Du temps pour écrire

« Écrire n’est pas un métier, c’est une vocation ».

Un appel diraient les plus mystiques. Aussi puissant que le brame du cerf ou un sms de l’ange Gabriel. Impossible de faire la sourde oreille, la voix ne vous laisse pas en paix, ça vibre jusqu’au plus profond de vos entrailles.

Le bon-entendeur n’a pas d’autre salut que de prendre la route :
« Démarrez sur la première ligne, avancez jusqu’au bout de la page, tournez. « Attention à la marge ! Faites demi-tour

Chacun son chemin

Écrire est un voyage. Certains auteurs aiment savourer la route, ils s’attardent sur les horizons nouveaux, explorent leurs sens, respirent profondément… L’histoire germe et mûrit en eux en chemin.

D’autres veulent un trek à couper le souffle. Dans leur sac à dos, tout pour booster l’histoire, rebondir sur l’obstacle et franchir les abîmes de la création d’un bond. Émotion / Action ! Une course effrénée, les yeux fixés sur l’arrivée.

Les premiers bichonnent leur texte pendant trois ans avant de le livrer au monde ; les seconds publient un ouvrage par an. Mais tous sont logés à la même enseigne : « Écrire demande du temps ».

Élastique selon les continents, les sexes, les cultures, les individus…

Le temps est un concept universel et une réalité personnelle.

© agsandrew - Fotolia.com

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À la recherche du temps perdu

Aux siècles précédents, les écrivains étaient soutenus par de riches mécènes ou vivaient de leurs rentes. Ils pouvaient consacrer tout leur temps à écrire. Aujourd’hui, qui a les moyens comme Proust, de se cloîtrer dans sa chambre pour écrire ? Et qui en a en envie d’ailleurs ?

L’écriture s’intercale désormais entre les différentes sphères de la vie moderne : travail, famille, amis, vie associative…

Oui, mais… Vous connaissez ces journées où chaque moment ressemble à un combat entre David et Goliath ? Des combats à mener qui vous laissent épuisé. Comment trouver l’énergie ensuite pour relever le défi de la page blanche ?

Elisa Tixen, écrire

C’est dans ces moments-là que la procrastination guette, prête à souffler à nos oreilles toutes les bonnes-raisons-pièges-à-cons de ne pas écrire.

« Trop crevé(e), je n’écrirais rien de bon »
« Vivement ce week-end, je serai au top ! »
« Bientôt les vacances, j’écrirai sur la plage »
« Je le ferai à la retraite, j’aurai tout mon temps »

Mais l’été est fait pour se reposer et l’automne pour se préparer à hiberner en vue de l’hiver qui arrive. Quand l’habitude n’est pas prise d’écrire au fil des jours, les projets ont toutes les (mal)chances de rester lettres mortes. Dommage, non ?

L’écriture est une passion qui mérite une juste place dans notre espace-temps. Mais c’est à nous et à personne d’autre de la ménager. Envers et contre tous, y compris contre nous. « Car rien n’est plus agréable que de prendre la décision d’écrire et, pour des raisons indépendantes de notre volonté, de ne pas pouvoir la mettre à exécution » (d’après William James).

Un temps pour vivre,
un temps pour écrire

Amélie Nothomb n’écrit qu’en fin de nuit à partir de trois, quatre heures du matin, François Nourrissier seulement le matin et Françoise Giroud l’après-midi. À chaque écrivain, son espace-temps d’écriture !

Se donner des rendez-vous d’écriture en fonction de son horloge biologique est un bon moyen pour lutter contre la procrastination.

  • Le matin, au réveil

Le demi-sommeil est idéal pour laisser filer son écriture avant que les préoccupations matérielles ne rattrapent le conscient. Les pages se teintent de poésie et de fulgurances oniriques, saupoudrées de quelques flèches introspectives. Des images très intéressantes à retravailler ensuite. Autre gros bonus : le plaisir jubilatoire d’avoir commencé la journée par l’écriture, quoiqu’il arrive ensuite, David, Goliath ou la tribu. Plus personne ne pourra vous l’enlever.

