Du temps pour écrire

« Écrire n’est pas un métier, c’est une vocation ».

Un appel diraient les plus mystiques. Aussi puissant que le brame du cerf ou un sms de l’ange Gabriel. Impossible de faire la sourde oreille, la voix ne vous laisse pas en paix, ça vibre jusqu’au plus profond de vos entrailles.

Le bon-entendeur n’a pas d’autre salut que de prendre la route :
« Démarrez sur la première ligne, avancez jusqu’au bout de la page, tournez. « Attention à la marge ! Faites demi-tour

Chacun son chemin

Écrire est un voyage. Certains auteurs aiment savourer la route, ils s’attardent sur les horizons nouveaux, explorent leurs sens, respirent profondément… L’histoire germe et mûrit en eux en chemin.

D’autres veulent un trek à couper le souffle. Dans leur sac à dos, tout pour booster l’histoire, rebondir sur l’obstacle et franchir les abîmes de la création d’un bond. Émotion / Action ! Une course effrénée, les yeux fixés sur l’arrivée.

Les premiers bichonnent leur texte pendant trois ans avant de le livrer au monde ; les seconds publient un ouvrage par an. Mais tous sont logés à la même enseigne : « Écrire demande du temps ».

Élastique selon les continents, les sexes, les cultures, les individus…

Le temps est un concept universel et une réalité personnelle.

© agsandrew - Fotolia.com

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À la recherche du temps perdu

Aux siècles précédents, les écrivains étaient soutenus par de riches mécènes ou vivaient de leurs rentes. Ils pouvaient consacrer tout leur temps à écrire. Aujourd’hui, qui a les moyens comme Proust, de se cloîtrer dans sa chambre pour écrire ? Et qui en a en envie d’ailleurs ?

L’écriture s’intercale désormais entre les différentes sphères de la vie moderne : travail, famille, amis, vie associative…

Oui, mais… Vous connaissez ces journées où chaque moment ressemble à un combat entre David et Goliath ? Des combats à mener qui vous laissent épuisé. Comment trouver l’énergie ensuite pour relever le défi de la page blanche ?

Elisa Tixen, écrire

C’est dans ces moments-là que la procrastination guette, prête à souffler à nos oreilles toutes les bonnes-raisons-pièges-à-cons de ne pas écrire.

« Trop crevé(e), je n’écrirais rien de bon »
« Vivement ce week-end, je serai au top ! »
« Bientôt les vacances, j’écrirai sur la plage »
« Je le ferai à la retraite, j’aurai tout mon temps »

Mais l’été est fait pour se reposer et l’automne pour se préparer à hiberner en vue de l’hiver qui arrive. Quand l’habitude n’est pas prise d’écrire au fil des jours, les projets ont toutes les (mal)chances de rester lettres mortes. Dommage, non ?

L’écriture est une passion qui mérite une juste place dans notre espace-temps. Mais c’est à nous et à personne d’autre de la ménager. Envers et contre tous, y compris contre nous. « Car rien n’est plus agréable que de prendre la décision d’écrire et, pour des raisons indépendantes de notre volonté, de ne pas pouvoir la mettre à exécution » (d’après William James).

Un temps pour vivre,
un temps pour écrire

Amélie Nothomb n’écrit qu’en fin de nuit à partir de trois, quatre heures du matin, François Nourrissier seulement le matin et Françoise Giroud l’après-midi. À chaque écrivain, son espace-temps d’écriture !

Se donner des rendez-vous d’écriture en fonction de son horloge biologique est un bon moyen pour lutter contre la procrastination.

  • Le matin, au réveil

Le demi-sommeil est idéal pour laisser filer son écriture avant que les préoccupations matérielles ne rattrapent le conscient. Les pages se teintent de poésie et de fulgurances oniriques, saupoudrées de quelques flèches introspectives. Des images très intéressantes à retravailler ensuite. Autre gros bonus : le plaisir jubilatoire d’avoir commencé la journée par l’écriture, quoiqu’il arrive ensuite, David, Goliath ou la tribu. Plus personne ne pourra vous l’enlever.

2014-08 Lever jour

  • La journée

La lumière du jour apporte un état de conscience éveillé. Le bruit, les mouvements, l’activité bouillonnante sont autant de facteurs qui apportent l’énergie pour écrire. Productivité maximale pour ce créneau horaire, sauf pendant la digestion après le déjeuner.

  • La nuit

L’obscurité altère la conscience. Le monde se nappe de cette atmosphère si particulière où tout est possible. Des instants en dehors du temps, aussi jubilatoires que le spectacle d’un orage déchaîné quand on est à l’abri. Invitation à lâcher la bride à toutes les fantaisies créatrices. Mais aussi à plonger au coeur de nos peurs et de nos émotions profondes.

En conclusion, je dirais que les instants nocturnes, aube ou crépuscule, privilégient la créativité. En revanche, la lumière du jour est idéal pour retravailler ses textes.

Comment conjuguer l’idée de rendez-vous réguliers avec son horloge biologique ?

