Tongs & Stylos

J’ai le grand plaisir de vous présenter mon dernier ouvrage,
Tongs & Stylos.

Tongs & Stylos,
c’est un booster d’écriture pour les vacances.

– 21 jeux d’écriture inspirants et faciles (mais pas toujours)
– 20 minutes par jour pour relever le défi
– Des tas d’astuces d’écrivains…

 

 

Avec Tongs & Stylos, je n’ai pas la prétention de vous former à toutes les techniques d’écriture créative, ni de vous apprendre à écrire, en un été, le futur best-seller de la rentrée.

Ce que je vous propose, c’est un booster spécialement conçu pour ceux qui écrivent de temps en temps, mais pas assez à leur goût et qui veulent profiter de ce bel été pour se faire plaisir à raconter et à écrire. Il est aussi dédié à ceux qui voudraient bien écrire mais qui n’osent pas parce qu’ils ne savent pas par quel bout de feuille commencer.

Si vous êtes dans ces situations, Tongs & Stylos va vous offrir l’occasion d’installer un rituel d’écriture et vous aider à franchir le cap pour aller vers une écriture-plaisir.

Tongs & Stylos est disponible sur Amazon en version numérique pour l’emporter partout avec vous sur votre tablette ou votre liseuse et très bientôt en version papier…

Bel été et bonne écriture 🙂

« Concentrez-vous plus sur votre désir que sur votre doute,
et le rêve prendra soin de lui-même »
Mark Twain

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L’écriture « instinct »

Margaux Gilquin, je l’ai rencontrée d’abord à Bordeaux, dans un charmant petit restaurant à Mériadeck. Ce fut un de ces moments magiques où les paroles de l’une font écho aux pensées de l’autre. Nous nous sommes découvert plein de points communs, mais aussi des visions très différentes, notamment sur l’écriture.

Et que se disent deux auteurs quand ils se rencontrent ? Ils parlent de leurs projets bien sûr, des réponses des éditeurs qu’ils attendent mais aussi de leur manuscrit en cours, de leurs difficultés, de leurs petites manies… On pourrait même parler de nos petits rituels.

Margaux fait partie des auteures qui m’ont donné l’idée de proposer une fenêtre sur les différentes façons d’écrire. Elle inaugure cette série aujourd’hui.

Margaux Gilquin a publié son premier ouvrage aux éditions XO « Le dernier salaire« . Le témoignage d’une femme de 50 ans qui, après une belle carrière, se retrouve exclue du marché du travail et tombe dans la trappe à chômage avec son cortège de contrats précaires et de minimas sociaux. Un cri de colère puissant et sincère qui lui a valu le Prix du Meilleur Ouvrage sur le Monde du Travail 2017, catégorie “Salariés”.

En mars 2017, paraît son nouvel ouvrage « Apprendre à danser sous la pluie« , l’histoire de Laure qui depuis son premier livre phénomène, se partage entre ce Paris flamboyant qu’elle aime tant où elle côtoie journalistes, auteurs, politiques… et la Grande Maison de la douce tante Marthe, le lieu dont elle a besoin pour se ressourcer. Dans ce lieu, Laure va remonter le temps de son enfance jusqu’à ce certain jour de juillet où sa vie a basculé. Une autofiction empreinte de gaieté, de tendresse et d’humour. Une plume sensible et vibrante qui résonne encore, la dernière page tournée.

Car Margaux écrit comme elle courait, très intensément.

Margaux Gilquin, l’auteure « instinct »

Margaux, tu as publié d’abord un témoignage, puis une autofiction. Tu m’as confiée que ces deux livres avaient été écrits « d’un jet » en quelques jours. Peux-tu me raconter comment tu écris ? Tu t’enfermes, tu t’en vas… ?

Comment j’écris… J’écris d’abord dans ma tête. Je fais le plan. J’organise mes chapitres. Je mets tout dans des petites cases là haut 🙂 Ensuite j’écris sur des tas de bouts de papiers, des carnets, des tickets de métro, des facturettes de courses. J’écris sur tout ce que je trouve. Et puis un jour, ne me demande pas pourquoi, je m’assieds à la table, j’ouvre l’ordi et j’écris. Je sors ce que j’ai dans la tête d’un coup, puis je lis mes notes et j’écris au kilomètre. Tout est prêt là haut de toute façon.

Je ne m’enferme pas particulièrement sauf dans ma tête. Je ne m’en vais pas non plus même si je rêve d’écrire dans cette maison que j’ai tant aimée là-bas au bord de la mer, très loin d’ici le long d’une corniche depuis laquelle je voyais mon père partir pêcher avec son petit bateau de plaisancier.

