Bouge ton sac, Nadia !

Nadia Bourgeois est l’auteure d’une pièce de théâtre qui a tenu le haut de l’affiche pendant 2 ans à Bordeaux : Bouge ton cube.

Elle revient cette fois avec un guide pratico-ludique sur la sacologie : Comment trouver un homme assorti à son sac à main.

couvsacamainLes éditions la Boite à Pandore ne pouvait pas laisser passer ce petit bijou sans l’ouvrir.

Un livre délicieusement girly qui pose des questions de fond sur les relations amoureuses :

– Et si nos sacs étaient révélateurs du portrait de notre futur prince charmant?

– Que trimballez-vous dans le vôtre qui en dirait long sur votre personnalité ?

Optimiste et richement documenté, ce livre plein de pep’s vous fera voyager de sac en sac !

Si vous ne connaissez pas l’univers de Nadia, attention ça décoiffe. Loufoque et tendre, elle renverse le monde de son regard bien veillant. C’est vrai quoi, depuis le temps qu’on cherche un sac assorti à nos chaussures, on ne voit pas plus loin que le bout de nos pieds…

5 questions à Nadia Bourgeois sur Nadia Bourgeois…

  • Dans la peau de quelle personnalité aimerais-tu vivre une journée ? Et qu’en profiterais-tu pour faire ?

J’aimerais être Dieu, l’espace d’une journée, et répandre la paix sur le monde.

  •  Quelle est la question qui te tourmente le matin au réveil ?

Aucune question ne me tourmente au réveil, je suis toujours de bonne humeur, c’est ensuite que cela se complique…  quelle tenue vais-je mettre ? Vais-je réussir mes échecs ? Je plaisante, mais cela varie en fonction de ma préoccupation du moment. En profondeur, ce qui me tourmente, c’est l’avenir de l’humanité.

  • Où étais-tu avant ta naissance ?

Dans la tête d’un fou sûrement !

  • Que dirais-tu à la jeune Nadia le jour où elle a écrit la première page de son premier texte ?

Aie confiance et vas-y, fonce, ce n’est que du bonheur !

  • Quelle est la citation que tu aimerais relier à tes livres ?

Il y en a tant ! Celle qui me vient à l’esprit aujourd’hui serait : « Tout est possible, même Dieu » d’Ernest Renan

TCPC

Les fêtes sont cruelles pour les esseulés. Noël pour les sans-familles, la Saint-Valentin pour les sans-amoureux…

silhouettes heads of the bride and groom in darkness

TCPC. Ça pourrait être le titre d’une émission de jeu. Ce n’est qu’un jingle pub à la moitié de la vie. Les derniers mensonges avant le générique de la fin.

Tout Ça Pour Ça…

Tant d’enthousiasme, tant d’élans, d’attentes, de joies, de déceptions même parfois. Et puis…

Et puis plus rien. Comme si la vie, la vraie, celle qui bouge et qui vous rend vivant, celle qui vous fait lever d’un bond même quand vous êtes au fond du gouffre. Cette vie là a disparu. Pfffftt ! Envolée, évanouie. Plus là, plus rien.

Rien qu’un grand vide, un trou noir.

Se sentir comme un château de sable à quelques mètres des vagues. Quelques instants en suspension quand on espère encore que rien ne va s’écrouler, que la vague s’abattra ailleurs.

Tout Ça Pour Ça !

Pour finir seule à crever de solitude, les rêves échus.

Les yeux qui piquent le soir, le silence du téléviseur éteint, les poireaux qui étouffent lentement pour la soupe…

Tout Ça Pour Ça ?

Quelques souvenirs fugaces refusent de partir. Lambeaux qui s’accrochent à ce qui  n’est plus.

L’image d’un sourire, l’écho d’un rire, une main sur l’épaule, un câlin, une ivresse, de gros sanglots. Un flot d’espoir, un clin d’œil, des mains unies, course vers le plaisir, attentes partagées. Nos peurs, nos fous rires. Notre vie, ensemble.

Tout Ça Pour Ça !?…

Est-ce que ça en valait ma peine ?

La désobéissance des pouces

  • Trois ans de cogitations intenses, d’arrachages de cheveux…
  • 5 kilos en sodas sucrés, chocolats et autres boosters caloriques de neurones…
  • 27 crayons, 3 arbres, 2 ordinateurs…

Mais ça y est !

Mon recueil de nouvelles, La désobéissance des pouces, a pris son envol vers les maisons d’édition.

