Instant poésie

La poésie a longtemps été l’une de mes compagnes de jeu et il y avait un moment que je ne l’avais pas revue. Mais le week-end dernier, mon amie Laurence Marino m’a embarquée dans un instant poésie. Un atelier animé par Didier des éditions Bleu du ciel.

Jouer avec les mots et les sons, sans se soucier du sens, en apparence… Voici mes strophes nées sous consignes, en modestie, Merci Laurence 🙂

Fusutu

Avancer sans regarder
Pieds sautés, bandés

Femme au point zéro, labyrinthe ouvert
Perdue
Sans vue

Tour de béton gratté
Ciel quadrillé

Femme aux yeux clos, hors lumière
Brèche
Pupille sèche

Plumes déployées
Oiseaux empaillés

Femme, tête en haut, cherche l’air
Traces
S’espacent

Rêves à router
Routes à rêver
Fils d’eau
Chemins de terre
Corps battus
Seins nus
Poings tordus

Femme s’est tue.

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Écoute plus souvent

Ces derniers temps, j’ai été assaillie de pseudos-commentaires provenant d’un parti politique (à qui je ne ferai pas l’honneur de citer le nom) qui voulait utiliser mon blog pour diffuser ses messages racistes.

Comme WordPress fait bien les choses, j’ai pu bloquer cette propagande nauséabonde et pour bien afficher la couleur de mes convictions, je vais vous parler aujourd’hui du Marché de la poésie à Bordeaux (du 4 au 12 mars 2017 au marché des Chartrons).

Quel rapport ?

Cette année, l’association culturelle des Chartrons donne la parole à la poésie africaine.

Une poésie engagée et charnelle, qui affirme sa liberté par les mots dits. La respiration profonde de peuples asservis qui n’avaient pour relever la tête que la parole, sa beauté et sa puissance. Pour dire qu’ils étaient hommes, femmes, enfants et vivants.

arbre_rouge

Souffles
(extrait)
Birago Diop

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

Il redit chaque jour le Pacte,
Le grand Pacte qui lie,
Qui lie à la Loi notre Sort,
Aux Actes des Souffles plus forts
Le Sort de nos Morts qui ne sont pas morts,
Le lourd Pacte qui nous lie à la Vie.
La lourde Loi qui nous lie aux Actes
Des Souffles qui se meurent
Dans le lit et sur les rives du Fleuve,
Des Souffles qui se meuvent
Dans le Rocher qui geint et dans l’Herbe qui pleure.

Des Souffles qui demeurent
Dans l’Ombre qui s’éclaire et s’épaissit,
Dans l’Arbre qui frémit, dans le Bois qui gémit
Et dans l’Eau qui coule et dans l’Eau qui dort,
Des Souffles plus forts qui ont pris
Le Souffle des Morts qui ne sont pas morts,
Des Morts qui ne sont pas partis,
Des Morts qui ne sont plus sous la Terre.

Écoute plus souvent
Les Choses que les Êtres
La Voix du Feu s’entend,
Entends la Voix de l’Eau.
Écoute dans le Vent
Le Buisson en sanglots,
C’est le Souffle des Ancêtres.

afrique-femme-noire

Je n’oublie pas que j’habite une ville qui tient sa richesse du commerce du vin et de l’ébène.

Et je n’oublie surtout pas que l’esclavage subsiste encore à travers le monde… ici même en France. Cloîtrées dans des maisons luxueuses, sur des chantiers, des ateliers clandestins, des campagnes, des mariages forcés… Victimes invisibles, silence assourdissant.

esclavemoderne

Rita Mestokosho, le feu sous le rocher

Septembre au Québec. Un vieux rêve qui se réalise. Départ cette nuit sur les traces des colons du Nouveau-Monde, des Amérindiens… et d’une nouvelle histoire à écrire !

Dans l’intervalle, je voulais vous partager un texte de l’écrivaine et poétesseRita Mestokosho. Issue de la nation des Innus, elle écrit ses textes en langue innu-aimun, qui signifie « être humain » et les traduit elle-même ensuite en français. Elle fait partie des écrivains dont JMG Le Clézio a dit qu’il se sentait proche dans son discours du Prix Nobel. L’amour de sa terre et de son peuple se ressent au détour de chaque ligne.