Que se passe-t-il ensuite, après l’écriture ? Est-ce que tu réécris, un peu pas du tout ?

Après l’écriture, je suis malade physiquement parce que sur 10 ou 15 jours, j’ai tout donné de moi, un peu comme l’ancienne coureuse à pieds que j’étais. Je me donne corps et âme. Je suis en état second tu sais. Je sais que je me lave, que je m’habille, que je mange un peu, que je bois beaucoup de thé et de café mais je ne sais plus qui je suis, où je suis, ni si je vis avec quelqu’un ou pas. Je suis absente. Vraiment. Et désagréable. Beaucoup. L’écriture me vide de mon énergie et physiquement quand j’écris le mot « fin », je suis nauséeuse, malade, j’ai les jambes qui tremblent. J’ai besoin de me reconnecter.

As-tu d’autres projets d’écriture ou bien est-ce que tu te laisses porter par tes fulgurances ?

Les deux. J’ai des fulgurances qui font des romans que je qualifie de courts. Des romans de la vie de tous les jours.

Et j’ai un gros projet de livre. Une saga familiale.

J’ai envie de te dire que pour la saga je prends le temps qu’il faut et que peut-être que si je le peux, je m’enfermerai et oui je partirai loin, très loin.

5 questions sur Margaux

 

Dans la peau de quelle personnalité aimerais-tu vivre une journée ? Celle du Président de la République.

Et que ferais-tu ? J’agirai.

Quelle est la question qui te tourmente le matin au réveil ? Pourquoi mon père est il mort ? Où est-il ?

Où étais-tu avant ta naissance ? Dans un château médiéval, j’attendais mon chevalier.

Que dirais-tu à la jeune Margaux le jour où elle a écrit la première page de sa première histoire ? Pourquoi n’as tu pas cru en toi ? Pourquoi as tu écouté les autres, ceux qui te dictaient ta conduite ?

Une citation qui te touche ? « Si vous courez aussi vite que je vous ignore, vous aurez mal aux jambes ». Bon c’est pas très élégant… mais c’est du brut quand je suis agacée par les gens… je n’ai pas de citation tu sais. J’aime certains versets de la Bible et je m’y réfère souvent.

Pourquoi écrire des nouvelles ?

Nous sommes nombreux à écrire des nouvelles.
J’avoue, j’adore écrire ces textes courts. Ce sont mes récréations. Alors qu’écrire un roman nécessite de suivre une ligne pour ne pas perdre le fil, écrire une nouvelle permet toutes les libertés. Même si la nouvelle est un genre très exigeant.

La nouvelle est un genre avant d’être un format.

Pour Émile Zola, « la nouvelle est une nouvelle, qu’elle ait cinquante pages ou qu’elle en ait trois cents ». Pour Edgar Allan Poe, la nouvelle est un récit qui doit se lire en deux heures maximum. Charles Baudelaire a écrit dans sa préface des « Nouvelles histoires extraordinaires de Poe » que la nouvelle « a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie d’une traite, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains« .

Le vrai défi de l’écriture de nouvelles, c’est cette double exigence de brièveté et d’intensité.

Dans un roman, vous avez le temps de développer l’intrigue et de placer vos personnages dans des situations multiples. Dans une nouvelle, le récit se cristallise sur un moment clé de l’histoire d’un personnage. Un instant crucial où son destin se joue tout entier.

Rien, en dehors de ce moment, n’a d’importance. Il n’y a pas de place pour les envolées lyriques. Chaque action doit contribuer à l’intrigue, chaque mot doit porter et claquer.

Pareille à un round de boxe, l’intrigue est intense, elle ne laisse pas le lecteur respirer. Jusqu’à la chute, percutante, qui éclaire d’un jour nouveau tout ce qui s’est passé avant. À la fin de la lecture, la nouvelle laisse le lecteur en vie mais étourdi, presque sonné.

La nouvelle est quelque chose qui peut se lire en une heure et se souvenir une vie entière. Stephen Vincent Benet

Et vous, est-ce que vous aimez écrire des nouvelles ?

Le top five des conseils d’écrivains

Je viens de lire une interview très intéressante, publiée par enviedecrire.com : « Les conseils de Stephen King pour donner vie à votre récit ».

Les conseils d’écrivains sont les marronniers des rubriques littéraires. Ils fleurissent et foisonnent plusieurs fois par an.