Bien sûr, il y a plus d’auteurs de nouvelles en France que de lecteurs et les éditeurs sont plutôt frileux  pour investir dans ce genre quand on n’a pas un nom connu. Donc je ne m’attends pas à ce qu’il soit reçu à bras ouverts dans les comités de lecture.

Mais je passe ma vie à inventer des histoires, à mettre toute mon énergie pour faire rêver les autres (vous chers lecteurs). Alors pourquoi ne pourrais-je pas y croire pour moi-même ?…

passeport

Rien que pour vos yeux, le pitch du recueil.

Deux mille ans que l’histoire a remisé ses antiquités, que les chaînes n’enserrent plus nos cous, qu’elles n’entravent plus nos chevilles et ne broient plus nos pouces.

Depuis la Révolution, nous naissons « libres et égaux en droits » mais nous arrivons toujours au monde suspendus à un cordon ombilical… Une fois délivrés, nous sommes nombreux à nous dire prêts à mourir pour défendre ces libertés promises. Un rêve qui a marqué les pages de notre histoire en lettres de sang.

Aujourd’hui, les marques ostentatoires d’asservissement ont disparu… mais peut-être sont-elles simplement devenues indolores au point que nous ne sentons plus leur poids ?

Ce recueil est né de nombreuses questions qui me tourmentent régulièrement. Non pas sur la liberté dans le monde, mais sur notre latitude en tant qu’individu à exercer notre droit à vivre notre vie. À travers le temps, comment se mesure ce droit ? Par l’évolution de notre espace de liberté ou par les sanctions encourues à en franchir les limites ?

En clair,
que risquent ceux qui osent s’affranchir de leurs carcans ?

C’est cette question j’ai choisi d’explorer en tant qu’auteure.

Au travers d’histoires courtes comme la vie, ce recueil raconte le destin ordinaire d’hommes et de femmes qui, chacun à leur manière, refusent de porter les chaînes qui leur étaient préparées et qui osent tout pour tracer leur route. Quel que soit le prix à payer…

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Portraits de rue

Un des exercices de créativité que je préfère quand je suis enrouillée, c’est de partir dans la rue pour aller chercher de la matière. Croiser des visages, des silhouettes et les croquer en quelques mots. Puis revenir à mon clavier et leur inventer une histoire : d’où viennent-ils ? Où vont-ils ?

Des élucubrations sans conséquences, à condition que personne ne se reconnaisse…

Raymond Ceros

77 ans, les cheveux rares. Des sourcils broussailleux, une bouche large et généreuse.

Il a travaillé toute sa vie, Raymond. Il a rempli ses devoirs envers la patrie, survécu à une sale guerre, participé à la politique familiale avec 4 enfants, 10 petits-enfants et 3 arrières.

Depuis sa retraite de l’usine de papier, son temps lui appartient. Il a laissé à Marcelle la maîtrise du château –trois chambres, une cuisine aménagée et un jardin potager.

Lui, il court. Tous les jours, par tous les temps, toutes les douleurs, Raymond enfile son cuissard noir et ses rebook 94W.

Les bras rythmant ses pas comme un métronome. Le dos et les yeux voûtés vers la terre. Écoutant l’impact de sa course sur le bitume et le battement du sang à ses oreilles. Vivant, vivant, vivant…

Anita Gomez

Anita Gomez a la peau mate, des grands yeux clairs. Des cheveux auburn encadrent un visage presque triangulaire, avec des pommettes hautes et un petit nez qui pointe en l’air. Des traits fins, toujours en mouvement. Si un écureuil devait se réincarner, il choisirait Anita.

Anita a fait des études d’urbanisme, elle voulait être architecte et construire des maisons. Nul ne sait ce qui s’est passé. Un jour, elle a plaqué la fac pour passer un concours à la DDE.

Aujourd’hui, Anita conduit un camion bleu et blanc. Une roulée coincée entre ses lèvres, elle manoeuvre son engin pour le faire reculer. Raymond arrive en courant, elle le voit à la dernière minute, s’arrête juste à temps.

– Pardon, dit-elle. Excusez-moi.ecureuil_fume

Raymond reste ébahi. Il n’avait jamais vu d’écureuil fumer au volant.

Kevin Louret

Kevin regarde la scène depuis le discount en face du chantier. C’est un fondu d’informatique et de surf. Sa barbe de trois jours souligne les contours de sa mâchoire. Il porte un sac à dos usé et un jean vieilli à 200 euros.