2014-08 Lever jour

  • La journée

La lumière du jour apporte un état de conscience éveillé. Le bruit, les mouvements, l’activité bouillonnante sont autant de facteurs qui apportent l’énergie pour écrire. Productivité maximale pour ce créneau horaire, sauf pendant la digestion après le déjeuner.

  • La nuit

L’obscurité altère la conscience. Le monde se nappe de cette atmosphère si particulière où tout est possible. Des instants en dehors du temps, aussi jubilatoires que le spectacle d’un orage déchaîné quand on est à l’abri. Invitation à lâcher la bride à toutes les fantaisies créatrices. Mais aussi à plonger au coeur de nos peurs et de nos émotions profondes.

En conclusion, je dirais que les instants nocturnes, aube ou crépuscule, privilégient la créativité. En revanche, la lumière du jour est idéal pour retravailler ses textes.

Comment conjuguer l’idée de rendez-vous réguliers avec son horloge biologique ?

Quand je m’éveille le matin, avant de penser au boulot et à la longue liste des choses à faire, je me pose une question. Simple, basic.

Comment va ma part d’auteure ?

Si l’énergie pulse dans mes neurones, je me lève et je file prendre mon carnet ou mon ordi et je laisse filer les mots.

Si au contraire je me sens pesante, l’esprit embrumé et les muscles douloureux, j’éteins le réveil et je me m’enveloppe dans la couette en soupirant. La contrepartie ? Consacrer ma pause déjeuner à une balade ou un sandwich dans un café pour relire ou noircir des pages. Autre option : renoncer à la énième diffusion de la 7ème Compagnie pour m’isoler en musique dans mon univers.

Dans tous les cas, écrire tous les jours, le plus possible.

L’important est de ne pas culpabiliser, ni lâcher l’affaire !

Si cela fait plusieurs jours que vous n’avez rien écrit et que l’inspiration semble avoir pris quelques vacances au soleil, utilisez des boosters d’écriture créative. Il y en a plein : prendre un mot au hasard dans le dico ou dans un livre, prendre une phrase et poursuivre l’histoire, faire la liste de vos envies…

En voici un que j’utilise souvent. J’écris pendant 1,30 minute sans lever mon stylo à partir d’un mot, de ce qu’il représente pour moi, de tout ce qu’il m’évoque… Aujourd’hui, j’ai hésité avec chocolat mais j’ai finalement choisi TOMATE. Le défi vous tente ?

Bonne écriture à tous,
Dans le plaisir et la créativité
Élisa 🙂

 

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L’écriture « instinct »

Margaux Gilquin, je l’ai rencontrée d’abord à Bordeaux, dans un charmant petit restaurant à Mériadeck. Ce fut un de ces moments magiques où les paroles de l’une font écho aux pensées de l’autre. Nous nous sommes découvert plein de points communs, mais aussi des visions très différentes, notamment sur l’écriture.

Et que se disent deux auteurs quand ils se rencontrent ? Ils parlent de leurs projets bien sûr, des réponses des éditeurs qu’ils attendent mais aussi de leur manuscrit en cours, de leurs difficultés, de leurs petites manies… On pourrait même parler de nos petits rituels.

Margaux fait partie des auteures qui m’ont donné l’idée de proposer une fenêtre sur les différentes façons d’écrire. Elle inaugure cette série aujourd’hui.

Margaux Gilquin a publié son premier ouvrage aux éditions XO « Le dernier salaire« . Le témoignage d’une femme de 50 ans qui, après une belle carrière, se retrouve exclue du marché du travail et tombe dans la trappe à chômage avec son cortège de contrats précaires et de minimas sociaux. Un cri de colère puissant et sincère qui lui a valu le Prix du Meilleur Ouvrage sur le Monde du Travail 2017, catégorie “Salariés”.

