La désobéissance des pouces

J’avais dit pouce cet été pour faire un break mais aussi pour consacrer plus de temps à l’écriture.

Et voici le résultat, il vient d’arriver.

Un beau bébé de 140 pages. La couverture, que j’adore, a été dessinée par Cécile Brunet, mon amie et complice dans de nombreux projets, mais ceci est une autre histoire…

Allez, je vous fait le pitch ?

« Naître suspendu à un cordon ombilical dont il faut être délivré pour pouvoir respirer, voilà une bien étrange façon d’arriver dans un monde soi-disant libre.

Carmadoc, Sophir, Mira, Anthony, Kham, Théo…

Au travers de sept récits courts comme la vie, ce recueil raconte l’histoire de femmes et d’hommes qui, chacun à leur manière, ont bravé les règles imposées pour suivre leur voie. Quel que soit le prix à payer… »

Pourquoi la symbolique du pouce ? Après la station debout, c’est le pouce qui nous a donné la capacité de saisir ce dont nous avions besoin. Or, qu’y a-t-il de plus précieux que de prendre en mains notre vie ?

Le pouvoir d’agir

Dans ce recueil, j’ai exploré la notion de liberté dans le sens de « pouvoir agir » et son évolution à travers le temps. Depuis l’an zéro jusqu’à… bien après nous.

Ce qui m’a intéressée, en tant qu’auteur, ce n’est pas seulement d’observer si nos latitudes s’étaient agrandies, une cage reste une cage, quelle que soit sa taille. Non ce qui m’a intéressée plus particulièrement, c’est de voir si les sanctions à dévier des routes préétablies s’étaient estompées sous l’effet de ce que l’on appelle, la civilisation.

Des histoires d’aventure et d’amour

Ces notions de liberté et de pouvoir d’agir n’ont pas donné naissance à un recueil d’essais. Je n’ai aucune prétention philosophique. Mais elles m’ont inspirée des histoires où les personnages passent à l’action et prennent leurs libertés en mains. Aventures, romances… Certaines histoires sont des nouvelles, d’autres sont des mini-romans. Toutes ont un point commun : vous proposer des lectures d’évasion !

Le recueil est disponible en version brochée et dédicacée, en me contactant en message privé OU en version numérique sur Amazon.

Bonne lecture 🙂

 

 

PS : Si vous avez aimé le recueil, n’hésitez pas à laisser un commentaire sur Amazon, Babelio, où vous voulez… Merci d’avance 

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L’inconnu au fond du wagon

Je m’appelle Zélie et j’ai 39 ans. Je ne le sais pas encore, mais je m’apprête à faire quelque chose d’irréparable.

Hier soir, ma vie s’est écroulée mais pour l’instant j’agis comme si de rien n’était. Je suis en route pour mon travail, ou plutôt je suis en rail, dans un wagon du RER B. RER… rail… déraille… Un rire nerveux m’échappe. Je le réprime derrière ma main. Geste inutile car tous les passagers sont accrochés à leur smartphone ou leur livre. Leurs yeux sont baissés, aveugles au monde et à ma douleur. Comme une envie de hurler pour voir ce qui se passerait.

Le RER s’arrête à intervalles réguliers, de plus en plus rapprochés à mesure qu’on gagne le centre de Paris. Quand les portes s’ouvrent, l’espace ondule en immenses contractions qui expulsent ou laissent entrer les voyageurs. Cette image étrange peut surprendre, mais je suis sage-femme. La vision d’un utérus au travail me vient naturellement.

Depuis près de quinze ans à la maternité Port-Royal, j’aide les femmes à mettre au monde leur bébé. Singulier ou pluriel, chétif ou joufflu, de toutes les couleurs… En quinze ans, j’ai accueilli dans mes mains des centaines de nouveau-nés.

Et pendant cette même période, je ne suis pas tombée enceinte une seule fois.

La nature ou Dieu, ou Qui-sais-je (mais quand je le saurai, j’aurais deux mots à lui dire)… Le Grand X donc, m’a affublée de mains d’accoucheuses et d’un ventre stérile.

Voilà ma réalité –ou plutôt ma fatalité. Les technologies les plus avancées ont échoué dans mon cas. Je ne peux et ne pourrai jamais concevoir.