La file avance lentement. Coincé derrière une quadra bobo venue acheter la dernière Sexpresso et une mamie à grosses fleurs rouges qui tient dans ses mains 5 DVD pour 10 €, Kevin soupire.

Lui, il a dans ses mains la motherbomb. Ça fait des semaines qu’il attend qu’elle sorte en France. Alors il aimerait bien qu’elle avance un peu, cette queue, qu’il puisse aller booster ses processeurs.

– Comment ça vous ne prenez pas les chèques ? s’exclame Marcelle, les bégonias indignés. Vous auriez pu l’afficher avant, ça m’aurait évité de faire la queue !

Kevin s’esclaffe. On est en 2017 et il y a encore des gens le cul coincé au siècle dernier ! Ils viennent dans des discounts, royaume de la carte « Yapluka » avec un chéquier…

Ici, on n’achète pas, Madame, on s’endette !

 

Les jours des merveilles

Hier, vendredi 13.

J’adore ces journées. Elles ont une atmosphère envoûtante, apporteuses de chance pour les uns, donneuses de malheur pour les autres.

Sources de toutes les superstitions, elles sont pour moi sources d’inspirations. Elles me rappellent combien la magie ordinaire nous entoure. Invisible et présente, pour les yeux du cœur… ou ceux de l’imaginaire.

Hier donc, je comptais écrire un article sur ce merveilleux inexpliqué dans lequel nous vivons. Et rien… De manière inexplicable, mon stylo est resté sec. Ni l’encre ni les mots ne coulaient. Partis sans laisser d’adresse.

Fatiguée par ma semaine de reprise dans ce monde de fous, je n’avais pas envie de batailler. Si les mots préféraient aller à l’aqua-poney… je n’allais pas leur courir après. J’ai laissé ma page pâlir de dépit et je me suis choisie un film : Le goût des merveilles.

Les merveilles, vous savez, ce sont ces petits beignets gras et sucrés qui réconfortent les cœurs d’enfants. Eh bien, c’est exactement ce qui s’est passé avec ce film.

Oui, l’histoire est cousue de fil blanc. Il y a bien quelques rebondissements mais ils ne trompent personne. On sait dès les premières minutes du film comment tout ça finira bien. Et c’est tant mieux ! Ce film est un petit bijou lumineux capable d’ensoleiller n’importe quelle journée grisouillarde.

Les personnages, à la fois ordinaires et hors normes, m’ont embarquée dans un monde profondément humain. Les relations entre les personnages sont ponctuées de jolis mots, qui sont aussi des mots vrais, dénués de tricherie. Des mots pour s’émerveiller du monde et de l’autre.

Alors on se dit que des gens comme ça, on ne les voit qu’au cinéma. Que ça n’existe pas. Que cet émerveillement naïf ne peut pas se vivre dans le monde réel.

Et pourtant… Et si… Et si, en cherchant bien, on pouvait vivre chaque jour quelques minutes d’émerveillement ?

D’ailleurs, il paraît que ce film a été inspiré d’une fée réelle…

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Le PitchAu cœur de la Drôme provençale, Louise élève seule ses deux enfants et tente de préserver l’exploitation familiale. Un soir, elle manque d’écraser un inconnu au comportement singulier. Cet homme se révèle vite différent de la plupart des gens. Et sa capacité d’émerveillement pourrait bien changer la vie de Louise et de sa famille.

Voix & Silences

Les débuts d’année sont souvent propices aux bilans et aux bonnes résolutions éphémères. Permettez-moi de ne pas suivre la tradition.

Ce qui s’est passé ne peut plus se défaire et ce qui vient n’existe pas encore.

Cette année, je préfère me centrer sur mon essentiel, sur ce qui donne une âme à ma vie. Et réaffirmer pourquoi je vis et pourquoi j’écris.

Je vis entre foule et solitude.

Un réveillon à Londres à m’imprégner du bouillonnement humain, de sa créativité, son énergie. Puis quelques jours deretraite dans la belle Dordogne. À écouter ma voix intérieure et retrouver ma source profonde.

J’écris pour parler aux silences.

Il y a une raison à chacune de mes histoires. Derrière l’intention première de raconter et de divertir, je cherche à faire entendre ma voix sur les sujets qui me tiennent à cœur. Avec des mots qui demandent à ricocher le plus loin possible sur l’étendue du silence.

Quand mon amie Laurence Marino a publié sur son blog sa série des petites musiques –celles qui vous renvoient à qui vous êtes vraiment avant que la vie ne vous oblige aux compromis et aux demi-choix, je me suis demandée quelle chanson m’avait le plus marquée.