En mars 2017, paraît son nouvel ouvrage « Apprendre à danser sous la pluie« , l’histoire de Laure qui depuis son premier livre phénomène, se partage entre ce Paris flamboyant qu’elle aime tant où elle côtoie journalistes, auteurs, politiques… et la Grande Maison de la douce tante Marthe, le lieu dont elle a besoin pour se ressourcer. Dans ce lieu, Laure va remonter le temps de son enfance jusqu’à ce certain jour de juillet où sa vie a basculé. Une autofiction empreinte de gaieté, de tendresse et d’humour. Une plume sensible et vibrante qui résonne encore, la dernière page tournée.

Car Margaux écrit comme elle courait, très intensément.

Margaux Gilquin, l’auteure « instinct »

Margaux, tu as publié d’abord un témoignage, puis une autofiction. Tu m’as confiée que ces deux livres avaient été écrits « d’un jet » en quelques jours. Peux-tu me raconter comment tu écris ? Tu t’enfermes, tu t’en vas… ?

Comment j’écris… J’écris d’abord dans ma tête. Je fais le plan. J’organise mes chapitres. Je mets tout dans des petites cases là haut 🙂 Ensuite j’écris sur des tas de bouts de papiers, des carnets, des tickets de métro, des facturettes de courses. J’écris sur tout ce que je trouve. Et puis un jour, ne me demande pas pourquoi, je m’assieds à la table, j’ouvre l’ordi et j’écris. Je sors ce que j’ai dans la tête d’un coup, puis je lis mes notes et j’écris au kilomètre. Tout est prêt là haut de toute façon.

Je ne m’enferme pas particulièrement sauf dans ma tête. Je ne m’en vais pas non plus même si je rêve d’écrire dans cette maison que j’ai tant aimée là-bas au bord de la mer, très loin d’ici le long d’une corniche depuis laquelle je voyais mon père partir pêcher avec son petit bateau de plaisancier.

Que se passe-t-il ensuite, après l’écriture ? Est-ce que tu réécris, un peu pas du tout ?

Après l’écriture, je suis malade physiquement parce que sur 10 ou 15 jours, j’ai tout donné de moi, un peu comme l’ancienne coureuse à pieds que j’étais. Je me donne corps et âme. Je suis en état second tu sais. Je sais que je me lave, que je m’habille, que je mange un peu, que je bois beaucoup de thé et de café mais je ne sais plus qui je suis, où je suis, ni si je vis avec quelqu’un ou pas. Je suis absente. Vraiment. Et désagréable. Beaucoup. L’écriture me vide de mon énergie et physiquement quand j’écris le mot « fin », je suis nauséeuse, malade, j’ai les jambes qui tremblent. J’ai besoin de me reconnecter.

As-tu d’autres projets d’écriture ou bien est-ce que tu te laisses porter par tes fulgurances ?

Les deux. J’ai des fulgurances qui font des romans que je qualifie de courts. Des romans de la vie de tous les jours.

Et j’ai un gros projet de livre. Une saga familiale.

J’ai envie de te dire que pour la saga je prends le temps qu’il faut et que peut-être que si je le peux, je m’enfermerai et oui je partirai loin, très loin.

5 questions sur Margaux

 

Dans la peau de quelle personnalité aimerais-tu vivre une journée ? Celle du Président de la République.

Et que ferais-tu ? J’agirai.

Quelle est la question qui te tourmente le matin au réveil ? Pourquoi mon père est il mort ? Où est-il ?

Où étais-tu avant ta naissance ? Dans un château médiéval, j’attendais mon chevalier.

Que dirais-tu à la jeune Margaux le jour où elle a écrit la première page de sa première histoire ? Pourquoi n’as tu pas cru en toi ? Pourquoi as tu écouté les autres, ceux qui te dictaient ta conduite ?

Une citation qui te touche ? « Si vous courez aussi vite que je vous ignore, vous aurez mal aux jambes ». Bon c’est pas très élégant… mais c’est du brut quand je suis agacée par les gens… je n’ai pas de citation tu sais. J’aime certains versets de la Bible et je m’y réfère souvent.

