Les raconteurs d’histoires

C’était un soir, messieurs, mesdames. Un soir ordinaire d’avril 2016, une soirée entre amis, un dîner fabuleux concocté par Toma (chef à la Villa Tourny à Bordeaux, alors forcément…), rires, bonne humeur…

Nous en étions à l’armagnac quand il s’est passé cette chose extraordinaire. Je me surprends à parler d’un projet qui me tient à cœur : créer un jeu de société pour raconter des histoires. Un jeu qui montrerait à quel point c’est facile et amusant. Le scénario est là, dans ma tête, je le vois déjà…

Je parle, je parle et je vois Cécile hausser un sourcil. Si Toma a le don de décupler les saveurs, Cécile sait dessiner, peindre, coudre, travailler le bois… Bref ! elle a le talent immense de donner une réalité aux idées.  « Ça t’intéresse ? » Et hop, la voilà en train de sortir un papier, des crayons, son mac…

Presque deux ans plus tard, nous sommes très fières de vous présenter notre jeu. Mais je vais trop vite, il faut d’abord que je vous raconte l’histoire et ensuite, si le projet vous plaît, je vous dirait comment soutenir ce beau projet…

Au tout départ, le jeu à raconter des histoires s’appelait « PITCH ME UP ! ». L’idée : avancer sur un parcours, collecter des cartes (personnages, univers, rebondissements…) et être le premier à raconter son histoire en 1 pitch très court.

Après environ 1056 essais, sous l’œil de Pepper le chat, nous arrivons à un premier plateau de jeu, tout en rond. Magnifique et parfaitement injouable. On ne savait pas par quel chemin avancer, on tournait en rond. Est venue ensuite l’idée d’un labyrinthe, avec des passages secrets et tout et tout… Compliqué ! Finalement, nous avons opté pour la SIM-PLI-CI-TÉ, un chemin qui va de la page blanche à la fin de l’histoire.

Nous étions en train de boucler le projet quand PATATRAS !!! Les brioches Pasquier s’offusquent du nom de notre jeu PITCH ME ! et elles nous intentent une procédure par l’intermédiaire d’un cabinet d’avocats à papier filigrané. Ces dames craignent que notre jeu qui s’adresse à des ados et des adultes ne soit confondu avec leurs goûters pour enfants… Nous présentons nos arguments jusqu’à M. Pasquier lui-même. Rien à faire. Refuse notre nouvelle proposition : PITCH ME UP !

Et vous savez quoi ? Six mois après nos premiers échanges (une coïncidence bien sûr), les brioches changent de ligne publicitaire. Elles abandonnent « Être un enfant c’est du sport » avec Teddy Riner pour le slogan « Notre histoire est aussi la vôtre »… Ah ben on comprend mieux !

Bon alors, pas le choix, nouvelle séance de brainstorm pour trouver un autre nom.

Ce sera STORY pitchers, les raconteurs d’histoires

Vient ensuite le temps des tests, avec la famille et les amis d’abord, puis avec plein plein de gens. Nous avons joué en médiathèque, avec des gens qui aiment écrire et raconter des histoires. En maison de retraite, avec des personnes âgées. En centre culturel, avec des djeuns. En soirée jeux, avec des gens de tous horizons.

Entre chaque test, nous avons affiné, rayé, ajouté, modifié, amélioré… Pour arriver à une mécanique de jeu intuitive et dynamique, avec des règles compréhensibles sans prise de tête.

Ce qui nous a marquées, tout le long de ces tests, c’est qu’à chaque fois, les joueurs se sont pris au jeu. TOUS ! Quelques lancers de dés, et les inhibitions s’estompent. Voilà les joueurs qui inventent, inventent… et sèment des embûches sur le chemin des autres joueurs, tout ça pour être les premiers à atteindre la Pitch Bulle et pitcher leur histoire.