Quand je m’éveille le matin, avant de penser au boulot et à la longue liste des choses à faire, je me pose une question. Simple, basic.

Comment va ma part d’auteure ?

Si l’énergie pulse dans mes neurones, je me lève et je file prendre mon carnet ou mon ordi et je laisse filer les mots.

Si au contraire je me sens pesante, l’esprit embrumé et les muscles douloureux, j’éteins le réveil et je me m’enveloppe dans la couette en soupirant. La contrepartie ? Consacrer ma pause déjeuner à une balade ou un sandwich dans un café pour relire ou noircir des pages. Autre option : renoncer à la énième diffusion de la 7ème Compagnie pour m’isoler en musique dans mon univers.

Dans tous les cas, écrire tous les jours, le plus possible.

L’important est de ne pas culpabiliser, ni lâcher l’affaire !

Si cela fait plusieurs jours que vous n’avez rien écrit et que l’inspiration semble avoir pris quelques vacances au soleil, utilisez des boosters d’écriture créative. Il y en a plein : prendre un mot au hasard dans le dico ou dans un livre, prendre une phrase et poursuivre l’histoire, faire la liste de vos envies…

En voici un que j’utilise souvent. J’écris pendant 1,30 minute sans lever mon stylo à partir d’un mot, de ce qu’il représente pour moi, de tout ce qu’il m’évoque… Aujourd’hui, j’ai hésité avec chocolat mais j’ai finalement choisi TOMATE. Le défi vous tente ?

Bonne écriture à tous,
Dans le plaisir et la créativité
Élisa 🙂

 

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The late bloomers

Vous rappelez-vous de cet article du mois de juin ? Je vous racontais certaines réactions lorsque vous osez dire que vous écrivez. Quand certains regards s’échappent et que des têtes se baissent…

« – Moi, j’aurais bien envie aussi, mais je n’ose pas. Je ne saurais pas faire… Et puis, il est trop tard maintenant… »

Non, il n’est pas trop tard !

Connaissez-vous les late bloomers ? Littéralement les floraisons tardives. En France, on dirait plutôt les vendanges tardives mais c’est parce que nous avons des racines bacchusiennes.

Le late bloomer est une personnalité qui révèle tout son potentiel à la maturité. Là où la culture française traduit late par « en retard ou trop tard », les anglo-saxons reconnaissent ces personnes qui réalisent leur destin, innovent, ou explosent de créativité à leur heure. Souvent mieux que les perce-neiges car sublimant leur expérience.

De Mark Twain au Prix Nobel de littérature Toni Morisson en passant par Cézanne, Louise Bourgeois, Vincent van Gogh, Miguel de Cervantes… Ils sont nombreux les talents éclos après trente, quarante, cinquante ou soixante ans…

Hokusai

D’autant plus qu’aujourd’hui on ne meurt plus à 35 ans, on peut mener une deuxième voire une troisième ou une quatrième vie. Et allons encore plus loin… Si en réalité, on avait une vie pour chaque âge ?

Mon premier roman a été publié l’année de mes 50 ans alors que j’ai écrit ma première histoire à l’âge de six ans. Dans mes heures sombres, quand je pense à tous ces bouts de romans abandonnés au fond de mes tiroirs, je me dis que j’ai perdu du temps, que je n’aurais pas dû m’arrêter d’écrire après l’adolescence.

Oui mais voilà ! J’avais d’autres priorités. Un couple heureux, deux enfants magnifiques à 18 mois d’intervalle, un métier passionnant… L’écriture est sortie de ma vie sans bruit. Et elle ne m’a pas manqué pendant cette belle période.

Puis, un jour, l’écriture m’a rattrapée, comme une impérieuse nécessité.

« – Il est trop tard maintenant… » me disent les gens.

Le « trop tard » peut arriver à tout âge. Mon « trop tard » à moi a failli arriver à 40 ans, puis à 48. Deux fois ! Alors non l’âge n’est qu’un prétexte, comme le temps que l’on n’a jamais en quantité suffisante.

Si on me donnait une baguette magique avec le pouvoir de changer mon passé, de gagner du temps… Je ne changerais rien, pas une virgule ! Même les épisodes les plus douloureux. Car tout ce que j’ai vécu fait que je suis qui je suis aujourd’hui.

Foret3J’ai eu besoin d’une moitié de vie pour prendre conscience de ce que je voulais réellement dire et faire, une moitié de vie pour m’engager sur le chemin que je voulais prendre vraiment.

Alors quel bonheur aujourd’hui, de cheminer pleinement consciente du temps qui est passé et qui m’a été donné, du voyage qui sera de toutes façons trop court, de l’urgence d’en savourer chaque pas et chaque caillou.

Pour conclure ce billet un peu long, j’ai une autre nouvelle à partager, une découverte que j’ai faite sur ce chemin : « Personne d’autre que vous ne vous empêche de prendre la voie que vous voulez. » Alors, qu’est-ce que vous vous en dites ? Avez-vous l’intention de faner avant d’avoir fleuri ? Allez-vous rejoindre le cercle très ouvert des Late Bloomers ?