Mon salon du livre 2018

Il était une fois, dans un hangar merveilleux, quelques milliers de visiteurs pressés dans des allées recouvertes de moquette rouge qui colle aux chaussures. Tous ces visiteurs venaient :

  • voir les 4ème de couverture s’animer,
  • côtoyer des écrivains pas morts,
  • respirer le bon air de l’encre et du papier,
  • faire quelques expériences inédites dans l’univers des mots,
  • agrandir sa collection de signatures…

Je n’ai fait la chasse ni aux dédicaces ni aux selfies. Mais j’ai exploré les livres, je me suis perdue dans les allées, quelque part entre le Québec et l’Afrique, j’ai parlé aux gens, les connus les pas connus… et vécu des merveilles ! Allez, je vous raconte tout !

Épisode 1 – Rencontre avec le nouvel éditeur de Sans traces apparentes

Ma première visite a été pour mon nouvel éditeur bien sûr !
Sans traces apparentes va de nouveau être disponibles dans toutes les librairies et j’en suis super heureuse.

Mais chut… c’est un secret ! Et c’est super dur de ne rien pouvoir vous dire encore. Mais promis, dès que je peux, je vous dis tout !

 

Épisode 2 – L’Afrique au coin d’une allée

Danse au son des djembés
Gaieté fulgurante,
improvisée,
profonde…

Épisode 3 – Poésie québécoise

Écouter de la poésie québécoise, plongée au cœur des forêts d’érable enneigées, grâce à la magie de la réalité virtuelle en 360° panoramique. MAGIQUE !!!

Épisode 4 – Conférences et tables rondes

Des conférences sur plein de sujets, sur les faits divers en écriture, sur l’acte d’écrire posé dans le monde, sur les évolutions du livre… Et aussi des tables rondes même quand elles sont carrées, comme a plaisanté Grégoire Delacourt ! Carrément passionnant ! Avec un gros coup de coeur pour le témoignage de Kamel Daoud.

Épisode 5 – Atelier d’écriture

Le TOP ! Venir à une conférence sur l’écrivain à sa table et le syndrome de la page blanche… et se retrouver plongée dans un atelier d’écriture animé par Grégoire Delacourt et Mohammed Aïssaoui !!!

La consigne : écrire un texte à partir de 8 mots choisi par le public.

Mon texte
Delphine

Delphine était née dans la colère.

Une grande poussée un soir
à l’ombre d’une Tour Eiffel libérée.

Dans un même élan, sa mère lui donnait la vie et son père tuait le chat.
Au cas où quelqu’un l’entendrait l’appeler Pétain dans un moment d’enthousiasme éthylique.

Leur grande terreur était d’être traînés sur le boulevard Haussmann devant le peloton. Ils voulaient bien tout subir, la tonsure, les chaînes, le fouet… mais ils ne voulaient pas mourir.

Alors, ce chat ils l’avaient tué et cette enfant, ils l’avaient gardée.
L’habillant de violet pour ne jamais oublier comment elle avait été conçue.

Pour moi, le meilleur moment du salon !!!
Je n’ai pas assez de points d’exclamation pour le dire !!!

Épisode 6 – La dictée

À l’heure où l’on taille les livres à la serpe pour supprimer passés simples et descriptions, la dictée 2018 en appelle aux aïeux…

Animée par Daniel Picouly, écrite par Jean-Joseph Julaud (Cahier de dictée pour les nuls)
avec un titre en hommage à Johnny Hallyday :

« Quoi l’aïeul ? Qu’est-ce qu’il a l’aïeul ? »

Voilà mille trente et un ans, en neuf cent quatre-vingt-sept, dans l’édifice cathédral de Noyon, Hugues Capet recevait des mains d’un archevêque les insignes choisis pour qu’il devînt roi des Francs : les régalia sacrés.