Reste la question de l’adoption me direz-vous. Comme le disent d’ailleurs ma famille, mes amis, voisins, collègues et comme le dirait tout inconnu à qui j’oserais me confier dans un élan de désespoir ou d’éthylisme.

Sauf que Paul refuse catégoriquement. Entré dans les quarantièmes rugissants de l’âge, une carrière qui sera bientôt prestigieuse… Élever l’enfant d’un autre ? Non merci.

« Non merci » : formule polie qui enrobe l’ultimatum asséné hier par Paul. Il est arrivé par surprise à la fin de l’une de nos habituelles discussions, stériles elles aussi, celles où nous ne faisions que décider d’attendre encore. Cette fois, Paul a tranché et mes espoirs sont tombés en morceaux.

Je dois maintenant choisir entre celui qui partage ma vie depuis quinze ans et mes espoirs d’avoir enfin un enfant à bercer dans mes bras. Un choix qui n’en est pas un car si je persiste dans mon idée d’adopter le bébé que mon ventre ne peut accueillir, Paul me quittera. Et je me retrouverai dans la catégorie « femme seule » à qui le système ne confiera pas d’enfant. Je suis bien placée pour le savoir.

Le RER glisse sur les rails et mes pensées dérapent dans le vide. Je tente de les retenir. Les kilomètres défilent. Encore quelques stations et j’arriverai à Port-Royal. Je descendrai l’escalator jusqu’à la rue, direction la maternité.

Je passerai d’un ventre rond à un autre. Je rassurerai, j’encouragerai. Je joindrai mon sourire à ces visages radieux, conscients de participer au grand mouvement de la vie.

Mes mains se posent sur mon ventre vide… Pourquoi pas moi ? Pourquoi je ne peux pas, moi aussi, contribuer à la survie de l’espèce. À quoi me sert ma vie ?

Les questions tournent et se bousculent. Cacophonie bruyante, ma vision se trouble, je me prends la tête à pleine mains, j’ai mal, dans mon ventre des flèches brûlantes me transpercent, je ne peux plus respirer…

J’ai peur, je me fais peur… Je pourrais faire quelque chose d’irréparable.

Démissionner et quitter Paul, partir à l’autre bout du monde, recueillir tous les chiens sans colliers de Paris, sauter du haut d’un pont les bras tendus, ou sur ces rails qui défilent… Je me lève. Bouger pour que la douleur s’arrête. M’éloigner de ces pensées dangereuses. Vers le fond du wagon, il y a moins de monde…

C’est là que je le remarque. Encore haletante, le cœur sur le point d’exploser. Je vois ce sac plastique gris foncé posé dans un coin. En face, deux hommes sont absorbés dans une discussion acharnée.

Le sac se met à bouger. Je m’approche. Lentement. Je l’entrouvre. Prudemment.

Emmitouflé dans une couverture élimée, deux grands yeux encore ensommeillés me regardent. Une petite bouche en forme de cœur s’ouvre et se ferme, cherchant un sein qui n’est pas là. Je le prends dans mes bras, il sent bon la crème pour bébé. Je lui offre mon annulaire. Il l’attrape goulûment entre ses gencives édentées et bavouille en le serrant très fort.

Mon cœur joue au tamtam dans ma poitrine. Je me tourne vers le wagon et dit à voix haute.

– Est-ce que ce bébé est à quelqu’un ?

Regards surpris, hochements négatifs. Une vieille femme me rejoint.

– Vous avez trouvé un bébé ?

Je hoche la tête en désignant le sac vide dans le coin. La vieille femme caresse la petite joue d’un doigt noueux et ramasse le sac pour en fouiller le contenu. Je n’y avais même pas pensé !

– Vous avez trouvé quelque chose ? Un nom, une lettre ?

– Non, seulement quelques vêtements et un biberon. Il faut appeler la police.

Mes doigts se crispent sur la couverture. La vieille femme a raison, il n’y a rien d’autre à faire. Le train diminue sa vitesse. Prochaine station : PORT-ROYAL. Je suis arrivée.

– Je m’en occupe. Je suis sage-femme à Port-Royal et malheureusement, ce sont des cas qui arrivent. Je sais comment procéder.

– Oh très bien. Ça arrive souvent ?

– Trop.

