L’écriture « instinct »

Margaux Gilquin, je l’ai rencontrée d’abord à Bordeaux, dans un charmant petit restaurant à Mériadeck. Ce fut un de ces moments magiques où les paroles de l’une font écho aux pensées de l’autre. Nous nous sommes découvert plein de points communs, mais aussi des visions très différentes, notamment sur l’écriture.

Et que se disent deux auteurs quand ils se rencontrent ? Ils parlent de leurs projets bien sûr, des réponses des éditeurs qu’ils attendent mais aussi de leur manuscrit en cours, de leurs difficultés, de leurs petites manies… On pourrait même parler de nos petits rituels.

Margaux fait partie des auteures qui m’ont donné l’idée de proposer une fenêtre sur les différentes façons d’écrire. Elle inaugure cette série aujourd’hui.

Margaux Gilquin a publié son premier ouvrage aux éditions XO « Le dernier salaire« . Le témoignage d’une femme de 50 ans qui, après une belle carrière, se retrouve exclue du marché du travail et tombe dans la trappe à chômage avec son cortège de contrats précaires et de minimas sociaux. Un cri de colère puissant et sincère qui lui a valu le Prix du Meilleur Ouvrage sur le Monde du Travail 2017, catégorie “Salariés”.

En mars 2017, paraît son nouvel ouvrage « Apprendre à danser sous la pluie« , l’histoire de Laure qui depuis son premier livre phénomène, se partage entre ce Paris flamboyant qu’elle aime tant où elle côtoie journalistes, auteurs, politiques… et la Grande Maison de la douce tante Marthe, le lieu dont elle a besoin pour se ressourcer. Dans ce lieu, Laure va remonter le temps de son enfance jusqu’à ce certain jour de juillet où sa vie a basculé. Une autofiction empreinte de gaieté, de tendresse et d’humour. Une plume sensible et vibrante qui résonne encore, la dernière page tournée.

Car Margaux écrit comme elle courait, très intensément.

Margaux Gilquin, l’auteure « instinct »

Margaux, tu as publié d’abord un témoignage, puis une autofiction. Tu m’as confiée que ces deux livres avaient été écrits « d’un jet » en quelques jours. Peux-tu me raconter comment tu écris ? Tu t’enfermes, tu t’en vas… ?

Comment j’écris… J’écris d’abord dans ma tête. Je fais le plan. J’organise mes chapitres. Je mets tout dans des petites cases là haut 🙂 Ensuite j’écris sur des tas de bouts de papiers, des carnets, des tickets de métro, des facturettes de courses. J’écris sur tout ce que je trouve. Et puis un jour, ne me demande pas pourquoi, je m’assieds à la table, j’ouvre l’ordi et j’écris. Je sors ce que j’ai dans la tête d’un coup, puis je lis mes notes et j’écris au kilomètre. Tout est prêt là haut de toute façon.

Je ne m’enferme pas particulièrement sauf dans ma tête. Je ne m’en vais pas non plus même si je rêve d’écrire dans cette maison que j’ai tant aimée là-bas au bord de la mer, très loin d’ici le long d’une corniche depuis laquelle je voyais mon père partir pêcher avec son petit bateau de plaisancier.

Que se passe-t-il ensuite, après l’écriture ? Est-ce que tu réécris, un peu pas du tout ?

Après l’écriture, je suis malade physiquement parce que sur 10 ou 15 jours, j’ai tout donné de moi, un peu comme l’ancienne coureuse à pieds que j’étais. Je me donne corps et âme. Je suis en état second tu sais. Je sais que je me lave, que je m’habille, que je mange un peu, que je bois beaucoup de thé et de café mais je ne sais plus qui je suis, où je suis, ni si je vis avec quelqu’un ou pas. Je suis absente. Vraiment. Et désagréable. Beaucoup. L’écriture me vide de mon énergie et physiquement quand j’écris le mot « fin », je suis nauséeuse, malade, j’ai les jambes qui tremblent. J’ai besoin de me reconnecter.

As-tu d’autres projets d’écriture ou bien est-ce que tu te laisses porter par tes fulgurances ?

Les deux. J’ai des fulgurances qui font des romans que je qualifie de courts. Des romans de la vie de tous les jours.

Et j’ai un gros projet de livre. Une saga familiale.

J’ai envie de te dire que pour la saga je prends le temps qu’il faut et que peut-être que si je le peux, je m’enfermerai et oui je partirai loin, très loin.

5 questions sur Margaux

 

Dans la peau de quelle personnalité aimerais-tu vivre une journée ? Celle du Président de la République.

Et que ferais-tu ? J’agirai.

Quelle est la question qui te tourmente le matin au réveil ? Pourquoi mon père est il mort ? Où est-il ?

Où étais-tu avant ta naissance ? Dans un château médiéval, j’attendais mon chevalier.

Que dirais-tu à la jeune Margaux le jour où elle a écrit la première page de sa première histoire ? Pourquoi n’as tu pas cru en toi ? Pourquoi as tu écouté les autres, ceux qui te dictaient ta conduite ?

Une citation qui te touche ? « Si vous courez aussi vite que je vous ignore, vous aurez mal aux jambes ». Bon c’est pas très élégant… mais c’est du brut quand je suis agacée par les gens… je n’ai pas de citation tu sais. J’aime certains versets de la Bible et je m’y réfère souvent.

