qui fût échut le prénom Anne.

Pendant ce temps, Hugues Capet et son épouse Adélaïde, après avoir rangé les régalia, s’étaient empressés d’assurer leur postérité au sein de leur royaume. Robert fut le prénom de leur seul garçon qui lui-même engendra un fils sur la tête duquel fut déposée, lors de son sacre en 1027, la couronne à spinelle purpuracé, aux rubis corallins et rubescents : Henri Ier.

Et qui donc épousa Henri à l’apogée mérité de sa gloire en 1051 ? Vous le devinâtes à l’instant : Anne de Kiev, de sorte que tous les rois de France jusqu’au dernier, depuis cette reine russe, ont pour aïeul Vladimir Ier !

J’avoue, j’aurais fait plein de fautes. Et vous ?

Voilà, c’est déjà fini ! Derniers bisous aux copains et aux copines qui étaient en visite ou en dédicace…

Vivement l’année prochaine !!!

 

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Destin : héros

Au début de chaque histoire, il y a une idée… Non en fait, il y a des dizaines d’idées, des centaines, que dis-je des milliers !

Elles sont là, elles tournent en rond dans les têtes, s’échappent parfois et alors on peut les voir voler, portées par un souffle volatile. Atteignant les hauteurs, reflétant des rayons de lumière, magnifiques de pureté… Jusqu’à ce qu’elles éclatent au contact d’une autre idée, ou d’une sombre réalité. Bulles déchiquetées dont il ne reste rien que quelques gouttes humides, effacées d’un revers de main.

Une idée qui ne s’incarne pas est vouée à l’oubli. Pour exister dans ce monde de chair et de larmes, il lui faut un corps, une voix, des émotions… Bref ! il lui faut un personnage.

En dehors de la période du nouveau roman, les histoires ont toujours été portées par des personnages, casting virtuel dont le héros est la vedette. Mais qu’est-ce qu’un héros ?

Des dramaturges grecs à Shakespeare en passant par les chevaliers du Moyen-Âge, le héros tragique a longtemps occupé la première place. Sous les yeux des spectateurs, il courait à sa perte, cet « être particulièrement résigné à la cohabitation avec toutes les formes et tous les monstres de la fatalité » (Jean Giraudoux). Quel que soit le choix qu’il faisait, impossible d’éviter la chute promise.

La rupture avec les critères du classicisme a vu apparaître d’autres archétypes de héros, des héros rebelles, des anti-héros, des héros du hasard, ceux du quotidien… Mais sont-ils vraiment si différents des héros tragiques ? Albert Camus voyait dans les héros ceux qui ont « notre langage, nos faiblesses, nos forces », « un univers ni plus beau ni plus édifiant que le nôtre », mais héros parce qu’ils « courent jusqu’au bout de leur destin ».

Ainsi, le héros serait destiné à être un héros dès sa naissance et tout serait déjà écrit ?

Je ne crois pas que les héros existent dans l’absolu. Même ceux avec des super pouvoirs. Je crois profondément qu’on ne naît pas héros mais qu’on le devient face à une situation inacceptable.

Le héros, c’est cet individu décrit par Albert Einstein « conscient, debout et déterminé » qui se dresse seul devant le pouvoir parce qu’il refuse de se soumettre. Mais du côté obscur de l’humour, ce peut être aussi ce « fanatique prêt à faire le sacrifice de vos vies pour le triomphe de ses préjugés » (Albert Brie).

Bref ! Pour moi, le héros, c’est l’étincelle d’un instant qui ne reviendra peut-être jamais. Mais c’est par lui que l’histoire avance, quel que soit le sens qu’il donne à sa route.

 « Un héros aujourd’hui, un vaurien demain »
dit un proverbe québécois.

Si vous êtes dans la région de Bordeaux le 23 novembre à 20h et plus précisément du côté de la Causerie des Chartrons, venez discuter avec Brigitte, Chris, Laure et moi sur les héros des temps modernes…