Sound of silence a mis du temps à revenir à ma mémoire. Il a fallu le remix de Disturbed pour que je réécoute les paroles. C’est mon gros coup de cœur de ce début d’année, ma promesse de continuer à parler aux silences.

The Sound Of Silence 

Hello darkness, my old friend,
I’ve come to talk with you again
Because a vision softly creeping,
Left its seeds while I was sleeping
And the vision that was planted in my brain, still remains
Within the sound of silence

In restless dreams I walked alone,
Narrow streets of cobblestone
‘Neath the halo of a street lamp,
I turned my collar to the cold and damp
When my eyes were stabbed by the flash of a neon light,
That split the night and touched the sound of silence

And in the naked light I saw,
Ten thousand people, maybe more
People talking without speaking,
People hearing without listening
People writing songs that voices never share,
And no one dared disturb the sound of silence

Fools, said I, you do not know,
Silence, like a cancer, grows
Hear my words that I might teach you,
Take my arms that I might reach you
But my words, like silent raindrops fell,
And echoed in the wells of silence

And the people bowed and prayed
To the neon god they made
And the sign flashed out its warning
In the words that it was forming
And the sign said : the words of the prophets
Are written on the subway walls
And tenement halls,
And whispered in the sounds of silence

Le Son Du Silence

Bonsoir ténèbres, mon vieil ami,
Je suis venu discuter encore une fois avec toi
Car une vision s’insinuant doucement en moi,
A semé ses graines durant mon sommeil
Et la vision qui fut plantée dans mon cerveau, demeure encore
A l’intérieur, le son du silence

Dans mes rêves agités j’arpentais seul,
Des rues étroites et pavées
Sous le halo d’un réverbère,
Je tournais mon col à cause du froid et de l’humidité
Lorsque mes yeux furent éblouis par l’éclat de la lumière d’un néon,
Qui déchira la nuit et atteignit le son du silence

Et dans cette lumière pure je vis,
Dix mille personnes, peut être plus
Des personnes qui discutaient sans parler,
Des personnes qui entendaient sans écouter
Des personnes qui écrivaient des chansons qu’aucune voix n’a jamais emprunté,
Et personne n’osa déranger le son du silence

Idiots, dis-je, vous ignorez,
Que le silence, tel un cancer, évolue
Entendez mes paroles que je puisse vous apprendre,
Prenez mes bras que je puisse vous atteindre
Mais mes paroles tombèrent telles des gouttes de pluie silencieuses,
Et résonnèrent dans les puits du silence

Et ces personnes s’inclinaient et priaient
Autour du dieu de néon qu’ils avaient créé
Et le panneau étincela ses avertissements
A travers les mots qu’il avait formés
Et le signe dit : les mots des prophètes
Sont écrits sur les murs des souterrains
Et des halls d’immeubles,
Et murmurés à travers les sons du silence

Mi estas la mondo

Je suis Paris, Je suis Bruxelles, Ich bin ein Berliner…

J’ai pensé cette phrase en tant de langues : en égyptien, en camerounais, en turc, en côte d’ivoirien, en alepien… Tant de pays touchés par tant d’attentats. La liste est interminable.

L’année 2016 aura été endeuillée, encore, par la violence aveugle d’actions terroristes, et malgré certains événements personnels joyeux, elle restera dans ma mémoire empreinte de tristesse.

Il paraît que 2017 ouvre un nouveau cycle.

Je ne peux qu’espérer très fort que le cercle de violence se referme ici et maintenant.

Que l’histoire ne gomme pas dans quelques années la réalité de ces tragédies. Qu’elle ne transforme pas ces terroristes en combattants héroïques par la grâce de victoires guerrières.

Que l’homme cesse enfin de vouloir ériger la vision de sa vérité en loi universelle.

Que nous puissions tous vivre ensemble, côte à côte.

Alors je fais un voeu pour 2017, dans la langue de l’esperanto :

Paco sur la mondo

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Joyeuses fêtes à tous 

Femmes et engagements

La médiathèque de Carbon Blanc près de Bordeaux organisait en novembre une série d’événements consacrés à Federica Montseny, militante anarchiste, première femme espagnole à devenir ministre.

Un seul semestre à la tête du ministère de la Santé entre 1936 et 1937 mais pendant ce court laps de temps, Federica Montseny instaure des lieux d’accueil pour orphelins, des cantines pour femmes enceintes, des liberatorios (maisons de reconversion) pour les prostituées, une liste de professions ouvertes aux handicapés… Elle demande aussi au docteur Félix Martí Ibáñez de rédiger le premier projet de loi en faveur de l’avortement.