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Mon salon du livre 2018

Il était une fois, dans un hangar merveilleux, quelques milliers de visiteurs pressés dans des allées recouvertes de moquette rouge qui colle aux chaussures. Tous ces visiteurs venaient :

  • voir les 4ème de couverture s’animer,
  • côtoyer des écrivains pas morts,
  • respirer le bon air de l’encre et du papier,
  • faire quelques expériences inédites dans l’univers des mots,
  • agrandir sa collection de signatures…

Je n’ai fait la chasse ni aux dédicaces ni aux selfies. Mais j’ai exploré les livres, je me suis perdue dans les allées, quelque part entre le Québec et l’Afrique, j’ai parlé aux gens, les connus les pas connus… et vécu des merveilles ! Allez, je vous raconte tout !

Épisode 1 – Rencontre avec le nouvel éditeur de Sans traces apparentes

Ma première visite a été pour mon nouvel éditeur bien sûr !
Sans traces apparentes va de nouveau être disponibles dans toutes les librairies et j’en suis super heureuse.

Mais chut… c’est un secret ! Et c’est super dur de ne rien pouvoir vous dire encore. Mais promis, dès que je peux, je vous dis tout !

 

Épisode 2 – L’Afrique au coin d’une allée

Danse au son des djembés
Gaieté fulgurante,
improvisée,
profonde…

Épisode 3 – Poésie québécoise

Écouter de la poésie québécoise, plongée au cœur des forêts d’érable enneigées, grâce à la magie de la réalité virtuelle en 360° panoramique. MAGIQUE !!!

Épisode 4 – Conférences et tables rondes

Des conférences sur plein de sujets, sur les faits divers en écriture, sur l’acte d’écrire posé dans le monde, sur les évolutions du livre… Et aussi des tables rondes même quand elles sont carrées, comme a plaisanté Grégoire Delacourt ! Carrément passionnant ! Avec un gros coup de coeur pour le témoignage de Kamel Daoud.

Épisode 5 – Atelier d’écriture

Le TOP ! Venir à une conférence sur l’écrivain à sa table et le syndrome de la page blanche… et se retrouver plongée dans un atelier d’écriture animé par Grégoire Delacourt et Mohammed Aïssaoui !!!

La consigne : écrire un texte à partir de 8 mots choisi par le public.

Mon texte
Delphine

Delphine était née dans la colère.

Une grande poussée un soir
à l’ombre d’une Tour Eiffel libérée.

Dans un même élan, sa mère lui donnait la vie et son père tuait le chat.
Au cas où quelqu’un l’entendrait l’appeler Pétain dans un moment d’enthousiasme éthylique.

Leur grande terreur était d’être traînés sur le boulevard Haussmann devant le peloton. Ils voulaient bien tout subir, la tonsure, les chaînes, le fouet… mais ils ne voulaient pas mourir.

Alors, ce chat ils l’avaient tué et cette enfant, ils l’avaient gardée.
L’habillant de violet pour ne jamais oublier comment elle avait été conçue.

Pour moi, le meilleur moment du salon !!!
Je n’ai pas assez de points d’exclamation pour le dire !!!

Épisode 6 – La dictée

À l’heure où l’on taille les livres à la serpe pour supprimer passés simples et descriptions, la dictée 2018 en appelle aux aïeux…

Animée par Daniel Picouly, écrite par Jean-Joseph Julaud (Cahier de dictée pour les nuls)
avec un titre en hommage à Johnny Hallyday :

« Quoi l’aïeul ? Qu’est-ce qu’il a l’aïeul ? »

Voilà mille trente et un ans, en neuf cent quatre-vingt-sept, dans l’édifice cathédral de Noyon, Hugues Capet recevait des mains d’un archevêque les insignes choisis pour qu’il devînt roi des Francs : les régalia sacrés.

La même année, à deux mille cinq cents kilomètres à l’est de Paris, dans la ville de Kiev, le grand-prince Vladimir Ier au truculent bagou épousait la sœur de deux empereurs byzantins, Anna. C’était la seule femme qui, selon lui, rassemblât autant de qualités que les quelque huit cents volubiles concubines desquelles il se séparait.

Kiev fut, dès l’an neuf cent, la halte favorite des Scandinaves qui, descendant le fleuve Dniepr, allaient échanger leurs ambres jaune mordoré jusqu’à la mer Noire, chez les Byzantins, contre des pièces de soierie, ivoire et carrées, de l’or et du miel. Ces rameurs d’eau douce, nommés « rus » dans leur langue, ont donné leur nom à la Russie.

Suite de la dictée pour les adultes :

Revenons à Vladimir. On sait qu’avant Anna s’étaient succédé dans ses amours multipliées force jeunes élues, dont l’une donna naissance au nouveau grand-prince de Kiev. Celui-ci épousa une princesse suédoise aux yeux mauves. Trois nouveaux-nées à la chevelure auburn et cendrée égayèrent bientôt leur ménage. À la plus belle qui fût échut le prénom Anne.

Pendant ce temps, Hugues Capet et son épouse Adélaïde, après avoir rangé les régalia, s’étaient empressés d’assurer leur postérité au sein de leur royaume. Robert fut le prénom de leur seul garçon qui lui-même engendra un fils sur la tête duquel fut déposée, lors de son sacre en 1027, la couronne à spinelle purpuracé, aux rubis corallins et rubescents : Henri Ier.

Et qui donc épousa Henri à l’apogée mérité de sa gloire en 1051 ? Vous le devinâtes à l’instant : Anne de Kiev, de sorte que tous les rois de France jusqu’au dernier, depuis cette reine russe, ont pour aïeul Vladimir Ier !

J’avoue, j’aurais fait plein de fautes. Et vous ?

Voilà, c’est déjà fini ! Derniers bisous aux copains et aux copines qui étaient en visite ou en dédicace…

Vivement l’année prochaine !!!