La même année, à deux mille cinq cents kilomètres à l’est de Paris, dans la ville de Kiev, le grand-prince Vladimir Ier au truculent bagou épousait la sœur de deux empereurs byzantins, Anna. C’était la seule femme qui, selon lui, rassemblât autant de qualités que les quelque huit cents volubiles concubines desquelles il se séparait.

Kiev fut, dès l’an neuf cent, la halte favorite des Scandinaves qui, descendant le fleuve Dniepr, allaient échanger leurs ambres jaune mordoré jusqu’à la mer Noire, chez les Byzantins, contre des pièces de soierie, ivoire et carrées, de l’or et du miel. Ces rameurs d’eau douce, nommés « rus » dans leur langue, ont donné leur nom à la Russie.

Suite de la dictée pour les adultes :

Revenons à Vladimir. On sait qu’avant Anna s’étaient succédé dans ses amours multipliées force jeunes élues, dont l’une donna naissance au nouveau grand-prince de Kiev. Celui-ci épousa une princesse suédoise aux yeux mauves. Trois nouveaux-nées à la chevelure auburn et cendrée égayèrent bientôt leur ménage. À la plus belle qui fût échut le prénom Anne.

Pendant ce temps, Hugues Capet et son épouse Adélaïde, après avoir rangé les régalia, s’étaient empressés d’assurer leur postérité au sein de leur royaume. Robert fut le prénom de leur seul garçon qui lui-même engendra un fils sur la tête duquel fut déposée, lors de son sacre en 1027, la couronne à spinelle purpuracé, aux rubis corallins et rubescents : Henri Ier.

Et qui donc épousa Henri à l’apogée mérité de sa gloire en 1051 ? Vous le devinâtes à l’instant : Anne de Kiev, de sorte que tous les rois de France jusqu’au dernier, depuis cette reine russe, ont pour aïeul Vladimir Ier !

J’avoue, j’aurais fait plein de fautes. Et vous ?

Voilà, c’est déjà fini ! Derniers bisous aux copains et aux copines qui étaient en visite ou en dédicace…

Vivement l’année prochaine !!!

 

Pourquoi écrire des nouvelles ?

Nous sommes nombreux à écrire des nouvelles.
J’avoue, j’adore écrire ces textes courts. Ce sont mes récréations. Alors qu’écrire un roman nécessite de suivre une ligne pour ne pas perdre le fil, écrire une nouvelle permet toutes les libertés. Même si la nouvelle est un genre très exigeant.

La nouvelle est un genre avant d’être un format.

Pour Émile Zola, « la nouvelle est une nouvelle, qu’elle ait cinquante pages ou qu’elle en ait trois cents ». Pour Edgar Allan Poe, la nouvelle est un récit qui doit se lire en deux heures maximum. Charles Baudelaire a écrit dans sa préface des « Nouvelles histoires extraordinaires de Poe » que la nouvelle « a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie d’une traite, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains« .

Le vrai défi de l’écriture de nouvelles, c’est cette double exigence de brièveté et d’intensité.

Dans un roman, vous avez le temps de développer l’intrigue et de placer vos personnages dans des situations multiples. Dans une nouvelle, le récit se cristallise sur un moment clé de l’histoire d’un personnage. Un instant crucial où son destin se joue tout entier.

Rien, en dehors de ce moment, n’a d’importance. Il n’y a pas de place pour les envolées lyriques. Chaque action doit contribuer à l’intrigue, chaque mot doit porter et claquer.

Pareille à un round de boxe, l’intrigue est intense, elle ne laisse pas le lecteur respirer. Jusqu’à la chute, percutante, qui éclaire d’un jour nouveau tout ce qui s’est passé avant. À la fin de la lecture, la nouvelle laisse le lecteur en vie mais étourdi, presque sonné.

La nouvelle est quelque chose qui peut se lire en une heure et se souvenir une vie entière. Stephen Vincent Benet

Et vous, est-ce que vous aimez écrire des nouvelles ?

Instant poésie

La poésie a longtemps été l’une de mes compagnes de jeu et il y avait un moment que je ne l’avais pas revue. Mais le week-end dernier, mon amie Laurence Marino m’a embarquée dans un instant poésie. Un atelier animé par Didier des éditions Bleu du ciel.