Toutes ses actions ne seront pas mises en œuvre à grande échelle mais elle a donné une impulsion historique pour les politiques sociales futures.federica_montseny_l_indomptable

Dans le cadre de cet hommage, Marie-Laure Fray m’a invitée à animer un atelier d’écriture sur le thème « Femmes et engagement ».

J’adore les ateliers d’écriture. Dès que l’occasion se présente, je fonce. C’est l’occasion de sortir de ses schémas, de découvrir d’autres horizons. L’occasion aussi de partager entre pratiquants d’une activité parfois bien solitaire.

Je n’ai pas réfléchi, j’ai dit oui. Une expérience nouvelle, sur un sujet passionnant, dans un cadre où je prends génératlement beaucoup de plaisir…

J’avais juste oublié que cette fois-ci, c’était à moins de créer les conditions du plaisir d’écrire. Que de nombreux et prestigieux auteurs se sont succédé pour animer les ateliers de la médiathèque dont Hervé Le Corre, Renaud Borderie, Lionel Germain, critique littéraire spécialiste du polar au journal Sud-Ouest…

Non je n’ai pas le trac !

20h. Ils sont là, ils sont venus. Hommes, femmes, jeunes de 16 à 71 ans. Curieux ou écrivants avertis, habitués des ateliers. Il y a même un animateur confirmé. Pas moins de seize personnes, leurs regards braqués sur moi, cahiers ouverts, prêtes à dégainer leur stylo.peur_fuir

Là, j’ai le trac ! Vite ma couette, courir, fuir, disparaître…

Nous nous présentons, vous vous présentez… Tout le monde sourit, contents d’être là. Je respire.

Et puis la magie de l’écriture se met en mouvement. Première consigne pour dérouiller les neurones, les stylos hésitent, puis s’animent. Deuxième consigne, le tempo est donné. Troisième, ah ah… on monte crescendo vers l’objectif.

Enfin, on y est. Écrire un texte mettant en scène un personnage féminin qui affirme son engagement envers et contre tous. Deux scénarios au choix pour guider la créativité, une ou deux contraintes pour le fun… C’est parti !

Un moment de réflexion puis les stylos s’activent. Le temps s’écoule, fébrile, les feuilles se noircissent sans faiblir. 20 minutes c’est court pour écrire un texte, on n’a pas le temps de réfléchir. Tant mieux, se laisser porter par son intuition, par le flux créatif qui donne naissance aux personnages, qui façonne l’histoire…

Le dernier temps de l’atelier est arrivé. Celui du partage. Tous ceux qui le souhaitent lisent leurs textes, les offrent en cadeau aux autres. Prendre conscience de la diversité des voix, du pouvoir de transmettre des émotions fortes, de la performance à construire un récit même imparfait en si peu de temps…

Une sauterelle ninja du 9-3, Loya l’indienne se libérant par l’œil d’un Olympus, une jeune mongole prisonnière d’une vie de yourte, des personnages s’engageant vers l’humanitaire pour de bonnes ou de mauvaises raisons, une capitaine de police, des femmes qui se battent pour leur enfant, Pénélope au cœur de la rue…

Il s’est raconté de si belles histoires mardi à Carbon Blanc. Bravo à tous !

atelier

Histoires de salades qui se la racontent

Avez-vous remarqué comme il est de plus en plus rare de rencontrer des gens qui sachent raconter ?

Lors des grandes réunions de famille quand j’étais enfant, ils étaient nombreux à se lever pour raconter leur histoire ou leur blague favorite. On souriait parce qu’on connaissait déjà la fin. C’était au siècle dernier mais c’était aussi hier. Aujourd’hui, si quelqu’un réclamait une histoire, il est fort probable que seul un silence gêné lui répondrait.

Mais où sont passé nos conteurs ? Ont-ils rejoint le paradis des dinosaures qui n’ont pas su s’adapter ? Les avons-nous laissé partir comme autant d’applis devenues obsolètes ?

Au début était le verbe…

Voilà quelques mots qui montrent bien le rôle essentiel du récit dans la construction du monde et des sociétés humaines. Pour Roland Gori, « le propre du récit est de faire circuler la parole dans l’infini de ses équivoques, de raconter l’histoire qui s’éprouve en se transmettant sans jamais prétendre se livrer dans sa totale vérité ».