Regards entendus, le débat est clos. La sirène retentit. La porte se referme. Un dernier sourire rassurant à la vieille femme par-delà la vitre et je remonte le quai, le petit corps contre mon cœur. Encore quelques instants… si fugaces soient-ils. Provision de souvenirs pour l’avenir.

Je descends l’escalator jusqu’à la rue. Après la chaleur du train, le froid me fait l’effet d’une gifle. Il a le mérite de me dégriser. J’avance, le commissariat n’est pas très loin. Il faut qu’on retrouve ses parents, qu’on sache pourquoi on a laissé ce petit ange dans un sac plastique couleur poubelle ?

Le bébé remue, il s’agrippe à moi, confiant.

– Pardon, je te demande pardon.

Je pleure mais je sais que je vais le faire, ce quelque chose d’irréparable. Je vais rebrousser chemin. Remonter l’escalator vers le RER. Direction ailleurs, ensemble.

En hommage à toutes les femmes qui n’ont pas pu accueillir un enfant dans leur vie alors qu’elles le souhaitaient.

La désobéissance des pouces

  • Trois ans de cogitations intenses, d’arrachages de cheveux…
  • 5 kilos en sodas sucrés, chocolats et autres boosters caloriques de neurones…
  • 27 crayons, 3 arbres, 2 ordinateurs…

Mais ça y est !

Mon recueil de nouvelles, La désobéissance des pouces, a pris son envol vers les maisons d’édition.

Bien sûr, il y a plus d’auteurs de nouvelles en France que de lecteurs et les éditeurs sont plutôt frileux  pour investir dans ce genre quand on n’a pas un nom connu. Donc je ne m’attends pas à ce qu’il soit reçu à bras ouverts dans les comités de lecture.

Mais je passe ma vie à inventer des histoires, à mettre toute mon énergie pour faire rêver les autres (vous chers lecteurs). Alors pourquoi ne pourrais-je pas y croire pour moi-même ?…

passeport

Rien que pour vos yeux, le pitch du recueil.

Deux mille ans que l’histoire a remisé ses antiquités, que les chaînes n’enserrent plus nos cous, qu’elles n’entravent plus nos chevilles et ne broient plus nos pouces.

Depuis la Révolution, nous naissons « libres et égaux en droits » mais nous arrivons toujours au monde suspendus à un cordon ombilical… Une fois délivrés, nous sommes nombreux à nous dire prêts à mourir pour défendre ces libertés promises. Un rêve qui a marqué les pages de notre histoire en lettres de sang.

Aujourd’hui, les marques ostentatoires d’asservissement ont disparu… mais peut-être sont-elles simplement devenues indolores au point que nous ne sentons plus leur poids ?

Ce recueil est né de nombreuses questions qui me tourmentent régulièrement. Non pas sur la liberté dans le monde, mais sur notre latitude en tant qu’individu à exercer notre droit à vivre notre vie. À travers le temps, comment se mesure ce droit ? Par l’évolution de notre espace de liberté ou par les sanctions encourues à en franchir les limites ?

En clair,
que risquent ceux qui osent s’affranchir de leurs carcans ?

C’est cette question j’ai choisi d’explorer en tant qu’auteure.

Au travers d’histoires courtes comme la vie, ce recueil raconte le destin ordinaire d’hommes et de femmes qui, chacun à leur manière, refusent de porter les chaînes qui leur étaient préparées et qui osent tout pour tracer leur route. Quel que soit le prix à payer…

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Ecrire un cri

Quelle différence faites-vous entre la peinture et la peinture ?

Dans le premier cas, la peinture est un loisir créatif. Objectif : se faire plaisir en créant, s’offrir une œuvre sur le mode du do-it yourself. Dans le second cas, on représente sa vision du monde à grands traits de couleurs et de formes.

Le cri, Edvard Munch

Le cri, Edvard Munch

En écriture, c’est le même schéma. On peut écrire pour soi, pour le plaisir de jouer avec les mots ou les idées. Certains auteurs disent avoir écrit leur premier livre pour trouver l’histoire qu’ils auraient voulu lire. Au-delà, il y a aussi ceux qui écrivent, peignent, sculptent… parce qu’ils ont quelque chose à exprimer. Parce que s’ils ne le font pas, leur cri intérieur les étouffe.