Jouer avec les mots et les sons, sans se soucier du sens, en apparence… Voici mes strophes nées sous consignes, en modestie, Merci Laurence 🙂

Fusutu

Avancer sans regarder
Pieds sautés, bandés

Femme au point zéro, labyrinthe ouvert
Perdue
Sans vue

Tour de béton gratté
Ciel quadrillé

Femme aux yeux clos, hors lumière
Brèche
Pupille sèche

Plumes déployées
Oiseaux empaillés

Femme, tête en haut, cherche l’air
Traces
S’espacent

Rêves à router
Routes à rêver
Fils d’eau
Chemins de terre
Corps battus
Seins nus
Poings tordus

Femme s’est tue.

Jouer « croisés »

Vous le savez si vous suivez mes aventures.

Cette semaine, je suis à Cannes pour présenter nos jeux à raconter des histoires.

On a pris avec nous notre bonne humeur et toutes les belles pensées qui nous sont parvenues de partout. Encore merci. Merci. Merci…

Du plus loin que je me rappelle, j’ai toujours aimé jouer. Avec un gros faible pour les jeux de société, quand on s’attable tous autour d’un plateau ou d’un jeu de cartes.

Mais quand j’étais seule, j’adorais faire des jeux de mots, les croisés, les fléchés… Je les complétais mais je les créais aussi.

Dans le train qui m’amenait à Cannes, j’ai repris mon crayon-gomme et j’ai créé cette grille « spéciale livres ». À partager avec vous qui passez par ce blog, régulièrement ou de temps en temps, vous qui êtes amateurs d’histoires et de jolies phrases.

Cliquez ici pour télécharger la grille
Amusez-vous bien 🙂

Les raconteurs d’histoires

C’était un soir, messieurs, mesdames. Un soir ordinaire d’avril 2016, une soirée entre amis, un dîner fabuleux concocté par Toma (chef à la Villa Tourny à Bordeaux, alors forcément…), rires, bonne humeur…

Nous en étions à l’armagnac quand il s’est passé cette chose extraordinaire. Je me surprends à parler d’un projet qui me tient à cœur : créer un jeu de société pour raconter des histoires. Un jeu qui montrerait à quel point c’est facile et amusant. Le scénario est là, dans ma tête, je le vois déjà…

Je parle, je parle et je vois Cécile hausser un sourcil. Si Toma a le don de décupler les saveurs, Cécile sait dessiner, peindre, coudre, travailler le bois… Bref ! elle a le talent immense de donner une réalité aux idées.  « Ça t’intéresse ? » Et hop, la voilà en train de sortir un papier, des crayons, son mac…

Presque deux ans plus tard, nous sommes très fières de vous présenter notre jeu. Mais je vais trop vite, il faut d’abord que je vous raconte l’histoire et ensuite, si le projet vous plaît, je vous dirait comment soutenir ce beau projet…

Au tout départ, le jeu à raconter des histoires s’appelait « PITCH ME UP ! ». L’idée : avancer sur un parcours, collecter des cartes (personnages, univers, rebondissements…) et être le premier à raconter son histoire en 1 pitch très court.

Après environ 1056 essais, sous l’œil de Pepper le chat, nous arrivons à un premier plateau de jeu, tout en rond. Magnifique et parfaitement injouable. On ne savait pas par quel chemin avancer, on tournait en rond. Est venue ensuite l’idée d’un labyrinthe, avec des passages secrets et tout et tout… Compliqué ! Finalement, nous avons opté pour la SIM-PLI-CI-TÉ, un chemin qui va de la page blanche à la fin de l’histoire.

Nous étions en train de boucler le projet quand PATATRAS !!! Les brioches Pasquier s’offusquent du nom de notre jeu PITCH ME ! et elles nous intentent une procédure par l’intermédiaire d’un cabinet d’avocats à papier filigrané. Ces dames craignent que notre jeu qui s’adresse à des ados et des adultes ne soit confondu avec leurs goûters pour enfants… Nous présentons nos arguments jusqu’à M. Pasquier lui-même. Rien à faire. Refuse notre nouvelle proposition : PITCH ME UP !