Je les adore, j’avoue.

Dès qu’un article paraît avec un titre comme celui-ci, je me jette dessus. Pourquoi ? Probablement parce que j’espère au fond de moi que l’expérience de ces grands maîtres projettera sa lueur sur ma pratique. Et peut-être que quelque part, je rêve en secret de découvrir la recette magique pour écrire le livre qui tourbillonne dans mes tripes…

Et comme ce n’est pas le cas, j’oublie ces conseils peu après les avoir lus. Ce qui renouvelle mon plaisir de lire les suivants. Vous savez, un peu comme une histoire drôle dont on a oublié la fin mais qui nous fait sourire par anticipation.

Il y a plusieurs types d’auteurs-conseilleurs. Ceux qui sont branchés style et ceux qui sont branchés intrigue. Même s’il arrive que leurs conseils se rejoignent dans le même souci de faire voyager le lecteur.

Enfin, il y a les conseils plus larges sur la vie d’un écrivain, comment il gère son temps, ses phases (ou pannes) d’inspiration, où il écrit, s’il utilise un plan… et même comment il s’habille…

«La robe de chambre dure tout le temps de l’écriture et bien au-delà ! Ce n’est pas moi qui la porte, c’est elle qui me hante. J’essuie tout dessus, mes feutres, mes larmes, mes doigts tachés par le carbone, ma douleur improductive, mes petites joies, tout !» Jeanne Champion

Donc, ils sont nombreux les conseils d’écrivains destinés à ceux que l’écriture titille.

Alors (même si j’ignore pourquoi), je me suis livrée à un petit exercice, une sorte d’étude comparative des 79 conseils donnés par ces 5 écrivains reconnus tant pour leur talent que pour leur générosité. Et voici les 5 conseils qui reviennent le plus fréquemment.

The TOP Five :

1. Écrire !!!
Écrire et lire, régulièrement et souvent. Car pour un auteur, le bonheur est dans la feuille qui noircit.

2. Un style simple et clair. Résister à l’appel des phrases logorrhéiques et multi syntaxiques… hic !

3. Écrire sur ce qui nous tient à cœur, sans chercher à plaire à la planète.

4. Un incipit percutant. Séduire ou intriguer dès les premiers mots.

5. Pas de pitié pour les personnages, même les chouchous. Que les obstacles dressés devant eux révèlent leurs faces, obscure et lumineuse… et votre sadisme d’auteur !

Pour ceux que ça intéresse et en exclusivité mondiale, 79 conseils d’écrivains passés au crible :

79 Conseils d’écrivains passés au crible

Bonne écriture à tous 🙂

Voix & Silences

Les débuts d’année sont souvent propices aux bilans et aux bonnes résolutions éphémères. Permettez-moi de ne pas suivre la tradition.

Ce qui s’est passé ne peut plus se défaire et ce qui vient n’existe pas encore.

Cette année, je préfère me centrer sur mon essentiel, sur ce qui donne une âme à ma vie. Et réaffirmer pourquoi je vis et pourquoi j’écris.

Je vis entre foule et solitude.

Un réveillon à Londres à m’imprégner du bouillonnement humain, de sa créativité, son énergie. Puis quelques jours deretraite dans la belle Dordogne. À écouter ma voix intérieure et retrouver ma source profonde.

J’écris pour parler aux silences.

Il y a une raison à chacune de mes histoires. Derrière l’intention première de raconter et de divertir, je cherche à faire entendre ma voix sur les sujets qui me tiennent à cœur. Avec des mots qui demandent à ricocher le plus loin possible sur l’étendue du silence.

Quand mon amie Laurence Marino a publié sur son blog sa série des petites musiques –celles qui vous renvoient à qui vous êtes vraiment avant que la vie ne vous oblige aux compromis et aux demi-choix, je me suis demandée quelle chanson m’avait le plus marquée.

Sound of silence a mis du temps à revenir à ma mémoire. Il a fallu le remix de Disturbed pour que je réécoute les paroles. C’est mon gros coup de cœur de ce début d’année, ma promesse de continuer à parler aux silences.