Écoutez la rage des rappeurs, ressentez les déclarations d’amour des poètes, entendez leur appel aux armes ou aux larmes. Ils connaissent cette « impérieuse nécessité », écrire pour vivre libre.

Entraves et Liberté

C’est précisément cette notion de liberté qui m’anime. La liberté et bien sûr son frère ennemi, l’esclavage. Sous toutes ses formes. Que les chaînes soient forgées dans l’acier le plus dur ou qu’elles soient immatérielles.

La conquête de sa liberté devient le thème récurrent de mes récits. Avec Sans traces apparentes, il s’agit de se libérer des dettes du passé. Dans mon prochain livre, je parlerai du risque à oser « vivre sa vie » en dehors des normes. Un jour, probablement, j’écrirai une histoire de révolte.

Hier, 10 mai, journée commémorative de l’abolition de l’esclavage et inauguration du Mémorial ACTe en Guadeloupe. Pour ne pas oublier l’inhumanité des négriers dans un présent où des trafiquants modernes jettent à la mer des cargaisons d’hommes, de femmes et d’enfants.

À cette occasion, je voulais vous partager un extrait du roman Cent vies et des poussières, une chronique douce-amère dans laquelle Gisèle Pineau brosse le portrait d’une Guadeloupe tiraillée entre ses douleurs anciennes et ses fléaux modernes. Ce passage raconte l’histoire de la Ravine Claire, refuge pour esclaves en fuite fondé par deux nègres marrons, Judor et Théophée.

Cent vies et des poussières, Gisèle Pineau – extraitCent vies

   « C’était ainsi en ce temps-là, soupira Marga Despigne, dodelinant de la tête comme un vieux dindon.

   « La traite est abolie dans les colonies françaises depuis 1815. Mais l’esclavage perdure. Il faut quand même des bras pour que le travail se fasse dans les plantations. Le sucre l’exige. Les maîtres n’ont pas d’alternative. Grâce à Dieu, les bougresses font des petits. Les nègres engrossent les négresses pour engraisser le patrimoine du maître et agrandir son cheptel d’esclaves. Plus Misyé Hippolyte a des esclaves, plus il est content pour ses champs de canne, pour son sucre adoré. Et Misyé le maître revend aussi les négrillons nés sur son habitation à d’autres de ses congénères, si le cœur lui en dit, s’il a un besoin d’argent, une dette de jeu, une envie de beau voyage en Europe… Il fait pareil avec ses cochonnets, ses cabrissaux, ses poussins… Tous ses animaux…

   « Auparavant, au temps où Théophée était encore esclave, elle en avait porté six. Six petits nègres, tous propriété de son maître. Elle leur avait donné son lait et les avait vus forcir. Et puis, le cœur déchiré, elle les avait regardés partir. Vendus l’un après l’autre par Misyé le maître qui n’aime pas que ses nègres se prennent à imaginer qu’ils peuvent disposer d’eux-mêmes et des fruits de leurs entrailles. Il se moque bien de ce que les grands juristes – au pays de France – ont écrit dans le Code nègre. Il pisse sur les abolitionnistes qui ruent dans les brancards de l’autre côté de l’Océan, sur le vieux continent. Il a prévenu sa négraille : ‘’Tant que je serai vif, pas un de mes nègres ne pourra se racheter. Faut point s’attacher à ces petiots-là mêmes s’ils sont sortis de votre ventre, ce sont mes biens meubles. Je les loue et je les vends quand ça me chante ! Et compter pas sur un affranchissement ! Et je fouette et je mets à la barre ceux-là qui veulent pas entendre ce langage !’’ À ses yeux, les nègres sont pas plus civilisés que des primates. ‘’Les femelles mettent bas où il plaît à Dieu, sans grande souffrance, comme si elles allaient déféquer, dit-il dans ses conversations de salon. Quant aux mâles, ce sont de bons reproducteurs et ils aiment ça, mes étalons, vous pouvez me croire, copuler c’est leur distraction et leur plaisir après le travail. Et moi, ça m’enrichit’’.