Le seul problème que nous n’avons pas réussi à résoudre, c’est comment réduire le volume sonore en cours de partie. Parce que quand ça pitche, ça fait du bruit, et des rires, et des « splatch, fatale case ! »…

C’est cette magie qui nous réjouit à chaque fois, quand on voit les joueurs sortir heureux d’une partie, tout surpris d’avoir inventé une belle histoire. Avec l’envie furieuse de recommencer, juste pour voir si ça marche encore.

C’est cette magie qui nous a incitées à aller plus loin, à faire construire un prototype de STORY pitchers et le voici, TADAM !

Il est beau non ?

Et maintenant ?

Maintenant, nous sommes en février 2018, presque 2 ans après cette soirée ordinaire. Et l’étape qui nous attend maintenant, c’est de présenter STORY pitchers aux éditeurs lors du Festival des jeux de Cannes.

Alors si le projet vous plaît, si vous avez envie de voir ce jeu exister, venez avec nous

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Au cas où on serait sélectionnées, on voudrait vous dire merci dès maintenant.

MERCI à vous qui nous rejoignez.

MERCI à Adeline, Bernard, Cléo, Julien, Denis, Helena, Lucile, Marie-Laure, Mickaël, Nadia, Nolan, Rémi, Toma, Victor.

MERCI à tous les joueurs testeurs qui se sont associés à cette belle aventure.

Et MERCI à Pepper le chat sans qui nous ne serions pas allées au bout de cette belle aventure.

Psitttt ! Si vous voulez liker, c’est ici !

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Histoires de salades qui se la racontent

Avez-vous remarqué comme il est de plus en plus rare de rencontrer des gens qui sachent raconter ?

Lors des grandes réunions de famille quand j’étais enfant, ils étaient nombreux à se lever pour raconter leur histoire ou leur blague favorite. On souriait parce qu’on connaissait déjà la fin. C’était au siècle dernier mais c’était aussi hier. Aujourd’hui, si quelqu’un réclamait une histoire, il est fort probable que seul un silence gêné lui répondrait.

Mais où sont passé nos conteurs ? Ont-ils rejoint le paradis des dinosaures qui n’ont pas su s’adapter ? Les avons-nous laissé partir comme autant d’applis devenues obsolètes ?

Au début était le verbe…

Voilà quelques mots qui montrent bien le rôle essentiel du récit dans la construction du monde et des sociétés humaines. Pour Roland Gori, « le propre du récit est de faire circuler la parole dans l’infini de ses équivoques, de raconter l’histoire qui s’éprouve en se transmettant sans jamais prétendre se livrer dans sa totale vérité ».

Dans son essai, Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ?, il soutient l’hypothèse que la parole prendrait sa source dans l’expérience du non-savoir, expérience qu’approche sans l’épuiser la pensée de la mort.

Ainsi, quand nos sociétés modernes jettent sur la mort un voile aseptisé au sein des hôpitaux ou à l’ombre des maisons de retraite, c’est l’histoire de l’homme que nous mettrions à distance.cygne

Le cadavre nourrit l’angoisse des hommes qui croient au Jugement dernier et de ceux qui n’y croient pas (André Malraux).

Dans notre cas, c’est plutôt l’imaginaire qui serait nourri. Car ce serait chez le mourant que le récit prendrait une forme communicable, porteuse non seulement de son savoir ou de sa sagesse, mais aussi et surtout de la vie qu’il a vécue, c’est-à-dire la matière dont sont faites les histoires.

Peut-être ceci explique-t-il le succès des livres-témoignages poignants de ceux qui ont côtoyé la mort… Pour remettre la mort au centre de la vie ?

Et au milieu…

Si la pratique du récit authentique se perd, quelles conséquences pour nous, pour notre monde ? Avons-nous inventé de nouvelles formes qui remplacent celles qui ont disparu ?

À l’heure où les conseillers en développement personnel mettent en avant les compétences à savoir pitcher pour se vendre et prônent le story telling pour marquer les esprits, j’ai tendance à penser qu’il existe aujourd’hui un vide béant qui peine à se combler.

J’ai aussi tendance à penser que raconter, c’est vivre et c’est faire vivre.

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