The Sound Of Silence 

Hello darkness, my old friend,
I’ve come to talk with you again
Because a vision softly creeping,
Left its seeds while I was sleeping
And the vision that was planted in my brain, still remains
Within the sound of silence

In restless dreams I walked alone,
Narrow streets of cobblestone
‘Neath the halo of a street lamp,
I turned my collar to the cold and damp
When my eyes were stabbed by the flash of a neon light,
That split the night and touched the sound of silence

And in the naked light I saw,
Ten thousand people, maybe more
People talking without speaking,
People hearing without listening
People writing songs that voices never share,
And no one dared disturb the sound of silence

Fools, said I, you do not know,
Silence, like a cancer, grows
Hear my words that I might teach you,
Take my arms that I might reach you
But my words, like silent raindrops fell,
And echoed in the wells of silence

And the people bowed and prayed
To the neon god they made
And the sign flashed out its warning
In the words that it was forming
And the sign said : the words of the prophets
Are written on the subway walls
And tenement halls,
And whispered in the sounds of silence

Le Son Du Silence

Bonsoir ténèbres, mon vieil ami,
Je suis venu discuter encore une fois avec toi
Car une vision s’insinuant doucement en moi,
A semé ses graines durant mon sommeil
Et la vision qui fut plantée dans mon cerveau, demeure encore
A l’intérieur, le son du silence

Dans mes rêves agités j’arpentais seul,
Des rues étroites et pavées
Sous le halo d’un réverbère,
Je tournais mon col à cause du froid et de l’humidité
Lorsque mes yeux furent éblouis par l’éclat de la lumière d’un néon,
Qui déchira la nuit et atteignit le son du silence

Et dans cette lumière pure je vis,
Dix mille personnes, peut être plus
Des personnes qui discutaient sans parler,
Des personnes qui entendaient sans écouter
Des personnes qui écrivaient des chansons qu’aucune voix n’a jamais emprunté,
Et personne n’osa déranger le son du silence

Idiots, dis-je, vous ignorez,
Que le silence, tel un cancer, évolue
Entendez mes paroles que je puisse vous apprendre,
Prenez mes bras que je puisse vous atteindre
Mais mes paroles tombèrent telles des gouttes de pluie silencieuses,
Et résonnèrent dans les puits du silence

Et ces personnes s’inclinaient et priaient
Autour du dieu de néon qu’ils avaient créé
Et le panneau étincela ses avertissements
A travers les mots qu’il avait formés
Et le signe dit : les mots des prophètes
Sont écrits sur les murs des souterrains
Et des halls d’immeubles,
Et murmurés à travers les sons du silence

Musicales Lettres

J’ai assisté cette année à plusieurs rencontres d’auteurs qui ont évoqué l’importance de la musique dans leur processus d’écriture.

Spleen Machine met en scène une adolescente à la dérive. Pour Marie-Laure Hubert Nasser, il était inconcevable de ne pas prendre en compte cette part importante de la vie des adolescents que représente la musique. Chacun des morceaux qu’elle cite correspond à une humeur ou une émotion de ses personnages.

Pour son roman noir, Que ta volonté soit faite, Maxime Chattam s’est concocté une sélection de titres correspondant à l’atmosphère de l’Amérique des années 50.

Je suis une adepte d’écrire en musique. J’ai une play-liste spéciale, composée de musiques et de chansons dont je connais tellement les paroles qu’elles ne distraient pas mes mots. Un cocon protecteur qui tapisse le silence et me préserve du choc des sons extérieurs. Mais je n’avais jamais eu l’idée d’adapter la musique à l’ambiance de mes récits.

Perso_musique2De retour de mes vacances sans mots à Prague, j’ai testé la méthode Chattam sur une histoire qui se passe en Bretagne. J’ai créé une play-list composée de musiques d’ambiance, plusieurs musiques celtes, quelques titres de Luc Arbogast dont sa merveilleuse reprise de Mad world (en écartant soigneusement Le loup, le renard et la belette).

Expérience absolutely fabulous !
Plus besoin de mes rituels de mise en écriture habituels. Plongée immédiate dans l’atmosphère et dans l’histoire… Une connexion haut débit qui a duré toute la séance. J’ai recommencé le lendemain et le lendemain… Mêmes sensations, même créativité !

Merci Maxime pour ce partage d’expérience (oui il ne me connaît pas, mais moi oui… alors je l’appelle Maxime si je veux !).

Femme libre qui écrit

Aujourd’hui, je pense tout particulièrement à la jeune policière lâchement abattue dans le dos. Je pense aussi à Elsa, assassinée lors de l’attentat contre Charlie Hebdo. Juste avant que le terroriste affirme ne pas tuer les femmes. Sa seule exigence ? Qu’elles se convertissent et portent le voile.

Je ne saurai pas quoi faire d’un crayon à dessin, mais je peux prendre mon stylo. Pour exprimer en liberté ce que je suis et ce que je pense.