   « Théophée est déjà une vieille femme d’au moins trente-huit ans lorsqu’elle arrive à la Ravine Claire. Et c’est presque un miracle, à son âge, elle est enceinte de son septième enfant. Et celui-là, Seigneur, elle ne veut pas que Misyé le maître Hippolyte le ravisse. Celui-là, elle craint qu’il soit le dernier enfant qu’elle puisse mettre au monde. Celui-là, Mon Dieu, elle veut le garder pour elle toute seule, pour la joie de son cœur. Celui-là, elle veut qu’il naisse libre…

La fenêtre de Milena

Une grosse envie de vous parler de la fenêtre de Milena :

« Vous est-il arrivé une fois de voir derrière les barreaux de sa prison le visage d’un prisonnier ? Un visage découpé par les barreaux en croix ? Alors vous aurez compris que c’est la fenêtre, et non pas la porte, qui ouvre sur la liberté. Devant la fenêtre, il y a le monde. Un visage derrière les barreaux d’une fenêtre est plus terrible qu’un homme derrière une porte verrouillée. Car, à la fenêtre, il y a tout l’espoir de la lumière, du soleil qui se lève, de l’horizon ; à la fenêtre, il y a les désirs et les souhaits. Derrière la porte, il y a seulement la réalité. »

Fenetre_barreaux1Ces phrases ont été écrites par Milena JESENSKA (1896-1944), muse de Franz KAFKA, à laquelle je porte une profonde admiration.

Cet esprit libre a marqué ses billets de voyage d’un ton nouveau pour l’époque. S’impliquant comme témoin de son temps, elle parle volontiers directement à ses lecteurs, leur ouvre plutôt son journal quotidien qu’elle ne leur donne des informations. Son ancrage à gauche, du côté des gens « vrais », ses reportages au style particulier comme une conversation, font vivre le quotidien des rues. Si elle change souvent de journal, elle restera toujours fidèle à sa voix. Elle est pour moi la première des blogueuses !

Engagée au côté de tous ceux qui lui sembleront œuvrer pour la liberté, elle demeure une des figures majeures de l’émancipation des femmes dans l’entre-deux guerres. Elle écrit dans la presse communiste, puis se rétracte et devient une ardente adversaire des dogmatiques à la solde de Moscou, ne pouvant admettre qu’un parti politique vous gouverne jusque dans votre vie privée. Ses critiques, qui assimilent Hitler et Staline, la feront haïr.

Arrêtée en novembre 1939, elle est déportée à Ravensbrück comme opposante et devient l’espoir de toutes les femmes, qui la connaissent et la reconnaissent, et auxquelles elle donne sans compter ses dernières forces pour les aider à survivre. Mutée à l’infirmerie, elle aura la charge des filles atteintes de maladies vénériennes et en sauvera beaucoup, par ses soins, par sa disponibilité à leur écoute.

Epuisée, rongée par la maladie, elle meurt au camp de Ravensbrück le 17 mai 1944.

Milena_JesenskáVoici ce qu’elle écrivait en 1919, décrivant un rêve : « Quelque part lorsque la planète tout entière a été frappée par la guerre, d’interminables trains quittaient la gare l’un après l’autre… le monde se transformait en un réseau de voies ferrées emportant des êtres affolés, des êtres qui avaient perdu leur maison et leur patrie. Enfin, les trains s’arrêtèrent au bord du vide. Contrôle ! tout le monde descend ! hurla un préposé… Un douanier s’approcha de moi. Je regardais son papier déplié. Je lus, écrit en vingt langues différentes : Condamnés à mort. »

Extrait de l’article publié sur le salon-litteraire.com

Femme libre qui écrit

Aujourd’hui, je pense tout particulièrement à la jeune policière lâchement abattue dans le dos. Je pense aussi à Elsa, assassinée lors de l’attentat contre Charlie Hebdo. Juste avant que le terroriste affirme ne pas tuer les femmes. Sa seule exigence ? Qu’elles se convertissent et portent le voile.

Je ne saurai pas quoi faire d’un crayon à dessin, mais je peux prendre mon stylo. Pour exprimer en liberté ce que je suis et ce que je pense.

Aujourd’hui, je marque mon opposition à toutes les dictatures qui veulent asservir les corps et les esprits.

Aujourd’hui, je suis femme, je suis libre et j’en suis fière.

Aujourd’hui et pour toujours, je suis Charlie.