Sous un feu de rocher

J’ai appris à lire entre les arbres
À compter les cailloux dans le ruisseau
À donner un nom à tous les métaux
Tel que le quartz ou le marbre.

J’ai appris à nager avec le saumon
À le suivre dans les grandes rivières
À monter le courant de peine et de misère
Sans me plaindre et sans sermon.

J’ai appris à prendre le visage de chaque saison
À goûter la douceur d’un printemps sur mes joues
À savourer la chaleur d’un été sur mon cou
À grandir dans l’attente d’un automne coloré et long.

Mais, c’est uniquement sous un feu de rocher
À l’abri d’un hiver froid et solitaire
Que j’ai entendu les battements de la terre.

Canada_foret

Slamodie d’été

… à ne pas reproduire sur les routes, soyez prudents

Poésie sans permis
Je file en vies
Par monts et par mots
Sans feux et sang chaud
Sans limite à cent
Je milite 100%

En ligne droite
Tape la pointe
Dérapage sur la page
J’incontrôle et je slame
Libre au-delà des lignes

2015_slamodie

Bonnes vacances
et rendez-vous
en septembre !

Vie en faux

Je déteste les rituels de la Toussaint. Rien que pour cette raison je voudrais être née au Mexique ou à la New Orleans où l’on sait vivre, même quand on est mort, où personne ne vous prend pour un saint parce que vous avez perdu votre corps.

Mais cette année, c’est différent. Cette année, un de nos voisins s’est fait emporter par une baïne. Il n’était pas de la région, arrivait tout juste de Lyon. Il laisse une femme et deux enfants, des parents qui trouvent la vie injuste, des frères et des soeurs, des amis… Il laisse un monde vide de lui.

Il avait des projets. Il rêvait.
Mais il n’est pas rentré
Tout est resté en plan
Il n’a pas eu le temps.

Un fil tranché, une histoire inachevée

Il avait une compagne. Ils s’aimaient.
Elle dit qu’il l’a quittée
Elle ne le sent plus à présent
Elle tourne en rond le cœur absent.

Ames brisées, sens glacés

Il avait des enfants, les protégeait.
Ses ailes se sont repliées
Ils lui parlent le soir, souvent
Espèrent qu’il les entend.

Innocents blessés, liens tailladés

Il n’avait pas 40 ans. Il vivait.
Ignorait que la fin approchait
Qu’il ne respecterait pas ses serments
Qu’il devait partir… en les laissant.

Une vie fauchée, instantané.

Grand_Crohot

Amis touristes ou nouveaux venus, méfiez-vous des baïnes qui vous entraînent au large, avec si peu d’espoir de revenir vivant sur la plage.

Mots à maux

Compassion, émotion.
Solidarité, partager.
Ronde de mots pour faire du bien
Qui ne s’arriment à rien.

Donner quelques pièces, quelques instants
À la main ou au cœur qui se tend
Sans juger, sans se lasser,
Sans passer droit sans regarder.

Comprendre, accepter.
Accueillir, défendre.
Liste de mots que l’on soutient
Mêmes s’ils ne riment en rien.

Tous les bûchers sont en sommeil
Car la peur reste en éveil
Si la distance n’est pas respectée
Si les différences s’approchent trop près.

Humanité, fraternité.
Aimer, aider.
Assez de mots sans liens
Alors qu’ils rimeraient si bien.

Linge_secher

Revue poétique 17 secondes. Publication

Après les événements dramatiques des derniers jours, voici un recueil de poésie qui tombe à pic ! Des écritures éclectiques, émouvantes… Un beau recueil à découvrir sans tarder 🙂

Laurence Marino

Quel honneur d’être publiée dans cette revue ! Une revue qui aime les artistes, les étranges et les couleurs. C’est une oeuvre d’art et ce numéro est particulièrement somptueux. Je vous invite à le découvrir en version électronique. Il sera en vente version papier dans quelques jours !

http://fr.calameo.com/read/002027389c3aa07d7d053

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