Et vous savez quoi ? Six mois après nos premiers échanges (une coïncidence bien sûr), les brioches changent de ligne publicitaire. Elles abandonnent « Être un enfant c’est du sport » avec Teddy Riner pour le slogan « Notre histoire est aussi la vôtre »… Ah ben on comprend mieux !

Bon alors, pas le choix, nouvelle séance de brainstorm pour trouver un autre nom.

Ce sera STORY pitchers, les raconteurs d’histoires

Vient ensuite le temps des tests, avec la famille et les amis d’abord, puis avec plein plein de gens. Nous avons joué en médiathèque, avec des gens qui aiment écrire et raconter des histoires. En maison de retraite, avec des personnes âgées. En centre culturel, avec des djeuns. En soirée jeux, avec des gens de tous horizons.

Entre chaque test, nous avons affiné, rayé, ajouté, modifié, amélioré… Pour arriver à une mécanique de jeu intuitive et dynamique, avec des règles compréhensibles sans prise de tête.

Ce qui nous a marquées, tout le long de ces tests, c’est qu’à chaque fois, les joueurs se sont pris au jeu. TOUS ! Quelques lancers de dés, et les inhibitions s’estompent. Voilà les joueurs qui inventent, inventent… et sèment des embûches sur le chemin des autres joueurs, tout ça pour être les premiers à atteindre la Pitch Bulle et pitcher leur histoire.

Le seul problème que nous n’avons pas réussi à résoudre, c’est comment réduire le volume sonore en cours de partie. Parce que quand ça pitche, ça fait du bruit, et des rires, et des « splatch, fatale case ! »…

C’est cette magie qui nous réjouit à chaque fois, quand on voit les joueurs sortir heureux d’une partie, tout surpris d’avoir inventé une belle histoire. Avec l’envie furieuse de recommencer, juste pour voir si ça marche encore.

C’est cette magie qui nous a incitées à aller plus loin, à faire construire un prototype de STORY pitchers et le voici, TADAM !

Il est beau non ?

Et maintenant ?

Maintenant, nous sommes en février 2018, presque 2 ans après cette soirée ordinaire. Et l’étape qui nous attend maintenant, c’est de présenter STORY pitchers aux éditeurs lors du Festival des jeux de Cannes.

Alors si le projet vous plaît, si vous avez envie de voir ce jeu exister, venez avec nous

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Suivez nos aventures en direct live

Au cas où on serait sélectionnées, on voudrait vous dire merci dès maintenant.

MERCI à vous qui nous rejoignez.

MERCI à Adeline, Bernard, Cléo, Julien, Denis, Helena, Lucile, Marie-Laure, Mickaël, Nadia, Nolan, Rémi, Toma, Victor.

MERCI à tous les joueurs testeurs qui se sont associés à cette belle aventure.

Et MERCI à Pepper le chat sans qui nous ne serions pas allées au bout de cette belle aventure.

Psitttt ! Si vous voulez liker, c’est ici !

Elisa TIXEN, l’auteure authentique

Margaux Gilquin, auteure bordelaise, m’a contactée il y a quelques temps et nous nous sommes rencontrées cette semaine. Un échange trop court tellement nous avions à nous dire et à partager. Je vous en reparle très bientôt 🙂

Balades & Portraits par Margaux Gilquin

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Ma rencontre avec Elisa est une des plus belles que j’ai faites avec un auteur.

Nous avions rendez-vous dans un salon de thé que j’aime beaucoup,  rue Montbazon à Bordeaux. J’étais en avance et je suis arrivée la première sous la pluie et la grisaille. La journée était franchement maussade et j’avais besoin de réconfort.

Accueillie par deux hôtes merveilleux, je me suis installée et j’ai attendu avec fébrilité l’arrivée d’Elisa.