Charlie5

F… comme Fléau

Ferveur de Furieux aux Fondements d’une Foi Falsifiée
Fourragent les Frustrations de Fidèles Fourvoyés, 
Fomentent des Factions de Forcenés Fanatiques

Fustigent la Féminité, Flagellent sa Fierté
Figent ses Formes sous une Forteresse de Fichus et Foulards
Femmes Forçats par Faute d’être Femmes Fertiles

Que personne ne s’y trompe, ce n’est pas un pamphlet contre les musulmans et les musulmanes dont je respecte les croyances. Il s’agit d’un cri contre ceux qui massacrent des innocents et contraignent les femmes, allant jusqu’à les avilir au rang d’esclaves sexuelles dédiées au plaisir de guerriers inhumains.

La goutte d’eau et le rocher

Je suis un auteur sous pseudo (à ne pas confondre avec un pseudo-auteur).

Ce qui ne pas veut dire que je vais parler à cœur ouvert, la main levée sur le stylo. Un auteur qui ne chercherait pas à embellir –ou empirer– l’histoire ? C’est comme un kit Ikea sans vis superflue, ça n’existe pas. Ou c’est mortellement ennuyeux…

Pourquoi confondre ainsi, encore et toujours, l’auteur et son œuvre ? Est-ce que dans la vraie vie on tient la mère responsable de l’enfant, le supporter de la bêtise humaine, le vent d’automne des feuilles et de la pelle ?

Oui ? Vraiment ?
Bon… Si c’est la règle du JE

Déclaration n° 1

JE tiens donc à signaler que tous les faits, lieux et personnages mis en scène dans mes textes sont bien réels et que je ne suis qu’un plagiaire de la réalité.

Déclaration n° 2

JE plaide aussi coupable pour toutes les échappées de mon imaginaire qui ont réussi à franchir le mur de cette même réalité.

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Quand j’ai commencé à écrire ces lignes, je pensais aux proches des auteurs qui essaient de nous reconnaître, nous et eux, à travers nos mots. Je m’amusais de cette manie somme toute sympathique, cherchant quelque part à lui rendre hommage car elle traduit un intérêt réel de leur part pour ce que nous écrivons.

C’est un fait, nos textes contiennent de nombreux fragments de notre personnalité, de nos valeurs et de ce vécu qu’ils partagent. Mais ce n’est qu’une vision parcellaire et tronquée de notre monde, au service d’une histoire qu’il nous était nécessaire d’écrire.

En même temps, nos récits racontent bien une vision du monde, avec notre personnalité, nos valeurs…

C’est pourquoi certains textes effraient autant certains pouvoirs en place qui prônent la pensée unique. Parce que la frontière entre le réel et l’imaginaire peut être poreuse. Parce que les murs les plus épais peuvent être abattus par des mots.

Victoire de la goutte d’eau capable d’éroder le rocher le plus dur. Hommage aux nombreuses gouttes d’eau qui ont succombé pour permettre cette victoire.

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Ce début novembre célèbre la chute du mur de Berlin, il s’inscrit aussi dans un contexte où les étudiants de Hong-Kong réclament l’instauration d’une démocratie et du suffrage universel.

Le romancier japonais Haruki Murakami éclaire le pouvoir des écrivains dans la lutte pour les libertés.

« Pour nous, écrivains, les murs sont des obstacles que nous devons briser. C’est ce que nous faisons, et rien d’autre – métaphoriquement – avec nos histoires. Nous traversons les murs qui séparent le réel et l’irréel, le conscient et l’inconscient. »

Il poursuit : « Nous avons ce pouvoir de l’imagination, comme le chantait John Lenon. Même si cela nous donne l’impression d’être impuissants devant une réalité violente et cynique, cela nous met aussi en position d’imaginer un monde qui est différent de celui actuel. »

Il conclut son message de soutien à ces jeunes qui, aujourd’hui à Hong Kong, luttent contre leur propre mur par cette métaphore : « Le pouvoir de l’imagination, que tout homme possède, nous donne le calme, la persévérance insatiable, de continuer à écrire et raconter des histoires, sans se décourager. »

Si nous perdons parfois de vue ce pouvoir, la censure, elle, n’oublie jamais.
Merci Monsieur Murakami de ce rappel.

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Photo : Hong Kong Umbrella Revolution, Pasu Au Yeung CC BY 2.0

 Source du discours :  Actualitté du 10/11/2014