Dans son essai, Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ?, il soutient l’hypothèse que la parole prendrait sa source dans l’expérience du non-savoir, expérience qu’approche sans l’épuiser la pensée de la mort.

Ainsi, quand nos sociétés modernes jettent sur la mort un voile aseptisé au sein des hôpitaux ou à l’ombre des maisons de retraite, c’est l’histoire de l’homme que nous mettrions à distance.cygne

Le cadavre nourrit l’angoisse des hommes qui croient au Jugement dernier et de ceux qui n’y croient pas (André Malraux).

Dans notre cas, c’est plutôt l’imaginaire qui serait nourri. Car ce serait chez le mourant que le récit prendrait une forme communicable, porteuse non seulement de son savoir ou de sa sagesse, mais aussi et surtout de la vie qu’il a vécue, c’est-à-dire la matière dont sont faites les histoires.

Peut-être ceci explique-t-il le succès des livres-témoignages poignants de ceux qui ont côtoyé la mort… Pour remettre la mort au centre de la vie ?

Et au milieu…

Si la pratique du récit authentique se perd, quelles conséquences pour nous, pour notre monde ? Avons-nous inventé de nouvelles formes qui remplacent celles qui ont disparu ?

À l’heure où les conseillers en développement personnel mettent en avant les compétences à savoir pitcher pour se vendre et prônent le story telling pour marquer les esprits, j’ai tendance à penser qu’il existe aujourd’hui un vide béant qui peine à se combler.

J’ai aussi tendance à penser que raconter, c’est vivre et c’est faire vivre.

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L’été 2016

La grisaille de l’automne s’installe doucement, c’est le moment où la nature se met en sommeil. L’ours ventru rejoint sa tanière, les feuilles retournent à la terre… L’auteur termine sa ronde des salons et dédicaces et regagne son clavier.

L’été 2016 restera à part dans mes souvenirs. Comme toutes les premières fois.

Avec mon premier roman, je suis allée à la rencontre des lecteurs. Dans les Landes, en bord d’océan ou dans les terres du Tursan, dans les campagnes colorées du Périgord ou près de chez moi dans l’Entre-deux Mers ou à Bordeaux…

Sous le soleil devant les maisons de la presse ou sous les néons des grandes surfaces, avec mes livres et mon trac sous le bras, j’étais là.

Souriant, vous saluant, heureuse de vous regarder aller et venir…

De ma place, invisible, voir les flâneurs insouciants et les amoureux se bécoter au pied des escalators. Sourire devant les jeunes gens en quête de fiches miracles pour préparer le bac et repartir en soupirant devant leur épaisseur. Être émue par ces mains protectrices caressant un ventre rond ou les étreintes pudiques de couples vieillissants.

Je vous revois passant et certains, s’arrêtant.

Je me souviens de vous, suspendant votre route pour échanger quelques mots. À la recherche d’un livre pour la plage ou à l’improviste, parce que j’étais là. Je revois cette lueur pétiller dans vos yeux quand quelque chose dans mes mots vous touchaient, quand vous cédiez à la tentation de vous laisser tenter.

Je me souviens de cette femme âgée qui a acheté le livre pour son arrière-petite-fille et de vous toutes qui l’avaient offert à votre mère ou votre fille. Comme un cadeau à la famille.

Je me souviens de ce jeune homme qui voulait faire une surprise à sa jolie fiancée.

Je me souviens de ce jour à Parentis où j’ai dédicacé le livre à deux sœurs, en vacances chez leur grand-mère, Muriel et Carole. Elles s’appelaient LABARTHE !

Et je me souviens de vous, membres du jury, qui avaient distingué Sans traces apparentes.

  • 9 avril 2016 à FIGEAC, 1er prix du Salon du Livre.
  • 9 octobre 2016 à GEAUNE, Coup de cœur du jury de Lire en Tursan.

Deux grands moments d’émotion. Le bonheur de savoir que le livre a été aimé, encouragement puissant à continuer à écrire.

Je me souviens de ces rencontres avec les lecteurs de bibliothèques, de vos questions et de votre regard sur ce livre que vous avez fait vôtre et qui ne m’appartient plus.

À tous, je vous dis mille merci pour ces rencontres qui ont mis du soleil dans ma mémoire et de la lumière sur ce premier roman.

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PS : Pour les lecteurs qui m’ont demandé plus d’informations sur la psychogénéalogie, j’ai mis à jour la page et ajouté quelques éléments issus de mes recherches : cliquez ici !