Aujourd’hui, je marque mon opposition à toutes les dictatures qui veulent asservir les corps et les esprits.

Aujourd’hui, je suis femme, je suis libre et j’en suis fière.

Aujourd’hui et pour toujours, je suis Charlie.

Charlie5

F… comme Fléau

Ferveur de Furieux aux Fondements d’une Foi Falsifiée
Fourragent les Frustrations de Fidèles Fourvoyés, 
Fomentent des Factions de Forcenés Fanatiques

Fustigent la Féminité, Flagellent sa Fierté
Figent ses Formes sous une Forteresse de Fichus et Foulards
Femmes Forçats par Faute d’être Femmes Fertiles

Que personne ne s’y trompe, ce n’est pas un pamphlet contre les musulmans et les musulmanes dont je respecte les croyances. Il s’agit d’un cri contre ceux qui massacrent des innocents et contraignent les femmes, allant jusqu’à les avilir au rang d’esclaves sexuelles dédiées au plaisir de guerriers inhumains.

Freddie, Franckie, Charlie et les autres

Quand j’ai ouvert ce blog, je voulais partager ma vision du monde avec d’autres passionnés d’écriture et de lecture. Exprimer des idées oui, c’est pour ça que j’écris. En aucun cas, je n’aurais imaginé en faire une tribune politique.

Mais ça c’était avant. Avant l’attentat contre Charlie Hebdo. Parce que cette semaine en France des gens sont morts d’écrire, je ne pouvais pas ne pas réagir.

Je pleure ceux qui ont perdu la vie, tous. Passants, policiers, dessinateurs… Je pleure avec ceux qui les ont connus et aimés et à qui ils vont cruellement manquer.

Je pleure et je ne trouve plus les mots. Réduite au silence, j’écoute.

Avec fierté les citoyens de mon pays applaudir des deux mains dans la dignité pour marquer leur soutien et leur compassion.

Avec crainte les discours nationalistes et les tentatives de récupération politique.

Avec amour les musulmans de France dire NON, ces actes ne sont pas de notre religion et citer le Coran :  » Celui qui tue un homme, c’est comme s’il tuait toute l’humanité. De même celui qui le sauve, c’est comme s’il sauvait tout le genre humain  » (Sourate 5, 32).

Avec de sérieux grincements de dents quand j’entends ou je lis qu’on ne s’attaque pas impunément à des terroristes et qu’ils l’ont bien cherché.

Les mots soudain reviennent. Envie de crier pour dire à tous ceux qui partagent cette opinion que les caricatures de Charlie Hebdo jouaient le rôle de fou de la république. Depuis le temps des rois, c’est une fonction salutaire capable de faire entendre aux puissants la voix du peuple et celle de la raison.

La liberté de penser et de s’exprimer passe aussi par la voix de la caricature. Il y a certaines situations qui sont trop pesantes et qui ont besoin de la dérision pour pouvoir être dites.

Les fous de dieu ne peuvent tuer ni les fous du roi ni les croyances individuelles. Plus que jamais dans cette époque difficile, nous avons besoin de vivre dans le rire et la spiritualité.

Parce qu’un penseur qu’on fait taire, c’est la démocratie qu’on bâillonne.

Je suis Freddy, Franckie et Charlie… Et dimanche je marcherai main dans la main avec tous ceux qui manifesteront leur envie de vivre en liberté et en fraternité.

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Projets 2015 et suivants…

Certes, j’ai promis de ne pas prendre de bonnes résolutions. Ce n’est pas une raison pour ne pas vous parler de mes projets d’écriture.

Certains sont bien avancés.

Mon premier roman « Sans traces apparentes » devrait être publié cette année. Oui 2015, je vous en reparlerai très bientôt. Une quête psycho-généalogique dans les forêts landaises. Pour frémir sur la plage cet été.

En ce moment, je mets la dernière main à la réécriture d’un recueil de nouvelles historiques « Le syndrome de Pinocchio ». Mais c’est vraiment la dernière parce que sinon ce ne sera jamais terminé. Il existe un syndrome d’auteur réel qui consiste à avoir du mal à laisser partir son « bébé » avant qu’il ne soit parfait. Autant dire que la tentation est grande de le garder à ses côtés pour toujours, à l’abri des critiques extérieures…

Ce qui revient aussi à se priver des autres regards et des partages avec les lecteurs. Cette année, par exemple, j’ai osé publié un texte court sur la plateforme de Short édition. « Terrain de jeu » a été lu par près de 200 lecteurs et a donné lieu à des échanges particulièrement riches ensuite. Une belle expérience qui participe au plaisir d’écrire pour donner à lire.