Je réfléchissais à son livre Sans traces apparentes, que je suis en train de lire et qui me touche beaucoup car, et c’est  Elisa Tixen elle-même qui  dit de son livre :

qu’il  traite des blessures qui nous sont transmises par la vie et notre passé familial, celles que nous portons en nous, parfois sans en être conscients. Par ailleurs, son      « ambition » d’auteure est que ses histoires interpellent les esprits, les émotions. Que le…

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Elisa Tixen

Un article qui me touche profondément, une belle rencontre et toutes ces questions qui nous accompagnent sans cesse sur notre chemin d’auteurs. Merci Sophie pour ce portrait très drôle que tu as dressé…

L'urgence est au bonheur, by Sophie Ausilio

WP_20171225_16_30_37_RichPhoto by Sophie Ausilio « Elisa et les origamis » décembre 207

Elisa Tixen

Printemps 2017, un mardi soir ordinaire.

Il flotte, je sors du boulot la tête encombrée de toutes les tâches qui me restent encore à faire.

Marcher jusqu’à l’atelier me fait du bien, je vais y retrouver Nadia et mes copains.

Je descends la rue Bouffard, tranquille. J’aime bien ce moment paisible où je reprends mes repères. Je traverse la place Pey-Berland, quelques touristes s’attardent, attablés dans les bars. J’arrive à l’atelier, pour une fois, pas trop en retard, nous recevons une invitée.

Elisa Tixen vient nous parler de son cheminement d’auteur.

Parler avec quelqu’un qui a édité et qui nous considère comme des futurs auteurs, nous qui ne sommes que des scribouilleurs, en voilà une drôle d’idée ! Encore un coup de Nadia, qui est toujours pleine d’initiatives pour nous faire avancer.

Nous découvrons Elisa. Sourire convivial, générosité du…

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Planète 2018

 

2018 commence par un janvier tout en tempête qui décoiffe les toits et les cerveaux ramollis par des litres de champagne !

J’espère que vous avez passé d’excellentes fêtes et je vous souhaite le meilleur pour 2018 : 12 mois de découvertes, 52 semaines créatives, 365 jours jubilatoires, et surtout je vous souhaite de savourer chaque minute, chaque seconde…

Janvier, traditionnellement c’est le mois des vœux, des vœux pour les autres mais aussi des « veux » pour soi. Ces fameuses bonnes résolutions qui ne survivent pas au-delà de février, voire du jour 2 pour certains.

Alors cette année, j’ai décidé d’économiser du temps et d’éviter les bonnes résolutions. À la place, j’ai fait du tri, une opération magique de rangement parmi les milliers d’idées séduisantes qui ne mènent que dans l’infini des projets non finis.

J’ai donc fait de janvier, premier du non, le flambeau d’une année de résistance, centrée sur l’essentiel, sur un projet unique. Cette année je vais essayer de faire se rencontrer mon métier et ma passion pour l’écriture.

Dans la vraie vie, je suis conceptrice de formations pour adultes, passionnées par toutes les pédagogies du détour, les ludo-pédagogies… bref, toutes les façons d’apprendre autrement. J’ai longtemps œuvré pour les personnes en situation d’illettrisme. Et ces dernières années, lors de dédicaces ou de rencontres, j’ai rencontré beaucoup de lecteurs qui ont très envie d’écrire mais qui se sentent aussi très seuls, sans ateliers d’écriture à proximité.

Donc cette année, j’ai décidé de plancher sur la conception d’ateliers d’écriture à distance, reposant sur ces pédagogies du détour que j’adore car elles embarquent au-delà des attentes, et personnalisables en fonction des situations de chacun.

Voilà ce que j’avais envie de partager avec vous en ce début d’année. C’est un peu plus qu’un projet,  je ne sais pas comment le nommer, ce qui est un comble pour quelqu’un qui se prétend auteur.

Avez-vous déjà ressenti ce genre d’évidence, comme une intuition profonde que vos planètes s’alignaient ?