Pour tout savoir sur les projets à venir, cliquez ici.

Très bonne future lecture,
Elisa

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C R I S

Cauchemar, Rêve, Insomnie, Sommeil…

Quelques élucubrations dans la grisaille de novembre…

Insomaniaque

Tueur en série de rêves éveillés

Insomnie

Insomnie : tapage nocturne des pensées
(Sylvain Tesson)

L’insomnie est la face sombre de l’imagination
(Delphine de Vigan)

Frayeurs noires

Certaines nuits, je prends plaisir à garder les yeux ouverts, à savourer la plénitude dans des draps frais, en sécurité dans mon lit. Un non-mouvement où la créativité bouillonne. Un entre-deux où tout est possible.

D’autres nuits en revanche, la terreur surgit et m’envahit. Elle se propage lente et visqueuse, s’attarde dans chaque muscle, circule dans chaque artère. Paresseuse et meurtrière. Mon corps en territoire  à conquérir, bastion après bastion. Impossible d’enrayer l’expansion, vaincue d’avance. Une enfant impuissante à chasser les monstres tapis dans l’esprit et sous le lit.

J’oublie que je suis adulte, que j’ai le droit d’allumer sans me faire gronder. Que je peux me lever et faire front au danger comme j’ai appris à le faire depuis que j’ai grandi.

J’oublie l’écriture. Par son pouvoir, nommer les terreurs nourries de l’indicible. À la lumière des mots, gommer les ténèbres.

***

Jeu d’ombres tordues se penchent qui frôlent et affolent. Fermer les yeux, si on ne les voit pas ça n’existe pas.

Se guider sur les sons, silence respiration trop forte résonne dans la nuit noire, trou, happée, arrêter de respirer, on souffle doucement on se calme.

Bâillement. Mettre la main devant la bouche, ne pas laisser d’interstice, préserver la langue, besoin pour hurler. Ne pas donner prise rien ne doit dépasser, recroqueviller les jambes, cacher les oreilles sous les paumes doigts repliés, position œuf rond, couette rouge placenta, ne plus bouger.

Crisser-grincer dans l’escalier. Sursaut cœur course membres figés, oreilles dressées, aux armes les paupières, rouvrir les yeux. D’urgence. Les refermer. Vite.

Trouver un coin vital, deux parois accrochées l’une à l’autre. S’adosser, y nicher les flancs protégés, pallier l’absence de rétines derrière le crâne. Devenir une mouche, le champ de vision restreint, les angles morts en alerte. Guetter les mouvements, ne pas se laisser surprendre, acculée.

Un froissement sous le lit, espace béant sur le vide, prise directe sur l’enfer, viser le salut  là-haut mains jointes : laisse-moi vivre laisse-moi laisse…

On marchande n’importe quoi dossier à boucler vaisselle câlin inachevé tant de choses à peine amorcées, demain on compte sur moi, laisse laisse-moi laisse-moi vivre…

La sueur serpent colle dans le dos frissons froid envie de pipi. Tournicoton dans le lit impossible de tenir, on pose un pied par terre, mollet découvert vite, remonter la jambe ne pas réveiller les démons aplatis.

Se retenir encore vessie comprimée risque de draps mouillés survie en danger la balance est mal réglée.

***

« Maman ! »

La plainte me réveille. Les enfants !

Je tâtonne, trouve l’interrupteur, crève l’obscurité. Me lever, pied au plancher. Crisser-grincer dans l’escalier. Un lambeau de cauchemar s’accroche aux épaules. Éjecté d’un haussement, mes enfants ont besoin de moi.

J’entrouvre la porte. Respirations paisibles, doux ronflements. Ça ne me suffit pas, besoin de toucher pour y croire. Je m’approche.

Je me penche sur ma fille, pose une main sur son front, caresse sa joue, chaleur de la vie. Mon fils dort sur le lit du dessus. Son grand plaisir tous les soirs, jouer les acrobates. Je grimpe à l’échelle, rate une marche, dégringole fracas dans la nuit.

Dans un mouvement d’horloger, les deux petits soupirent, activent leur pouce dans leur bouche et se tournent vers le mur. Des anges heureux, loin de tout danger. Loin de cette peur panique irraisonnée du noir et des ombres qui s’y dissimulent. Inconscients des menaces du monde. Si on ne les voit pas, ça n’existe pas.

© Élisa Tixen – Novembre 2014